Sep 132013
 

Jésus est entouré de publicains et de pécheurs, et donc des représentants les plus nombreux de l’humanité, c’est-à-dire de cette humanité pécheresse, qui porte en elle-même les signes douloureux et mystérieux de la faute avec une inclination innée à la renouveler. A vrai dire ce ne sont pas les pécheurs qui sont près de Jésus, mais plutôt Jésus qui est près d’eux. Ce sont les scribes et les pharisiens qui sont scandalisés par cette proximité, comme s’ils n’étaient pas, eux aussi, des pécheurs. Le  vrai  malheur, ce n’est pas tant d’être pécheurs, mais de ne pas avoir de Rédempteur, car, dans ce cas, il n’y aurait plus de salut possible. Seulement celui qui le refuse, n’a pas de Sauveur, car Jésus n’est pas venu sauver seulement certains privilégiés, mais tous les hommes en absolu.

Nous sommes tous prédestinés au salut en Jésus Christ, bien que ne voulant pas tous de ce salut. Pourtant, nous ne pouvons pas imaginer combien la conversion et le pardon sont un motif de joie pour Dieu! La réjouissance du berger heureux d’avoir retrouvé la brebis égarée, ou l’allégresse de la femme qui, ayant perdu sa pièce d’argent, la retrouve, sont autant d’images de cette joie de Dieu. C’est nous qui sommes la brebis perdue que le fils de l’homme sauve et ramène au bercail, ou la pièce perdue qui est retrouvée puis remise au trésor de la maison du Père. Selon St Ambroise, la miséricorde est l’attribut de Dieu qui accompagne toute l’histoire de l’homme et qui ressort le plus. Et ce grand saint de la miséricorde ajoute : «Réjouissons-nous, car cette brebis qui s’était perdue en Adam, a été portée par le Christ. Les épaules du Christ sont les bras de la croix. C’est là que j’ai déposé mes péchés, en haut de ce gibet j’ai trouvé le repos. Il n’est pas superflu que cette femme se réjouisse d’avoir retrouvé la drachme d’argent sur laquelle est représenté le Souverain. Nous sommes ses brebis, prions qu’il nous conduise aux eaux qui désaltèrent ; nous sommes des drachmes : revenons à notre haute valeur ; Nous sommes des fils : hâtons le pas vers le Père…Ne crains pas qu’il ne t’accueille : déjà il court à ta rencontre en te voyant revenir. Tu crains le châtiment, mais lui il t’embrasse ; Tu t’attends à un reproche, mais lui t’invite au festin…».

C’est surtout la troisième parabole de la miséricorde qui nous révèle ce que Dieu est pour l’homme : cette attente anxieuse du fils perdu, cette course vers lui, ce baiser, l’habit neuf, le festin : c’est l’amour d’un Père qui oublie le passé, tout entier à la joie du retour à la vie de son fils qui était mort. La seule fausse note, c’est le fils ainé qui, ayant été fidèle et soumis toute sa vie, ne veut pas partager la joie de son père. En lisant certains commentaires, on accable toujours ce fils ainé pour lui reprocher presque d’avoir été sage, comme si le fait de rester fidèle ne soit pas une grâce de Dieu, comme si la condition pour être aimé de Dieu était de se séparer de Lui et de goûter au péché…Je laisse sciemment de côté les pharisiens et les hypocrites. Bien sûr, on peut toujours extrapoler sur les motifs de cette fidélité, la parabole ne nous les suggère pas vraiment, c’est une attitude humainement compréhensible : j’aimerais bien vous voir lorsqu’il s’agit d’héritage…Mais ici, nous sommes dans la dimension de l’amour de Dieu, qui dépasse tout ce que nous pouvons concevoir. Le père sort et va aussi vers ce fils ainé qu’il aime et qui est toujours resté auprès de lui pour le convaincre de se réjouir aussi : se laissera-il toucher par ses paroles? C’est là le problème ! La parabole ne nous le dit pas. Chez « l’enfant prodigue », ce n’est pas sa vie dissolue qui est à imiter, mais son regret d’avoir quitté le père. Chez le frère ainé, c’est sa vie de fidélité qu’il faut imiter, non pas son manque de miséricorde et sa suffisance. Alors, essayons de ne pas quitter la maison du Père, en ayant la même miséricorde que lui pour ceux qui s’égarent, la même joie en voyant ceux qui reviennent à la vie. Ne sommes-nous pas tous pécheurs ? Une dernière citation de St Ambroise : « Le Père, le berger, la femme, sont Dieu le Père, le Christ, l’Eglise. Le Christ te porte sur son corps, ayant pris sur lui tous les péchés ; L’Eglise te cherche ; Le Père t’accueille. Il te porte sur ses épaules comme un berger, il vient te chercher comme une mère, il te revêt comme un père » du vêtement de noces pour la vie éternelle, afin de nous faire partager sa joie.

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 15 septembre

Avr 192013
 

La parabole du Pasteur et du troupeau peut-elle encore nous parler aujourd’hui ?

Dans la Bible, tout autre est la figure du Pasteur : rude nomade et vaillant guerrier. Il lui arrive souvent de se battre au péril de sa vie, comme David, contre un ours ou un lion venu ravir une brebis du troupeau.

Dans l’ancien Orient, l’image du berger s’applique aux chefs politiques. En Israël, elle est surtout attribuée à Yahweh Lui-même – puis au Roi idéal – puis au Messie, nouveau David annoncé pour la fin des temps par les prophètes, en particulier par Ezéchiel.

C’est évidemment à ces promesses que se réfère Jésus lorsqu’il déclare : « Je suis le Bon Pasteur, c’est à dire le vrai Berger. Et Il l’est, certes, en toute vérité, à l’opposé du mercenaire qui s’enfuit quand il voit venir le loup… il ne faut donc pas oublier ce contexte dans lequel se situe la parole de Jésus. Ses adversaires, prétendant juger l’envoyé de Dieu, ils se jugent eux-mêmes. Leur refus de croire manifeste qu’ils s’excluent du troupeau : « Vous ne croyez pas parce que vous n’êtes pas de mes brebis ».

Comme toujours, Jésus refuse de répondre directement à une question portant sur sa messianité : il renvoie ses interlocuteurs à ses œuvres qui doivent témoigner de lui. Les brebis ne sont nullement considérées comme des personnes ; passives mais, elles sont engagées dans l’activité la plus libre et la plus personnalisante qui soit. Les verbes employés ici sont très importants : « écouter » – « suivre » – désignent une démarche par laquelle l’homme adhère de tout son cœur à la volonté de Dieu. Invitant sans cesse le peuple à « écouter », les prophètes dénoncent souvent sa « surdité ». Ils promettent aussi que, dans les temps messianiques, les sourds « entendront » ! Voici que cette promesse se réalise maintenant : « Mes brebis écoutent ma voix, moi je les connais, et elles me suivent ».

Ainsi pour l’évangéliste, la vie chrétienne n’est pas une morale, mais bien une mystique : les croyants sont déjà mystérieusement introduits dans l’intimité même du Fils et du Père. C’est pourquoi Jésus peut dire de ses brebis : « Je leur donne la vie éternelle » et « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et Celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jean17).

Par la foi, Nous savons quel est le vrai pasteur et où il nous mène, quels que soient nos difficultés, nos tentations et nos combats. Une seule attitude doit nous animer : être dans « sa main ». C’est être dans la main du Père à laquelle on ne peut rien arracher. Comme le dit Saint Paul dans l’Epître aux Romains « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ Notre Seigneur ».

Abbé Denys Thouard

Lectures dominicales du 21 avril