Déc 212018
 

« Elle mit au monde son Fils Premier, L’emmaillota de langes
Et le coucha dans une mangeoire »

En ce 4ème et dernier dimanche de l’avent,
le regard de nos cœurs se tourne vers la crèche où va être déposé le Verbe éternel,

le Fils de Dieu fait homme, le Roi de Gloire,
le Seigneur des Seigneurs.
La crèche est ce tronc de bois grossièrement creusé pour y déposer la nourriture des animaux.
Elle devient le berceau du Fils de l’homme, élevé sur le bois de la croix,
Pain de Vie donné en nourriture pour la vie éternelle.

La Vierge Marie y dépose amoureusement l’enfant Roi drapé de langes immaculés dont le roi

Salomon lui-même fut vêtu.
Ils sont la figure du linceul dans lequel
le corps du Christ sera enveloppé et déposé dans le tombeau.

« Le bœuf connait son maître, et l’âne la mangeoire de son maître » dit le prophète Isaïe. (ch. 1) Le bœuf est cet animal noble offert en sacrifice.

Il est la figure du peuple d’Israël qui rumine la parole de Dieu.
Il connait Dieu qui l’a libéré de l’esclavage et conduit en terre promise. L’âne, figure des païens, mange la nourriture que Dieu dispense à toute l’humanité.

Sans le connaître, il travaille docilement au service de son dessein bienveillant.
Il porte la Vierge Marie qui elle-même porte le Sauveur.
Il est cette monture royale sur laquelle Jésus rentre humblement dans Jérusalem
sous les acclamations, avant d’offrir sa vie en sacrifice par amour.
Illuminée par le baptême, l’humanité pourra dire : « Mon Sauveur et mon Dieu » ! Marie penchée avec amour sur son Fils nous invite à garder
tous ces événements dans nos cœurs et à les méditer.
Joseph rend grâce d’avoir accompli la volonté de Dieu.
En obéissant à l’empereur, il a été conduit à Bethléem, la cité de David, la maison du pain. Aujourd’hui dans l’Eucharistie, les cieux sont ouverts ;
les anges annoncent la Bonne nouvelle aux bergers
qui nous entrainent à venir adorer l’enfant Jésus.
Le cosmos parle silencieusement : l’étoile guide les mages qui sont déjà en route.

Père Stéphane Biaggi, curé

Lectures dominicales du 23 décembre

Déc 302017
 

Que le Dieu ineffable se révèle dans une histoire ; que cette histoire soit d’abord une
histoire vécue dans le temps avant que d’être une histoire racontée dans un récit ; que le
premier mot de l’Ancien Testament soit justement une référence temporelle avant même d’être
une référence divine, indique, si besoin était, l’importance que la Révélation donne à l’histoire.
Ceci permet alors de reprendre à frais nouveaux le rapport entre cette Seigneurie divine qui se
déploie dans l’éternité et son intrusion dans le temps provoquant la perplexité des hommes. Car
ceci ne va pas de soi.
Ce rapport est de même nature que celui entre le créé et l’incréé, entre l’union de la
nature divine et de la nature humaine, entre la nature et la grâce, entre la foi et la raison. Tous
ces problèmes théologiques et philosophiques naissent en fait de la rencontre entre Dieu et
l’homme et obligent à ne pas les penser en problèmes dialectiques, c’est à dire en opposant l’un
à l’autre, mais organique, c’est à dire en articulant l’un par rapport à l’autre. Et puisque Dieu en
se faisant homme vient révéler à la fois qui Il est et qui est l’homme, c’est en partant de cette
union hypostatique dans l’Incarnation où se joue par excellence la relation humano-divine que
l’on peut saisir la relation éternité /temps de manière juste et donc le rapport entre l’histoire et
la théologie. Ceci nous fait découvrir que les hérésies concernant l’incarnation se trouvent être
de la même nature que celles concernant l’histoire. S’il convient de distinguer histoire humaine
en tant qu’actions de l’homme et histoire sainte en tant qu’actions de Dieu saisies par la
théologie, cela doit se faire sans séparation ni confusion.
L’enjeu du rapport entre théologie et histoire n’est rien de moins que de donner toute
sa valeur et sa consistance à l’histoire en mettant Dieu en son centre. Pleinement humaine, en
tant qu’elle est le moyen pour chacun d’entre nous de nous épanouir et de participer à
l’édification d’un monde, elle est comme le note le théologien Hans Urs von Balthasar, « le
véhicule que Dieu a choisi pour déployer sa grâce afin que ce monde fait pour l’homme soit
aussi le monde où l’homme se trouve en Lui ».
Mais que vaut pour l’athée cette histoire où Dieu n’est pas rendu présent ? En sens
inverse, que vaut pour le croyant cette histoire où l’homme est déjà dans l’eschatologie ? On
pourrait répondre à la seconde question que la perspective eschatologique perpétuellement imminente est ce qui communique une intensité incomparable à chaque instant de la vie,
puisque le croyant doit toujours le vivre comme si non seulement il était l’ultime mais aussi le
plus déterminant. Quant à l’athée, cette histoire peut-elle lui être comprise vraiment sans la
Bonne Nouvelle qui l’accompagne ?
Bonne et Sainte Nouvelle année du Seigneur 2018.

Abbé Alexis de Monts

Lectures dominicales du 31 décembre

Déc 252017
 

Noël est de loin la fête la plus chère au peuple chrétien, et dépasse les strictes limites de la liturgie ; c’est la fête la plus entourée d’un imaginaire populaire, d’une atmosphère particulière, qui sont comme un complément au récit, d’ailleurs assez succinct, des Evangiles. En effet, qu’y-a-il de plus gracieux, de plus aimable qu’un petit enfant ? « Personne n’a jamais vu Dieu », dit Saint Jean (1,18), mais son Fils nous l’a fait connaître, en se montrant justement sous l’aspect d’un nouveau- né. Si Dieu dans l’Ancien Testament était plus craint qu’aimé, comment pouvait-Il attirer l’homme à lui par l’amour, si ce n’est pas par un frêle enfant ? Quelle merveille Dieu n’a-t-il donc pas accomplie en s’incarnant, en se glissant, pour ainsi dire, dans les étroitesses d’une chair d’enfant et en prenant pour demeure le sein d’une vierge. « O bienheureuse enfance ! – s’écrie Saint Augustin – enfance qui répare la vie du genre humain ! O trois fois agréables et joyeux vagissements, par lesquels nous échappons aux grincements de dents et aux éternelles larmes ! O heureux langes avec lesquels nous essuyons les souillures des péchés ! O crèche splendide dans laquelle, à la place du foin des animaux, on trouve la nourriture des anges ! » (Sermo III de Nativ.).
Oui, le Verbe de Dieu n’a pas craint de passer neuf mois dans le sein de la Vierge Marie, ce tabernacle vivant, cette nouvelle Arche d’Alliance, qui ne contenait plus la manne, mais le pain vivant descendu du Ciel. Le corps de Marie, immaculé comme son âme, était sublimé, comme spiritualisé, semblait être transparent, ou plutôt évanescent dans la lumière du Verbe en elle, et est venu au monde comme un rayon de lumière à travers un cristal très pur, sans lui porter aucune atteinte. Le grand poète Dante fait dire à Saint Bernard cet éloge: « Vierge Mère, fille de ton Fils, humble et élevée plus qu’aucune créature, terme fixe d’un éternel conseil, tu es celle qui a tant a ennobli l’humaine nature, que son auteur ne dédaigna point de s’en revêtir. En ton sein se ralluma l’amour, par la chaleur duquel dans l’éternelle paix ainsi a germé cette fleur. Ici, pour nous, tu es en son midi le flambeau de la charité, et en bas, parmi les mortels, tu es la vraie fontaine d’espérance. » (Paradis, chant 33).
Laissant de côté les raisonnements théologiques, laissons parler le cœur, pour expérimenter, comme Marie, la proximité de l’Emmanuel, Dieu avec nous. Noël a une grâce qui touche l’homme au plus profond de son être, et le fait redevenir enfant : « bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ». Dans le regard de cet enfant qu’elle embrassait, chair de sa chair, elle y contemplait les abîmes de la Divinité. Le Fils de Dieu est passé par l’enfance, comme les autres enfants. Il avait besoin d’être nourri, choyé, embrassé, protégé, en régnant en même temps dans les Cieux. Il a été donc vraiment un enfant, avec les goûts, la psychologie, la faiblesse, les limites des enfants, tout en étant conscient d’être Dieu. Jésus enfant, ne feint pas de jouer, de pleurer parce qu’il avait faim ou d’aider plus tard saint Joseph, son très cher père adoptif, dans son atelier.
Comment parler de l’Enfant-Jésus, si ce n’est pas à travers le regard de Marie ? Le ressentir à travers les battements de son cœur, ses sentiments, ses émotions. Lorsqu’on tient un nouveau-né dans ses bras, spontanément, on croise son regard, on lui sourit, on ne se lasse pas de le contempler, on lui prend ses petites mains, on caresse ses petits doigts qui paraissent si menus. Eh bien, nous pouvons essayer d’imaginer la Sainte Vierge caressant son enfant, le couvrant de baisers. Elle savait qui était son fils, elle savait d’avoir porté dans son sein le Seigneur de l’Univers. Ses petites mains si frêles, sont celles par lesquelles le Dieu tout puissant à tout crée. Certes, Dieu Créateur n’avait pas de corps, étant pur esprit, mais en s’incarnant il a assumé une nature humaine, un corps et des mains ; des mains qui, des années plus tard, toucheront notre infirmité, consoleront, guériront des maladies, chasseront les démons, formeront en nous l’homme nouveau, et… seront enfin transpercées par des clous.
« Si nous mettons nos mains dans celles de l’Enfant divin, si nous répondons oui à son « Suis-moi », alors nous sommes à lui et il n’est plus d’obstacle au passage de la vie divine en nous. Nous commençons alors à vivre de la vie éternelle. Certes, nous ne jouissons pas encore de la vision bienheureuse dans la lumière de gloire. Nous cheminons toujours dans l’obscurité de la foi, mais nous ne sommes plus entièrement de ce monde, nous appartenons déjà au royaume de Dieu…Quand la Vierge, bienheureuse entre toutes, prononça son Fiat, le royaume de Dieu apparut sur la terre et elle en fut la première servante. Caresser les mains de Dieu…c’est comme lui dire : tout ce que tu feras pour moi est le signe de ta tendresse pour moi. Ta volonté s’exprime aussi dans tes mains si fragiles…Seulement dans le Christianisme, Dieu laisse « toucher » sa volonté. » (Mystère de Noël, sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, Edith Stein).
Quelle que soit la décadence humaine, l’Innocence même est venue se faire caresser par les pécheurs, dans la certitude que l’amour mendié par un enfant, c’est à dire la révélation de la beauté non affectée par le mal, est l’arme la plus puissante pour convertir au bien un cœur obstiné, en l’enrôlant dans l’armée lumineuse des fils de Dieu.

Saintes et Joyeuses fêtes de Noël !

Don Carlo Cecchin

Déc 182015
 

Vite, elles se rencontrent Marie et Elisabeth. Chacune a quelque chose d’important à apprendre à l’autre. Quand on va visiter un ami, c’est que Dieu est avec nous et que nous avons quelque chose à recevoir de Dieu. Nous sommes tous en « visitation ».

Nous avons été créés pour que Dieu vienne nous visiter. A Noël, nous sommes ces pauvres bergers et Dieu le trois fois Saint envoie les anges nous inviter. Et Dieu le trois fois Saint, c’est un bébé que sa maman berce et qui nous reçoit dans une étable.

Noël nous donne d’être humains parce que Dieu nous invite et que nous invitons les amis et la famille à partager un peu de joie, un peu de paix un peu d’amour. Le monde autour de nous ne sait ou ne sait plus être humain.

À Noël, il vaut la peine de retrouver l’hospitalité et le temps des cadeaux. Il vaut la peine de construire un temps de paix, de se donner et de donner. Non pas d’oublier, mais de trouver un peu de joie et de la force pour demain.

C’est une espérance qui vient dans le froid du monde, c’est une espérance qui traverse le brouillard, c’est une espérance qui efface la peur. Levez vous tous les boiteux, les petits miséreux, venez, les poings ne sont plus serrés, ni les visages, fermés.

Le discours de justice et de paix ne remplace pas l’invité qui vient t’écouter te parler et fait naître avec toi la paix. Il faut se rencontrer même pour rire ou se disputer, entremêler notre façon de parler en le silence d’un nouveau né qui est venu pour se donner et nous chantons ce vieux Noël :

« Oh divin enfançon qui chez nous vient de naître
Pour nulle autre raison que pour la paix y mettre
Au doux pays de France, donner la paix, donner la paix. »

Abbé Georges PÉRIÉ

Lectures dominicales du 20 Décembre