Nov 022018
 

Ces temps difficiles pour l’Église sont pour nous l’occasion de réfléchir sur notre Foi et sur notre appartenance à l’Église Catholique. Certains l’ont déjà quittée, et pas seulement à cause des scandales qui la défigurent, car depuis des années, il y en a qui veulent faire rayer leur acte de baptême des registres paroissiaux, comme si on pouvait effacer le caractère baptismal de notre âme par un simple acte administratif. Certains ont été déçus par l’Église, d’autres sont déçus par Dieu, ou « en veulent » à Jésus parce que les choses ne vont pas comme ils auraient voulu. Mais tous ces gens, que cherchaient-ils auparavant ? Tous ceux qui quittent l’Église, quelle Foi avaient-ils ? Foi en l’humanité ? Aux prêtres ? Aux évêques ? Ou même au Pape ? L’objet de notre Foi est Notre Seigneur Jésus Christ, « Tête » de l’Église qui est son « Corps mystique » ; c’est elle qui continue la mission de Jésus de sanctifier les hommes. L’Église appartient au Christ, non au Pape, bien que ce dernier soit le successeur de Pierre et le Vicaire de Jésus Christ. Comment croire en l’Église Sainte, vue la défaillance de certains de ses pasteurs et de beaucoup de ses membres ? Ne sommes-nous pas tous pécheurs ? Certes, les scandales, surtout ceux de ses ministres, défigurent son image, mais néanmoins, selon la belle expression du Pape François : « la sainteté est le plus beau visage de l’Église ». Moïse lui- même s’était posé la question de continuer ou non à guider les Hébreux à la « nuque raide », selon l’expression même de Dieu, face à leur infidélité. Les prêtres aussi pourraient se dire : à quoi bon continuer à proclamer la Parole de Dieu, si on ne voit aucun changement ? Jésus lui- même, parfois, était consterné par ses disciples. Et nous, sommes-nous meilleurs ? « Dieu a choisi ce qu’il y a de faible » (1 Cr 1,27), c’est le mystère de l’Eglise ! Bien entendu, je ne citerai pas le triple reniement de St Pierre, qu’il a regretté amèrement toute sa vie, car il n’avait pas encore reçu l’Esprit Saint, qui l’a confirmé en Grâce. Et comment les premiers chrétiens ont-ils pu supporter d’être massacrés avec toute leur famille sans « en vouloir à Jésus » ? Souvent, nous crions : et Dieu dans tout cela, où est-il ? En réalité, il n’est jamais loin, il est toujours là, à nos côtés ! Certes, il y a eu les lapsi, ceux qui ont sacrifié aux dieux par peur ou par faiblesse. J’aurais voulu nous y voir ; Peut-être, cela pourrait se reproduire un jour, même chez-nous… Lors de l’hérésie arienne qui niait la divinité de Jésus, hérésie majoritaire dans l’empire romain avec le soutien des empereurs, qu’aurions-nous fait ? Et pendant qu’il y avait deux, voire trois Papes au XVe s. ? Et au XVIe s., avec la prétendue Réforme, qui a eu comme prétexte la corruption de Rome et du clergé : fallait-il rejeter l’Église ? Le Concile de Trente s’acheva vingt ans plus tard, avec une véritable réforme. Les temps sont toujours très longs dans l’Église, et pour changer le cœur des hommes, il faut beaucoup de temps, à commencer par le nôtre. Benoît XVI dit que « dans le rêve humain d’un monde sauvé, la sainteté est imaginée comme si on n’était pas touchés par le mal et le péché, comme s’il n’y avait pas de mélange » entre le bon grain de blé et l’ivraie.

Une église de purs est tout simplement une utopie, un leurre, et en tous cas, une réalisation impossible si ce n’est au Ciel, lors de la séparation définitive du bien et du mal. Jésus, n’est-il pas venu pour chercher celui qui était perdu, c’est à dire nous tous ? On parle souvent des « Cathares », mot qui signifie « les purs », sans trop savoir ce qu’ils étaient vraiment : leur doctrine menait à une société cauchemardesque, parce que d’une rigueur intransigeante, qui conduisait aux pires abus. L’adage suivant est toujours d’actualité : « Qui fait l’ange fait la bête». « Et bien, continue Benoît XVI, l’Église n’est-elle pas le prolongement de ce partage de table de Jésus avec les pécheurs, se mêlant (sans en être atteint) à la pauvreté du péché, au point d’être accusé de sombrer en celui-ci. Dans la sainteté de l’Église, pas assez sainte selon les attentes humaines d’une pureté absolue, ne se révèle peut-être pas la vraie sainteté de Dieu qui est amour, mais non pas un amour qui se réfugie derrière un noble détachement d’une pureté inapprochable, mais un amour qui se mélange avec la saleté du monde pour l’en purifier ? ».

Le Christ a voulu cette Église ci (non pas ses péchés, bien entendu) et n’en a pas voulu une autre réservée aux parfaits et composée exclusivement de saints, bien qu’elle soit la « Mère » d’une multitude « de Saints » qu’elle a elle-même engendrée. Cette Église, a-t-elle toujours eu un clergé et des fidèles sans péchés et à la doctrine parfaitement catholique ? Certes, la faute des pasteurs est encore plus grave ! Souvent, ceux qui quittent l’Eglise le font parce qu’ils ne sont plus d’accord avec les positions morales ou doctrinales fondamentales de l’Église. Hélas, une grande partie de catholiques ne semble d’ailleurs pas avoir des pensées très éloignées des fausses opinions publiques sur ces sujets. St Augustin disait : « Si tu crois à ce qui te plaît dans les Évangiles et si tu rejettes ce qui ne te plaît pas, tu ne crois pas à l’Évangile mais à toi même ». Aimez l’Église, elle est notre Mère : en elle se trouve la Grâce qui sanctifie, la plénitude des moyens de salut et c’est par elle que nous sommes sauvés. Elle est sainte par son origine, sainte par ses moyens surnaturels que sont les sacrements, sainte parce qu’elle sanctifie, sainte par ses innombrables saints qui sont des exemples extraordinaires de vertus. Le Christ lui-même « a aimé l’Église, il s’est livré pour elle ; il voulait la rendre sainte en la purifiant par le bain du baptême et la Parole de vie ; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni aucun défaut ; il la voulait sainte et irréprochable ». (Eph. 5,27). Ses supposés péchés ne sont pas les siens, mais les nôtres ! Aimez aussi vos prêtres; ils devraient être l’exemple du troupeau, il est vrai, mais ayez miséricorde envers eux, car ils partagent les mêmes faiblesses que vous. Eux, ils sont là pour nous transmettre le pardon de Dieu. Nous savons tous combien il est difficile de lutter contre ses défauts.

J’espère que la Fête de la Toussaint ait augmenté en nous le désir de cette Patrie céleste qui nous attend. Car notre vocation est de devenir des saints et notre fin ultime est d’aller au Ciel. Je termine par la Ière strophe de « La Pentecôte », poésie magnifique d’Alexandre Manzoni (1785- 1873), poète et écrivain catholique italien : « Mère des saints, image de la cité céleste, éternelle conservatrice du Sang incorruptible, toi qui depuis de si longs siècles combats et pries, et te déploies à travers tous les océans (…), Champ de bataille pour ceux qui espèrent, Église du Dieu vivant ! ». Autrement, « À qui irions-nous Seigneur ? Toi seul a les paroles de vie éternelle » (Jn 6,68-69), et l’Église Catholique ton Épouse Mystique et notre Mère, nous a engendrés à la Grâce et nous accompagne vers Toi, vers l’éternité bienheureuse. Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus exprime cette béatitude éternelle en disant : « Ô mon Dieu, vous avez dépassé mon attente ! » ; oui, nous serons comblés bien au-delà de tout ce que nous aurions pu imaginer.

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 4 novembre

Oct 072018
 

Mois du Rosaire

Le 29 septembre, fête de St Michel Archange, par un communiqué de presse du Vatican, le Pape invitait tous les fidèles à prier le chapelet pendant le mois du Rosaire : « pour protéger l’Église du diable ». Dans l’esprit du Pape, cette prière quotidienne du chapelet doit permettre aux catholiques « de s’unir en communion et en pénitence, comme peuple de Dieu, pour demander à la Sainte Mère de Dieu et à Saint Michel archange de protéger l’Église du diable qui cherche toujours à nous séparer de Dieu et à nous diviser ». Il a également invité à réciter la prière de Léon XIII à St Michel et également la belle prière Sub Tuum Praesidium : « Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu. Ne méprise pas nos prières quand nous sommes dans l’épreuve, mais de tous les dangers délivre-nous toujours, Vierge glorieuse et bénie », sans doute la prière la plus ancienne adressée à la Ste Vierge (IIIe s.). Tous devraient apprendre par cœur ces deux prières. La T.S.Vierge Marie est la Mère de l’Église et le glorieux Archange en est le protecteur. Inutile de vous dire que l’Église est actuellement en proie à une tempête terrible à cause des problèmes moraux que vous savez, mais ils sont, en quelque sorte, le reflet de la crise de la Foi elle-même. Les ennemis sont à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église. C’est pour cette raison que, justement, le Pape nous invite à la récitation du chapelet, car c’est la prière par excellence en cas de détresse, de danger, de problèmes familiaux, d’épidémies, de guerres, de disette, de défense de la Foi. Le chapelet a été également toujours associé aux victoires de Marie et de l’Église. C’est grâce au chapelet que la flotte chrétienne a pu vaincre la flotte turque à Lépante le 7 octobre 1571, en conjurant une invasion en Europe. Certes, les temps ne sont plus les mêmes, ou plutôt si, mais en pire… On me dit souvent qu’on a du mal à réciter le chapelet, que c’est ennuyeux. Lorsque je conseille le chapelet en général et en particulier aux personnes âgées, souvent elles me répondent qu’elles ont du mal à réciter ne serait-ce qu’une dizaine ; Pourtant, par cette prière, ils auraient une vision plus spirituelle de leur vie qui n’est pas toujours facile, plus de courage et de confiance aussi ; Tous les après-midis on peut suivre le chapelet des malades de Lourdes, sur KTO ou sur Radio Notre Dame. Pour prier le chapelet, faut-il attendre d’en avoir envie ? On ne le dirait jamais, ou presque, sauf, peut-être, quand on a quelque chose à demander à Dieu…Pourtant, ce n’est pas pour plaisanter que la Ste Vierge à Fatima nous a demandé de réciter le chapelet contre les maux qui affligent le monde. Si le chapelet nous devient familier, les doux noms de Jésus et de Marie seront toujours sur nos lèvres, comme une louange qui ne cesse jamais ; ils seront aussi sur nos lèvres au dernier soupir, et seront les premiers que nous prononcerons en allant à la rencontre du Seigneur et de la Vierge Marie. Oui, c’est avec les noms de Jésus et de Marie sur mes lèvres que je veux quitter ce monde…Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus nous assure que : « par le chapelet on peut tout obtenir », et elle ajoute : « selon une gracieuse image, c’est comme une longue chaîne qui relie la terre au Ciel : un bout de celle-ci est dans nos mains, mais l’autre est dans les mains de la Ste Vierge (…). Le chapelet monte au Ciel comme de l’encens jusqu’aux pieds du Tout-Puissant, et Marie le renvoie sous forme d’une rosée bienfaisante qui régénère les cœurs ». Si vous saviez combien de beauté et de douceur renferme le chapelet ! Il unit harmonieusement le Notre Père, le Je vous salue Marie et le Gloire au Père à la contemplation des principaux mystères de notre Foi, que l’on ne se remémore pas assez souvent. Dans le chapelet, la prière vocale, la voix et les lèvres, est seulement au service de la contemplation faite par le cœur ; car énoncer et contempler les mystères, c’est nous mettre en leur présence, s’y introduire tel un personnage de plus, les « savourer » avec un regard plein de foi, d’amour et de confiance, c’est entrer dans un jardin spirituel pour s’y réfugier face à un monde qui essaye de nous faire oublier Dieu : oui, c’est entrer dans la roseraie, le jardin de Marie. Notre religion n’est-elle pas celle de l’Incarnation, de la contemplation de Jésus, image du Père ? Être catholique n’est pas seulement apprendre dans des livres, fussent-ils saints – autrefois, beaucoup ne savaient pas lire – mais aussi « regarder », contempler, apprendre d’une Mère, la Vierge Marie, en inclinant la tête sur son cœur, comme un enfant qui trouve ainsi la paix et le repos ; Autrefois, on apprenait en voyant les statues des façades des églises romanes et gothiques, les cycles de fresques, les calvaires, les mosaïques, etc. : c’est ce qu’on appelait la « Bible des pauvres ». Notre éternité même sera de contempler la vision de Dieu et l’humanité de Jésus transfigurée par la divinité. Ma grand-mère, par exemple, n’a jamais lu la Bible, pourtant elle avait une grande Foi, une connaissance intuitive, le sensus fidei, cet instinct surnaturel qui lui permettait de reconnaître la doctrine et la pratique chrétiennes authentiques et d’y adhérer. La Vierge Marie elle-même ne comprenait peut-être pas tout ce que faisait son Fils, mais elle « savait », oui, plus qu’aucun autre, et « conservait toutes ces choses en les méditant dans son cœur » de mère. On peut avoir suivi des cours bibliques, se croire « chrétiens adultes », et ne pas avoir assez de Foi, car Dieu se révèle à ceux qui se font petits, aux humbles, aux simples à ceux qui ont un cœur d’enfant. Ce sont eux qui ont la vraie sagesse des choses de Dieu. Le chapelet est cette prière des pauvres, des humbles, des simples, et des…saints ! Comme je trouve émouvant de voir parfois des chapelets usés, consumés même, par tant de prières. Porter son chapelet au cou, dans son sac ou dans sa poche ne sert à rien, si ce n’est pour l’avoir sous la main et l’égrener souvent…Voulez-vous survivre à ce monde devenu fou plus que jamais ? Récitez le chapelet ! Écoutons donc la parole du Pape et prions le chapelet seul ou en famille. L’Église en a besoin et vous recevrez de grandes grâces. Bon mois du Rosaire à vous tous !

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 7 octobre

Sep 162018
 

L’actualité mondiale et, en particulier, ecclésiale, n’étant pas des plus réjouissantes, je vais pour cet éditorial vous faire part de mes réflexions de voyage, juste pour nous permettre de nous évader un peu : ce fut un voyage en voiture assez long commencé depuis Paris, via l’Italie, en traversant les plus grands pays (jadis) catholiques tels que l’Italie, la France, l’Espagne et enfin le Portugal, la terre de Marie ! Oui, tout comme la France, l’Italie (c’est nous qui avons la maison de Nazareth à Lorette !), et l’Espagne sont aussi catholiques !

Les longs voyages en solitaire sont propices à la réflexion, à la curiosité, au rêve, et à la prière aussi, pourquoi pas, on peut bien prier aussi en conduisant une voiture, cela nous fait éviter de maugréer contre le prochain. Partout où l’on va, tout rappelle notre Foi, car elle a marqué profondément notre histoire, notre culture et les paysages. André Malraux écrivait : « Une civilisation, c’est tout ce qui s’agrège autour d’une religion ». C’est donc aussi tout ce qui se désagrège en même temps qu’elle.

De l’autoroute on voit partout au loin des églises et des clochers. Voici un petit aperçu : à peine parti, en passant par Vicenza j’aperçois sur une colline le sanctuaire de Monte Berico, où la Sainte Vierge est apparue. Là, je demande à la Vierge Marie de me protéger pendant le voyage. A Vérone, je ne pense pas à Roméo et Juliette, rassurez-vous, mais à St Pierre Martyr, dominicain ; un peu plus loin, à Vercelli, à St Eusèbe ; en croisant Ovada, un petit bourg vers la Ligurie, ma pensée va vers St Paul de la Croix, ce grand saint fondateur des Passionistes, qui y est né. En laissant Gênes à ma gauche (pour le vénitien que je suis, mieux vaut l’éviter), à quelques kilomètres après le Pont Morandi, qui s’est écroulé tragiquement – j’ai toujours été un peu inquiet en le traversant – il y a le sanctuaire de l’Enfant-Jésus de Prague à Arenzano. Parfois je m’y arrête. En arrivant en France, le paysage ne change pas tellement, sauf un peu plus loin, avec le massif de l’Estérel. En continuant mon voyage, je vois au loin la Sainte-Baume, puis, Arles, Montpellier, la Via Domitia (les Romains sont passés par là…), Béziers, Perpignan. Vers la frontière espagnole, à Arles-sur-Tech dans les Pyrénées, j’ai un jour visité le tombeau miraculeux des Sts Abdon et Sennen Martyrs. Ce tombeau fermé et soulevé de terre continue à se remplir d’une eau très pure (j’ai pu obtenir quelques petits flacons). Après Barcelone, je sors de l’autoroute, et je vais en direction de Manrèse et du Monastère de Montserrat (Mons Segatus, le massif ressemble vraiment aux dents d’une scie), et là je ne peux pas m’empêcher de penser à St Ignace de Loyola. Après une journée entière de voiture, je passe la nuit à Saragosse, près du très célèbre Sanctuaire de Notre-Dame du Pilar. Après Madrid il y a la ville murée d’Avila qui évoque la Grande Thérèse, St Jean de la Croix et St Jean d’Avila. Après 2000 km, j’aperçois au loin de magnifiques cathédrales, des églises, des monastères encore habités ou abandonnés, des ermitages, des chapelles solitaires et presque inaccessibles, et je me demande à quoi elles pouvaient bien servir si isolées ? Comme les sculptures invisibles des cathédrales, elles sont là uniquement pour la gloire de Dieu. C’est une « présence », comme des sentinelles de l’invisible, des paratonnerres pour ce monde en perdition. Mêmes certaines paroisses parisiennes sont devenues cela : une « présence », dans des quartiers qui comptent désormais peu de chrétiens, mais où les églises sont toujours là, témoins du Christ.

La destruction des églises de villages parce que on n’a plus les moyens de les entretenir, ou, plutôt, parce qu’il n’y a plus personne qui vient y prier, est un signe inquiétant. Une maison qui n’est plus habitée se dégrade vite. Pour les églises, c’est la même chose, si elles sont laissées à l’abandon, sans fidèles qui y prient, sans que le Saint Sacrifice de la Messe y soit célébré, sans cette « Présence », invisible certes, mais néanmoins bien réelle du Saint Sacrement, elles dépérissent et meurent. Autrefois, le bon Peuple de Dieu, bien plus pauvre qu’aujourd’hui, avait à cœur d’entretenir son église, souvenir des générations passées, témoin de nos vies, des heures joyeuses comme des heures douloureuses. Les mairies ne peuvent pas ou ne veulent plus entretenir les églises, les laissent se dégrader afin que la détérioration devienne irréversible et finalement les détruisent pour faire place à un parking ou à une grande surface, nouveaux temples du consumérisme, ou à une…mosquée.

Si les fidèles ne reprennent pas le chemin de l’église, tout ou presque est destiné à disparaître. Certes, le problème est complexe et les prêtres aussi font défaut, c’est un cercle vicieux ! Après la pastorale de l’« enfouissement », il est temps pour les catholiques de réagir, car la civilisation chrétienne et notre Foi sont en danger ! En 1969 (déjà), le futur Benoît XVI avait fait cette prédiction : « …de cette crise surgira « une Église qui a perdu beaucoup : bâtiments, fidèles, prêtres, privilèges sociaux, une Église ainsi devenue une « minorité », plus spirituelle, mais aussi plus vigoureuse et missionnaire », en repartant de zéro, comme aux origines… ». Cela, nous le vivons déjà un peu, mais l’histoire peut-elle aller à reculons après 2000 ans de Christianisme ?

En tous cas, il n’y a rien de pire que la résignation : nous allons toujours de l’avant, vers Quelqu’ « Un » : Jésus Christ, Prince des siècles, maître du temps, de l’histoire et des cœurs. Arrivé à Fatima, non comme simple pèlerin car je suis aussi chez-moi, ma perception est différente. Fatima n’est pas une ville, mais un sanctuaire entouré d’hôtels, de magasins (moins qu’à Lourdes) et de quelques maisons. Après le centenaire, il y a eu cet été un peu moins de monde. Tout était étrangement calme, jusqu’à ce que soudainement Fatima se remplisse de pèlerins lors du rassemblement mondial des Équipes Notre-Dame. J’ai pu saluer quelques têtes connues comme Mgr de Moulin-Beaufort. C’est la nuit, après tous les offices, que je préfère prier dans la Capelinha des apparitions. Après le chapelet, il y la procession aux flambeaux, où l’on voit la statue lumineuse de la Vierge Marie qui semble accompagner cette humanité souffrante.

Cette année, j’y ai vu plus de soutanes que d’habitude : n’en déplaise à certains, c’est bon signe ! Ce qui m’a ému jusqu’aux larmes, est de voir des enfants et des adolescents faire, à genoux, le trajet entre la nouvelle basilique et la chapelle des apparitions : la chose n’est pas si facile, je vous assure ! Ils arrivent tous à la chapelle en chancelant ou à quatre pattes. J’ai vu des familles entières faire cela, avec des papas et des mamans qui portaient un enfant dans les bras. Quelle épreuve pouvaient-ils avoir ? Mon rosaire doublait alors d’intensité pour eux. La prière et les sacrifices des enfants sont très chers aux Cœurs de Jésus et de Marie. A certains, le message de Fatima pourrait paraître sombre alors qu’il apporte pourtant une grande espérance : « …à la fin mon Cœur Immaculé triomphera ! ». C ‘est dans le silence intime de la nuit, brisé parfois par un chant improvisé et discret, par les sanglots d’une âme en peine ou le bruit des genoux qui frottent sur le pavé lissé en faisant un pépiement étrange, qu’on apprend à goûter le chapelet. C’est l’une des grâces de Fatima.

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 16 septembre

Mai 112018
 

Le 23 avril dernier, le jour même où le Prince Louis de Cambridge est né, un autre enfant a été condamné à mort, et à une mort lente, par un juge qui avait déclaré sa vie « futile » : ce petit enfant s’appelait Alfie Evans, 23 mois, qui souffrait, parait-il, d’une grave maladie neurovégétative, mais sans qu’aucun diagnostique n’ait été fait. Pour le premier, de nombreuses personnes ont attendu jour et nuit à l’entrée de l’hôpital pour être au premier rang lors de l’annonce de la naissance du petit prince. Pour le deuxième, devant un autre hôpital, et dans le monde entier, on priait et on espérait, puisque la loi britannique avait statué que pour son « best interest » on devait interrompre les soins. Ainsi va le monde : est-il injuste ? Oui, mais heureusement, il y a une justice divine…Il y a des enfants qui meurent tous les jours, hélas, mais faut-il que ce soit par injonction de justice et avec l’interdiction de porter l’enfant à la maison (pour mon père mourant, j’avais signé une décharge pour qu’il meure en paix chez-lui), ou même dans un autre hôpital, puisque l’Hôpital de l’Enfant-Jésus de Rome était prêt à l’accueillir, pour essayer de trouver d’autres traitements. Pour cela, on lui avait même donné la nationalité italienne ; les Italiens, on le sait, ont le cœur plus tendre que les britanniques ! Le Pape et le Président polonais Andrzej Duda ont intercédé en sa faveur. Hélas, puisque Alfie avait été condamné à mort, il fallait donc que « justice » soit faite : on lui a enlevé l’oxygène, l’hydratation, la nourriture. Or, contre toute attente, il a continué à respirer pendant quatre jours, avec interdiction de continuer les soins. Un barrage policier empêchait même qu’on puisse l’aider. On espérait un miracle et des veillées de prières ont été organisées de par le monde. Ce qui est suspect, c’est qu’en ayant suspendu tout traitement et son état étant stable, on lui ait administré quatre médicaments deux heures avant qu’il meure le 28 avril. J’ai oublié de vous dire qu’il était catholique et baptisé. Cependant un miracle s’est produit : celui de révéler la pensée de beaucoup de cœurs, et la prise de conscience sur ces sujets si importants. En cette période des états généraux de la bioéthique, où deux conceptions de l’homme s’affrontent, le cas d’Alfie est emblématique : il y a bien eu un acharnement, un acharnement euthanasique. Notre société est devenue une société mortifère qui se charge de nous étourdir par les vices et les activités ludiques afin de nous supprimer quand on ne sert plus à rien. L’écrivain- philosophe anglais Aldous Huxley (1894-1963), dit que « la dictature parfaite aura le semblant de la démocratie, d’une prison sans murs où les prisonniers ne rêveront jamais de fuir. Un système d’esclavage où, grâce au consumérisme et au divertissement, les esclaves aimeront leur esclavage ». Ne vivons-nous pas dans une société hédoniste, dans une recherche effrénée de paradis artificiels, comme pour fuir la réalité ? Certes, avec les progrès de la médecine nous sommes confrontés à de nouvelles problématiques, mais comment les traiter ? Par exemple, l’État doit-il décider contre l’avis des parents ? Ou bien, ceux qui ont l’autorité parentale, ont-ils un droit de vie ou de mort sur leur enfant, comme l’avait le père dans les sociétés pré-chrétiennes ? Il suffit de voir les abus qui se font en Belgique et en Hollande au sujet de l’euthanasie. Avec l’eugénisme, le malthusianisme (T. Malthus était un pasteur anglican), l’avortement post-natal, qui est déjà préconisé et pratiqué discrètement, la GPA, la PMA, l’euthanasie, etc. les « heures sombres de l’histoire », dont on parle tant, ne sont pas si éloignées que cela. Êtes-vous déprimés ? Aucun problème, faites appel à des associations et un ange de la mort très « compatissant » sonnera à votre porte avec un breuvage mortel. Le Pape François a déploré la culture du déchet qui imprègne notre société : vieillards, malades, porteurs de handicap et personnes inutiles à la société, gare à vous ! La personne humaine doit-elle se définir uniquement par son corps, juste de la matière, un simple amas de cellules, comme on traite d’ailleurs les fœtus ? Les lois de bioéthique qui vont être votées dans un futur proche, le seront par des députés pour la plupart sans Foi, ni principes moraux sains. Sous couvert de laïcité, ils vont expurger des lois le peu qui reste de l’éthique chrétienne et du droit naturel. N’oubliez pas que c’est notre vie et celle de nos enfants qui sont en jeu, car à l’horizon se profile une société cauchemardesque, inhumaine. La Loi de Dieu change-t-elle selon la perception des hommes ? La Parole de Dieu est-elle réformable selon les époques, comme semblent le faire entendre certains ? Regardez l’état des autres dénominations chrétiennes en Europe du Nord : elles se sont diluées dans le monde comme du sel qui a perdu sa saveur ! A quoi bon alors continuer de croire et pourquoi ? On parle de plus en plus de l’insignifiance des catholiques dans la société, et pour cause : à force de cacher le « levain dans la pâte », par une certaine idéologie de l’« enfouissement» nous avons creusé notre propre tombeau. Il n’y a plus seulement de pensée « liquide », c’est la Foi qui s’est…évaporée ! Doit-on mettre la lumière sous le boisseau ? (Mt 5,14) ; Ne doit-on pas crier sur les toits ce que nous entendons au creux de l’oreille ? (Lc 12,3). Les positions de certains mouvements soi-disant catholiques sont symptomatiques d’une grave crise morale et doctrinale. Récemment, le gouvernement de la Bavière a demandé qu’il y ait une croix dans tous les établissements publics : au-delà des fins politiques, faut-il que des évêques y soient opposés ? Il semble que oui. Sans tarder, il nous faut se poser cette question : comment en sommes-nous arrivés à une telle situation dans l’Église ? Les premiers chrétiens vivaient dans une société analogue à la nôtre, mais n’essayaient pas d’imiter les païens, ni de pactiser avec leurs mœurs, comme on le fait aujourd’hui, hélas ! Tous n’étaient pas saints, certes, mais en général, ils avaient une Foi plus forte que la nôtre. Voici ce que dit la lettre à Diognète, texte de la fin du IIe siècle :

« Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes…Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens…Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés…Ils sont dans la chair, mais ne vivent pas selon la chair… ». Et la Didaché (avant 130 ap. J.C.) : « Tu ne tueras point d’enfants, par avortement ou après la naissance » et exhorte à ne pas suivre l’exemple des païens qui sont : « persécuteurs des hommes de bien, ennemis de la vérité…qui n’ont pas de pitié pour le pauvre et ne se mettent pas en peine des affligés…meurtriers d’enfants et meurtriers par avortement des créatures de Dieu… ». Cela ne veut pas dire que les chrétiens étaient ou soient sans péchés, loin de là, mais du moins nous ne les justifions pas devant Dieu. Peut-être, les Iers chrétiens étaient un peu avantagés par rapport à nous, car les païens étaient religieux, et il était peut-être plus facile de démonter leurs mythes absurdes que de convaincre l’homme moderne de son vide spirituel abyssal. Il y a quelque temps, un tag sur un mur disait : « les dieux reviennent !». Oui, le « sommeil de la raison engendre des monstres » (titre d’une eau-forte inquiétante de Goya, 1799), mais pas dans le sens que lui donne la philosophie déiste et anticatholique des « Lumières ». Le sommeil de la religion aussi engendre ses « monstres ». Jésus est venu nous en libérer. Le monde n’est plus chrétien, certes, et c’est aussi de notre faute. Comme je l’avais déjà dit dans un précédent édito, les chrétiens désormais ne luttent pas seulement pour eux-mêmes, mais pour la survie de l’homme, ils sont la conscience du monde. Notre vision du monde n’est pas une vision parmi d’autres, une opinion, un prétexte pour donner un sens à la vie, un rêve. Non, c’est la réalité, car Dieu est ! « N’ayons pas peur ! »

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 13 mai