Jan 122019
 

Tous les mystères de notre Foi sont empreints d’une grande beauté, divine et humaine à la fois, comme par exemple ceux du cycle de Noël que nous vivons actuellement, mais aussi chaque page d’Évangile

La raison en est que notre religion est la « religion de l’Incarnation » : Jésus-Christ est l’image du Dieu invisible. Dieu est Vérité, Bonté et Beauté infinies : « Beauté ancienne et toujours nouvelle », dit St Augustin, « …parce que Dieu est beau, le Verbe auprès de Dieu est beau, dans le sein de la Vierge Marie il est beau, où sans perdre la divinité a assumé l’humanité ; Le Verbe devenu enfant dans les bras de sa Mère est beau. Dans ses miracles, comme dans sa Passion, et dans sa justice […]Beau sur la terre, beau dans le ciel ».

Voilà pourquoi l’art chrétien qui essaye de reproduire l’Incarnation dépasse en quantité, en diversité de styles et en qualité n’importe quel autre. Voici ce que le grand Chesterton dit, non sans un brin de provocation, au sujet de l’Épiphanie : « Les trois Mages arrivèrent à Bethléem en apportant de l’or de l’encens et de la myrrhe. S’ils avaient apporté seulement la Vérité, la Pureté et l’Amour, il n’y aurait eu ni art, ni civilisation chrétienne ». Pourquoi ? Parce que cela aurait été trop abstrait. L’une des grandeurs et des beautés du Christianisme se trouve dans l’importance qu’on donne au « signe », qui ne se réduit pas à une simple abstraction ou intellectualisation. Au contraire, le Christianisme exige que le mystère soit manifesté à travers ce qu’on peut voir, toucher et contempler. Les Apôtres n’ont fait que cela « ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons… » (1Jn1,3), ils ont vu, écouté, touché Jésus. Voilà pourquoi Jésus a voulu la « matière » dans les sacrements, qui sont des signes sensibles. L’adoration aussi se fait par la beauté du lieu, de la liturgie, des objets, des signes, des gestes empreints de vénération et de respect, une musique digne, sans mondanité, etc.

C’est pourquoi, le Christianisme a pu produire une culture chrétienne et donc une civilisation. Il a engendré la beauté, dont la plus grande idéalisation de l’humanité est l’Immaculée Conception : « Tota pulchra, Vous êtes toute belle, ô Marie ». Cette beauté s’est toujours traduite par l’art sacré, malgré le clergé actuel qui, en général, n’a plus le goût du beau, loin s’en faut ! Mais, rassurez- vous, les fidèles, pour la plupart, non plus ! Enlevez des musées l’art chrétien, il restera peu de choses. Notre époque, que transmettra-t-elle à la postérité ? De la laideur, dans l’espoir qu’elle soit éphémère…

La soi-disant « église des pauvres » paraît être un mythe qui souvent tient plus d’une construction intellectuelle et idéologique, teintée d’une fausse « archéologie religieuse ». Regardez la beauté de l’architecture et de l’iconographie paléochrétienne. Il me vient à l’esprit le baptistère Néonien, dit des « Orthodoxes », à Ravenne, qui est d’une beauté sublime. Devrions-nous priver les pauvres de toute beauté religieuse et spirituelle ? Bien souvent, c’est la seule beauté qui leur reste et qui leur appartienne. Lorsque les Mages ont offert des présents somptueux, la Vierge Marie ne les a pas déclinés en disant de les donner aux pauvres. C’est Caïn qui offrait des rebuts à Dieu, « signe » de ce qu’il avait dans son cœur. De même, Judas aurait voulu vendre le parfum de Nard précieux dont Marie de Béthanie avait oint les pieds de Jésus, pour en donner le prix aux pauvres, mais en réalité pour s’en approprier. Pour le pauvre St Curé d’Ars, il n’y avait rien de trop beau pour célébrer dignement le Saint-Sacrifice de la Messe. Rappelons-nous l’écrivain Paul Claudel qui, alors qu’il attendait un ami au fond de la cathédrale Notre-Dame de Paris, retrouva la foi en entendant, par hasard, une chorale d’enfants chanter le « Magnificat ». Ces voix angéliques lui ouvrirent le chemin d’un retour à Dieu.

L’ancienne et vénérable Messe papale, aujourd’hui disparue, a converti beaucoup de monde par la beauté et la majesté du rite qui ressemblait plus à une liturgie céleste qu’humaine. La liturgie d’ici-bas est, en effet, à l’image de celle du Ciel. Il est évident que la beauté d’une liturgie n’est pas que dans le « décorum », c’est-à-dire la beauté des objets, des vêtements servant au culte, ni uniquement dans la beauté de l’intérieur de l’église, des vitraux. Il y a aussi les attitudes des célébrants et des fidèles, ce qui implique une attitude de recueillement et surtout les dispositions intérieures, sans lesquelles tout serait une coquille vide. Malheureusement, trop souvent les liturgies ne laissent que très peu de place au recueillement, à l’adoration, au silence, qui lui aussi est beauté. Puisque nous sommes un composé d’âme et de corps, les deux doivent participer à l’adoration, au culte de Dieu. Ce qui me désole le plus, c’est de voir dans les médias des Messes qui, trop souvent, ressemblent à un véritable cirque, avec des prêtres accoutrés en clown et des danses absurdes. Pour ne pas parler des concerts rock dans les églises, des soirées halloween, des réveillons et des banquets, mode qui se répand en Italie : si la messe n’est qu’un repas, alors tout est permis…

De savants ecclésiastiques m’ont vanté le mysticisme du béton armé. Je veux bien, Sainte Odile en est un exemple bien réussi, mais lorsque je vois la laideur de certaines églises modernes, à l’architecture post industrielle, une angoisse m’étreint le cœur : elles sont aseptisées, dépouillées, tristes, cauchemardesques et me donnent un sentiment de désolation. La perte du sens du sacré estompe la différence entre le bien et le mal, le vrai et le faux, le fas et le nefas latins, c’est à dire ce qui est ou n’est pas permis, en confondant le bien avec le mal !

Oh certes, la laideur n’est pas la pire chose que nous vivons aujourd’hui, mais un symptôme, un « signe » inversé de la perte de la Foi. Beaucoup se disent catholiques mais non pratiquants : je ne comprends pas trop ce que cela veut dire. D’autres affirment doctement : je suis catholique, mais je ne crois pas à la Divinité de Jésus Christ, à la Présence réelle dans l’Eucharistie, à l’Immaculée Conception, à l’Église, parce qu’elle est intolérante, etc.

La Foi n’y est plus. A quoi croient-ils ? A la « tolérance » ! Elle est devenue vertu suprême, alors que l’Évangile ne la cite même pas. D’après Chesterton, elle est « la vertu des hommes sans convictions », qui, de surcroît, n’aiment pas la dissension et sont donc intolérants à leur tour. Le fameux évêque américain Fulton Sheen avait dit : « La tolérance se transformera en indifférence entre le bien et le mal ». Il faut toujours adorer Dieu en esprit et en vérité, et la vraie beauté nous fait contempler la beauté incréée de Dieu.

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 13 janvier

Déc 142018
 

Dans toute attente, il y a toujours une certaine anxiété, car, malgré l’espérance qui la soutient, ily a aussi la crainte qu’elle puisse être vaine. Mais, l’attente du Seigneur n’est jamais vaine, car ilest fidèle à ses promesses, et sa venue ne peut pas être la cause de mauvaises surprises. Nous devons plutôt nous demander si nous sommes prêts à l’accueillir, à aller à sa rencontre…

 La liturgie de ce troisième dimanche de l’Avent veut justement nous rassurer, et s’ouvre par cette invitation tirée de la lettre aux Philippiens (4,4-5), à ne pas s’attrister, mais, au contraire, à nous réjouir par la proximité du Seigneur qui vient combler notre âme de joie : « soyez dans la joie, le Seigneur est proche ! ». La joie, oui, parlons-en ! Beaucoup me disent qu’à l’approche de Noël, ils sont tristes, sans savoir vraiment pourquoi, chose que je ressens parfois aussi. Pour certains,il y a des raisons bien réelles comme la solitude, la pauvreté, la maladie, la vieillesse. Souvent,cela se mêle à des raisons morales, comme par exemple les souvenirs, joyeux et tristes à la fois,d’un passé révolu, la nostalgie du temps passé ayant emporté les êtres aimés, la douceur de l’enfance comme une innocence perdue à jamais. Personnellement, comment oublierais-je les Noëls de mon enfance, si simples et modestes avec un ordinaire à peine amélioré et la chaleur moite d’une cuisinière à bois où chauffait toujours de l’eau qui faisait ruisseler les vitres couvertes de buée. Et pourtant nous étions joyeux ! Oui, parce qu’il y a un imaginaire de Noël, une atmosphère, une chaleur, un parfum, des sensations, une joie venant de la tendresse du Fils de Dieu fait homme, une présence qui se fait proche de nous, un signe qui va révéler les pensées intimes de beaucoup de cœurs, comme l’avait prophétisé le vieillard Siméon (Lc 2,33-35), mais aussi signe de contradiction. Il est étrange que ces signes de « contradiction » se voient plus à Noël qu’à Pâques. La crèche de l’Enfant-Dieu semble plus dérangeante que le tombeau vide du Christ Ressuscité, pourtant signe définitif de la victoire de Jésus sur le péché et sur la mort. Oui,la crèche dérange, on l’interdit, on la décrie. Même les prêtres s’y mettent, comme ce prêtre italien dit « engagé » qui a soulevé un tollé général il y a quelques jours en affirmant qu’il ne fallait pas faire la crèche par respect pour l’Évangile et pour les pauvres ! Comprenne qui pourra ! En revanche, toujours en Italie, une fillette de 10 ans a courageusement fait une pétition dans sa classe parce que le nom de Jésus avait été supprimé dans un chant de Noël. Elle a eu gain de cause.

On comprend un peu plus pourquoi le Royaume de Dieu appartient à ceux qui ressemblent à des enfants. On peut considérer Noël comme une fête familiale, sentimentale, solidaire, commerciale ou gourmande : mais pourquoi faire la fête ? Hélas, Jésus en est le grand oublié, mais cet échange de cadeaux, même entre non-croyants, rappelle indirectement, inconsciemment ce « Don » que Dieu a fait de son Fils à l’humanité toute-entière. A Noël, ce n’est plus Dieu qui, dans l’Ancien Testament, établit une relation avec les hommes, mais Dieu qui se rend présent, visible, humain,par son Fils incarné. Vertigineux !

Pourtant, si malgré tout Dieu permet des moments de désolation les jours de joie, il faut accepter ce que Dieu permet et trouver la « joie » et la « paix » en se conformant totalement à sa divine volonté. Il est alors possible que pendant les fêtes de Noël, nous puissions ressentir une certaine tristesse, nous soyons éprouvés, désolés, mais cela ne nous empêche pas d’être joyeux. Oui, en acceptant cet état d’âme et en l’offrant à Dieu, nous faisons sa joie et la nôtre. D’ailleurs, quelle est la vraie joie chrétienne ? Ce n’est pas l’alternative à toute souffrance, mais l’alternative au désespoir qui est de souffrir sans pouvoir donner de sens à ce qu’on vit et de ne pas pouvoir offrir ses souffrances, ses angoisses ou ses soucis à Dieu. Je prends comme exemple la Sainte Famille.Quelle créature était plus tournée, abandonnée en Dieu que la Sainte Vierge ? Marie est la figure centrale de l’Avent, toujours présente et pourtant si effacée dans son humilité. Qui pourra jamais imaginer ses sentiments, la joie intime de son Cœur Immaculé, alors qu’elle méditait les paroles de l’Ange ou le Magnificat, portait Jésus dans son sein à travers les contrées de Galilée et de Judée, ou le donnait au monde le jour de sa naissance ?

acceptant cet état d’âme et en l’offrant à Dieu, nous faisons sa joie et la nôtre. D’ailleurs, quelle est la vraie joie chrétienne ? Ce n’est pas l’alternative à toute souffrance, mais l’alternative au désespoir qui est de souffrir sans pouvoir donner de sens à ce qu’on vit et de ne pas pouvoir offrir ses souffrances, ses angoisses ou ses soucis à Dieu. Je prends comme exemple la Sainte Famille.Quelle créature était plus tournée, abandonnée en Dieu que la Sainte Vierge ? Marie est la figure centrale de l’Avent, toujours présente et pourtant si effacée dans son humilité. Qui pourra jamais imaginer ses sentiments, la joie intime de son Cœur Immaculé, alors qu’elle méditait les paroles de l’Ange ou le Magnificat, portait Jésus dans son sein à travers les contrées de Galilée et de Judée, ou le donnait au monde le jour de sa naissance ?

Mais, comme toute maman, elle aussi a dû se faire des soucis, ne serait-ce que pour l’intendance– les anges n’étaient pas là pour l’assister dans ses tâches ménagères ou pour chanter une berceuse- ou pour l’aider au milieu de la nuit pour sauver l’Enfant des mains d’Hérode ou lors de la perte de Jésus à Jérusalem. Toutefois, sa joie n’a pas été ôtée par ce glaive qui a transpercé son âme toute sa vie, en particulier aux pieds de la Croix, mais en a été sublimée.

Cependant, c’est sur la figure de St Joseph que je voudrais m’arrêter car il est l’un des saints les plus oubliés, et pourtant celui qui a aimé le plus Jésus et Marie. Je vous invite à voir le mystère de Noël à travers son regard. Il a été le témoin privilégié en accompagnant la maternité divine de Marie et la protégeant. Il était toujours là, par sa présence aimante et discrète, contemplant la beauté du mystère du Fils de Dieu fait homme dans le sein virginal de son épouse, tel un enfant face à quelque chose de merveilleux. Certes, on lui prête un rôle subalterne par rapport à celui de Marie. Mais ce rôle, ô combien indispensable, comblait son âme de joie et d’amour. Comme Marie, il a été tout à la fois le bon « Servant du Seigneur » qui n’a fait que la volonté de Dieu sans jamais récriminer et l’adorateur silencieux de cette beauté divine qui s’offrait à lui, immense et resplendissante, dans le visage de l’Enfant Jésus et de la Vierge Marie. St Bernard décrit ainsi la joie de St Joseph : «…recevant, à genoux, l’Enfant Jésus des mains de Marie, en le serrant sur son cœur avec un amour indicible, en le couvrant de baisers et de larmes. Plus riche que ses ancêtres, malgré la pauvreté, il possédait le trésor le plus précieux du Ciel ; sa gloire éclipsait celle de toute sa lignée : il a pu contempler et serrer sur son cœur l’Emmanuel, Celui que David saluait prophétiquement de loin en l’appelant son Seigneur et son Dieu… ».

Oui, Noël est la Beauté incréée qui se fait chair, se fait vie humaine, qui aime et sourit comme seulement un enfant peut faire. Oui, nous pouvons être un peu tristes, car la vie est parfois avare,injuste, dure, mais face à la beauté de ce mystère, quelle joie, ô mon Dieu, c’est dans mon cœur que le mystère s’accomplit… à condition d’avoir un cœur d’enfant.

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 16 décembre

Nov 232018
 

La Fête du Christ Roi avait été fixée au dernier dimanche d’octobre par Pie XI, lors de la parution de l’Encyclique Quas Primas (11 décembre 1925), déplacée ensuite à la fin de l’année liturgique, ce qui augmente le symbolisme eschatologique. Une antienne tirée d’un antiphonaire du Moyen Age dit : « C’est moi qui suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le début et la fin, qui vis avant l’origine du monde et pour les siècles des siècles, à jamais… ». Texte magnifique qui rappelle la Veillée Pascale.

Il suffit de considérer les cathédrales avec ces statues du Christ à la noble allure comme le « Beau Dieu » d’Amiens. Au Moyen Age, cette royauté du Christ était universellement admise et vécue, et la Foi n’était pas seulement un fait privé, mais social, pour bâtir une société humaine fondée sur l’Évangile, faite à l’image du Ciel. Car le règne de Dieu est venu jusqu’à nous par l’Incarnation, malgré les limites et les défauts inhérents à toute société humaine, mais les principes de l’Évangile et la Grâce sont là pour rectifier et perfectionner cette humanité qui reste pourtant pécheresse. Le laïcisme à la française est une très mauvaise invention. Il a contaminé l’Europe entière et ne pourra pas résister face à une autre religion, autrement plus conquérante, qui a brouillé la donne, n’offrant pas cette synthèse donnée par l’Évangile : cette harmonie idéale entre la Cité de Dieu et celle des hommes, la société terrestre à l’image du Ciel, harmonie entre le naturel et le surnaturel, la raison et la Foi, la morale et la politique, la bravoure et la piété, l’humilité et la gloire.

Nous ressentons de plus en plus cette nécessité de la loi divine, ou du moins de la Loi Naturelle (10 Commandements) qui doit imprégner la société car, en s’éloignant de la Loi de Dieu, et donc de la Vérité, nous allons vers l’arbitraire, vers où nous porterons nos pires instincts, vers un monde déshumanisé, sans justice véritable, où même le bien commun ne peut être assuré.

Pie XII dans son message radio de la Pentecôte 1941, affirme que « de la forme donnée à la société conforme ou pas aux lois divines, dépendent et s’insinuent le bien et le mal dans les âmes… », et donc leur salut ou leur perte. Il ne s’agit pas de politique ou de pouvoir, mais de destinée éternelle. St Jean-Paul II, dit que la société doit être juste et belle, « à la mesure de l’homme et selon le dessein de Dieu ». Le Concile Vatican II proclame la même chose : « Mais si, par « autonomie du temporel », on veut dire que les choses créées ne dépendent pas de Dieu et que l’homme peut en disposer sans référence au Créateur, la fausseté de tels propos ne peut échapper à quiconque reconnaît Dieu. En effet, la créature sans Créateur s’évanouit ». (GS 36,3). Voici ce que dit aussi le Catéchisme de l’Église Catholique : « En évangélisant sans cesse les hommes, l’Église travaille à ce qu’ils puissent « pénétrer d’esprit chrétien les mentalités et les mœurs, les lois et les structures de la communauté où ils vivent » (Apostolicam Actuositatem). L’Église manifeste ainsi la royauté du Christ sur toute la création et en particulier sur les sociétés humaines ». (n.2105). Ou le Christ, ou le chaos ! Certes, même au Moyen Age, tel Roi ou tel Empereur a pu avoir des différends avec la papauté, mais il savait pertinemment que toute autorité vient de Dieu, y compris la sienne. Ce pouvoir était mis en évidence par l’Église, au cours d’une liturgie magnifique, « le sacre », d’où cette aura de sacralité qu’entourait leur personne ; tout cela reste encore dans notre imaginaire inconscient.

Voilà pourquoi le Christ est « Roi », seul mot qui peut bien exprimer cette réalité. Selon St Thomas d’Aquin, le Christ, même en tant qu’homme, a la pleine puissance législative, judiciaire et exécutive tant dans le spirituel, que dans l’ordre temporel, mais celle-ci n’est pas exercée directement. C’est la théorie des deux glaives, affirmée par la tant décriée Bulle Unam Sanctam de Boniface VIII (1302) : le glaive spirituel propre à l’Église et le glaive temporel concédé au Roi. Selon St Robert Bellarmin et Suarez, cette royauté est directe dans le spirituel et indirecte dans le temporel. Pouvoirs distincts, sans doute, mais le deuxième est subordonné au premier. En y pensant bien, peut-on se soustraire à la Loi de Dieu, ou à sa puissance ? De toute façon on en payera les conséquences.

Aujourd’hui, un état catholique semble une chose impensable, pourtant il y en a eu jusqu’à une époque récente ! Même le couronnement du Pape, « Serviteur des Serviteurs de Dieu », donnait une image de cette royauté du Christ, car « servir Dieu c’est régner ». Voici, par curiosité le texte en latin, c’est plus joli : « Accipe Tiaram tribus coronis ornatam, et scias Te esse Patrem Principum et Regum, Rectorem Orbis, in terra Vicarium Salvatoris Notri Jesu Christi cui est honor et gloria in saecula saeculorum – Reçois la tiare orné aux trois couronnes, afin que tu saches que tu es le père des Princes et des Rois, Régisseur du monde, sur terre Vicaire de Notre Seigneur Jésus Christ, à qui appartient l’honneur et la gloire pour les siècles de siècles ». Vieilleries d’un passé heureusement révolus ? Où est l’Évangile dans tout cela ? me direz-vous. Pourtant le dernier Pape à être couronné fut St Paul VI.

Il faut se rendre compte que le second avènement de Jésus ne sera pas comme le premier, dans l’humilité et la pauvreté, mais dans la puissance et la gloire et Jésus exercera pleinement son pouvoir royal. Hélas, nous ne savons plus lire les signes des temps que Dieu nous donne. Mais,
Jésus, est Roi de quoi ? De l’univers ? Sans doute : « A toi le ciel, à toi aussi la terre, le monde et
son contenu, c’est toi qui les fondas » (Ps 88,12). Mais, à quoi bon être Roi de galaxies innombrables et de planètes froides et inhospitalières – même si les photos des radio télescopes

nous montrent des images d’une grande beauté – si Jésus n’est pas le Roi de nos cœurs ? Nous qui avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, notre âme est son royaume ! Jésus a régné par sa Croix, pour nous sauver et nous attirer par son amour, car « servir Dieu c’est régner », et notre destinée est de régner éternellement au Ciel avec Lui.

Jésus, n’a pas exercé son pouvoir royal, ici-bas, mais il en sera autrement à son deuxième avènement. « Au Roi des siècles, immortel, invisible, seul Dieu – et à son Fils incarné, Jésus le Christ, mort et ressuscité pour notre salut – soient honneur et gloire, aux siècles des siècles! Amen! » (1Tm 1,17). « Viens Seigneur Jésus !» (Ap 22,20). Maranatha !

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 25 novembre

Nov 022018
 

Ces temps difficiles pour l’Église sont pour nous l’occasion de réfléchir sur notre Foi et sur notre appartenance à l’Église Catholique. Certains l’ont déjà quittée, et pas seulement à cause des scandales qui la défigurent, car depuis des années, il y en a qui veulent faire rayer leur acte de baptême des registres paroissiaux, comme si on pouvait effacer le caractère baptismal de notre âme par un simple acte administratif. Certains ont été déçus par l’Église, d’autres sont déçus par Dieu, ou « en veulent » à Jésus parce que les choses ne vont pas comme ils auraient voulu. Mais tous ces gens, que cherchaient-ils auparavant ? Tous ceux qui quittent l’Église, quelle Foi avaient-ils ? Foi en l’humanité ? Aux prêtres ? Aux évêques ? Ou même au Pape ? L’objet de notre Foi est Notre Seigneur Jésus Christ, « Tête » de l’Église qui est son « Corps mystique » ; c’est elle qui continue la mission de Jésus de sanctifier les hommes. L’Église appartient au Christ, non au Pape, bien que ce dernier soit le successeur de Pierre et le Vicaire de Jésus Christ. Comment croire en l’Église Sainte, vue la défaillance de certains de ses pasteurs et de beaucoup de ses membres ? Ne sommes-nous pas tous pécheurs ? Certes, les scandales, surtout ceux de ses ministres, défigurent son image, mais néanmoins, selon la belle expression du Pape François : « la sainteté est le plus beau visage de l’Église ». Moïse lui- même s’était posé la question de continuer ou non à guider les Hébreux à la « nuque raide », selon l’expression même de Dieu, face à leur infidélité. Les prêtres aussi pourraient se dire : à quoi bon continuer à proclamer la Parole de Dieu, si on ne voit aucun changement ? Jésus lui- même, parfois, était consterné par ses disciples. Et nous, sommes-nous meilleurs ? « Dieu a choisi ce qu’il y a de faible » (1 Cr 1,27), c’est le mystère de l’Eglise ! Bien entendu, je ne citerai pas le triple reniement de St Pierre, qu’il a regretté amèrement toute sa vie, car il n’avait pas encore reçu l’Esprit Saint, qui l’a confirmé en Grâce. Et comment les premiers chrétiens ont-ils pu supporter d’être massacrés avec toute leur famille sans « en vouloir à Jésus » ? Souvent, nous crions : et Dieu dans tout cela, où est-il ? En réalité, il n’est jamais loin, il est toujours là, à nos côtés ! Certes, il y a eu les lapsi, ceux qui ont sacrifié aux dieux par peur ou par faiblesse. J’aurais voulu nous y voir ; Peut-être, cela pourrait se reproduire un jour, même chez-nous… Lors de l’hérésie arienne qui niait la divinité de Jésus, hérésie majoritaire dans l’empire romain avec le soutien des empereurs, qu’aurions-nous fait ? Et pendant qu’il y avait deux, voire trois Papes au XVe s. ? Et au XVIe s., avec la prétendue Réforme, qui a eu comme prétexte la corruption de Rome et du clergé : fallait-il rejeter l’Église ? Le Concile de Trente s’acheva vingt ans plus tard, avec une véritable réforme. Les temps sont toujours très longs dans l’Église, et pour changer le cœur des hommes, il faut beaucoup de temps, à commencer par le nôtre. Benoît XVI dit que « dans le rêve humain d’un monde sauvé, la sainteté est imaginée comme si on n’était pas touchés par le mal et le péché, comme s’il n’y avait pas de mélange » entre le bon grain de blé et l’ivraie.

Une église de purs est tout simplement une utopie, un leurre, et en tous cas, une réalisation impossible si ce n’est au Ciel, lors de la séparation définitive du bien et du mal. Jésus, n’est-il pas venu pour chercher celui qui était perdu, c’est à dire nous tous ? On parle souvent des « Cathares », mot qui signifie « les purs », sans trop savoir ce qu’ils étaient vraiment : leur doctrine menait à une société cauchemardesque, parce que d’une rigueur intransigeante, qui conduisait aux pires abus. L’adage suivant est toujours d’actualité : « Qui fait l’ange fait la bête». « Et bien, continue Benoît XVI, l’Église n’est-elle pas le prolongement de ce partage de table de Jésus avec les pécheurs, se mêlant (sans en être atteint) à la pauvreté du péché, au point d’être accusé de sombrer en celui-ci. Dans la sainteté de l’Église, pas assez sainte selon les attentes humaines d’une pureté absolue, ne se révèle peut-être pas la vraie sainteté de Dieu qui est amour, mais non pas un amour qui se réfugie derrière un noble détachement d’une pureté inapprochable, mais un amour qui se mélange avec la saleté du monde pour l’en purifier ? ».

Le Christ a voulu cette Église ci (non pas ses péchés, bien entendu) et n’en a pas voulu une autre réservée aux parfaits et composée exclusivement de saints, bien qu’elle soit la « Mère » d’une multitude « de Saints » qu’elle a elle-même engendrée. Cette Église, a-t-elle toujours eu un clergé et des fidèles sans péchés et à la doctrine parfaitement catholique ? Certes, la faute des pasteurs est encore plus grave ! Souvent, ceux qui quittent l’Eglise le font parce qu’ils ne sont plus d’accord avec les positions morales ou doctrinales fondamentales de l’Église. Hélas, une grande partie de catholiques ne semble d’ailleurs pas avoir des pensées très éloignées des fausses opinions publiques sur ces sujets. St Augustin disait : « Si tu crois à ce qui te plaît dans les Évangiles et si tu rejettes ce qui ne te plaît pas, tu ne crois pas à l’Évangile mais à toi même ». Aimez l’Église, elle est notre Mère : en elle se trouve la Grâce qui sanctifie, la plénitude des moyens de salut et c’est par elle que nous sommes sauvés. Elle est sainte par son origine, sainte par ses moyens surnaturels que sont les sacrements, sainte parce qu’elle sanctifie, sainte par ses innombrables saints qui sont des exemples extraordinaires de vertus. Le Christ lui-même « a aimé l’Église, il s’est livré pour elle ; il voulait la rendre sainte en la purifiant par le bain du baptême et la Parole de vie ; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni aucun défaut ; il la voulait sainte et irréprochable ». (Eph. 5,27). Ses supposés péchés ne sont pas les siens, mais les nôtres ! Aimez aussi vos prêtres; ils devraient être l’exemple du troupeau, il est vrai, mais ayez miséricorde envers eux, car ils partagent les mêmes faiblesses que vous. Eux, ils sont là pour nous transmettre le pardon de Dieu. Nous savons tous combien il est difficile de lutter contre ses défauts.

J’espère que la Fête de la Toussaint ait augmenté en nous le désir de cette Patrie céleste qui nous attend. Car notre vocation est de devenir des saints et notre fin ultime est d’aller au Ciel. Je termine par la Ière strophe de « La Pentecôte », poésie magnifique d’Alexandre Manzoni (1785- 1873), poète et écrivain catholique italien : « Mère des saints, image de la cité céleste, éternelle conservatrice du Sang incorruptible, toi qui depuis de si longs siècles combats et pries, et te déploies à travers tous les océans (…), Champ de bataille pour ceux qui espèrent, Église du Dieu vivant ! ». Autrement, « À qui irions-nous Seigneur ? Toi seul a les paroles de vie éternelle » (Jn 6,68-69), et l’Église Catholique ton Épouse Mystique et notre Mère, nous a engendrés à la Grâce et nous accompagne vers Toi, vers l’éternité bienheureuse. Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus exprime cette béatitude éternelle en disant : « Ô mon Dieu, vous avez dépassé mon attente ! » ; oui, nous serons comblés bien au-delà de tout ce que nous aurions pu imaginer.

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 4 novembre