Mar 232019
 
Le titre est une citation de Saint Jean-Baptiste, le très austère Précurseur du Christ, encore ancré dans l’Ancien Testament. Fort heureusement, me direz-vous, Jésus avait un tout autre style : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice. Car je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs » (Mt 9,13).
Mais, au fait, si nous demandons la miséricorde pour nous-mêmes, sommes-nous miséricordieux envers les autres pour autant ? Bien entendu il faut, avant tout, bien comprendre ce que voulait dire Jésus et voir le contexte aussi, sans opposer une citation à une autre, juste pour y trouver une justification à notre médiocrité. Par exemple, écoutons ce que Jésus a dit au sujet de ceux qui étaient morts par la chute de la tour de Siloé : « … si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous de même. » (Lc 23,3). Ou bien : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs au repentir » (Lc 5, 32). Je me suis toujours posé cette question : qui étaient ces justes ? Le discours de Saint Paul à l’Aréopage dans les Actes ne fait que répéter la même chose : « Dieu, ne tenant pas compte de ces temps d’ignorance, annonce maintenant aux hommes qu’ils ont tous, en tous lieux, à se repentir » (At 17,30). Le repentir n’est rien d’autre que la pénitence. En voici la définition : La pénitence « est une vertu surnaturelle, se rattachant à la vertu de justice, qui incline le pécheur à détester son péché parce qu’il est une offense commise contre Dieu, et à prendre la ferme résolution de l’éviter à l’avenir et de le réparer ». La vertu est une disposition permanente, une inclination de l’âme à faire des actions bonnes. Le mot pénitence est la traduction grecque de métanoïa (μετάνοια) qui signifie changement, conversion, accompagné de la réparation nécessaire au rétablissement de cet équilibre entre Dieu et nous, qui sommes abîmés par le péché. Si la conversion naît du cœur, elle se manifeste par des actes de réparation. Elle est toujours quelque chose de pénible qui nous répugne car nous devons contrer nos désirs mauvais qui luttent contre notre âme et mortifier nos convoitises. La lettre aux Hébreux dit que « sans effusion de sang il n’y a pas de rémission » (Hb 22,9) : il y a l’effusion de sang de notre Rédempteur qui nous a sauvés, mais aussi, en union avec elle, notre participation personnelle au calice de la Passion, et c’est à cela que Jésus nous invite, bien que la Rédemption fût surabondante et parfaite. Jésus aime s’associer de saintes âmes qui, par leurs mérites et leurs pénitences, l’aident dans la conversion des pécheurs. Pensons par exemple au Padre Pio. C’est par le sacrement de pénitence ou de réconciliation que nous avons la rémission des péchés, mais la pénitence ne naît, ni ne s’épuise par ce sacrement car elle prend ses racines dans les profondeurs des sacrements de l’initiation chrétienne. Pourquoi ? Parce que par le baptême nous avons été incorporés au Christ, et nous devons, en participant à sa vie, participer aussi à ses intentions et dispositions intérieures. Or Jésus, Fils de Dieu incarné, saint, juste et « impeccable », a pris sur lui, comme chef de son corps mystique, le poids et, pour ainsi dire, la responsabilité de tous nos péchés : « le châtiment qui nous donne la paix a été sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris » (Is 53,5). Voilà la raison pour laquelle Jésus a voulu recevoir le baptême de pénitence de Jean- Baptiste : « car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice » (Mt 3,15). De même, c’est pour nous qu’il a jeûné dans le désert. On peut même dire que Jésus a mené une vie pénitente depuis le premier instant de sa conception jusqu’au Calvaire. Dans le décret éternel de la Rédemption, Jésus, en entrant dans le monde et sachant bien que son Père ne pouvait être apaisé par les holocaustes de l’Ancienne Loi, s’offre lui-même comme hostie pour remplacer toutes les victimes. La lettre aux Hébreux décrit cela par cet admirable et mystérieux dialogue entre Dieu le Père et son Fils qui devait s’incarner : « Vous n’avez voulu ni sacrifice, ni oblation, mais vous m’avez formé un corps ; vous n’avez agréé ni holocaustes, ni sacrifices pour le péché. Alors j’ai dit : me voici je viens ô Dieu, pour faire votre volonté » (10, 6-7). Donc, pour pratiquer une vraie pénitence, il faut s’unir à Jésus pénitent pour nous, et Lui demander de vivre en nous avec son esprit d’hostie ou d’offrande. Tout cela nous éclaire sur ce qu’est la pénitence. En réalité, ce n’est absolument pas une recherche morbide des souffrances, mais simplement l’imitation de Jésus- Christ. Combien de saints l’ont-ils suivi en participant à notre Rédemption : c’est la petite goutte d’eau dans le calice de la Passion du Christ.
Dans les premières apparitions de Lourdes, la Sainte Vierge répète par trois fois pénitence ! pénitence ! pénitence ! A Fatima, c’est pareil ! Comme si la Sainte Vierge voulait nous prévenir : « puisque vous n’avez pas voulu comprendre mes paroles à Lourdes, regardez ce qui peut vous arriver », et elle montre aux trois petits bergers la terrifiante vision de l’enfer. Après cette vision horrible, leurs visages étaient défigurés et les trois enfants n’étaient plus les mêmes. La vision de l’enfer avait tant impressionné Jacinthe, qu’elle ne pouvait chasser de son esprit cette pensée. Parfois, pensive, elle répétait tout haut : « coitadinhos ! » (Pauvres malheureux !). « L’enfer !… L’enfer !… Quelle peine me font les âmes qui y tombent !… Nous prierons beaucoup et nous ferons des sacrifices pour que les pécheurs se convertissent. » Et, à demi tremblante, elle s’agenouillait, joignait les mains et récitait les prières que Notre-Dame lui avait enseignées : « Oh mon Jésus !… Pardonnez-nous nos péchés… etc. ». Jacinthe restait comme ça, très longtemps agenouillée, répétant la même prière pour convertir les pécheurs et ainsi sauver les âmes de l’enfer. Sa maladie, ses sacrifices, ses épreuves, rien n’arrêtait le zèle de cette petite fille pour la conversion des pécheurs.
Cette conversion qui naît du cœur sous l’influence de la Grâce, se manifeste par des œuvres extérieures que l’Église a groupées sous trois pratiques : la prière, le jeûne et l’aumône, qu’elle recommande particulièrement en Carême. Nous connaissons tous l’importance de la prière, mais en ce temps de grâce, notre vie spirituelle doit prendre de la profondeur, par une prière plus fervente, en lisant l’Écriture Sainte et un bon ouvrage spirituel, en réservant, en somme, un peu plus de temps à notre âme, tout en fuyant le plus possible les mondanités. Parmi les pénitences, il y a l’acceptation d’abord résignée, puis cordiale et joyeuse, sans nous plaindre, de toutes les croix que la Providence veut bien nous envoyer : les épreuves physiques, morales et spirituelles, les maladies, les contrariétés, les revers de fortune, les insuccès, les humiliations, etc… Et l’accomplissement aussi, avec diligence, de notre devoir d’état, quel qu’il soit, en esprit de pénitence et de réparation. Le devoir d’état, expression manifeste de la volonté de Dieu, est comme un sacrifice perpétuel, puisque ce devoir nous saisit depuis le matin jusqu’au soir. Je laisse ensuite à votre appréciation les privations et les sacrifices qui font partie du jeûne que l’Église a institué selon l’enseignement de Jésus et des Apôtres depuis le commencement. Rappelez-vous ce que Jésus avait dit aux Apôtres qui n’avaient pas pu chasser le démon chez le lunatique : « Mais ce genre de démon n’est chassé que par la prière et le jeûne » (Mt 17, 21). Autre grande pratique chrétienne de Carême, l’aumône est une œuvre de charité et de privation. Quand on se prive d’un bien pour le donner à Jésus en la personne du pauvre, Dieu ne se laisse pas vaincre en générosité et volontiers nous remet une partie de la peine due à nos péchés ; mieux vaut les expier ici-bas qu’au Purgatoire…Bien entendu, sans la conversion du cœur, les œuvres extérieures ne seraient que de l’hypocrisie. Nous devrions être heureux de vivre ce temps de grâce en imitant Jésus pénitent pour nos péchés, en sortant du quotidien d’une vie routinière et tiède, pour mieux vivre selon l’esprit de l’Évangile.
Mais dépêchons-nous, Pâques arrive très vite ! Notre éternité aussi…

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 24 Mars

Fév 232019
 

Il faut souligner que l’Orient et l’Occident avaient des caractéristiques différentes mais aussi communes qui se compénétraient et ne formaient qu’un seul art chrétien. Cela est d’autant plus vrai que jusqu’au XIe siècle, l’Église était encore indivise, mis à part quelques schismes localisés. Les icônes, faute d’une beauté formelle, ont une beauté intemporelle et mystique. C’est un patrimoine que nous avons en commun avec les Orientaux, même si elles ont chez ces derniers une place plus importante après la parenthèse iconoclaste. Quant aux mosaïques, elles sont un héritage hellénistique et romain, que l’art chrétien s’est approprié. De même, pour l’architecture : les premières basiliques étaient dans le style des basiliques civiles romaines. La coupole, quant à elle, était bien connue à Rome – voir le Panthéon – mais la plus grandiose réalisation a été Sainte-Sophie (la Sagesse Divine) de Constantinople, inaugurée en 537 par l’Empereur Justinien. Jusque-là, on ne peut pas encore parler d’art « byzantin » proprement dit, car Constantinople, la Nouvelle Rome, était encore très romaine.

Si les Saints sont la plus grande apologie de notre Foi, l’art chrétien l’est aussi, car cette beauté est la preuve vivante de cette même Foi. L’art paléochrétien, si près de l’art impérial romain, nous rappelle l’âge héroïque des Apôtres et des martyrs, et la victoire du Christ sur le paganisme. Après l’effondrement de l’Empire Romain, l’art roman, à la beauté austère et mystique, garde encore quelques restes de l’antique gloire. Plus tard, à l’apogée du Moyen-âge, il y aura la verticalité transcendantale vertigineuse du gothique. Une cathédrale gothique n’est-elle pas en elle-même une théologie de l’annonce de la beauté et de la Vérité de Dieu et de Jésus-Christ, dont tous les mystères semblent prendre forme. Dans le baroque, les lignes pures et élégantes de la Renaissance bougent et s’agitent dans un mouvement ascendant qui nous aspire vers le haut comme dans un tourbillon, les colonnes torsadées s’élèvent jusqu’à la voûte qui, décorée de fresques, semble exploser pour nous ouvrir le ciel dans l’apothéose de la Divinité. C’est l’art de « l’Incarnation » par excellence, pour certains un peu…trop en chair.

En redescendant sur terre, je suis atterré aujourd’hui par la perte du sens du sacré qui avait pourtant toujours caractérisé toute société humaine depuis le commencement du monde : l’homme est naturellement religieux. Pour avoir brouillé la frontière entre le sacré et le profane, on a fait croire que tout est sacré. Par conséquent tout est devenu profane et le sacré a cessé : on a sacralisé l’humain et laïcisé le divin, ainsi la différence entre le bien et le mal s’estompe aussi. Mais, puisqu’on a chassé Dieu et le sacré, il reviendra sous d’autres formes, en particulier à travers des pratiques superstitieuses. Si on évacue la croix, on arrive au déisme, avec le « Grand Architecte » et le relativisme. Étrangement, notre société technologique semble marquée par le satanisme, l’occultisme, la magie. Le sacré sort du temple, mais devient n’importe quoi : les républiques ont leurs « Panthéons » d’immortels, qui n’ont pas toujours bien vécu et ne sont pas bien morts, et ont droit à des cérémonies civiles aux rites lugubres et sans espérance, malgré la rhétorique d’un Malraux de service ; il y a aussi la « sacralité blasphématoire » de certains droits et valeurs laïcs qui crient vengeance auprès de Dieu. On dénigre le culte des saints dans l’Église, mais en même temps on se met à « vénérer » la momie de Lénine et autres « grands hommes » de la nation. En cette époque crépusculaire, seule la Foi chrétienne est considérée comme insensée, tout comme ses rites et ses usages. Les lieux sacrés que sont les églises ne sont plus respectés, à commencer par les catholiques eux-mêmes. On y entre parfois en ruminant de la gomme à mâcher, on se comporte comme dans un salon en parlant à voix haute, sans aucune attitude d’adoration. Les églises catholiques et orthodoxes se distinguent justement par cette « présence » mystérieuse de Jésus dans l’Eucharistie et ne peuvent pas être considérées comme de simples lieux de prière, froids et dépouillés. Puisqu’aujourd’hui le blasphème contre la Foi chrétienne (pour les autres c’est autrement plus dangereux !) est devenu un « droit », et la haine anti-chrétienne une normalité, les profanations se multiplient, et ce n’est que le début. On ne profane pas seulement le lieu, mais ce que nous avons de plus précieux : Jésus Lui-même dans l’Eucharistie. Vous savez bien ce que je pense au sujet de l’architecture et de l’aménagement des églises actuelles : le « Beau » et le « Vrai » font souvent défaut, et par conséquent la Foi aussi. Pour expliquer certaines architectures ou soi-disant œuvres d’art sacré, il faut un livret d’instructions ou des élucubrations fumeuses et tordues, alors que l’œuvre, dans son ensemble, devrait être perceptible par elle-même. Regardons l’église maltaise de Hal-Farrug, exemple de ce qu’on appelle « déconstructivisme », et écoutons ce qu’en dit son architecte : « Elle pourrait paraître dépourvue d’ordre…mais peut aussi être comprise comme le reflet d’une part de l’agitation et de la confusion qui semblent dominer le monde et d’autre part des secousses dont l’Église catholique semble être soumise aujourd’hui ». Oui, en effet, il n’y a aucun ordre, tout est asymétrique, et l’édifice semble s’effondrer sur lui-même : est- ce l’image de l’Église Catholique actuelle ? Comment y trouver la sérénité et la paix ? L’église n’est pas seulement un simple lieu communautaire, mais surtout le lieu de la rencontre de Dieu, de sa lumière, le lieu qui nous projette au-delà de l’histoire, des souffrances de cette vie en nous faisant entrevoir la « Patrie » céleste qui nous attend. Après tout ce que je viens d’écrire, loin de moi de faire de l’esthétisme. Une chapelle de brousse, avec des images mièvres et décolorées par le soleil, reflète tout simplement la Foi et me paraît donc plus belle que certaines églises contemporaines qui semblent en être la négation. La beauté du Logos, du Verbe de Dieu incarné, nous la trouvons surtout dans la Croix, gibet horrible en soi, mais que l’Amour de Dieu a rendu splendide, et que nous essayons parfois d’oublier ou de mettre en sourdine. Cette croix, signe de l’amour de Dieu, doit être le sujet de notre contemplation en Carême, étape nécessaire si on veut faire éclater notre joie à Pâques…

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 24 Mars

Fév 022019
 

Ne répondez pas à cette question ! Quelle que soit la réponse, elle ne sera pas exacte et, de toutes manières, vous montreriez que vous n’êtes pas humbles du tout, et donc orgueilleux !
Voici alors quelques considérations sur l’humilité, non sans ironie, mais sans prétention de ma part, car autrement je pécherais à mon tour par vanité. Les vertus naturelles et surnaturelles perfectionnant nos facultés morales à faire le bien et éviter le mal sont nombreuses, mais peuvent se résumer dans les quatre vertus cardinales : Prudence, Justice, Force et Tempérance. Certaines vertus dites passives, telles la mortification, la pénitence, la patience, la douceur, l’obéissance, la modestie (la vraie), la chasteté, l’humilité, ne sont pas à la mode, surtout aujourd’hui. Ces vertus semblent être celles des perdants, des ratés, des nuls, si nous nous situons à un niveau strictement naturel et non chrétien. L’orgueil, père de tous les vices, est difficile à déceler, car il s’infiltre par toutes les fibres de notre être. Il se manifeste par la présomption, l’ambition (ou amour immodéré des honneurs, de l’autorité sur les autres) et la vaine gloire (qui produit à son tour la jactance, l’ostentation ou le « m’as-tu vu »), et l’hypocrisie. Vous pouvez aussi ajouter la suffisance et l’arrogance. L’orgueil est le péché de Lucifer, d’Adam et Eve et de Caïn.

L’humilité, qui vient du latin « humus », terre, est justement le terreau où toutes les autres vertus peuvent grandir : « L’humilité est la mère, la racine, la nourrice, le fondement, le lien de toutes les autres vertus » (St Jean Chrysostome). Bien entendu, la plus grande des vertus est la charité, mais, si elle n’est pas humble, elle est fausse. L’orgueil spirituel peut nous conduire jusqu’ au confessionnal avec une espèce de déni orgueilleux de nos péchés. Parfois, on en vient presque à défier le confesseur pour avoir l’absolution, ou bien on lui intime de se taire, car on n’a pas de leçons à recevoir. Certains attribuent à Dieu même la faute de leurs péchés, alors que, dans le sacrement de pénitence, nous devrions nous humilier devant lui, car Lui seul peut nous relever. Même en recevant la sainte communion, certains semblent venir chercher leur « dû », avec une certaine morgue et, en tout cas, sans trop considérer « Celui » qu’ils vont recevoir. Je ne parlerai pas de ceux qui jugent Dieu ou se fâchent parce qu’ils n’ont pas été exaucés.

« L’humilité est la vérité », dit Ste Thérèse d’Avila, et la raison se fonde sur cette vérité que Dieu est tout et que nous ne sommes rien ! Mais, me direz-vous, nous sommes quand-même quelque chose ! Oui, sans doute, mais je n’existe pas par moi-même, mais en Dieu. Je ne suis pas bon par moi-même, mais en Dieu, « Qu’avons-nous que nous n’ayons pas reçu ? » (1 Cr 4,7), alors que toute ma malice et ma méchanceté ne viennent que de moi. Dieu est tout ! Il est la plénitude de la réalité et la somme de toutes les perfections. Voilà pourquoi Jésus avait dit un jour à Ste Catherine de Sienne : « Je suis Celui qui est, toi, tu es celle qui n’est pas ». Si je suis tenté par l’orgueil eu égard aux dons, aux talents, à la fortune, à la naissance, etc., et que je regarde mes péchés, ce que je suis vraiment, de quoi puis-je être orgueilleux ? La poussière, peut-elle se vanter de quelque chose ? Pourquoi les saints étaient-ils humbles ? Parce que dans la vérité de Dieu, ils voyaient ce qu’ils étaient, et plus ils s’élevaient en sainteté et dans la connaissance de Dieu, plus ils s’abîmaient en Lui ; voilà pourquoi ils se considéraient comme les pires des pécheurs.

Regardons l’humilité du Fils de Dieu, en apparence dépouillé de sa gloire, se mêlant aux hommes pécheurs, lors du baptême donné par Jean dans le Jourdain. L’orgueilleux a une haute opinion de sa personne, il ne parle que de lui-même, il se vante, et attend beaucoup des autres. S’il est déçu dans ses attentes, il se vexe, il se fâche, il s’offusque, il se plaint. Il ne demande rien aux autres, car il pense tout savoir, et il ne s’occupe que de lui-même. Il est jaloux du succès d’autrui, comme si cela ternissait sa gloire. Comment savoir si nous sommes humbles ou orgueilleux ? On ne peut pas savoir si on est humble, ce serait de l’orgueil ! Pour compliquer les choses, il y a aussi « l’orgueil de l’humilité » qui fait étalage de celle-ci, par une fausse modestie ou attitude, en s’humiliant hypocritement pour s’exalter aux yeux des autres. Oui méfions-nous de la fausse humilité : « L’humilité n’est souvent qu’une feinte soumission, dont on se sert pour soumettre les autres ; c’est un artifice de l’orgueil qui s’abaisse pour s’élever ; et bien qu’il se transforme en mille manières, il n’est jamais mieux déguisé et plus capable de tromper que lorsqu’il se cache sous la figure de l’humilité ». (François VI, duc de la Rochefoucauld (1613-1680). Là, nous sommes en plein pharisaïsme ! En tout cas, rassurons-nous, nous le sommes tous plus ou moins.

Selon St Augustin, « l’humilité nous vide de ce dont nous sommes pleins (vous avez le choix !), pour nous remplir de ce dont nous sommes vides » (cherchez bien, ou plutôt demandez à Dieu !). Oui, remplissons-nous de l’esprit de Jésus : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger ». Voulez-vous juste vérifier s’il y a un peu d’orgueil en vous ? Nous ne le voyons pas, même s’il est aussi grand qu’une montagne ! Vérifiez-le donc avec les litanies de l’humilité que le Serviteur de Dieu le Cardinal Raphaël Merry del Val (1865-1930), secrétaire d’État de St Pie X, récitait tous les jours après la Messe.

V. Ô Jésus, doux et humble de cœur,
R. Rendez mon cœur semblable au vôtre.

Du désir d’être estimé, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être affectionné, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être recherché, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être honoré, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être loué, délivrez-moi Seigneur,

De la crainte d’être humilié, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être méprisé, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être rebuté, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être calomnié, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être oublié, délivrez-moi Seigneur,

Que d’autres soient plus aimés que moi, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,
Que d’autres soient plus estimes quai moi, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,

Que d’autres grandissent dans l’opinion et que je diminue, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,
Que d’autres soient loués et que je sois oublié, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,
D’être inconnu et pauvre, Seigneur, je veux me réjouir,
Qu’on ne pense pas à moi,
Qu’on m’occupe aux emplois les plus bas,
Qu’on ne daigne même pas se servir de moi,
Qu’on ne me demande jamais mon avis,

Du désir d’être préféré, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être consulté, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être approuvé, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être compris, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être visité, délivrez-moi Seigneur,

De la crainte d’être raillé, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être soupçonné, délivrez- moi Seigneur,
De la crainte d’être injurié, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être abandonné, délivrez- moi Seigneur,
De la crainte d’être refusé, délivrez-moi Seigneur,

Que d’autres soient employés et que je sois mis de coté, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,
Que d’autres soient préférés en tout, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,
Que d’autres soient plus saints que moi, pourvu que je le soit autant que je puis l’être, accordez-moi, Seigneur, de le désirer
D’être dépourvu des perfections naturelles du corps et de l’esprit,
Qu’on me laisse à la dernière placé,
Qu’on ne me fasse jamais de compliment,
Qu’on me blâme à temps et à contretemps Ainsi soit-il.

Pas facile, n’est-ce pas ? Et si après avoir observé tout cela, dont je doute fort, nous ressentons un peu de vaine gloire, ce sera peine perdue, tout aura été inutile, cela nous démontrerait que nous ne sommes pas humbles pour un sou. La seule manière de neutraliser notre orgueil, c’est d’accepter et d’offrir nos humiliations, et il en faut beaucoup pour faire un peu d’humilité…Mais, rassurons-nous, notre orgueil est tenace ! Il mourra un quart d’heure après nous…

Don Carlo Cecchin, vicaire


Lectures dominicales du 24 Mars

Jan 122019
 

Tous les mystères de notre Foi sont empreints d’une grande beauté, divine et humaine à la fois, comme par exemple ceux du cycle de Noël que nous vivons actuellement, mais aussi chaque page d’Évangile

La raison en est que notre religion est la « religion de l’Incarnation » : Jésus-Christ est l’image du Dieu invisible. Dieu est Vérité, Bonté et Beauté infinies : « Beauté ancienne et toujours nouvelle », dit St Augustin, « …parce que Dieu est beau, le Verbe auprès de Dieu est beau, dans le sein de la Vierge Marie il est beau, où sans perdre la divinité a assumé l’humanité ; Le Verbe devenu enfant dans les bras de sa Mère est beau. Dans ses miracles, comme dans sa Passion, et dans sa justice […]Beau sur la terre, beau dans le ciel ».

Voilà pourquoi l’art chrétien qui essaye de reproduire l’Incarnation dépasse en quantité, en diversité de styles et en qualité n’importe quel autre. Voici ce que le grand Chesterton dit, non sans un brin de provocation, au sujet de l’Épiphanie : « Les trois Mages arrivèrent à Bethléem en apportant de l’or de l’encens et de la myrrhe. S’ils avaient apporté seulement la Vérité, la Pureté et l’Amour, il n’y aurait eu ni art, ni civilisation chrétienne ». Pourquoi ? Parce que cela aurait été trop abstrait. L’une des grandeurs et des beautés du Christianisme se trouve dans l’importance qu’on donne au « signe », qui ne se réduit pas à une simple abstraction ou intellectualisation. Au contraire, le Christianisme exige que le mystère soit manifesté à travers ce qu’on peut voir, toucher et contempler. Les Apôtres n’ont fait que cela « ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons… » (1Jn1,3), ils ont vu, écouté, touché Jésus. Voilà pourquoi Jésus a voulu la « matière » dans les sacrements, qui sont des signes sensibles. L’adoration aussi se fait par la beauté du lieu, de la liturgie, des objets, des signes, des gestes empreints de vénération et de respect, une musique digne, sans mondanité, etc.

C’est pourquoi, le Christianisme a pu produire une culture chrétienne et donc une civilisation. Il a engendré la beauté, dont la plus grande idéalisation de l’humanité est l’Immaculée Conception : « Tota pulchra, Vous êtes toute belle, ô Marie ». Cette beauté s’est toujours traduite par l’art sacré, malgré le clergé actuel qui, en général, n’a plus le goût du beau, loin s’en faut ! Mais, rassurez- vous, les fidèles, pour la plupart, non plus ! Enlevez des musées l’art chrétien, il restera peu de choses. Notre époque, que transmettra-t-elle à la postérité ? De la laideur, dans l’espoir qu’elle soit éphémère…

La soi-disant « église des pauvres » paraît être un mythe qui souvent tient plus d’une construction intellectuelle et idéologique, teintée d’une fausse « archéologie religieuse ». Regardez la beauté de l’architecture et de l’iconographie paléochrétienne. Il me vient à l’esprit le baptistère Néonien, dit des « Orthodoxes », à Ravenne, qui est d’une beauté sublime. Devrions-nous priver les pauvres de toute beauté religieuse et spirituelle ? Bien souvent, c’est la seule beauté qui leur reste et qui leur appartienne. Lorsque les Mages ont offert des présents somptueux, la Vierge Marie ne les a pas déclinés en disant de les donner aux pauvres. C’est Caïn qui offrait des rebuts à Dieu, « signe » de ce qu’il avait dans son cœur. De même, Judas aurait voulu vendre le parfum de Nard précieux dont Marie de Béthanie avait oint les pieds de Jésus, pour en donner le prix aux pauvres, mais en réalité pour s’en approprier. Pour le pauvre St Curé d’Ars, il n’y avait rien de trop beau pour célébrer dignement le Saint-Sacrifice de la Messe. Rappelons-nous l’écrivain Paul Claudel qui, alors qu’il attendait un ami au fond de la cathédrale Notre-Dame de Paris, retrouva la foi en entendant, par hasard, une chorale d’enfants chanter le « Magnificat ». Ces voix angéliques lui ouvrirent le chemin d’un retour à Dieu.

L’ancienne et vénérable Messe papale, aujourd’hui disparue, a converti beaucoup de monde par la beauté et la majesté du rite qui ressemblait plus à une liturgie céleste qu’humaine. La liturgie d’ici-bas est, en effet, à l’image de celle du Ciel. Il est évident que la beauté d’une liturgie n’est pas que dans le « décorum », c’est-à-dire la beauté des objets, des vêtements servant au culte, ni uniquement dans la beauté de l’intérieur de l’église, des vitraux. Il y a aussi les attitudes des célébrants et des fidèles, ce qui implique une attitude de recueillement et surtout les dispositions intérieures, sans lesquelles tout serait une coquille vide. Malheureusement, trop souvent les liturgies ne laissent que très peu de place au recueillement, à l’adoration, au silence, qui lui aussi est beauté. Puisque nous sommes un composé d’âme et de corps, les deux doivent participer à l’adoration, au culte de Dieu. Ce qui me désole le plus, c’est de voir dans les médias des Messes qui, trop souvent, ressemblent à un véritable cirque, avec des prêtres accoutrés en clown et des danses absurdes. Pour ne pas parler des concerts rock dans les églises, des soirées halloween, des réveillons et des banquets, mode qui se répand en Italie : si la messe n’est qu’un repas, alors tout est permis…

De savants ecclésiastiques m’ont vanté le mysticisme du béton armé. Je veux bien, Sainte Odile en est un exemple bien réussi, mais lorsque je vois la laideur de certaines églises modernes, à l’architecture post industrielle, une angoisse m’étreint le cœur : elles sont aseptisées, dépouillées, tristes, cauchemardesques et me donnent un sentiment de désolation. La perte du sens du sacré estompe la différence entre le bien et le mal, le vrai et le faux, le fas et le nefas latins, c’est à dire ce qui est ou n’est pas permis, en confondant le bien avec le mal !

Oh certes, la laideur n’est pas la pire chose que nous vivons aujourd’hui, mais un symptôme, un « signe » inversé de la perte de la Foi. Beaucoup se disent catholiques mais non pratiquants : je ne comprends pas trop ce que cela veut dire. D’autres affirment doctement : je suis catholique, mais je ne crois pas à la Divinité de Jésus Christ, à la Présence réelle dans l’Eucharistie, à l’Immaculée Conception, à l’Église, parce qu’elle est intolérante, etc.

La Foi n’y est plus. A quoi croient-ils ? A la « tolérance » ! Elle est devenue vertu suprême, alors que l’Évangile ne la cite même pas. D’après Chesterton, elle est « la vertu des hommes sans convictions », qui, de surcroît, n’aiment pas la dissension et sont donc intolérants à leur tour. Le fameux évêque américain Fulton Sheen avait dit : « La tolérance se transformera en indifférence entre le bien et le mal ». Il faut toujours adorer Dieu en esprit et en vérité, et la vraie beauté nous fait contempler la beauté incréée de Dieu.

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 13 janvier