Mai 292015
 

En ce dernier jour du mois de Marie, je voudrais vous faire partager quelques souvenirs sur mon récent voyage à Fatima. Ce sera pour moi un moyen de manifester ma reconnaissance envers la Très Sainte Vierge Marie, car il y a 30 ans, en allant à Fatima en voiture un 13 juin, accompagné de trois dames, dont une de 91 ans, je suis tombé dans un ravin d’une dizaine de mètres, et tous les quatre nous en sommes sortis sains et saufs. C’était ma première année de sacerdoce. La vieille voiture que mon père m’avait donnée, a été complètement détruite.

A Fatima, je suis un peu chez-moi, non sans raison…Fatima est vraiment la terre de Marie, il y a là l’âme de tout un peuple et ce sera sans doute grâce à Marie que le Portugal « conservera le dogme de la Foi », comme Elle-même l’a dit. Cette année, pour la première fois, j’ai assisté aux cérémonies du 13 mai, anniversaire de la première apparition de la Ste Vierge Marie. Assisté ? C’est une façon de parler, car il y avait tellement de monde, que je n’ai pas pu m’approcher de l’immense esplanade. Je me suis donc contenté de voir de loin, tant bien que mal, en récitant le chapelet. J’avoue qu’à Fatima j’ai redécouvert combien il est doux de réciter le chapelet. C’était le 12 mai, vers 22h : des myriades de bougies constellaient l’esplanade dans le noir, comme des étoiles dans une belle nuit d’été. Les chants étaient beaux et priants. Tout à coup, la statue de la Ste Vierge a commencé à bouger, portée à bras d’hommes, en faisant le tour de la place. En voyant cette silhouette blanche qui semblait flotter sur cette marée humaine, ou plutôt sur cette humanité souffrante qui cherche une grâce, une guérison, une conversion, un peu d’espérance, très ému, j’ai eu la gorge nouée. Le lendemain, j’espérais avoir un peu plus de chance et participer à la grand-messe : que nenni ! Par dépit, je me suis réfugié dans la nouvelle église moderne tout à l’opposé de l’ancienne basilique. Cette église ultra moderne a la qualité de ne pas être haute, elle ne défigure donc pas le paysage…C’est à mi-chemin entre un camembert et une station spatiale. La salle d’attente pour se confesser, froide et aseptisée, ressemble beaucoup à celle d’un crématorium…Le chœur en revanche, tout en étant moderne, est liturgiquement cohérent et la mosaïque qui le surplombe, en camaïeu jaune-or, est d’un moderne pas trop laid, avec des réminiscences byzantines…J’ai récité un peu de bréviaire et ensuite le chapelet, lorsqu’une dame d’un certain âge me demande à se confesser. Certainement, lui ai-je répondu. Que ne l’aurais-je pas fait ! Ça n’en finissait plus ! Et lorsque j’ai terminé les confessions ce fut le tour des bénédictions d’objets. Et après les objets, bénir aussi les personnes, la partie de leur corps atteinte d’une grave maladie, et même la carte sanitaire de leur enfant souffrant. « Mais moi, je ne suis pas un thaumaturge, je ne fais pas de miracles, priez la Ste Vierge » leur ai-je dit. Peine perdue ! La vue de cette humanité en détresse m’a profondément bouleversé et j’ai eu du mal à retenir mes larmes. Et moi qui voulais rester solitaire pour réciter le chapelet ! Cette foi si simple, un rien superstitieuse, m’a rappelé mon enfance. J’avoue avoir un faible pour ces vielles paysannes tout de noir vêtues, sorties je ne sais pas d’où, comme venant d’une époque improbable, au visage sillonné d’innombrables rides qui racontent toute une vie humble de pauvreté et de sacrifices. Hélas, elles sont en voie de disparition !

Au sujet du message de Fatima, je vous laisse aux innombrables publications ; Je n’entrerai pas non plus dans l’interprétation du fameux 3ème secret qui a fait couler beaucoup d’encre. Contrairement à Lourdes, le message de Fatima a une signification prophétique, et même eschatologique. Au fur et à mesure que nous avançons dans l’histoire, il semble se dévoiler et devenir toujours plus clair. Dans son discours à Fatima le 13 mai 2010, Benoît XVI dit ceci : « Dans sept ans, vous reviendrez ici pour célébrer le centenaire de la première visite faite par la Dame « venue du Ciel », comme une maîtresse qui introduit les petits voyants dans la connaissance profonde de l’Amour trinitaire et les conduit à goûter Dieu lui-même comme la réalité la plus belle de l’existence humaine. Une expérience de grâce qui les a fait devenir amoureux de Dieu en Jésus, au point que Jacinthe s’exclamait : « « J’aime tellement dire à Jésus que je L’aime ! Quand je le Lui dis de nombreuses fois, il me semble avoir un feu dans le cœur, mais qui ne me brûle pas ». Et François disait : « Ce que j’ai aimé par-dessus tout, fut de voir Notre Seigneur dans cette lumière que Notre Mère nous a mise dans le cœur. J’aime tant Dieu!» (Mémoires de Sœur Lucie, I, p.42 et p.126) (….)

Celui qui pense que la mission prophétique de Fatima est achevée se trompe. Ici revit ce dessein de Dieu qui interpelle l’humanité depuis ses origines : « Où est ton frère Abel ? La voix du sang de ton frère crie de la terre vers moi ! » (Gn 4, 9). L’homme a pu déclencher un cycle de mort et de terreur, mais il ne réussit pas l’interrompre. Dans l’Écriture Sainte, il apparaît fréquemment que Dieu est à la recherche des justes pour sauver la cité des hommes et il en est de même ici, à Fatima, quand Notre Dame demande : « Voulez-vous vous offrir à Dieu pour prendre sur vous toutes les souffrances qu’il voudra vous envoyer, en réparation des péchés par lesquels il est offensé, et en intercession pour la conversion des pécheurs ? » (Mémoires de Sœur Lucie, I, p.162) ». Dans l’avion de retour le 14 mai 2010, le Pape continue : « Je dirais donc, ici aussi, au-delà de cette grande vision de la souffrance du Pape, que nous pouvons en premier lieu rapporter au Pape Jean-Paul II, sont indiquées des réalités de l’avenir de l’Église qui au fur et à mesure se développent et se manifestent. Par conséquent, il est vrai qu’au-delà du moment indiqué dans la vision, on parle, on voit la nécessité d’une passion de l’Église, qui naturellement se reflète dans la personne du Pape, mais le Pape est pour l’Église et donc ce sont des souffrances de l’Église qui sont annoncées. Le Seigneur nous a dit que l’Église aurait toujours à souffrir, de diverses façons, jusqu’à la fin du monde. L’important est que le message, la réponse de Fatima, ne réside pas substantiellement dans des dévotions particulières, mais dans la réponse de fond, c’est-à-dire la conversion permanente, la pénitence, la prière et les trois vertus théologales : foi, espérance et charité. Ainsi voyons-nous ici la réponse véritable et fondamentale que l’Église doit donner, que nous, chacun de nous, devons donner dans cette situation. Le centenaire de Fatima aura lieu le 13 mai 2017.

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 31 Mai