Oct 132019
 

Dans le contexte du monde d’aujourd’hui, plus particulièrement dans le nôtre, en tant que habitants du 17ème arrondissement de Paris, où il y a au moins 17 synagogues et salles de prières juives, j’ai choisi de parler de la religion juive, afin de revenir sur la relation spirituelle qui nous unit avec elle, sans ignorer la relation humaine visible et concrète.

Il est important pour le chrétien d’aujourd’hui, de se rappeler que la religion juive est vivante. Loin de croire qu’elle appartient à l’histoire et qu’elle a cédé la place au christianisme, elle est bel et bien présente, « ses membres sont citoyens de la maison commune qui est aussi la nôtre »1. Ils sont dispersés dans le monde et sont toujours porteurs de la foi d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, selon la loi de Moise2.

En effet, chrétiens et juifs ont un fond commun, la Bible. Ce n’est certainement pas faux, mais ce n’est pas tout à fait exact, car la Bible juive (Ancien Testament pour les chrétiens) est inséparable de son interprétation traditionnelle donnée par la Mishna et le Talmud. Or, ces interprétations sont souvent loin des interprétations chrétiennes, car elles se font à la lumière de la Loi de Moise, en se recentrant sur la libération du peuple élu de l’esclavage du pays d’Egypte ; tandis que l’interprétation chrétienne, tout en tenant compte de la Loi, va au-delà et se fait à la lumière de l’incarnation, la mort et la résurrection du Christ.

Toutefois, cette différence n’empêche que l’Église reconnaisse que les prémices de sa foi et de son élection se trouvent, selon le mystère divin du salut, dans les patriarches, Moïse et les prophètes. Elle confesse que tous les fidèles du Christ, fils d’Abraham selon la foi, sont inclus dans la vocation de ce patriarche (Cf. Gal 3, 7). Elle est consciente que son salut est mystérieusement préfiguré dans la sortie du peuple élu hors de la terre de servitude. Elle ne peut oublier qu’elle a reçu la révélation de l’Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans sa miséricorde indicible, a daigné conclure l’antique Alliance. Elle confesse qu’elle se nourrit de la racine de l’olivier franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage que sont les gentils (Cf. Rm 11, 17-24). Elle n’oublie pas ce que Paul disait du peuple d’Israël « à qui appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses et les patriarches, et de qui est né, selon la chair, le Christ » (Rm 9, 4-5). Elle n’oublie pas que Jésus, comme sa mère, était juif.

Cependant, en proclamant que Jésus Christ est la Vie, la Vérité et le Chemin (Jn 14,6), elle reconnait l’action du Christ dans le judaïsme, comme dans les autres religions non chrétiennes. Dans ce sens, elle atteste que toutes les religions trouvent leur accomplissement dans l’unique mystère salvifique, la mort et la résurrection du Christ, quoique cette conviction n’est pas professée explicitement dans leur foi. C’est pourquoi l’Eglise nous encourage à vivre en communion fraternelle avec tous les habitants de la terre, et à prier pour eux.
Bon dimanche à tous

Père Dieudonné MANIRAGUHA, vicaire

1 Mgr Pierre D’ORNELLAS et Jean-François BESAHEL, Juifs et Chrétiens, frères à l’évidence. La paix des religions, Paris, Odile-Jacob, 2015, p.30
2 Cf., idem.

Lectures dominicales du 13 octobre