Mai 022014
 

Le récit des pèlerins d’Emmaüs est une singulière aventure pour ces deux amis du Christ qui s’en vont dépités par le spectacle de sa mort sans être pourtant encore parvenus à croire en sa Résurrection et ce malgré l’étonnante annonce des pieuses femmes. Etrange aventure pour eux mais enthousiasmante pour nous puisque d’une certaine manière cette histoire est sans doute un peu la nôtre. Car s’ils étaient deux à faire cette expérience, un seul nous est identifié comme étant Cléophas, le mari de l’autre Marie qui se tenait elle aussi au pied de la croix du Christ le vendredi saint. De l’autre disciple, il ne nous est rien dit, comme si chacun d’entre nous devait alors pouvoir s’y identifier.
C’est désormais à nous de nous souvenir de notre première fois, de cette première fois où nous avons rencontré le Christ ressuscité au cours de la sainte Messe dans le saint sacrement de l’autel. C’est lui qui déjà par sa Parole avait embrasé notre cœur tandis qu’il se révélait à vous. C’est lui qui mystérieusement cheminait à nos côtés depuis notre baptême sans que nous l’ayons reconnu toujours. Mais il était là dans nos joies et dans nos peines, nous guidant affectueusement jusqu’à ce moment ultime où nos yeux allaient enfin s’ouvrir sur sa présence et où en le reconnaissant et en le recevant dans la communion il allait disparaître pour désormais résider dans notre cœur. C’était alors à nous d’aller le porter aux autres, de leur faire découvrir ce que nous avions reçu, et dire à qui voulait l’entendre, c’est vrai, le Christ est ressuscité, nous l’avons reconnu au cours de la messe et désormais nous sommes devenus ses témoins puisqu’il vit en nous, ou plutôt nous vivons en lui ! Voilà ce chemin d’Emmaüs qui fut peut-être le notre dans notre vie d’apprentissage de la foi mais qui l’est assurément lors de chacune des messes auxquelles nous participons. Car ce récit des deux pèlerins pourrait en soit être l’explication de la messe elle-même dans ses différentes parties. Vous les connaissez déjà sans doute mais nous allons les reprendre ensemble :
L’ouverture de la messe : cela pourrait être le moment où le Christ intervient sur la route des disciples ; c’est lui qui provoque la rencontre et se mêle à la vie de Cléophas et de son ami et de leur histoire : ainsi nous rassemblons nous chaque dimanche dans l’Eglise en y apportant notre propre vie.
Puis vient la demande pour les péchés commis : Jésus nous l’avons entendu n’est pas étranger à la peine des disciples, il leur explique cependant que l’espérance en la victoire sur le péché et la mort est bien présente dans l’échec apparent de sa croix : ainsi devons nous en toute confiance confesser nos fautes car Dieu ne saurait nous laisser plus longtemps loin de lui.
S’en suit la liturgie de la Parole : Jésus relit les événements le concernant à la lumière des écritures. Il montre aux disciples comment sa personne et l’événement de sa mort et de sa résurrection accomplissent l’histoire du Salut : ainsi nous renouvelons cette écoute attentive de la parole de Dieu, qui chaque dimanche nous donne de mieux connaître Dieu et de mieux le comprendre.
C’est alors que Jésus répond à l’invitation des disciples lorsque nous professons notre foi commune nous sommes unis d’une manière toute particulière à Dieu, c’est notre réponse à la présence du Christ.
Ensuite commence le repas avec le Christ des disciples, c’est en quelque sorte pour nous aujourd’hui la liturgie de l’Eucharistie, le prêtre, agissant dans la personne du Christ reprend ses propres mots pour consacrer le pain et le vin afin qu’ils deviennent son Corps et son Sang. C’est à ce moment là, que les disciples d’Emmaüs reconnaissent Jésus, c’est à ce moment là que nous levons nos yeux vers l’hostie et vers le calice et que nous pouvons dire dans le secret de notre cœur comme saint Thomas, lorsqu’il vit Jésus ressuscité et qu’il toucha ses plaies glorieuses, c’est à ce moment là que nous pouvons dire : « mon Seigneur et mon Dieu » avant de le recevoir.
Enfin nous arrivons au rite de l’envoi : Jésus disparaît aux yeux des disciples qui s’en vont témoigner de ce qui s’est passé. Le Prêtre ou le diacre renvoie les fidèles : allez dans la paix du Christ : c’est à eux d’annoncer par toute la terre la bonne nouvelle du salut acquis dans le Christ.

Abbé Alexis de Monts

Lectures dominicales du 4 mai

Mai 082011
 

Sur cette route d’Emmaüs, ces deux disciples – pourquoi pas un couple ? – ils ont vécu les expériences essentielles de la vie de chacun de nous. Le scandale de la mort, cruelle et injuste, de quelqu’un qu’on a beaucoup aimé. Avec Jésus, cela valait la peine de vivre. Il donnait du goût à la vie. Mais il était mort en laissant un grand vide. Nous aussi nous pouvons être saturés de biens et d’informations et nous sentir très seuls. Alors ils ont pris la route pour recommencer leur vie monotone et triste d’avant. Ils ne savaient pas que cette route n’en finirait jamais : de Jérusalem à Emmaüs, d’Emmaüs à Jérusalem. De rencontres en rencontres. La foi est un chemin. Jésus est le chemin. L’Eglise est un chemin vers Dieu avec les autres.

Une grande partie du récit se passe en discussions. Même avec une certaine discorde : ils ne sont pas d’accord avec les témoignages qu’ils ont entendus. Des femmes qui prétendent que le tombeau est vide, Pierre et Jean qui confirment l’information. Ils ne savent que penser. Et Jésus va se glisser doucement dans la conversation : il questionne, il les fait parler ; avec eux, il commence par lire attentivement la bible. Jésus partage leur angoisse, les questions qu’ils se posent ; pas de façon compatissante ni pour les consoler, mais plutôt comme un pédagogue qui va les amener petit à petit à la lumière, à la confiance, à l’espérance. Comme celui qui va enlever cet effet mortel de notre souffrance qui est de nous enfermer sur nous-mêmes en disant « les autres ne peuvent pas me comprendre ». Pour Jésus, notre histoire est déjà inscrite dans le Bible, notre histoire est une histoire sainte. Est-ce que Dieu peut oublier ses promesses ? Est-ce que les catastrophes et les malheurs injustes, inattendus, mettent en cause la bonté de Dieu ? Rien ne peut empêcher Dieu de tenir sa promesse de salut, mais il le fait à sa manière de Dieu.

Et puis c’est la tombée de la nuit. Le temps a passé très vite. Vont-ils repartir chacun de leur coté ? Quand le soir vient, beaucoup d’entre-nous retrouvent la solitude. À moins de dire à l’ami « reste avec nous ». L’hospitalité est la véritable conquête de l’humanité et même de toute civilisation. Dire « viens avec moi. Prends ma nourriture. Ce que j’ai, je te le donne. J’ai besoin de toi. » Cet inconnu sur la route, ils ont appris à le regarder comme un ami. Même s’ils ne comprenaient pas toujours ce qu’il disait.

La logique de Dieu n’est pas celle que nous aurions attendue. « Ne fallait-il pas », dit Jésus. Il nous invite ainsi à réfléchir. Jésus allait mourir sur une croix, mais ce serait la naissance du Christianisme. Et nous-mêmes, il nous faut affronter courageusement les épreuves parce que la promesse de Dieu se tient toujours devant nous. C’est la mort et la résurrection de Jésus qui est la clé de toute vie. Ce n’est pas notre logique habituelle. Il y a quelque chose de fou dans la manière d’agir de Dieu, disait Saint Paul. Mais la spécialité de Dieu est de créer avec du néant. Nous ne sommes que rien du tout, et avec ce rien du tout, Dieu va nous faire entrer dans la résurrection de Jésus. Dans une nouvelle création.

Tout cela, nous ne pouvons l’approfondir que dans un dialogue en Eglise. Le grand malheur de notre époque, c’est que personne n’a plus le temps de parler calmement. Pensez à l’histoire du bon samaritain : personne n’a le temps de s’arrêter pour soigner le blessé. Il y a tellement d’occupations urgentes et importantes. Comme cet allumeur de réverbère dans Le Petit Prince : il allume les réverbères et doit les éteindre aussitôt parce que le jour est revenu. Sa planète tourne trop vite. Notre planète aussi. Et si nous étions les disciples d’Emmaüs qui prennent le temps de parler ? Le temps de dire à Jésus : « reste avec nous, nous avons envie de t’écouter encore et nous prendrons le temps qu’il faudra ».

Père Perié.

 

Lectures dominicales du 8 Mai 2011