Nov 252016
 

Comme des enfants qui suivent le calendrier de l’Avent, non devons, nous aussi, progresser spirituellement tout le long de l’Avent: c’est un temps liturgique magnifique, plein de tendresse, d’espérance, d’ardents désirs de Dieu et aussi d’une certaine austérité ; bien que l’aspect pénitentiel ait disparu depuis longtemps, il reste seulement le violet pour le rappeler. Ce chemin nous fait accompagner la Vierge Marie et Saint Joseph dans leur voyage vers Bethléem, marcher avec les bergers qui se rendent en hâte vers la crèche de l’Enfant-Dieu, avancer avec les Mages sous un magnifique ciel étoilé d’Orient. L’Avent est un temps de désirs, comme ceux des patriarches et des prophètes qui, scrutant les signes des temps, attendaient avec impatience le salut de Dieu, mais toute l’humanité n’attendait-elle pas inconsciemment cet événement, cette aurore qui dissiperait les ombres de la mort, tel un prisonnier qui attend sa libération? Qui, comme l’humble Vierge Marie, n’a autant désiré le Sauveur, avant même de savoir que c’était elle qui avait été choisie par Dieu pour être sa mère ? Et nous quels désirs avons-nous ?

Déjà en son temps Saint Bernard déplorait ceci : « Je pense souvent au brûlant désir avec lequel les patriarches soupiraient après l’incarnation du Christ, et j’en ressens une tristesse et une confusion profondes : j’ai peine aujourd’hui à retenir mes larmes tant me bouleversent la tiédeur et la torpeur de notre siècle misérable » (2e Sermon sur le Cantique des Cantiques). C’était le XIIe siècle : que dirait-il aujourd’hui ? L’avènement du Messie? Des visions lointaines, qui semblent se dissoudre dans les horizons de l’antiquité et n’avoir aucun lien avec les aspirations de l’homme d’aujourd’hui. Pourquoi alors cet épuisement, cette inquiétude, ce pessimisme, ce désir d’autodestruction suicidaire qui envahit notre société ? Où est ce bonheur, ce paradis sur terre, ce futur radieux de cette société technologique sans Dieu qui ressemble chaque jour davantage à un cauchemar ?

«Relevez vos têtes, car votre délivrance est proche» nous dit la liturgie, gardez l’espérance en vous tournant vers Jésus Christ qui est venu, qui vient et qui viendra. C’est l’Église qui continue l’ère messianique, tournée désormais vers la Parousie. Ce qui caractérise la liturgie de l’Avent, c’est le désir que l’Eglise éprouve en attendant de voir Jésus, de le contempler face à face, dans la splendeur de sa puissance et de sa gloire. Ce désir se ranime, s’accroit au fil des dimanches de l’Avent. Le samedi soir du Ier dimanche, l’antienne du Magnificat dit : « Voici le Seigneur, il arrive de loin ; l’éclat de son nom couvre la terre ». Au IIe dimanche « Viens Seigneur, ne tarde pas » : au IIIe « Réjouissons-nous, car il proche » et la liturgie se revêt de rose ; au IVe « Viens Seigneur Jésus » et à la Vigile « Aujourd’hui le Seigneur va venir, demain vous verrez sa gloire ». En arrière plan il y a toujours la présence de la Vierge Marie.

Mais voici qu’un personnage impressionnant semble surgir et crier, comme en écho des prophètes, à travers le désert de ce monde ; certes, en voyant l’état actuel du monde même saint Jean Baptiste risque de devenir aphasique. Il est le guetteur de Celui dont il est indigne de dénouer les courroies de ses sandales. Il scrute l’horizon, il voit s’avancer le Seigneur tout puissant, comme le petit nuage vue par le prophète Élie sur le Mont Horeb, et qui couvre la terre entière avec sa pluie bénéfique : « Cieux répandez du ciel votre rosée et que les nuées fassent descendre le Juste » (Is 45,8). Au fur et à mesure que nous avancerons vers Noël, l’Église n’aura de cesse de nous inviter à nous préparer à la Fête de la Nativité qui arrive, à nous tenir prêts, à courir même à la rencontre du Seigneur qui vient. A partir du 17 décembre elle comptera les jours. Avec les « Grandes Antiennes » de Vêpres qui se chanteront du 17 au 23 décembre, la liturgie de l’Avent atteint sa plénitude. Elles se chantaient déjà au VIe siècle. Elles commencent toutes par l’interjection « Ô » : Ô Sagesse, Ô Adonaï, Ô Clef de David, Ô Rameau de Jessé, Ô Soleil de justice, Ô Roi des nations, Ô Emmanuel. Chantées en grégorien, elles sont magnifiques ! Une curiosité : l’initiale du premier mot de ces sept antiennes, de la dernière à la première donne, en inversé et en latin, l’acrostiche ERO CRAS, qui signifie demain je serai là. Ce que nous trouvons plus ou moins exprimé dans la liturgie de l’Avent, c’est toujours le désir que l’attente de la manifestation suprême de Jésus au IIe avènement soit abrégée, car son Incarnation n’a été que le point de départ.

Les marchés de Noël sont déjà ouverts, ouvrons plutôt notre cœur au Seigneur qui vient. A la fin de notre vie nous ne posséderons que ce que nous aurons attendu et désiré. Viens Seigneur Jésus !

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 27 novembre

Oct 152016
 

Cette question que s’est poséeJésus est inquiétante et devrait nous faire réfléchir, surtout en ces temps de désarroi et de déchristianisation de la société. Peut-être avait- il prévu un déclin progressif, voir presque une disparition, une apostasie générale de la Foi ? Nous savons que les portes de l’enfer ne pourront pas prévaloir sur l’Église, qui subsistera jusqu’à la fin des temps. Mais, en attendant ce deuxième avènement de Jésus à la Parousie, qui tarde à venir, et bien que Jésus soit toujours parmi nous, la Foi est une flamme qui vacille et a tendance à s’éteindre, car beaucoup de vents contraires soufflent sur elle. Si elle n’est pas entretenue par une vie de prière, un dialogue profond et sincère avec Jésus Christ, notre confiance s’amoindrit, car la faiblesse de notre nature humaine nous incite toujours à tourner le dos à Dieu pour suivre les idoles de ce monde. Perdre la Foi est le plus grand malheur qui puisse nous arriver. Mais alors, cette croissance du règne des Cieux illustrée par les paraboles du grain de sénevé et du levain qui fait lever la pâte, va-t-elle s’arrêter ? Certainement pas ! Peut-être, à la rigueur, en certains endroits et à certaines époques !

Ce que Jésus a dit à ses Apôtres est toujours valable : « Si l’on refuse de vous recevoir et d’écouter vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville en secouant la poussière de vos pieds»(Mt 10,14). Paroles dures aux oreilles contemporaines, car, nous nous sommes habitués à choisir dans l’Évangile ce qui nous arrange et nous rassure, en laissant de côté le reste. Si la lumière de la Foi s’éteint dans un lieu, elle se rallumera dans un autre. A travers les siècles et dans différentes nations, la Foi a eu un développement extraordinaire comme en Afrique du Nord, en Asie Mineure et au Moyen Orient, pour ensuite diminuer, puis quasiment disparaître. Ce fut, certes, en raison de problèmes politiques avec l’Empire Romain d’Orient, des nombreuses hérésies qui avaient préalablement affaibli la Foi, et surtout des invasions qui ont mis fin à des chrétientés florissantes. Il suffit de voir les reproches que Dieu faisait déjà aux évêques des sept églises de l’Apocalypse ! Certains avaient une foi bien faible ! A celui d’Éphèse Dieu dit : « movebo candelabrum… », « j’ôterai ton chandelier de sa place, à moins que tu ne te repentes » (Ap 2,5). Le chandelier qui éclaire, la lumière du monde, c’est notre Foi qui est « la victoire qui a vaincu le monde ! » (1 Jn 5,4). Qu’adviendra-t-il de notre foi ? Cela dépendra de nous, car rien n’est jamais acquis définitivement. Saint Paul dans sa IIe lettre à Timothée dit que : « un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l’oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l’oreille de la vérité pour se tourner vers les fables» (4,4). Mais en même temps, Jésus nous rassure : « Ne crains point, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume » (Lc 12,32).

Il y a une autre explication de l’expression « sur terre » (ἐπὶ τῆς γῆς). Selon R. Kittel, dans son Lexique du Nouveau Testament, le terme « terre » n’indiquerait pas le monde, mais la « Terre » par excellence, c’est à dire la Terre Sainte, Israël. En effet, on constate que dans des villes comme Nazareth ou Bethléem, les chrétiens, autrefois majoritaires, semblent disparaître. Quoi qu’il en soit, dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus fait le lien entre la Foi et la prière. Saint Augustin commente ce passage en disant : « S’il manque la Foi, la prière est impossible ; en effet, qui est-ce qui prie Celui en qui il ne croit pas ? Voilà pourquoi le Bienheureux Apôtre Pierre a dit : « Quiconque invoquera le nom du Seigneur, sera sauvé.»(At 2,21). Et pour démontrer que la Foi est la source de la prière, il ajoute: « Comment invoqueront-ils Celui en qui ils n’ont pas cru ? » (Rm 10,14). La Foi fait jaillir la prière, et la prière, une fois jaillie, obtient la stabilité de la Foi. Pour prier, nous devons donc croire et, pour que notre Foi par laquelle nous prions, ne défaille point, il faut prier. » (Discours 115).

Foi et prière se supposent l’une l’autre, sont interdépendantes l’une de l’autre. Nous avons besoin de cette Foi à chaque instant. « Gratia facit fidem » dit Saint Thomas d’Aquin : « C’est la grâce qui crée la Foi ». La Foi est un don de Dieu, non seulement lorsqu’elle est naissante, mais à chaque instant, « mon juste vivra par la Foi » (Hb 10,38) La Foi est donc quelque chose que l’’on a ou que l’on voudrait avoir, tandis que croire, qui est le verbe de la Foi, est ce que nous faisons pour exprimer cette Foi. Dans son Évangile, Saint Jean n’emploie jamais le mot Foi, mais le verbe croire, car tout ce que nous faisons pour exprimer notre foi nous donne de vivre et d’expérimenter concrètement, chaque jour, ce rapport de confiance entre Dieu et nous, comme entre un père et son enfant. En conclusion, pour ne pas perdre la Foi, il faut toujours prier, sans se lasser. La prière est le combustible indispensable pour alimenter et fortifier notre Foi ; c’est l’huile qui alimente la lampe de notre cœur qui doit brûler d’amour, puisque la charité n’est rien d’autre que la Foi en action. Ainsi notre confiance enDieu sera inébranlable grâce à l’Espérance, sachant que Dieu exaucera nos prières au-delà de tout ce que nous pouvons espérer. Comme Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus nous pourrons dire : « Ô mon Dieu, vous avez dépassé mon attente ! » et moi je veux chanter vos miséricordes.

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 16 octobre

Sep 172016
 

La parabole d’aujourd’hui a été souvent mal comprise, parfois motif de scandale, ou bien prétexte, comme pour l’empereur Julien, dit l’Apostat, pour soutenir que les doctrines du Christ sont contraires à la saine morale et justifier donc son apostasie. Mais Jésus a employé d’autres fois des images répulsives, comme celle du serpent, pour nous dire qu’il faut être « prudents comme les serpents et simples comme les colombes » (Mt 10,16). Or, le serpent est parmi les animaux les plus répugnants ! Jésus souligne sa ruse et non pas le fait qu’il peut nuire. N’oublions pas qu’il nous envoie parmi les loups, dans un monde sans pitié, surtout pour les faibles. Aujourd’hui, les chrétiens semblent parfois trop jouer à la blanche colombe, donnant l’image d’une religion trop naïve, niaise, presque caricaturale, qu’on peut dénigrer et salir à souhait, comme si le fait de tendre l’autre joue, c’est à dire de renoncer à la vengeance, les rendaient invertébrés, dévirilisés, incapables de se défendre. C’est ainsi que les chrétiens sont perçus aujourd’hui par les médias. Il y a toujours le danger de devenir malhonnête aussi vis-à-vis de la Foi, en simplifiant ce qui est complexe, en exagérant un aspect, qui devient alors caricatural, en cassant l’harmonie et l’équilibre qu’il y a dans l’enseignement de Jésus. De toute manière, la charité ne se réjouit jamais de l’injustice et il faut toujours vaincre le mal par le bien ! Un jour un étudiant d’une école de journalisme m’a confié qu’on leur avait dit qu’ils pouvaient s’en prendre à cœur joie aux chrétiens et à l’Eglise. Cet ophidien qu’était Voltaire, dont la belle plume équivalait à sa mauvaise foi, en savait quelque chose…

Mais, revenons à notre gérant malhonnête. Non, la parabole de ce dimanche ne fait pas l’éloge des malhonnêtes, des tricheurs ou des fourbes de tout poil, elle nous exhorte simplement à prendre le risque d’utiliser nos talents, notre ingéniosité, notre perspicacité, notre circonspection, nos qualités, pour diffuser le Règne de Dieu, pour faire le bien, oui, avec aussi de l’argent malhonnête, en prenant conscience que le temps presse et la charité aussi. Dans l’Ecriture l’argent a toujours une connotation négative, car il peut nous détourner facilement de notre fin ultime et, de moyen qu’il est, il devient une fin en soi. La richesse est dite «malhonnête», inique, pour souligner que, même si elle ne vient pas d’une injuste provenance, elle risque de renfermer notre cœur dans l’égoïsme, en entravant notre liberté dans la disponibilité à suivre le Christ. Souvenons-nous du jeune riche de l’Evangile, il était aussi vertueux que riche, et il n’a pas pu se résoudre à suivre Jésus, car il était riche, ce qui a attristé Jésus. En revanche, Zachée qui était riche lui aussi, mais on ne peut plus malhonnête, a voulu utiliser son argent d’iniquité pour en donner la moitié aux pauvres. Remarquons que cette parabole du gérant malhonnête, adressée aux disciples, s’adresse aussi à nous tous qui croyons en Jésus, car nous sommes tous des administrateurs des dons de Dieu, qu’ils soient matériels ou spirituels. Et alors, pourquoi « Les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière » ? (Lc 16,8). Jésus semble nous dire : regardez ceux qui ne croient pas, pour leurs affaires, leurs plaisirs, leurs intérêts, aucune fatigue ne les effraie, ils se montrent très habiles, rusés, adroits, plus ou moins honnêtes ou… malhonnêtes, et pour quoi ? Ils font tout cela en se sacrifiant pour des choses banales, des choses éphémères, qui passent, qu’un jour on devra quitter. Jésus alors semble nous demander : pourquoi, vous qui croyez, ne mettez- vous pas autant d’énergie pour le Royaume, pour les choses de Dieu, pour votre âme, pour votre éternité ? Si les fils de ce monde se préoccupent surtout de leur lendemain mondain, les fils de la lumière aussi doivent se préoccuper du lendemain, mais en faisant confiance en la Providence. Dans le Notre-Père on demande le pain de chaque jour, mais l’homme ne se nourrit pas seulement de pain et doit se tourner vers les biens d’en haut. Jésus dit qu’on ne peut pas servir Dieu et l’argent, mais avec les deux il faut être honnête. Alors, pourquoi pensons-nous si peu à notre lendemain avec Dieu qui dure une éternité ? Tandis qu’on tue si facilement pour de l’argent, que les familles se déchirent pour un héritage, que les personnes âgées sont marginalisées parce qu’improductives, que les handicapés sont refusés parce qu’ils sont un poids, que les enfants sont avortés parce qu’on n’accueille pas la vie, nous devons répéter que l’homme ne vaut pas pour ce qu’il possède, ni pour ce qu’il produit, mais pour ce qui lui est donné de vivre.

En réfléchissant sur cet évangile, Saint Ambroise fait ce commentaire : « En distribuant largement aux pauvres, on peut gagner la faveur des anges et des autres saints », nous nous ferons ainsi des amis qui nous accueilleront dans les demeures éternelles. N’est-ce pas finalement là-haut que nous voulons aller ?

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 18 septembre

Juin 032016
 

La résurrection du fils de la veuve de Naïm, nous fait percevoir tout l’amour du Cœur de Jésus, car en Lui résident et se révèlent les entrailles de miséricorde et le visage compatissant de Dieu. Jésus, vrai Dieu et homme parfait, nous a aimé avec un cœur d’homme ayant l’immensité et l’intensité de l’amour de Dieu. « Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes, […] jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart qu’ingratitude » se plaint Jésus à Sainte Marguerite Marie Alacoque en 1675. Voilà pourquoi Saint François d’Assise, rentrant de l’ermitage de La Verna après avoir reçu les stigmates, se mit à pleurer. « Elles te font mal ? » demandent ses frères. « Non, ce n’est pas pour cela que je pleure » répondit François, « Je pleure parce que l’Amour n’est pas aimé !». Jésus partage lui-même la souffrance de l’homme confronté à la douleur et à la mort, car Dieu est toujours proche de celui qui souffre et n’est jamais indifférent. L’amour de Jésus n’est ni stoïque, ni platonicien ; il est tendresse, bonté et miséricorde. L’Évangile a toujours beaucoup de retenue lorsqu’il s’agit de décrire les sentiments de Jésus, mais nous pouvons les deviner et ressentir son cœur vibrer d’amour. Le Cœur humain de Jésus, avec une intensité toute divine, a réellement éprouvé des sentiments de joie et d’admiration face à la splendeur de la création, à la candeur des enfants, au regard du jeune homme resté pur mais qui l’a déçu parce qu’il n’a pas voulu le suivre ; des sentiments de miséricorde envers tous les « pauvres » : pécheurs, malades, parents qui suppliaient pour leur enfant, veuves en pleurs, les foules errantes et affamées, les rejetés de la société ; des sentiments d’amitié envers ses apôtres, ses disciples, Lazare et ses sœurs ; des sentiments de pitié pour Jérusalem, pour son peuple, pour Judas qui l’avait trahi; des sentiments d’indignation envers les marchands du Temple qui profanent la maison de son Père, envers les pharisiens hypocrites. Au moment de son agonie, il a eu des sentiments de terreur face au mystère de la mort et du mal qui semblait triompher. Mais la révélation la plus décisive du Cœur de Jésus, est que l’amour n’est pas total s’il n’accepte pas de traverser la mort, « car l’amour est fort comme la mort» (Ct 8,6). Jésus lui-même l’a dit : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; s’il meurt, il porte beaucoup de fruits » (Jn 12,24-25). Cela peut se produire par la mort physique, comme pour Jésus, mais dans tous les cas, par la mort à soi-même, le dépouillement, le renoncement, l’oubli de soi, car « si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive » (Mt 16,24). Si la souffrance, de toute façon présente dans notre vie, est assumée par amour du Christ, elle peut devenir porteuse de vie et de salut. Y a-t-il scène d’Évangile plus émouvante que celle de cette mère veuve qui pleure son enfant qui n’est plus ? Jésus a-t-il vu en cette mère éplorée sa propre mère qu’Il rencontrera sur le chemin du Golgotha ? Cette mère, abîmée dans sa douleur, n’aperçoit même pas Celui qu’elle croise. Elle ne demande rien, mais Jésus prend l’initiative car il est ému jusqu’aux entrailles, au plus intime de lui-même. Un convoi de mort sort du village et rencontre l’Auteur de la Vie. Jésus s’approche, touche le cercueil et, avec autorité, rappelle à la vie l’adolescent, puis le rend à sa mère. Nous aussi, lorsque nous sommes dans la détresse, nous oublions Dieu, au lieu de nous réfugier dans le Cœur très aimant de Jésus. Les douleurs de la veuve de Naïm sont l’image de nos afflictions. Nous pleurons tous quelqu’un ou quelque chose : la perte d’une personne aimée, un revers de fortune, le chômage, une calomnie, un déshonneur, une maladie, une profonde mélancolie. La dépression est une maladie que notre époque engendre si facilement. C’est à chacun de nous que Jésus dit « venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Prenez sur vous mon joug et recevez mes leçons : je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes, car mon joug est doux et mon fardeau léger » (Mt 11,28-30). Cette mère qui pleure, est aussi l’image de la sainte Église qui implore pour ses fils morts à la Grâce ; ses larmes ont aussi le pouvoir d’émouvoir Jésus pour qu’ils ressuscitent à la vie divine. Alors, en cette Année Sainte de la Miséricorde, allons, pleins de confiance et d’amour, vers le Cœur Sacré de Jésus, car Il nous attend tous avec une bonté et une miséricorde infinies. Il semble nous dire : « Éveille-toi, toi qui dors ; lève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera » (Ep 4, 14). ».

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 5 juin