Avr 212017
 

C’est après avoir vécu intensément le Vendredi saint et le silence plein d’espérance
du Samedi saint que nous pouvons goûter davantage les joies spirituelles du matin de
Pâques, le plus beau matin depuis le commencement du monde : « Voici le jour que le
Seigneur a fait, passons-le dans l’allégresse et dans la joie » (Ps 117, 24) ; le « Jour » par
antonomase, plus beau que le premier matin du monde, vers lequel toute l’histoire
humaine converge, et sur lequel toute notre Foi est fondée. Le deuxième matin sera
celui sans fin de la Jérusalem céleste. La Résurrection du Christ est la raison d’être
même de notre Foi : si Jésus est ressuscité, moi aussi je ressusciterai un jour. C’est
justement parce que ce jour de Pâques est le plus saint de tous, que l’Église nous avait
demandé une salutaire purification pendant le Carême, afin de mieux nous préparer à
la rencontre du Christ ressuscité avec un coeur purifié des souillures du péché, et ainsi
entrer dans la lumière de la résurrection.
Mais, les quarante jours qui, chaque année, nous sont donnés pour considérer les
tristes conséquences du péché, laissent maintenant la place aux cinquante jours du
temps pascal. Car, le Vendredi et le Samedi saints avec leur dramatique réalité de la
mort salvifique du Fils de Dieu, ne furent pas le dernier mot de la vie de Jésus. Sa mort
ne fut pas suivie par le silence absolu de Dieu. Le Fils éternel du Père ne devait pas
rester la proie de la mort. En Lui, qui s’était dit « Vie » (Jn 5,26), la « Résurrection » (Jn
11,25 s.) et la « Lumière de la vie » (Jn 8,12), la mort est vaincue et nous le rencontrons
dans le mystère pascal. L’antique séquence de Pâques Victimae Paschalis laudes, dit : « La
mort et la vie se sont affrontées dans un duel prodigieux : le Maître de la vie est mort ; vivant, Il
règne ». La mort est donc vaincue, anéantie par la puissance et la plénitude de la vie
divine du Christ ; la mort, entrée dans l’humanité sainte du Fils de Dieu, immergée
dans l’océan de vie qui est en Dieu, meurt, et devient porteuse de vie : « Notre Seigneur
Jésus Christ, en ressuscitant, dit saint Augustin, a rendu glorieux le jour qu’il avait rendu
funeste en mourant ». Alors, c’est à raison qu’une antienne des laudes du Samedi saint
tirée d’Osée (13,14) chante: « O mors, ero mors tua », Ô mort, je serai ta mort ! La mort
n’est donc pas immortelle, mais…mortelle, et débouche à cette source intarissable de
Vie qu’est le Christ ressuscité.
Il nous reste maintenant à vivre de cette Vie du Christ, à vivre en ressuscités. Car,
le Fils de Dieu s’est abaissé, s’est penché sur nous, jusqu’aux recoins les plus sombres
de notre âme pour l’illuminer, il nous tend sa main pour nous tirer vers Lui dans la
lumière de sa Résurrection. Le mystère pascal ne s’épuise donc pas dans la souffrance
et la mort de Jésus – bien que la croix sera toujours présente dans notre vie – mais s’épanouit pleinement dans la gloire du Christ ressuscité. Pâques, n’est pas l’heureuse
issue d’une belle histoire, d’un conte de fées, mais le commencement d’une nouvelle vie
avec le Christ qui aboutira dans la vie éternelle. « Si donc vous êtes ressuscités avec le
Christ, recherchez les choses d’en haut, où le Christ demeure assis à la droite de Dieu;
affectionnez-vous aux choses d’en haut et non aux choses de la terre : car vous êtes morts, et
votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous
apparaîtrez, vous aussi, avec Lui dans la gloire » (Cl 3,1-4). Cette lumière divine qu’Il nous a
fait percevoir lors de sa Transfiguration, et qui la nuit de Pâques aveugla les gardes
veillant au sépulcre, a traversé le temps et l’espace, et resplendit à présent dans notre
âme pardonnée et justifiée par la Grâce. Voila pourquoi, après la via crucis de la
Passion du Christ, il nous faut désormais parcourir la via lucis, le chemin de lumière,
avec Lui, avant-goût de la vie éternelle. Cette lumière divine continue à déchirer les
ténèbres de la mort, à porter au monde la splendeur de Dieu, la splendeur de la Vérité
et du Bien. Mais, gardons-nous à ne pas retourner dans les ténèbres de la mort par une
conduite indigne. Étant pardonnés, sauvés et illuminés, le Christ nous attend au bout
de notre vie, mais, en même temps, Il marche avec nous vers des cieux nouveaux et une
terre nouvelle (Ap 21,1). Certes, dans notre vie il y aura toujours de la joie et de la
douleur, sur notre visage il y aura toujours des sourires et des larmes, ainsi est notre vie
terrestre, mais par la Grâce nous sommes déjà des citoyens du Ciel, appelés à vivre en
plénitude la vie éternelle avec Dieu dès ici-bas : c’est la Bonne Nouvelle du message du
Christ : Jésus ne nous attend pas en Galilée, mais au Ciel.

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 23 avril

Mar 182017
 

Nous continuons notre chemin de Carême en compagnie de Jésus. Du désert de la
tentation à la lumière divine du Thabor, nous voici au puits de Jacob, où a lieu la
rencontre d’une rare beauté et d’une grande profondeur avec une femme samaritaine.
Jésus a soif et demande de l’eau : « donne-moi à boire », dit-il à la femme venue puiser de
l’eau. Jésus a soif, une soif physique, certes, mais ce « j’ai soif » (Jn 19,28) de Jésus coïncide
avec sa faim : « ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jn 4,34) ; Il a soif
de nos âmes, dont celle de cette femme que Jésus, par une pédagogie toute divine, amène
peu à peu à réfléchir sur sa croyance erronée et son état moral, puisqu’elle a eu cinq maris
et que celui qu’elle a actuellement n’est pas le sien. Il veut l’amener à la vérité, à l’unique et
véritable Epoux de nos âmes, c’est-à-dire à Lui, à Celui qui est devant elle.
Au départ, la femme est sceptique et un rien provocante : elle fait allusion à l’hostilité
entre juifs et samaritains. « Si tu savais le don de Dieu… » lui répond Jésus. Dans l’Évangile
de Saint Jean, le don de Dieu par excellence c’est l’Esprit Saint qui révèle aux hommes la
vérité de Dieu et de son amour, la Vérité tout entière. Jésus lit dans l’âme de cette femme.
Il la prend presque par la main, comme un père le ferait pour son jeune enfant, pour
l’amener à reconnaître son état et reconnaître Jésus, d’abord comme prophète, et ensuite
comme le Messie. Jésus n’est pas venu pour juger, mais pour sauver. Pourtant, le dialogue
entre Jésus et cette femme est toujours en décalage : face aux paroles apparemment
énigmatiques de Jésus, elle répond d’une manière encore trop terre à terre, prisonnière du
sensible, ne saisissant pas le vrai sens de ce que veut dire Jésus. L’eau que Jésus veut lui
offrir est une eau qui deviendra en elle une intarissable source d’eau pure et jaillissante
pour se convertir et entrer dans la vie éternelle.
En la Samaritaine, nous retrouvons chacun de nous dans notre rencontre avec le
Christ, qui, avec son regard miséricordieux, pénètre notre âme malade pour nous faire
reconnaître notre état. C’est le premier pas vers la conversion. Très souvent, dans notre
rapport avec Dieu, nous semblons tricher, ne pas lui dire la vérité, nos peurs, nos
angoisses. Il faut que la lumière du Christ pénètre dans tous les plis, les anfractuosités,
dans toutes les plaies de notre âme en souffrance. Laisser Jésus poser son regard sur nous,
lui faire voir et feuilleter le livre de notre vie, telle qu’elle est, sans fausse honte, la relire avec
Lui, à la lumière de son regard si plein d’amour et de miséricorde et se laisser toucher par
Lui. Alors, de notre misère, Il fera jaillir l’eau vive de la Grâce qui purifie et sanctifie.
Mais la soif d’âmes de Jésus est immense, et dans la moisson qui mûrit au soleil, Il voit
l’humanité entière qui attend le Salut, sa Grâce, puisque c’est pour cela qu’il est venu, pour
nous sauver et donner sa vie, «pour que nous ayons cette Vie en abondance » (Jn 10,10). En
chacun de nous, il y a un mystère de miséricorde. Ah ! Si pendant notre vie nous pouvions
nous aussi rencontrer Jésus près d’un tel puits ! Peut-être sommes-nous près d’un puits à
l’eau empoisonnée avec laquelle nous croyons étancher notre soif de vivre, notre soif de
bonheur et d’amour ou je ne sais quelle autre soif inavouable. Souvent, on se laisse tenter
par de l’eau souillée que l’on nous offre à boire, ou bien nous ne recherchons que des citernes d’eau malsaine et putride, au lieu de dire avec le psalmiste « comme le cerf soupire
après les sources d’eau, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu » (Ps 42,3). Si nous connaissions
vraiment la valeur du Don de Dieu, qu’elle serait notre reconnaissance envers Notre
Seigneur ! Car de Lui vient toute grâce comme le dit Saint Jean : «… c’est de sa plénitude,
que nous avons tout reçu, et grâce sur grâce » (Jn 1,16) ; Qu’est-ce que la Grâce ? C’est le don
de Dieu par lequel « …l’homme, par la nature de son âme, participe de la nature divine, selon une
certaine ressemblance, par le moyen d’une régénération ou d’une création nouvelle» (Saint
Thomas d’Aquin, S.T. I-II, q. 110, a. 4). La Grâce transforme la nature humaine
radicalement. « Quiconque est dans le Christ est une nouvelle créature » (2 Co 5,17). « La grâce
est une participation à la vie de Dieu, elle nous introduit dans l’intimité de la vie trinitaire : Par le
Baptême le chrétien participe à la grâce du Christ, Tête de son Corps. Comme un fils « adoptif « , il
peut désormais appeler Dieu  » Père « , en union avec le Fils unique. Il reçoit la vie de l’Esprit qui
lui insuffle la charité et qui forme l’Église ». Certes, nous restons toujours faibles et imparfaits,
mais nous avons tous les moyens pour devenir des saints. Par cette Grâce, nous sommes
déjà « citoyens du ciel » (Ph 3,20), vivants déjà de la vie même de Dieu. Chaque année, le
Carême est justement l’occasion de faire cette rencontre privilégiée avec Jésus. Il se laisse
toujours trouver par ceux qui le cherchent sincèrement. Il suffit de s’asseoir à côté de ce
puits inépuisable, de cette source intarissable de grâces qu’est le Coeur de Jésus, et de
s’abreuver du Don de Dieu.

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 19 mars

Fév 172017
 

Commenter un film si complexe tel que Silence de Martin Scorsese, surtout dans un bulletin paroissial est chose ardue, mais ce qu’on peut dire c’est que c’est un film on ne peut plus troublant. J’ai l’impression que les films La dernière tentation du Christ et Silence, révèlent les questions non résolues du metteur en scène. Le Christ, peu convaincu, et qui doute, ou ce jésuite qui piétine l’image du Christ et apostasie pour sauver des chrétiens est peut-être l’image de Scorsese lui-même, dans une recherche toujours inachevée de quelque chose qu’il a perdu, qui lui échappe, et qu’il essaye par tous les moyens d’exorciser, ou, pire, de justifier, au lieu de renouer avec la Foi qu’animait le jeune et indiscipliné séminariste qu’il était. Certes, il n’a fait que reprendre le roman historique de Shuchako Endô, écrivain japonais converti, qui raconte l’histoire de deux jeunes jésuites qui vont au Japon, où sévit la persécution, à la recherche de Cristovão Ferreira, leur maître, qui avait apostasié. C’est l’histoire romancée de deux prêtres : Cristovão Ferreira et l’italien Giuseppe Chiara qui ont effectivement apostasié.

Ce film est plus insidieux que le premier, ouvertement scandaleux, parce qu’il atteint la conscience et va au cœur même de la Foi. Essayez d’imaginer que tout s’écroulait sous ses pieds, que toutes les certitudes qui vous animaient disparaissaient en vous laissant au bord de l’abîme, face au néant, et qu’une voix vous murmurait que Dieu n’existe pas et qu’alors mourir, ou vivre, est absurde. Au contraire, en apostasiant on peut sauver des chrétiens qui vont – et qui veulent – mourir martyrs dans l’espérance du Paradis. Le P. Ferreira lui-même encourage le P. Sebastião Rodrigues à apostasier, alors que son compagnon, le P. Garrupe, était déjà mort en martyr. Pour lui, au Japon, il n’est pas possible que le christianisme prenne racine, donc tout était inutile : « Si tu apostasies, ces pauvres gens seront sauvés, la souffrance leur sera épargnée. Mais tu refuses de le faire par terreur de trahir l’Église, de devenir l’un de ceux qui sont considérés la lie de l’Église, comme moi. Tu te considères plus important qu’eux. Tu te préoccupes de ton salut… ». Sommé de piétiner une image hideuse du Christ, une voix que le film suggère être celle de Jésus, mais qui pourrait être celle du diable, lui dit : « Piétine, piétine ! Moi, plus qu’aucun d’autre je sais quelle douleur endure ton pied. Piétine ! Je suis venu au monde pour être piétiné par les hommes… ». Peut-on oser dire que le Christ aurait renié le Père, et serait devenu apostat par amour des hommes ? Certes, il s’est vu comme rejeté par le Père pour avoir pris sur lui tous les péchés du monde, voilà pourquoi Il a pu dire: «Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné!». Permettez-moi quelques considérations de simple prêtre. Le martyre est une grâce que Dieu seul peut donner. Aux premiers siècles, l’Église a toujours essayé de calmer l’enthousiasme exagéré de certains qui allaient au devant du martyre et qui, sous les tourments, succombaient, car ils n’en avaient pas la grâce, se fiant trop a leur propres forces. L’Église s’était aussi posée la question si les lapsi, ceux qui apostasiaient, pouvaient être réadmis à la communion ecclésiale. Tous n’étaient pas d’accord, mais elle a tranché pour le oui, après préalable pénitence. Pendant les persécutions générales, comme celle de Dioclétien, c’était la panique, car tous devaient passer pour sacrifier aux dieux. Imaginez-vous les familles, c’était dramatique…A Lyon on pataugeait même dans le sang. On leur disait qu’offrir un grain d’encens n’était qu’une simple formalité, juste pour sauver sa vie…tout comme dans Silence. Sans le témoignage des martyrs, nous ne serions peut-être pas chrétiens aujourd’hui. Fameuse est cette maxime de Tertullien: « le sang des martyrs est la semence des chrétiens ». Au moins, le film montre les pauvres chrétiens japonais joyeux d’avoir enfin l’Eucharistie et se faire pardonner les péchés. Leur « faim » de sacrements, mais aussi d’images et d’objets bénis, exprime le concret d’une Foi simple, voir naïve, expérience de salut face à une condition humaine atroce, faite de misère et de méchancetés subies. C’était la même Foi des premiers chrétiens. Peut-être, méprisons-nous trop ces chrétiens simples de tous les temps, à la foi du charbonnier, ayant besoin de signes tangibles, des supports pour leur Foi. Les Béatitudes s’appliquent davantage à eux, plutôt qu’à ceux qui se croient « maîtres en Israël », parce qu’ils ont fait des études bibliques, en apprenant, peut-être, que les miracles du Christ ne sont que de symboles, de la mythologie. Leur vie était déjà misérable, et, en plus, on leur ôte l’espérance d’une vie meilleure, celle du Ciel, par une Foi trop intellectuelle, difficile à comprendre. Nous, hommes incrédules post-modernes, nous pensons que la vie éternelle ne vaut pas celle d’ici-bas : Saint Paul disait le contraire. La Lettre aux Hébreux relie étroitement la Foi à l’Espérance : « la foi est la substance des réalités à espérer ; la preuve des réalités qu’on ne voit pas (9,3)». Non, ce n’est pas une fiction pour rendre la vie plus vivable, mais une réalité : « celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera » (Lc 9,24). Les chrétiens japonais ont conservé tant bien que mal la Foi pendant deux siècles, sans prêtres, avec le seul baptême, alors qu’aujourd’hui on discute sur comment donner l’Eucharistie au rabais. Les objets de piété camouflés qu’ils utilisaient, comme des croix et des chapelets, sont émouvants. Jésus s’était posé la question si à son retour s’il trouvera la foi et je commence à comprendre pourquoi…

Quant à moi, je préfère son « silence » d’aujourd’hui, qui n’en est pas un, plutôt que la condamnation de demain.

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 19 février

Jan 072017
 

Les festivités de Noël sont désormais passées, comme aussi les régurgitations annuelles des ligues de la libre pensée, des athées et autres zélés et courageux chasseurs de crèches, partout où elles sont. Beaucoup de crèches ont été vandalisées en Italie et ailleurs, et vous devinerez par qui… Certains, voudraient même supprimer cette fête chrétienne qui, soi-disant, offense les autres religions. Désormais cela se passe un peu partout. Et quand les clercs s’y mettent, ils dépassent tout entendement : en Italie un curé a mis la burqa à la Vierge Marie et Saint Joseph ressemblait à un pêcheur tunisien : « c’est pour faire des ponts ! » a-t-il dit ; pour aller où ? Comprenne qui pourra…A tous ceux qui parlent de nuit de la raison à l’encontre de ceux qui ont la Foi – qui ont dans leur esprit des toiles d’araignée, et ont engendré le monde cauchemardesque d’aujourd’hui – je réponds par la lettre aux Hébreux qui s’applique bien à eux: « Eux périront, mais vous, vous resterez ; tous vieilliront comme un vêtement, et comme un manteau vous les changerez et ils seront changés, mais vous, vous êtes toujours le même, et vos années ne finiront pas » (Hb1,11-12). Tout cela pour vous dire que nous sommes en train de refaire le voyage des Mages, mais à rebours…Partis en suivant l’étoile pour arriver à la vraie Lumière, les Mages, prémices des païens que nous sommes tous au départ, auront, eux, accueilli le Fils de Dieu fait homme. Ils sont nos pères dans la Foi.

En revanche, nos contemporains, en fermant les yeux à la vraie Lumière, s’acheminent vers les ténèbres, vers les dieux déchus. Il y a quelques dizaines d’années, en Italie, j’avais remarqué des graffitis inquiétants qui disaient : les dieux reviennent ! Je ne sais pas qui avait pu écrire une chose pareille ! Les dieux n’existent pas ! Ils ont vraiment été inventés par l’homme, ou, si l’on veut, selon le psaume : « … tous les dieux des nations sont des démons, mais le Seigneur a fait les cieux » (95,5). Et puis, l’Église, ne les craint pas ! Voici ce que Benoît XVI écrivait : « Les concepts que nous entendons comme rédemption, péché, salut, résonnent comme des mots provenant d’un monde désormais passé ; peut-être ce monde était-il beau ? (Je me permets d’ajouter : oui, il était très beau, il avait la beauté de Dieu !), mais en tous cas, il n’est plus le nôtre. Ou, plutôt si, il l’est toujours ! Le monde, au temps duquel la fête de Noël est née, était dominé par un sentiment semblable au nôtre. Il s’agissait d’un monde dont le « crépuscule des dieux » n’était pas un slogan, mais un fait réel. Les anciens dieux étaient devenus tout à coup irréels : ils n’existaient plus, les gens n’étaient plus capables de croire à ce qui avait donné sens et stabilité à des générations. Mais l’homme ne peut pas vivre sans donner un sens à sa vie. Il en a besoin comme le pain quotidien. Ainsi, les anciens astres s’étant couchés, il a dû chercher de nouvelles lumières… ».

Non, ce n’est pas le Sol Invictus, le Soleil Invaincu qui sera le nouveau Dieu, mais le Soleil de Justice qui s’est levé le jour de Noël. « Quelle est la période de l’histoire de l’humanité qui n’expérimente, plus que la nôtre, une angoisse majeure pour son futur ? », continue le Pape, « En d’autres termes, nous n’avons plus peur que le soleil puisse être un jour vaincu par les ténèbres et ne revienne plus. Nous craignons l’obscurité qui vient des hommes ». Maintenant, l’Occident embrasse avec frénésie des fois nouvelles qui sont des idéologies, telles que le mondialisme, le laïcisme, le libéralisme et l’égalitarisme, l’écologisme, le féminisme, etc. ; ce ne sont que des substituts inadéquats de cette Foi qui a forgé l’Occident, qui a donné non seulement une simple raison pour pouvoir vivre et mourir, mais « pour vivre en ce monde sobrement, honnêtement et pieusement, dans l’attente de la bienheureuse espérance et l’avènement glorieux de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ… » (Tite 2, 11-13) Comme le dit si bien saint Pierre, « Seigneur, à qui irions-nous ? Toi seul, as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68). La religion d’un peuple, sa foi, crée sa culture, et sa culture crée sa civilisation. Et lorsque la foi meurt, sa culture et sa civilisation meurent aussi, et même le peuple commence à mourir.

L’athéisme actuel est quelque chose d’inédit dans toute l’histoire humaine et notre civilisation semble arrivée au stade terminal d’une maladie mortelle ; sans le Christ et avec la complicité des élites qui ont renié la Foi chrétienne, la civilisation s’écroule, hélas. Puisque la nature a horreur du vide et « le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenus folles », alors « lorsque les hommes cessent de croire en Dieu, ce n’est pas qu’ils ne croient plus à rien, mais ils croient à n’importe quoi ! » (G.K.Chesterton); Si le Pape François décrit l’Église comme un hôpital de campagne, c’est justement parce que il y a un massacre en cours, dans tous les domaines. Rémi Brague, philosophe et lauréat du prix Ratzinger 2012 dit : « Chaque fois que la société élimine le divin, nous l’avons vu revenir sous l’aspect de dieux peu sympathiques ; ils exigent toujours un sacrifice humain ». L’avortement en est un et le démon aime se repaître de la chair des innocents ! Si autrefois les dieux étaient à l’image des hommes, aujourd’hui, les hommes, se croyant Dieu, les imitent. Les dieux ne reviennent pas, ce sont nos anciens démons qui se réveillent en nous. Comment ? Amusons-nous un peu : il y a les orgueilleux, les libertins, les coléreux et les courroucés comme Jupiter, surtout en politique où ils sont légions; les Narcisses, épris de leur personne et de leur beauté, les body builders, les Apollons bellâtres du « Belvédère » et les Venus Callipyges adeptes du botox et de la chirurgie esthétique ; Il y a les Eros ou les Cupidon, ceux qui ont pris pour Dieu leur ventre ou pire : n’en parlons pas davantage ; de Bacchus non plus d’ailleurs, c’est le dieu par excellence des bistrots, des poivrots, des Folies Bergères et de la « gaîté parisienne » ! Il y a Mammon le syrien, dieu du dollar ou de l’euro, au choix : le préféré des traders, des financiers et d’à peu près tout le monde, sans oublier Mercure, dieu des voleurs. Mars, dieu de la guerre, des crimes de sang et de la discorde règne en maître un peu partout ; Junon, est la patronne des jaloux, des vengeurs, des bougons et des…belles-mères acariâtres ; Hécate, la déesse des ombres, des terreurs nocturnes et de la magie a le vent en poupe, avec la satisfaction du malin ; Il y a ses tristes compagnes : les Erinnyes ou Furies, et les Ménades ou Bacchantes. J’en ai vu d’horribles sur You Tube : des femmes échevelées et hystériques, qui manifestaient pour l’avortement, se dévêtant, en criant, en blasphémant et en crachant sur des jeunes qui priaient et protégeaient une cathédrale en Argentine. Saturne doit être leur père, puisqu’il dévorait ses enfants…Mais du bon côté, celui de Jésus Christ j’entends, qui peut être aussi le nôtre, il y a les Béatitudes ! Dans sa Ière homélie de Noël, Saint Léon le Grand exhortait les Romains de la sorte : « Reconnais, ô chrétien ta dignité et, devenu participant de la nature divine, garde-toi de retourner à ton ancienne vilenie par une conduite indigne. Souviens-toi de quel chef et de quel corps tu es membre. Rappelle-toi qu’arraché à la puissance des ténèbres, tu as été transporté dans la lumière et le royaume de Dieu ». Les Mages seront peut-être nos juges…

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 8 janvier