Fév 022019
 

Ne répondez pas à cette question ! Quelle que soit la réponse, elle ne sera pas exacte et, de toutes manières, vous montreriez que vous n’êtes pas humbles du tout, et donc orgueilleux !
Voici alors quelques considérations sur l’humilité, non sans ironie, mais sans prétention de ma part, car autrement je pécherais à mon tour par vanité. Les vertus naturelles et surnaturelles perfectionnant nos facultés morales à faire le bien et éviter le mal sont nombreuses, mais peuvent se résumer dans les quatre vertus cardinales : Prudence, Justice, Force et Tempérance. Certaines vertus dites passives, telles la mortification, la pénitence, la patience, la douceur, l’obéissance, la modestie (la vraie), la chasteté, l’humilité, ne sont pas à la mode, surtout aujourd’hui. Ces vertus semblent être celles des perdants, des ratés, des nuls, si nous nous situons à un niveau strictement naturel et non chrétien. L’orgueil, père de tous les vices, est difficile à déceler, car il s’infiltre par toutes les fibres de notre être. Il se manifeste par la présomption, l’ambition (ou amour immodéré des honneurs, de l’autorité sur les autres) et la vaine gloire (qui produit à son tour la jactance, l’ostentation ou le « m’as-tu vu »), et l’hypocrisie. Vous pouvez aussi ajouter la suffisance et l’arrogance. L’orgueil est le péché de Lucifer, d’Adam et Eve et de Caïn.

L’humilité, qui vient du latin « humus », terre, est justement le terreau où toutes les autres vertus peuvent grandir : « L’humilité est la mère, la racine, la nourrice, le fondement, le lien de toutes les autres vertus » (St Jean Chrysostome). Bien entendu, la plus grande des vertus est la charité, mais, si elle n’est pas humble, elle est fausse. L’orgueil spirituel peut nous conduire jusqu’ au confessionnal avec une espèce de déni orgueilleux de nos péchés. Parfois, on en vient presque à défier le confesseur pour avoir l’absolution, ou bien on lui intime de se taire, car on n’a pas de leçons à recevoir. Certains attribuent à Dieu même la faute de leurs péchés, alors que, dans le sacrement de pénitence, nous devrions nous humilier devant lui, car Lui seul peut nous relever. Même en recevant la sainte communion, certains semblent venir chercher leur « dû », avec une certaine morgue et, en tout cas, sans trop considérer « Celui » qu’ils vont recevoir. Je ne parlerai pas de ceux qui jugent Dieu ou se fâchent parce qu’ils n’ont pas été exaucés.

« L’humilité est la vérité », dit Ste Thérèse d’Avila, et la raison se fonde sur cette vérité que Dieu est tout et que nous ne sommes rien ! Mais, me direz-vous, nous sommes quand-même quelque chose ! Oui, sans doute, mais je n’existe pas par moi-même, mais en Dieu. Je ne suis pas bon par moi-même, mais en Dieu, « Qu’avons-nous que nous n’ayons pas reçu ? » (1 Cr 4,7), alors que toute ma malice et ma méchanceté ne viennent que de moi. Dieu est tout ! Il est la plénitude de la réalité et la somme de toutes les perfections. Voilà pourquoi Jésus avait dit un jour à Ste Catherine de Sienne : « Je suis Celui qui est, toi, tu es celle qui n’est pas ». Si je suis tenté par l’orgueil eu égard aux dons, aux talents, à la fortune, à la naissance, etc., et que je regarde mes péchés, ce que je suis vraiment, de quoi puis-je être orgueilleux ? La poussière, peut-elle se vanter de quelque chose ? Pourquoi les saints étaient-ils humbles ? Parce que dans la vérité de Dieu, ils voyaient ce qu’ils étaient, et plus ils s’élevaient en sainteté et dans la connaissance de Dieu, plus ils s’abîmaient en Lui ; voilà pourquoi ils se considéraient comme les pires des pécheurs.

Regardons l’humilité du Fils de Dieu, en apparence dépouillé de sa gloire, se mêlant aux hommes pécheurs, lors du baptême donné par Jean dans le Jourdain. L’orgueilleux a une haute opinion de sa personne, il ne parle que de lui-même, il se vante, et attend beaucoup des autres. S’il est déçu dans ses attentes, il se vexe, il se fâche, il s’offusque, il se plaint. Il ne demande rien aux autres, car il pense tout savoir, et il ne s’occupe que de lui-même. Il est jaloux du succès d’autrui, comme si cela ternissait sa gloire. Comment savoir si nous sommes humbles ou orgueilleux ? On ne peut pas savoir si on est humble, ce serait de l’orgueil ! Pour compliquer les choses, il y a aussi « l’orgueil de l’humilité » qui fait étalage de celle-ci, par une fausse modestie ou attitude, en s’humiliant hypocritement pour s’exalter aux yeux des autres. Oui méfions-nous de la fausse humilité : « L’humilité n’est souvent qu’une feinte soumission, dont on se sert pour soumettre les autres ; c’est un artifice de l’orgueil qui s’abaisse pour s’élever ; et bien qu’il se transforme en mille manières, il n’est jamais mieux déguisé et plus capable de tromper que lorsqu’il se cache sous la figure de l’humilité ». (François VI, duc de la Rochefoucauld (1613-1680). Là, nous sommes en plein pharisaïsme ! En tout cas, rassurons-nous, nous le sommes tous plus ou moins.

Selon St Augustin, « l’humilité nous vide de ce dont nous sommes pleins (vous avez le choix !), pour nous remplir de ce dont nous sommes vides » (cherchez bien, ou plutôt demandez à Dieu !). Oui, remplissons-nous de l’esprit de Jésus : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger ». Voulez-vous juste vérifier s’il y a un peu d’orgueil en vous ? Nous ne le voyons pas, même s’il est aussi grand qu’une montagne ! Vérifiez-le donc avec les litanies de l’humilité que le Serviteur de Dieu le Cardinal Raphaël Merry del Val (1865-1930), secrétaire d’État de St Pie X, récitait tous les jours après la Messe.

V. Ô Jésus, doux et humble de cœur,
R. Rendez mon cœur semblable au vôtre.

Du désir d’être estimé, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être affectionné, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être recherché, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être honoré, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être loué, délivrez-moi Seigneur,

De la crainte d’être humilié, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être méprisé, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être rebuté, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être calomnié, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être oublié, délivrez-moi Seigneur,

Que d’autres soient plus aimés que moi, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,
Que d’autres soient plus estimes quai moi, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,

Que d’autres grandissent dans l’opinion et que je diminue, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,
Que d’autres soient loués et que je sois oublié, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,
D’être inconnu et pauvre, Seigneur, je veux me réjouir,
Qu’on ne pense pas à moi,
Qu’on m’occupe aux emplois les plus bas,
Qu’on ne daigne même pas se servir de moi,
Qu’on ne me demande jamais mon avis,

Du désir d’être préféré, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être consulté, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être approuvé, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être compris, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être visité, délivrez-moi Seigneur,

De la crainte d’être raillé, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être soupçonné, délivrez- moi Seigneur,
De la crainte d’être injurié, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être abandonné, délivrez- moi Seigneur,
De la crainte d’être refusé, délivrez-moi Seigneur,

Que d’autres soient employés et que je sois mis de coté, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,
Que d’autres soient préférés en tout, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,
Que d’autres soient plus saints que moi, pourvu que je le soit autant que je puis l’être, accordez-moi, Seigneur, de le désirer
D’être dépourvu des perfections naturelles du corps et de l’esprit,
Qu’on me laisse à la dernière placé,
Qu’on ne me fasse jamais de compliment,
Qu’on me blâme à temps et à contretemps Ainsi soit-il.

Pas facile, n’est-ce pas ? Et si après avoir observé tout cela, dont je doute fort, nous ressentons un peu de vaine gloire, ce sera peine perdue, tout aura été inutile, cela nous démontrerait que nous ne sommes pas humbles pour un sou. La seule manière de neutraliser notre orgueil, c’est d’accepter et d’offrir nos humiliations, et il en faut beaucoup pour faire un peu d’humilité…Mais, rassurons-nous, notre orgueil est tenace ! Il mourra un quart d’heure après nous…

Don Carlo Cecchin, vicaire


Lectures dominicales du 24 Mars

Jan 122019
 

Tous les mystères de notre Foi sont empreints d’une grande beauté, divine et humaine à la fois, comme par exemple ceux du cycle de Noël que nous vivons actuellement, mais aussi chaque page d’Évangile

La raison en est que notre religion est la « religion de l’Incarnation » : Jésus-Christ est l’image du Dieu invisible. Dieu est Vérité, Bonté et Beauté infinies : « Beauté ancienne et toujours nouvelle », dit St Augustin, « …parce que Dieu est beau, le Verbe auprès de Dieu est beau, dans le sein de la Vierge Marie il est beau, où sans perdre la divinité a assumé l’humanité ; Le Verbe devenu enfant dans les bras de sa Mère est beau. Dans ses miracles, comme dans sa Passion, et dans sa justice […]Beau sur la terre, beau dans le ciel ».

Voilà pourquoi l’art chrétien qui essaye de reproduire l’Incarnation dépasse en quantité, en diversité de styles et en qualité n’importe quel autre. Voici ce que le grand Chesterton dit, non sans un brin de provocation, au sujet de l’Épiphanie : « Les trois Mages arrivèrent à Bethléem en apportant de l’or de l’encens et de la myrrhe. S’ils avaient apporté seulement la Vérité, la Pureté et l’Amour, il n’y aurait eu ni art, ni civilisation chrétienne ». Pourquoi ? Parce que cela aurait été trop abstrait. L’une des grandeurs et des beautés du Christianisme se trouve dans l’importance qu’on donne au « signe », qui ne se réduit pas à une simple abstraction ou intellectualisation. Au contraire, le Christianisme exige que le mystère soit manifesté à travers ce qu’on peut voir, toucher et contempler. Les Apôtres n’ont fait que cela « ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons… » (1Jn1,3), ils ont vu, écouté, touché Jésus. Voilà pourquoi Jésus a voulu la « matière » dans les sacrements, qui sont des signes sensibles. L’adoration aussi se fait par la beauté du lieu, de la liturgie, des objets, des signes, des gestes empreints de vénération et de respect, une musique digne, sans mondanité, etc.

C’est pourquoi, le Christianisme a pu produire une culture chrétienne et donc une civilisation. Il a engendré la beauté, dont la plus grande idéalisation de l’humanité est l’Immaculée Conception : « Tota pulchra, Vous êtes toute belle, ô Marie ». Cette beauté s’est toujours traduite par l’art sacré, malgré le clergé actuel qui, en général, n’a plus le goût du beau, loin s’en faut ! Mais, rassurez- vous, les fidèles, pour la plupart, non plus ! Enlevez des musées l’art chrétien, il restera peu de choses. Notre époque, que transmettra-t-elle à la postérité ? De la laideur, dans l’espoir qu’elle soit éphémère…

La soi-disant « église des pauvres » paraît être un mythe qui souvent tient plus d’une construction intellectuelle et idéologique, teintée d’une fausse « archéologie religieuse ». Regardez la beauté de l’architecture et de l’iconographie paléochrétienne. Il me vient à l’esprit le baptistère Néonien, dit des « Orthodoxes », à Ravenne, qui est d’une beauté sublime. Devrions-nous priver les pauvres de toute beauté religieuse et spirituelle ? Bien souvent, c’est la seule beauté qui leur reste et qui leur appartienne. Lorsque les Mages ont offert des présents somptueux, la Vierge Marie ne les a pas déclinés en disant de les donner aux pauvres. C’est Caïn qui offrait des rebuts à Dieu, « signe » de ce qu’il avait dans son cœur. De même, Judas aurait voulu vendre le parfum de Nard précieux dont Marie de Béthanie avait oint les pieds de Jésus, pour en donner le prix aux pauvres, mais en réalité pour s’en approprier. Pour le pauvre St Curé d’Ars, il n’y avait rien de trop beau pour célébrer dignement le Saint-Sacrifice de la Messe. Rappelons-nous l’écrivain Paul Claudel qui, alors qu’il attendait un ami au fond de la cathédrale Notre-Dame de Paris, retrouva la foi en entendant, par hasard, une chorale d’enfants chanter le « Magnificat ». Ces voix angéliques lui ouvrirent le chemin d’un retour à Dieu.

L’ancienne et vénérable Messe papale, aujourd’hui disparue, a converti beaucoup de monde par la beauté et la majesté du rite qui ressemblait plus à une liturgie céleste qu’humaine. La liturgie d’ici-bas est, en effet, à l’image de celle du Ciel. Il est évident que la beauté d’une liturgie n’est pas que dans le « décorum », c’est-à-dire la beauté des objets, des vêtements servant au culte, ni uniquement dans la beauté de l’intérieur de l’église, des vitraux. Il y a aussi les attitudes des célébrants et des fidèles, ce qui implique une attitude de recueillement et surtout les dispositions intérieures, sans lesquelles tout serait une coquille vide. Malheureusement, trop souvent les liturgies ne laissent que très peu de place au recueillement, à l’adoration, au silence, qui lui aussi est beauté. Puisque nous sommes un composé d’âme et de corps, les deux doivent participer à l’adoration, au culte de Dieu. Ce qui me désole le plus, c’est de voir dans les médias des Messes qui, trop souvent, ressemblent à un véritable cirque, avec des prêtres accoutrés en clown et des danses absurdes. Pour ne pas parler des concerts rock dans les églises, des soirées halloween, des réveillons et des banquets, mode qui se répand en Italie : si la messe n’est qu’un repas, alors tout est permis…

De savants ecclésiastiques m’ont vanté le mysticisme du béton armé. Je veux bien, Sainte Odile en est un exemple bien réussi, mais lorsque je vois la laideur de certaines églises modernes, à l’architecture post industrielle, une angoisse m’étreint le cœur : elles sont aseptisées, dépouillées, tristes, cauchemardesques et me donnent un sentiment de désolation. La perte du sens du sacré estompe la différence entre le bien et le mal, le vrai et le faux, le fas et le nefas latins, c’est à dire ce qui est ou n’est pas permis, en confondant le bien avec le mal !

Oh certes, la laideur n’est pas la pire chose que nous vivons aujourd’hui, mais un symptôme, un « signe » inversé de la perte de la Foi. Beaucoup se disent catholiques mais non pratiquants : je ne comprends pas trop ce que cela veut dire. D’autres affirment doctement : je suis catholique, mais je ne crois pas à la Divinité de Jésus Christ, à la Présence réelle dans l’Eucharistie, à l’Immaculée Conception, à l’Église, parce qu’elle est intolérante, etc.

La Foi n’y est plus. A quoi croient-ils ? A la « tolérance » ! Elle est devenue vertu suprême, alors que l’Évangile ne la cite même pas. D’après Chesterton, elle est « la vertu des hommes sans convictions », qui, de surcroît, n’aiment pas la dissension et sont donc intolérants à leur tour. Le fameux évêque américain Fulton Sheen avait dit : « La tolérance se transformera en indifférence entre le bien et le mal ». Il faut toujours adorer Dieu en esprit et en vérité, et la vraie beauté nous fait contempler la beauté incréée de Dieu.

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 13 janvier

Déc 142018
 

Dans toute attente, il y a toujours une certaine anxiété, car, malgré l’espérance qui la soutient, ily a aussi la crainte qu’elle puisse être vaine. Mais, l’attente du Seigneur n’est jamais vaine, car ilest fidèle à ses promesses, et sa venue ne peut pas être la cause de mauvaises surprises. Nous devons plutôt nous demander si nous sommes prêts à l’accueillir, à aller à sa rencontre…

 La liturgie de ce troisième dimanche de l’Avent veut justement nous rassurer, et s’ouvre par cette invitation tirée de la lettre aux Philippiens (4,4-5), à ne pas s’attrister, mais, au contraire, à nous réjouir par la proximité du Seigneur qui vient combler notre âme de joie : « soyez dans la joie, le Seigneur est proche ! ». La joie, oui, parlons-en ! Beaucoup me disent qu’à l’approche de Noël, ils sont tristes, sans savoir vraiment pourquoi, chose que je ressens parfois aussi. Pour certains,il y a des raisons bien réelles comme la solitude, la pauvreté, la maladie, la vieillesse. Souvent,cela se mêle à des raisons morales, comme par exemple les souvenirs, joyeux et tristes à la fois,d’un passé révolu, la nostalgie du temps passé ayant emporté les êtres aimés, la douceur de l’enfance comme une innocence perdue à jamais. Personnellement, comment oublierais-je les Noëls de mon enfance, si simples et modestes avec un ordinaire à peine amélioré et la chaleur moite d’une cuisinière à bois où chauffait toujours de l’eau qui faisait ruisseler les vitres couvertes de buée. Et pourtant nous étions joyeux ! Oui, parce qu’il y a un imaginaire de Noël, une atmosphère, une chaleur, un parfum, des sensations, une joie venant de la tendresse du Fils de Dieu fait homme, une présence qui se fait proche de nous, un signe qui va révéler les pensées intimes de beaucoup de cœurs, comme l’avait prophétisé le vieillard Siméon (Lc 2,33-35), mais aussi signe de contradiction. Il est étrange que ces signes de « contradiction » se voient plus à Noël qu’à Pâques. La crèche de l’Enfant-Dieu semble plus dérangeante que le tombeau vide du Christ Ressuscité, pourtant signe définitif de la victoire de Jésus sur le péché et sur la mort. Oui,la crèche dérange, on l’interdit, on la décrie. Même les prêtres s’y mettent, comme ce prêtre italien dit « engagé » qui a soulevé un tollé général il y a quelques jours en affirmant qu’il ne fallait pas faire la crèche par respect pour l’Évangile et pour les pauvres ! Comprenne qui pourra ! En revanche, toujours en Italie, une fillette de 10 ans a courageusement fait une pétition dans sa classe parce que le nom de Jésus avait été supprimé dans un chant de Noël. Elle a eu gain de cause.

On comprend un peu plus pourquoi le Royaume de Dieu appartient à ceux qui ressemblent à des enfants. On peut considérer Noël comme une fête familiale, sentimentale, solidaire, commerciale ou gourmande : mais pourquoi faire la fête ? Hélas, Jésus en est le grand oublié, mais cet échange de cadeaux, même entre non-croyants, rappelle indirectement, inconsciemment ce « Don » que Dieu a fait de son Fils à l’humanité toute-entière. A Noël, ce n’est plus Dieu qui, dans l’Ancien Testament, établit une relation avec les hommes, mais Dieu qui se rend présent, visible, humain,par son Fils incarné. Vertigineux !

Pourtant, si malgré tout Dieu permet des moments de désolation les jours de joie, il faut accepter ce que Dieu permet et trouver la « joie » et la « paix » en se conformant totalement à sa divine volonté. Il est alors possible que pendant les fêtes de Noël, nous puissions ressentir une certaine tristesse, nous soyons éprouvés, désolés, mais cela ne nous empêche pas d’être joyeux. Oui, en acceptant cet état d’âme et en l’offrant à Dieu, nous faisons sa joie et la nôtre. D’ailleurs, quelle est la vraie joie chrétienne ? Ce n’est pas l’alternative à toute souffrance, mais l’alternative au désespoir qui est de souffrir sans pouvoir donner de sens à ce qu’on vit et de ne pas pouvoir offrir ses souffrances, ses angoisses ou ses soucis à Dieu. Je prends comme exemple la Sainte Famille.Quelle créature était plus tournée, abandonnée en Dieu que la Sainte Vierge ? Marie est la figure centrale de l’Avent, toujours présente et pourtant si effacée dans son humilité. Qui pourra jamais imaginer ses sentiments, la joie intime de son Cœur Immaculé, alors qu’elle méditait les paroles de l’Ange ou le Magnificat, portait Jésus dans son sein à travers les contrées de Galilée et de Judée, ou le donnait au monde le jour de sa naissance ?

acceptant cet état d’âme et en l’offrant à Dieu, nous faisons sa joie et la nôtre. D’ailleurs, quelle est la vraie joie chrétienne ? Ce n’est pas l’alternative à toute souffrance, mais l’alternative au désespoir qui est de souffrir sans pouvoir donner de sens à ce qu’on vit et de ne pas pouvoir offrir ses souffrances, ses angoisses ou ses soucis à Dieu. Je prends comme exemple la Sainte Famille.Quelle créature était plus tournée, abandonnée en Dieu que la Sainte Vierge ? Marie est la figure centrale de l’Avent, toujours présente et pourtant si effacée dans son humilité. Qui pourra jamais imaginer ses sentiments, la joie intime de son Cœur Immaculé, alors qu’elle méditait les paroles de l’Ange ou le Magnificat, portait Jésus dans son sein à travers les contrées de Galilée et de Judée, ou le donnait au monde le jour de sa naissance ?

Mais, comme toute maman, elle aussi a dû se faire des soucis, ne serait-ce que pour l’intendance– les anges n’étaient pas là pour l’assister dans ses tâches ménagères ou pour chanter une berceuse- ou pour l’aider au milieu de la nuit pour sauver l’Enfant des mains d’Hérode ou lors de la perte de Jésus à Jérusalem. Toutefois, sa joie n’a pas été ôtée par ce glaive qui a transpercé son âme toute sa vie, en particulier aux pieds de la Croix, mais en a été sublimée.

Cependant, c’est sur la figure de St Joseph que je voudrais m’arrêter car il est l’un des saints les plus oubliés, et pourtant celui qui a aimé le plus Jésus et Marie. Je vous invite à voir le mystère de Noël à travers son regard. Il a été le témoin privilégié en accompagnant la maternité divine de Marie et la protégeant. Il était toujours là, par sa présence aimante et discrète, contemplant la beauté du mystère du Fils de Dieu fait homme dans le sein virginal de son épouse, tel un enfant face à quelque chose de merveilleux. Certes, on lui prête un rôle subalterne par rapport à celui de Marie. Mais ce rôle, ô combien indispensable, comblait son âme de joie et d’amour. Comme Marie, il a été tout à la fois le bon « Servant du Seigneur » qui n’a fait que la volonté de Dieu sans jamais récriminer et l’adorateur silencieux de cette beauté divine qui s’offrait à lui, immense et resplendissante, dans le visage de l’Enfant Jésus et de la Vierge Marie. St Bernard décrit ainsi la joie de St Joseph : «…recevant, à genoux, l’Enfant Jésus des mains de Marie, en le serrant sur son cœur avec un amour indicible, en le couvrant de baisers et de larmes. Plus riche que ses ancêtres, malgré la pauvreté, il possédait le trésor le plus précieux du Ciel ; sa gloire éclipsait celle de toute sa lignée : il a pu contempler et serrer sur son cœur l’Emmanuel, Celui que David saluait prophétiquement de loin en l’appelant son Seigneur et son Dieu… ».

Oui, Noël est la Beauté incréée qui se fait chair, se fait vie humaine, qui aime et sourit comme seulement un enfant peut faire. Oui, nous pouvons être un peu tristes, car la vie est parfois avare,injuste, dure, mais face à la beauté de ce mystère, quelle joie, ô mon Dieu, c’est dans mon cœur que le mystère s’accomplit… à condition d’avoir un cœur d’enfant.

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 16 décembre

Nov 232018
 

La Fête du Christ Roi avait été fixée au dernier dimanche d’octobre par Pie XI, lors de la parution de l’Encyclique Quas Primas (11 décembre 1925), déplacée ensuite à la fin de l’année liturgique, ce qui augmente le symbolisme eschatologique. Une antienne tirée d’un antiphonaire du Moyen Age dit : « C’est moi qui suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le début et la fin, qui vis avant l’origine du monde et pour les siècles des siècles, à jamais… ». Texte magnifique qui rappelle la Veillée Pascale.

Il suffit de considérer les cathédrales avec ces statues du Christ à la noble allure comme le « Beau Dieu » d’Amiens. Au Moyen Age, cette royauté du Christ était universellement admise et vécue, et la Foi n’était pas seulement un fait privé, mais social, pour bâtir une société humaine fondée sur l’Évangile, faite à l’image du Ciel. Car le règne de Dieu est venu jusqu’à nous par l’Incarnation, malgré les limites et les défauts inhérents à toute société humaine, mais les principes de l’Évangile et la Grâce sont là pour rectifier et perfectionner cette humanité qui reste pourtant pécheresse. Le laïcisme à la française est une très mauvaise invention. Il a contaminé l’Europe entière et ne pourra pas résister face à une autre religion, autrement plus conquérante, qui a brouillé la donne, n’offrant pas cette synthèse donnée par l’Évangile : cette harmonie idéale entre la Cité de Dieu et celle des hommes, la société terrestre à l’image du Ciel, harmonie entre le naturel et le surnaturel, la raison et la Foi, la morale et la politique, la bravoure et la piété, l’humilité et la gloire.

Nous ressentons de plus en plus cette nécessité de la loi divine, ou du moins de la Loi Naturelle (10 Commandements) qui doit imprégner la société car, en s’éloignant de la Loi de Dieu, et donc de la Vérité, nous allons vers l’arbitraire, vers où nous porterons nos pires instincts, vers un monde déshumanisé, sans justice véritable, où même le bien commun ne peut être assuré.

Pie XII dans son message radio de la Pentecôte 1941, affirme que « de la forme donnée à la société conforme ou pas aux lois divines, dépendent et s’insinuent le bien et le mal dans les âmes… », et donc leur salut ou leur perte. Il ne s’agit pas de politique ou de pouvoir, mais de destinée éternelle. St Jean-Paul II, dit que la société doit être juste et belle, « à la mesure de l’homme et selon le dessein de Dieu ». Le Concile Vatican II proclame la même chose : « Mais si, par « autonomie du temporel », on veut dire que les choses créées ne dépendent pas de Dieu et que l’homme peut en disposer sans référence au Créateur, la fausseté de tels propos ne peut échapper à quiconque reconnaît Dieu. En effet, la créature sans Créateur s’évanouit ». (GS 36,3). Voici ce que dit aussi le Catéchisme de l’Église Catholique : « En évangélisant sans cesse les hommes, l’Église travaille à ce qu’ils puissent « pénétrer d’esprit chrétien les mentalités et les mœurs, les lois et les structures de la communauté où ils vivent » (Apostolicam Actuositatem). L’Église manifeste ainsi la royauté du Christ sur toute la création et en particulier sur les sociétés humaines ». (n.2105). Ou le Christ, ou le chaos ! Certes, même au Moyen Age, tel Roi ou tel Empereur a pu avoir des différends avec la papauté, mais il savait pertinemment que toute autorité vient de Dieu, y compris la sienne. Ce pouvoir était mis en évidence par l’Église, au cours d’une liturgie magnifique, « le sacre », d’où cette aura de sacralité qu’entourait leur personne ; tout cela reste encore dans notre imaginaire inconscient.

Voilà pourquoi le Christ est « Roi », seul mot qui peut bien exprimer cette réalité. Selon St Thomas d’Aquin, le Christ, même en tant qu’homme, a la pleine puissance législative, judiciaire et exécutive tant dans le spirituel, que dans l’ordre temporel, mais celle-ci n’est pas exercée directement. C’est la théorie des deux glaives, affirmée par la tant décriée Bulle Unam Sanctam de Boniface VIII (1302) : le glaive spirituel propre à l’Église et le glaive temporel concédé au Roi. Selon St Robert Bellarmin et Suarez, cette royauté est directe dans le spirituel et indirecte dans le temporel. Pouvoirs distincts, sans doute, mais le deuxième est subordonné au premier. En y pensant bien, peut-on se soustraire à la Loi de Dieu, ou à sa puissance ? De toute façon on en payera les conséquences.

Aujourd’hui, un état catholique semble une chose impensable, pourtant il y en a eu jusqu’à une époque récente ! Même le couronnement du Pape, « Serviteur des Serviteurs de Dieu », donnait une image de cette royauté du Christ, car « servir Dieu c’est régner ». Voici, par curiosité le texte en latin, c’est plus joli : « Accipe Tiaram tribus coronis ornatam, et scias Te esse Patrem Principum et Regum, Rectorem Orbis, in terra Vicarium Salvatoris Notri Jesu Christi cui est honor et gloria in saecula saeculorum – Reçois la tiare orné aux trois couronnes, afin que tu saches que tu es le père des Princes et des Rois, Régisseur du monde, sur terre Vicaire de Notre Seigneur Jésus Christ, à qui appartient l’honneur et la gloire pour les siècles de siècles ». Vieilleries d’un passé heureusement révolus ? Où est l’Évangile dans tout cela ? me direz-vous. Pourtant le dernier Pape à être couronné fut St Paul VI.

Il faut se rendre compte que le second avènement de Jésus ne sera pas comme le premier, dans l’humilité et la pauvreté, mais dans la puissance et la gloire et Jésus exercera pleinement son pouvoir royal. Hélas, nous ne savons plus lire les signes des temps que Dieu nous donne. Mais,
Jésus, est Roi de quoi ? De l’univers ? Sans doute : « A toi le ciel, à toi aussi la terre, le monde et
son contenu, c’est toi qui les fondas » (Ps 88,12). Mais, à quoi bon être Roi de galaxies innombrables et de planètes froides et inhospitalières – même si les photos des radio télescopes

nous montrent des images d’une grande beauté – si Jésus n’est pas le Roi de nos cœurs ? Nous qui avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, notre âme est son royaume ! Jésus a régné par sa Croix, pour nous sauver et nous attirer par son amour, car « servir Dieu c’est régner », et notre destinée est de régner éternellement au Ciel avec Lui.

Jésus, n’a pas exercé son pouvoir royal, ici-bas, mais il en sera autrement à son deuxième avènement. « Au Roi des siècles, immortel, invisible, seul Dieu – et à son Fils incarné, Jésus le Christ, mort et ressuscité pour notre salut – soient honneur et gloire, aux siècles des siècles! Amen! » (1Tm 1,17). « Viens Seigneur Jésus !» (Ap 22,20). Maranatha !

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 25 novembre