Fév 202016
 

« Écoute, Seigneur, le cri de mon appel, pitié Seigneur, réponds-moi ! De toi mon cœur a dit : « cherche sa face ». « C’est ta face, Seigneur que je cherche, ne me cache point ta face ». (Ps 27, 7-8) Quel visage ont vu les Apôtres? Il faudrait le demander à Pierre, Jacques et Jean qui l’ont vu transfiguré sur le Thabor ? Jésus reflète sur son visage la gloire du Dieu invisible, parce que Jésus est Dieu né de Dieu, lumière, née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu, « rayonnement de la gloire du Père » (Hb 1,3). A-t-on un portrait précis du visage de Jésus ? Oui, il y en a un, le St Suaire ! Dans l’iconographie chrétienne, à partir du moment où l’interdit biblique de représenter des images a été levé, nous voyons qu’il y a des constantes et des similitudes dans les représentations de Jésus : est-ce à cause justement du St Suaire ou du voile de la Véronique qui, d’après mon ancien professeur d’iconologie à l’Université Grégorienne de Rome, le P. Heinrich Pfeiffer S.J., est celui conservé actuellement au Sanctuaire de Manoppello en Italie et fait de précieux byssus marin ? Cependant, par les yeux de la Foi, nous voyons le même Jésus, dans le Christus docens (le Christ enseignant les Apôtres) sur la mosaïque de Sainte Pudentienne (vers 390) à Rome, dans les fresques de Fra Angelico ou de Giotto, dans cet admirable et étonnant portrait de Jésus par Antonello da Messina (1430-1479), ou encore dans les tableaux de Dalì. Personne n’en parle, mais ce dernier s’est converti à Fatima.

Même s’il existe d’innombrables images, chacun de nous perçoit Jésus différemment, par la Foi, par la prière et par le cœur, comme des variantes d’une beauté antique et toujours nouvelle de la beauté incréée de Dieu. « Je veux voir Dieu », disait Ste Thérèse d’Avila ! L’art nous invite donc à la contemplation, mais c’est surtout par la prière que nous percevons Dieu, car la prière est un regard d’amour : Jésus s’est justement transfiguré pendant qu’il priait. Celui qui prie commence à voir au delà des apparences, car comme l’affirme Richard de St-Victor (~1110-1173) : « l’amour est un œil », une vision, et l’amour de Dieu nous transforme en Lui. Nous, les chrétiens, nous recherchons le visage du Christ comme autant de Véroniques, en le recherchant au dedans et en dehors de nous, dans les visages que nous rencontrons, en l’imprimant dans notre cœur, dans notre mémoire. C’est ton visage que je désire voir, ô Jésus, car tu es l’image du Dieu vivant, et en te voyant je vois le Père.

Oui, le Christ est l’Icône du Père. Le visage, c’est à dire sa connaissance, sa proximité, sa paternité, son amour infini. « Aspirons avec un immense désir à la beauté du Christ » dit St Augustin (disc. 194), à cette beauté accomplie et insaisissable de la Personne du Verbe de Dieu, une beauté métaphysique, au sens propre du terme, qui est au delà du physique, une méta-beauté dont la Foi ne peut pas se soustraire. Oui, Seigneur, je veux voir ton visage, bienfaisant et souriant, car tu es le soleil qui éclaire ma vie. Je veux voir ton visage plein de tendresse de fils, comme lorsque tu as posé ton regard sur la veuve de Naïm, car en elle tu as vu ta mère, et toutes les mères. Je veux voir ton visage se pencher sur moi, plein de miséricorde et de bonté, comme lorsque tu as posé ton regard sur la pécheresse, et comme tu poses ainsi ton regard sur moi si souvent, pécheur que je suis. Je vois ton visage triste, comme devant le jeune homme riche, et comme devant moi aussi, car je suis riche de ta grâce mais ne me dépouille assez de moi-même pour te suivre. Parfois je vois ton visage un peu réprobateur, déçu et, peut-être désabusé, comme lorsque tu voyais les enfantillages des Apôtres, et comme tu vois aussi aujourd’hui les miens ? Je vois ton visage un peu amusé, apercevant Zachée perché sur un arbre et me voyant moi aussi parfois si haut perché dans mon orgueil et ma suffisance: fais- moi descendre de là pour que tu puisses visiter ma maison. Ah, si je pouvais rendre ton visage admiratif comme celui que tu as eu pour le centurion, plutôt que de te faire trop souvent honte par ma lâcheté. Je vois ton visage ruisselant de larmes à la vue de Jérusalem infidèle, que tu as pourtant si tendrement aimée et comblée de bienfaits. Tu as pleuré aussi sur ton ami Lazare, que tu aimais tant et que tu as ramené à la vie, comme tu pleures sur moi, ton ami bien aimé, à qui tu redonnes continuellement et inlassablement la vie de la Grâce. Je contemple aussi ton visage tuméfié par les coups, ensanglanté, souffrant, qui ressemble tant à mon âme infidèle, défigurée, déchirée par le péché ; « C’est par ses meurtrissures que j’ai été guéri » (Is 53,5). Jésus, je ressens toujours posé sur moi ce même regard posé sur le Bon Larron qui t’avait dit : « Souviens-toi de moi lorsque tu seras dans ton Royaume » ; Seigneur, telle est mon espérance : qu’ aujourd’hui-même, je puisse être au Ciel avec toi ! « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » avais-tu dit à l’aveugle né : « Seigneur que je voie ». Oui, Seigneur, je veux voir ton visage, face à face, et te contempler pour l’éternité, car tu es mon Ciel.

Don Carlo CECCHIN

Bénédiction de Saint François :

« Que Dieu te bénisse et te garde Qu’il te montre sa face et t’accorde sa grâce Qu’il lève son visage vers toi et te donne la paix »

Lectures dominicales du 21 Février

Nov 272015
 

Depuis le Vème siècle au moins, l’Avent est le temps où les chrétiens se préparent à la fête de Noël, et, en même temps, à la venue définitive du Christ à la Parousie. Le chrétien devrait adapter sa piété aux temps liturgiques, car chaque temps a sa mystique, sa spiritualité, son caractère propre. On ne vit pas l’Avent comme le Carême. Ce qui pourrait nous aider, ce sont les antiennes, les lectures bibliques des quatre semaines qui composent l’Avent, la lecture des Pères de l’Église, où les thèmes de l’attente, de la conversion, de la joie, convergent vers la Fête de Noël, considérée non seulement comme mémoire de la naissance historique de Jésus, mais aussi comme promesse et annonce de sa venue glorieuse à la fin des temps, et, en même temps, comme « visite » continuelle au milieu de son peuple. Car ces deux « avènements » n’épuisent pas la grâce de ce temps liturgique.

En effet, entre la première et dernière venue du Christ, entre l’Incarnation et la Parousie, la liturgie nous indique une troisième venue du Seigneur, que Saint Bernard appelle « Avènement du milieu ». Nous vivons donc entre le « déjà » de la première venue et le « pas encore » de la deuxième, c’est à dire dans l’aujourd’hui de la liturgie et de l’histoire. Dans une homélie, Saint Maxime de Turin nous éclaire : « Ce qui est arrivé jadis, nous l’avons vu clairement et nous le voyons tous les jours. Les œuvres du Christ sont si merveilleuses qu’elles ne tombent pas dans l’oubli en raison de l’antiquité, mais acquièrent chaque jour une nouvelle vigueur par la grâce…Face à la puissance de Dieu, en effet, rien n’est aboli, rien n’est passé, et face à sa grandeur, tout est au présent. Pour lui, le temps est « aujourd’hui ». Toute la succession des siècles est un seul et même jour, dans lequel le Sauveur en opérant des prodiges pour nos pères, les a faits aussi pour nous » (Hom. 102,2). Le psaume iI dit en effet : « Le Seigneur m’a dit, tu es mon fils, je t’ai engendré aujourd’hui ».

Pour nous chrétiens, c’est « l ‘Avènement du milieu » qui nous importe, car il faut vivre au présent avec l’Emmanuel, Dieu-avec-nous, qui a toujours existé au sein du Père dans l’éternité, qui s’est incarné dans le temps, que nous attendons à la fin des temps et avec qui nous régnerons pour l’éternité. « Au premier avènement Jésus a été notre Sauveur, au troisième il sera notre vie et à l’Avent d’aujourd’hui il est notre repos et notre consolation (St. Bernard, Vème Discours sur l’Avent). Car cet « Avènement du milieu », il ne faut pas le rater, souligne Saint Bernard, car il nous aide à passer du premier au troisième «avènement». Ce temps liturgique n’est donc pas seulement le souvenir d’un anniversaire, ni uniquement la contemplation de Dieu sous l’aspect, pourtant si aimable, d’un nouveau-né, mais aussi et surtout l’attente d’un Dieu qui vient, maintenant. Mais saurons-nous le reconnaître ? L’attente vigilante, voilà ce qui caractérise l’Avent. Qu’est- ce que la vigilance ? Jésus en parle souvent, c’est l’attitude du chrétien, qui, vivant dans le présent, est projeté vers le futur. « Je le dis à tous : veillez ! » (Mc 13,37). « Veillez donc,  puisque vous ne savez pas quel jour le Seigneur va venir » (Mt 24, 42). « Heureux ces serviteurs que le Maître, à son arrivée, trouvera veillant » (Lc12,37). St. Paul et St. Pierre en parlent souvent aussi. Toute l’histoire humaine, ainsi que notre vie, est un chemin vers le Seigneur, fait d’une attente vigilante et d’une fidélité active, vers l’achèvement, l’aboutissement de la Création, mais, cela requiert notre collaboration. Il faut donc mettre notre vie dans cette perspective.

Marie est la figure centrale de l’Avent, exemple sans pareil de la « Vierge prudente » de l’Évangile, car Marie, dit St. Augustin, avait conçu Jésus dans son esprit, avant même de le concevoir dans son sein (Prius concepit mente quam ventre). « Voici que je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez-lui, je souperai avec lui et lui avec moi » (Ap. 3,20). Marie fut la première à ouvrir cette porte, grand ouverte, au Seigneur qui vient. Le Cardinal Ratzinger, en commentant l’Encyclique Redemptoris Mater de St. Jean Paul II dit : « L’Avent est dans la liturgie de l’Église un temps marial : temps où Marie a fait place en son sein au Rédempteur du monde ; Le temps pendant lequel elle porta en elle-même l’attente et l’espérance de l’humanité. Célébrer l’Avent, signifie devenir comme Marie, s’unir à son « OUI », qui est continuellement le lieu de la naissance de Dieu, de la plénitude du temps de Dieu ». L’Avent est donc le temps de l’attente, de l’espérance, de la joie, du silence…Le silence : c’est le secret de Marie, l’expression de sa grandeur, parce qu’il exprime toute son humilité, sa pureté, sa Foi, son amour, sa disposition à écouter et garder Dieu dans la mémoire de son cœur. Mais, au fait, attendons-nous encore quelque chose ? Qu’espérons-nous ? Que désirons-nous ? Les juifs au temps la naissance de Jésus à force d’attendre, s’y étaient habitués, et n’attendaient plus personne. Vivant dans un monde de plus en plus frénétique, il est de plus en plus difficile de faire silence en soi-même, de se recueillir, de contempler, et donc de prier. Restons en présence de Dieu, comme Marie l’a toujours été. Nous sommes comme à la fin d’une longue nuit où l’aurore pointe déjà : notre cœur se réjouit, car le Seigneur vient et nous, nous allons à sa rencontre. « Voici que je viens bientôt » : Viens, Seigneur Jésus !

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 29 Novembre

Oct 302015
 

Quelle vision splendide que celle de la Jérusalem céleste ! Mais, avons-nous songé que nous sommes appelés aussi à en faire partie ? Nous qui avons tous été lavés, purifiés dans le Sang de l’Agneau. Mais, le désirons-nous vraiment? Personnellement, je suis très curieux de connaître « les choses que l’homme n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l’homme, des choses que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1Cr 2, 9). « Il y a une seule tristesse au monde, celle de ne pas être saint », écrivait Léon Bloy. Oui, la fête d’aujourd’hui nous remplis d’une grande joie en nous montrant comment un si grand nombre de nos frères et sœurs y sont arrivés, avec la grâce de Dieu. L’Église est sainte et, véritablement, la mère des saints, bien qu’elle soit composée de pécheurs, car les saints eux-mêmes sont des pécheurs pardonnés. Cette Fête de la Toussaint est à la fois eschatologique et une fête de famille. L’Église semble soulever le rideau sur notre destinée future et nous donner un avant-goût du Ciel, « car la figure de ce monde passe » (1 Cr 7,31). Fête de famille, en cette Fête de la Toussaint, l’Église nous indique l’exemple de nos frères aînés, ces héros de la Foi, ces hommes et ces femmes de toute condition et tout âge qui nous ont montré que la sainteté est possible, que la Foi est crédible, que la morale chrétienne est possible, que suivre Jésus Christ est raisonnable et que c’est même le seul chemin pour être sauvés. Parmi eux, il y a ceux qui laissèrent une trace indélébile dans l’histoire, qui furent une lumière pour leur temps ; ceux aussi qui ont mené une vie humble et cachée : des vieillards ayant la jeunesse de ceux qui aiment Dieu ; des enfants qui, venant à peine de commencer leur vie, ont couru, impatients, vers la source d’une vie meilleure. Les jeunes gens et les adolescents qui, méprisant les enchantements du monde, ont préféré la vertu à la volupté. Nous trouvons les pères et les mères de famille, qui se sont sanctifiés dans leur devoir quotidien d’époux et de parents ; il y a ceux qui, dans la richesse, n’ont pas fermé leur cœur à l’indigent ; il y a les ouvriers, les paysans menant une vie simple, laborieuse et vertueuse. Il y a des mendiants, les derniers de tous, qui n’ayant rien reçu de la vie, ont mis leur cœur dans les vraies richesses en vivant l’esprit des béatitudes; Il y a même le Bon Larron, qui après avoir volé toute sa vie, a « volé » le Ciel, mais là se trouve tout le mystère de la Grâce ! Dans la santé et la maladie, quel que fut leur état, tous se sont sanctifiés en renonçant à eux mêmes et en portant leur croix à la suite de notre Maître.

Tous ces saints, ce sont les sauvés, ceux qui, malgré leur faiblesse et leur péchés, se sont endormis dans l’amitié de Dieu, c’est à dire en grâce de Dieu, condition nécessaire pour être sauvés. La persévérance finale est la grâce des grâces ! On me réplique toujours que la perfection n’est pas de ce monde ; certes, qui pourrait se dire parfait ? Mais, souvent on dit cela pour se convaincre que la sainteté est impossible, donc inutile de la

désirer, ni de faire des efforts. Pourtant, Jésus nous dit : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48). Le concile Vatican II insiste énormément sur l’appel universel à la sainteté. Oui, nous sommes tous appelés à être des saints « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis» (Jn 15,16). Mais, si nous sommes tous appelés à la sainteté, sommes-nous tous appelés à être canonisés, à faire des miracles, à supporter des choses extraordinaires ?

Certainement pas. Dans le Discours sur la montagne, notre Maître focalise la sainteté sur des points essentiels : la pauvreté en esprit, la souffrance ou la Croix, la douceur, la justice, la miséricorde, la pureté, la paix, la persécution. Les Béatitudes sont la loi fondamentale du Règne de Dieu, justement parce que Jésus nous en a donné l’exemple. Certains, voudraient imiter les gestes de certains saints à la lettre, ce qui serait téméraire. Nous pouvons le faire d’après la mesure de grâce que Dieu nous donne, car « une étoile diffère en éclat d’une autre étoile »(1Cr 15,41). La Petite Thérèse l’avait bien compris : « Longtemps je me suis demandé pourquoi le bon Dieu avait des préférences, pourquoi toutes les âmes ne recevaient pas un égal degré de grâces, je m’étonnais en Le voyant prodiguer des faveurs extraordinaires aux Saints qui l’avaient offensé (…) Ou bien, en lisant la vie de Saints que Notre- Seigneur s’est plu à caresser du berceau à la tombe, sans laisser sur leur passage aucun obstacle qui les empêchât de s’élever vers Lui et prévenant ces âmes de telles faveurs qu’elles ne pouvaient ternir l’éclat immaculé de leur robe baptismale . (…) Jésus a daigné m’instruire de ce mystère. Il a mis devant mes yeux le livre de la nature et j’ai compris que toutes les fleurs qu’Il a créées sont belles, que l’éclat de la rose et la blancheur du lys n’enlèvent pas le parfum de la petite violette ou la simplicité ravissante de la pâquerette… J’ai compris que si toutes les petites fleurs voulaient être des roses, la nature perdrait sa parure printanière, (…) Ainsi en est-il dans le monde des âmes qui est le jardin de Jésus. Il a voulu créer les grands saints qui peuvent être comparés aux lys et aux roses ; mais il en a créé aussi de plus petits et ceux-ci doivent se contenter d’être des pâquerettes ou des violettes destinées à réjouir les regards du bon Dieu lorsqu’Il les abaisse à ses pieds. La perfection consiste à faire sa volonté, à être ce qu’Il veut que nous soyons ». Ceux qui penseraient qu’on puisse être sauvés automatiquement sans faire le moindre effort et sans le vouloir, se trompent. Les enfants du catéchisme comprennent tout naturellement que le bien et le mal n’ont pas la même récompense. L’arbre tombe par là où il penche et nous avons tous, hélas, un penchant pour le mal, mais la grâce est là pour corriger ce penchant fatal. Le premier pas pour devenir saints ? C’est de le vouloir, et le vouloir c’est déjà une grâce, car: « Sans moi vous ne pouvez rien faire ! ». Par la Grâce nous sommes déjà des citoyens du Ciel.

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 1er Novembre

Sep 182015
 

Le 8 juin 2014, la Congrégation du Culte Divin a publié un document sur le bon déroulement de l’échange de la paix pendant la messe, document resté plutôt confidentiel. La paix ! Geste hautement symbolique, car c’est Jésus lui-même qui nous donne d’abord Sa paix : « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix » (Jn 14,27), paix qui n’est pas celle que le monde donne. Cette paix est le fruit de la Rédemption que le Christ a apporté au monde par sa mort et par sa résurrection. Cette paix est d’abord la réconciliation entre Dieu et les hommes et ensuite des hommes entre eux, puisque le Christ nous réunis tous en Lui. Le signe de paix est donc un très beau symbole de communion entre les fidèles et le Christ. Puisque la paix vient de l’autel, qui représente le Christ, c’est donc Jésus Christ qui embrasse ceux qui participent à son sacrifice, en faisant de tous les fidèles une unité intime qui s’incorpore à Lui. Mais quel sens donnons-nous à ce geste de serrer la main de son voisin de banc ou de chaise, si nous avons le cœur rempli de rancœur, de méchanceté, de colère ? Parfois certains s’en confessent, moi, je leur réponds que la communion n’est pas un calmant, ni un anxiolytique, ni un antidépresseur doux, bien que dans l’Eucharistie, il y ait toute la douceur de l’amour de Dieu. Avec de telles dispositions d’âme pendant la messe, mieux vaut s’abstenir de communier ! « Si tu présentes ton offrande à l’autel, et que là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis reviens, et alors présente ton offrande » (Mt 5,23-24). C’est sans doute la raison pour laquelle le rite de la paix dans le rite ambrosien (Milan) est opportunément avant l’offertoire, alors que dans la tradition liturgique romaine, il se situe entre le Notre Père et la fraction du pain, durant laquelle on supplie l’Agneau de Dieu de nous donner Sa paix, juste avant la communion. Dans la forme extraordinaire de la messe, le baiser de paix n’a été conservé que dans la messe solennelle, c’est-à-dire celle avec diacre et sous-diacre, et seulement les clercs se donnent la paix ! (Ont-ils plus besoin de faire la paix entre eux que les laïcs ? Il faut le croire !). Dans ce geste, il y a, certes, une claire dimension ecclésiale, mais il faut rappeler qu’à la dimension communautaire, est superposée la « verticalité » : ce qui nous maintient unis les uns les autres, c’est la présence réelle du Christ, et non pas, par exemple, se tenir la main au Notre Père, pratique née chez les protestants. Nous, nous avons l’Eucharistie qui nous unit! Ce n’est donc pas une simple paix humaine acquise par l’amitié et solidarité, mais la paix du Christ ressuscité : c’est Lui notre paix !

Dans la pratique, ce rite est laissé aux soins des Conférences Épiscopales, car, en raison des caractères, des cultures ou des différentes sensibilités, les gestes peuvent changer. On ne se donne sans doute pas la paix de la même manière au Japon et en Afrique… Je sais par expérience que certains fidèles, plus réservés, n’aiment pas trop cette pratique. Certains s’en sont plaints auprès des prêtres; d’autres, un peu hygiénistes, n’aiment pas serrer la main de ceux qui viennent de tousser ou de se moucher ! Avec les enfants c’est toujours un chahut monstre ! Aux enterrements certaines familles ne souhaitent pas faire ce geste pour des raisons que je comprends très bien. Lors des mariages c’est un peu la foire : on risque de déplacer les plumes des chapeaux, de laisser un peu de fond de teint ou de rouge aux lèvres sur la joue d’un voisin distrait…

Bon, j’ironise un peu ! Veuillez me pardonner ce ton quelque peu plaisantin. Voici les recommandations de la Congrégation pour le Culte Divin : 1. Ne pas introduire un « chant pour la paix », qui n’est pas prévu par le Missel Romain. 2. Pour les fidèles, éviter le fait de se déplacer pour échanger entre eux le signe de paix. 3. Pour le prêtre, éviter le fait de quitter l’autel pour donner la paix à quelques fidèles. 4. Éviter que le geste de la paix soit l’occasion d’exprimer des congratulations, des vœux de bonheur ou des condoléances aux personnes présentes, dans certaines circonstances, comme par exemple, à l’occasion des solennités de Pâques et de Noël, ou durant la célébration de rites comme le Baptême, la Première Communion, la Confirmation, le Mariage, les Ordinations, les Professions religieuses et les Obsèques. Bien entendu, si une personne parait isolée, on est porté tout naturellement à aller vers elle pour lui donner la paix, mais certains ne souhaitent pas faire ce geste. Par ailleurs, il n’est prévu nulle part de lever et d’ouvrir les bras au Notre Père : ce n’est que du mimétisme par rapport au célébrant. Celui-ci écarte les bras parce qu’il prie pour et au nom de toute l’Église. Il ne faut pas confondre le sacerdoce ministériel avec celui commun. Mon professeur d’iconographie à l’Université Grégorienne de Rome, me disait que, plus qu’une attitude de prière, c’est plutôt un geste de contemplation, comme celui de l’âme qui contemple Dieu après la mort, car on trouve cette image surtout dans les catacombes. Au Notre Père, la meilleure attitude est d’avoir les mains jointes. D’autres attitudes sont très peu dignes : au moment de la communion par exemple, certaines personnes arrachent pratiquement l’hostie de la main du prêtre : On ne doit pas prendre Jésus. C’est Lui qui se donne, et nous, humblement, nous Le recevons. D’autres présentent les deux mains inclinées, avec un espace au milieu : pauvre Jésus ! Voulez-vous vraiment qu’il tombe ? Au moment de communier, ne Lui faisons pas prendre de risque ni faire trop de contorsions. Si on a les mains occupées, il vaut mieux communier sur la langue. Ayons à cœur d’avoir un maximum de respect envers sa Présence Réelle dans l’Eucharistie. Gardons toujours à la messe une certaine sobriété, une attitude d’adoration, de piété et de recueillement surtout à la consécration et à la communion. Il faut toujours L’adorer en esprit et en vérité.

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 20 septembre