Mai 052015
 

L’image de la vigne et des sarments illustre d’une manière admirable la profonde relation, ou plutôt l’union entre le Christ et son Église, entre Lui et chacun de nous. Mais avant tout, entre le Christ et son Père, qui est le « Vigneron », le principe de tout, et dans le discours après la Cène, dont l’évangile d’aujourd’hui est tiré, Jésus nous fait connaître en profondeur sa vie intime avec le Père et son union avec nous. Jésus est la vigne, nous les sarments, qui ne peuvent exister sans la vigne; Bien plus, ils ne forment qu’un seul avec Lui. Aux sarments, arrive cette lymphe vitale qui monte du tronc de la vigne. Ainsi, arrive en nous la vie de Jésus, la force même de sa Résurrection. Cette image de la vigne est donc plus forte que celle du Bon Pasteur, pourtant si belle! Car, non seulement nous écoutons la voix du Pasteur de nos âmes et nous le suivons, mais dans l’image de la vigne nous faisons partie de Lui, ce qui féra dire à St. Paul que nous sommes le Corps du Christ et ses membres, chacun selon sa part (1 Cr 12, 27).

Si nous pensons que pour être disciples du Christ il suffise une relation purement extérieure et formaliste, nous nous trompons. Nous devrions, au contraire, aspirer à une union profonde avec Jésus, car c’est cela que Jésus cherche avec nous, c’est d’ailleurs le but de toute vie spirituelle. C’est lui-même qu’il nous y invite: « restez dans mon amour » (Jn 15,9), car, si nous ne sommes pas unis à lui, nous ne pouvons pas porter de fruits. Avis à tous ceux qui voudraient vouloir « faire tout seuls », organiser leur vie et faire le bien en dehors de Jésus Christ. Une  neutralité  ou une indifférence ne sont pas possibles et mènent à la stérilité, suivi par le rejet : « Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est comme un sarment qu’on a jeté dehors, et qui se dessèche. » (Jn 15, 6), et nous savons qu’elle est son issue. Bien entendu, il ne s’agit pas de vivre dans la crainte, car l’amour l’évacue, mais avoir le souci de ne pas gaspiller inutilement notre vie dans le péché, loin de Jésus et sans sa Grâce. Car, comme prêchait St. Augustin pendant le temps pascal: « On peut entrer dans les églises, et ne pas être comptés parmi les enfants de Dieu ; un méchant peut-être baptisé, avoir même le don de prophétie, ou recevoir même le sacrement du Corps et du Sang du Seigneur, ou se dire chrétien ».

Il faut réfléchir : communier au Corps du Christ, c’est une « communion » dans laquelle ce n’est pas nous qui assimilons le Christ, mais c’est plutôt Lui qui nous assimile dans une admirable union. Jésus se donne, et nous nous-donnons à lui, unis dans une même destinée de passion et de résurrection, de purification et de maturation, pour porter, justement, des fruits pour la vie éternelle. Or tout ceci ne s’opère que par cette lymphe vitale, la Grâce, autrement il n’y aura pas cette « communion » que l’Eucharistie devrait produire. Pour St. Augustin, la « communion dans les sacrements » ne signifie pas nécessairement la « communion dans la charité ». Mais, vient l’heure de la taille et de l’épreuve aussi pour tout disciple fidèle, qui doit être émondé, débarrassé des branches mortes ou inutiles. La Providence fait passer mystérieusement la fécondité à travers la souffrance de la croix, à l’exemple du Christ, qui a porté du fruit d’un bois en apparence sec, comme fut celui de sa croix, mais qui est devenu la greffe divine de tous les sarments qui portent du fruit. Cette purification si nécessaire est opérée par le Père, le Divin Vigneron. Le sarment gémit et souffre, certes, car « toute correction paraît être dans le présent un sujet de tristesse et non de joie ; mais ensuite, il produit pour ceux qu’il a exercés un fruit de justice plein de paix » (He 12,11). Le Divin Vigneron ne nous taille pas pour nous mortifier, mais pour nous fortifier, non pas pour nous frustrer, mais pour nous faire fructifier. Cependant, prenons garde à ne pas nous dessécher par l’esprit du monde et nous séparer de Jésus Christ, car nous deviendrions une branche stérile et morte. Le Christ est ma vie, «  ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi ! » (Ga 2,20).

Don Carlos Cecchin

Lectures dominicales du 3 Mai

Mar 132015
 

L’amour de Dieu pour les hommes : c’est la substance même de l’Évangile, la raison pour laquelle son annonce produit la joie. Ce dimanche est en effet celui qu’on appelle  Lætare en raison de l’antienne d’ouverture tirée du prophète Isaïe : «  Réjouissez-vous avec Jérusalem » (Is 66,10). Le thème général de la liturgie est donc la joie à l’approche des fêtes de Pâques, et donc de l’accomplissement de notre Rédemption : voilà pourquoi le violet se change en rose. Lorsqu’on parle d’amour de Dieu, j’ai l’impression qu’on est perplexe, voir dubitatif. Certains voudraient même apprendre à Dieu comment aimer les hommes, en oubliant qu’aucun homme n’est créé si ce n’est pour être sauvé, parce qu’aimé de toute éternité. Nous sommes rendus capables d’aimer Dieu seulement en réponse a Celui qui, le premier, nous a aimés. C’est le discours de Jésus à Nicodème : « Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique…». Mais il ne s’agit pas d’une considération abstraite de la charité de Dieu ; celle-ci a manifesté son apogée à travers un évènement historique concret: la mort du Fils de Dieu sur la croix, excès de cet amour incommensurable au-delà duquel rien de plus grand n’est pensable.

C’est le monde entier qui est aimé du Père, pas seulement quelques uns parmi les hommes. Ici, « le monde » n’est pas synonyme de péché comme on le trouve souvent dans St. Jean, mais fait référence à toute l’humanité, c’est-à-dire à chacun de nous, qui avons auprès de nous, dès le début de notre existence et précédant tout mérite de notre part, le Fils de Dieu, qui s’est offert pour nous, pour toujours, sans rétractation ni regret. Cela veut dire que le sacrifice de la croix est présent avec toute sa force de Rédemption, en tout temps et en tout lieu. En faisant l’exégèse de ce passage, St. Thomas d’Aquin dit ceci : « Dieu et son amour est à l’origine de tous nos biens. L’amour de Dieu est la cause des biens naturels, des biens de la grâce, comme celui de la gloire éternelle qui nous attend. Que cet amour soit le plus grand, on peut le constater en considérant qui est la personne qui nous aime, c’est-à-dire Dieu, et qui le fait d’une manière immense ; Celui qui est aimé est l’homme, un pécheur ingrat ; Quel est ce don qui vient de Dieu ? C’est son Fils, qui est le don le plus grand, donné comme signe d’une charité incommensurable. Son fruit est la vie éternelle, que le Fils de Dieu nous a acquis par sa mort en croix…Celui qui contemplait le serpent de bronze était libéré du venin et avait la vie sauve. Maintenant, celui qui croit en Jésus crucifié, contemple le Fils de l’homme élevé, ainsi il est délivré du poison du péché et est préservé pour la vie éternelle ».

Mais chacun doit se poser cette question : vers qui suis-je tourné ? Vers la lumière ou vers les ténèbres ? Tout comme Israël jadis, nous sommes dans le désert de ce monde, et ce temps de Carême ne nous fait que ressentir davantage cette lutte intérieure entre la lumière et les ténèbres, le bien et le mal. Le Carême va donc au-delà des petits sacrifices que nous faisons avec tant de mal, mais doit nous faire réfléchir sur le sens de notre vie, sur notre destinée éternelle, et nous positionner dans la lumière. La plupart des hommes, au lieu de montrer leurs plaies et leurs misères à Jésus Crucifié pour être sauvés, se complaisent dans leur déchéance. C’est le mal qui est élevé, exhibé, publicisé, aujourd’hui plus que jamais. Pis encore, il est emphatisé, exalté, suggéré, honoré même : le vice est mis en lumière, alors que la vérité et le bien sont mis en sourdine, condamnés à être cachés dans les ténèbres, comme des choses honteuses. Il semble que la pudeur et la honte se soient transférées dans le camp du bien, comme si on avait peur de ne pas faire comme les autres. Sur ce point, les jeunes sont les plus vulnérables. Le « serpent » qu’on élève aujourd’hui comme un trophée est le serpent antique, celui qui, dès le début, a été homicide, dit Jésus. Voici ce que dit St. Paul « Car il en est plusieurs qui marchent en ennemis de la croix du Christ…leur fin sera la perdition ; Ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ». (Ep 3,18-19). Nous sommes arrivés à une inversion totale de ce que nous a enseigné Jésus.

Dans cette lutte universelle entre le bien et le mal il n’est pas permis d’être neutre : «  Qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui ne récolte pas avec moi, dissipe » (Mt 12,30). Certes, Jésus n’est pas venu dans le monde pour le condamner, mais pour le sauver. Mais, qu’en est-il de ceux qui préfèrent les ténèbres ? Dieu sauve toujours ; C’est nous qui, en refusant Jésus, nous excluons nous-mêmes du salut, en portant le jugement au dedans de nous. Tout acte que nous faisons est rédemption ou jugement, selon l’accueil ou le refus que nous faisons de la Croix du Christ. Chaque action est préférence des ténèbres ou choix de la lumière ; fidélité et consentement à la Vérité – on est alors dans la Lumière qu’est le Verbe incarné, crucifié et ressuscité d’entre les morts – ou bien haine de la Lumière qui est une Personne : Jésus Christ ! Notre « jugement » se fait chaque jour, avec les paramètres de Dieu et non pas les nôtres. Voici quelques réflexions sur le Carême tirées de l’évangile de ce dimanche. Comme l’enfant prodigue en train de nourrir les pourceaux, ressaisissons-nous, revenons en nous-mêmes, ou plutôt vers Dieu, car il est un Père très aimant qui nous attend les bras ouverts.

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 15 Mars

Fév 132015
 

Plusieurs fois, le Pape François a cité un livre, l’indiquant comme un antidote au « progressisme adolescent » ou « à la globalisation hégémonique caractérisée par la pensée unique persuadée qu’aller de l’avant est meilleur que rester dans la fidélité. Cela s’appelle apostasie, adultère, parce qu’on négocie, on marchande l’essentiel, la fidélité au Seigneur». La dernière fois, ce fut dans l’avion au retour des Philippines. Ce livre s’intitule Le Maître de la Terre (Lord of the World, 1907) de Robert Hugh Benson (1971-1914). Fils d’un archevêque de Canterbury, ce dernier se convertit au catholicisme et devint prêtre. Dans son homélie à Ste Marthe le 18 /11/13, le Pape François faisait de ce livre le commentaire suivant : « l’auteur parle comme si c’était une prophétie, il a vu combien l’esprit du monde porte à l’apostasie ». Écrit en 1907, ce roman, a vrai dire assez inquiétant, raconte l’ascension de Julian Felsemburgh, auteur de la paix entre Orient et Occident, philanthrope, démocrate, très populaire, champion d’un nouvel humanitarisme athée qui prêche la tolérance universelle, en supprimant les différences entre les religions, et donc, de ce fait, les anéantissant. Devenu président du monde, il est adoré comme un dieu par des foules en délire. Tel un anti-christ, mais un anti-christ « soft », d’une société qui veut se passer de Dieu et donc de Jésus Christ, il va le « singer » à travers une religion et une liturgie qui lui rend un véritable culte. Dans ce « monde nouveau », on embrasse la credo de l’humanitarisme et l’abjuration du credo chrétien se propage : «  des « ministres de l’euthanasie » en « faveur » des malades, prêtent leur concours plein de compassion ; le mariage sacré n’existe plus, mais se trouve remplacé par le « mariage avec bail »; on s’en tient à un « nouvel évangile » ; Il n’y a pas Dieu, mais l’homme ; pas le prêtre, mais le député ; pas le prophète, mais le pédagogue » ».  Sans s’en rendre compte, la population se retrouve dans le pire des esclavages, celui de la conscience, (méfiez-vous lorsque on vous parle d’ « ordre mondial »! L’Église Catholique n’accepte pas tout cela et, au nom de la tolérance, elle est mise hors la loi, persécutée et presque anéantie. Ayant perdu la plupart de ses fidèles, elle est délimitée à la seule ville de Rome, comme un îlot assiégé, et à quelques catholiques éparpillés de par le monde. Mais, suite à un attentat à « l’abbaye de Londres » devenue temple suprême maçonnique, Rome est totalement détruite en représailles. C’est alors que les deux cardinaux survivants élisent le P. Percy Franklin comme Pape, sous le nom de Silvestre III. Ce dernier quitte alors Rome en ruine et revient aux origines, là où tout a commencé, à Nazareth, pour reconstruire l’Eglise, dans une atmosphère qui ressemble de plus en plus à la veille de l’Apocalypse.

Si le Pape François en a tant parlé, est-ce en raison de la simplicité et de la pauvreté du dernier Pape Silvestre III ? Je ne crois pas ! C’est un livre incroyablement actuel, parce qu’il décrit d’une manière clairvoyante le monde d’aujourd’hui, avec ses réalités et ses hypothèses inquiétantes. Dans son roman, Robert Benson prédit la quasi disparition de la foi chrétienne, non pas à cause d’une persécution sanglante, mais à travers l’humanitarisme exacerbé, le bien de l’homme par l’homme exclusivement. Pour utiliser les propres mots de Benson, la charité serait remplacée par la philanthropie et la foi serait évincée par la culture. Le Mal se cache derrière l’idéologie faussement humaniste, pacifiste et progressiste. « La pensée unique qui domine le monde – a-t-il dit le Pape François dans l’homélie citée plus haut – légalise les « condamnations à mort », ainsi que « les sacrifices humains », il y a des lois qui les protègent ». Il est difficile, ici, ne pas y voir une allusion à l’avortement et à l’euthanasie. En s’inspirant de la lecture du jour, tirée des Maccabées, le Pape a parlé de la « racine perverse » de la mondanité ; Il faut faire comme les autres, dit-on souvent, et pour éviter d’être isolés des autres nations, il faut abandonner nos traditions ;  il faut vivre avec son temps, entend-t-on dire aussi. Certes, mais qu’est-ce que cela signifie ? Les Maccabées n’ont pas voulu pactiser avec le roi païen Antiochus IV Épiphane, qui avait profané le Temple et voulait anéantir le culte du vrai Dieu. On tient comme vraie l’affirmation que les religions fomentent les guerres, alors que les guerres de religion en Europe ont éclaté à cause de la politique et de la convoitise des princes, la religion n’étant, en principe, qu’un prétexte. Des voix s’élèvent aussi pour affirmer que le christianisme est une faillite, un échec. Depuis plus de deux siècles l’Église Catholique est persécutée, ridiculisée, calomniée, accusée de tous les maux possibles. Récemment, le Président Obama a dit que les chrétiens avaient eux aussi été cruels au cours des croisades et de l’Inquisition. Sans doute les présidents américains ne brillent-ils pas par leur culture historique…Dans le livre dont nous parlons, le Maître de la terre voulait que l’Église devienne une sorte de coquille évidée de sa substance salvifique, une sorte d’agence humanitaire, une o.n.g. planétaire, où l’espérance n’est plus en Jésus-Christ mais uniquement en l’homme lui-même.

Le Pape Benoît XVI, qui apprécie beaucoup ce roman, a dit lors d’une homélie du Jeudi Saint : «Ne sommes-nous pas, nous – peuple de Dieu – devenus en grande partie un peuple de l’incrédulité et de l’éloignement de Dieu? N’est-il pas vrai que l’Occident, les Pays centraux du christianisme sont fatigués de leur foi et, ennuyés de leur propre histoire et culture, ne veulent plus connaître la foi en Jésus Christ ». Parmi les personnages du livre, il y a un couple, Olivier et Mabel Brand, adeptes du nouveau credo. Mabel dit à sa mère mourante qui, peu avant la fin, avait demandé l’Eucharistie: «Maman, ne comprenez-vous pas que tout ce que Jésus-Christ a promis est devenu réalité, mais dans un autre sens. Vous me dites vouloir le pardon des péchés, eh bien, le voilà, le pardon: nous l’avons tous, car il n’existe aucun péché, il n’y a que des actes criminels. Et vous voulez recevoir la communion, croyant en cela participer à Dieu lui-même. Eh bien, nous participons tous de Dieu ; c’est pour cette raison que nous sommes des êtres humains! Vous ne voyez pas que le christianisme est simplement un moyen d’exprimer toutes ces choses? J’admets que c’était le seul, autrefois; mais à présent, il est déjà dépassé par un autre, bien meilleur ». Voilà l’humanité, devenue auto-rédemptrice, n’a plus besoin de Dieu, parce qu’elle est « dieu ! ». Analysant la société actuelle, le pape Benoît XVI a décrit une « humanité qui voudrait être autosuffisante, où de nombreuses personnes sont presque convaincues de pouvoir se passer de Dieu pour bien vivre ».  Le Pape déplorait aussi la perte du sens du péché. Dans le roman, le monde nous apparait comme si Dieu avait voulu s’en retirer après l’avoir laissé dans la plus complète satisfaction de soi, sans Foi, ni Espérance….Je ne vais pas vous révéler la fin du livre, mais quoi qu’il arrive, la volonté de Dieu se fera toujours, de toute façon. Jésus nous dit : « Ayez confiance, j’ai vaincu le monde » (Jn 16,33)
« Je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin » (Ap. 22,13)

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 15 Février

Jan 162015
 

L’évangile de ce dimanche est aussi une épiphanie, ou manifestation. Jean indique Jésus comme l’Agneau de Dieu et aussitôt, André et un autre, intentionnellement anonyme, sans doute Jean lui-même, le suivent. C’est la toute première fois que deux disciples découvrent le mystère de Jésus. Saint Jean situe cet événement fondamental et en donne même la date et l’heure exactes. Ces quelques versets, synthétisent les traits caractéristiques du profil du disciple. Le vrai disciple est celui qui accepte le témoignage : il cherche, voit, suit et demeure fidèle en devenant à son tour témoin du Maître. Chercher, rencontrer, témoigner, sont les étapes fondamentales.

« Que cherchez-vous ? » : ce sont les premiers mots de Jésus dans le IVème Évangile. C’est une question que nous devons aussi nous poser pour pouvoir continuer à suivre Jésus. Cependant, tous ne cherchent pas la même chose…Il y a ceux qui recherchent sincèrement et humblement, comme Nicodème ; Il y a aussi la recherche ambigüe des foules qui, surtout après la multiplication des pains, voulaient le faire roi. Pourquoi ? Pour être toujours rassasiés ? Mais de quel pain ? Il y a aussi ceux qui croient suivre le Christ, alors qu’en réalité ils ne suivent qu’eux-mêmes. Voilà pourquoi Jésus demande aux deux premiers disciples: « Que cherchez-vous? »  Et moi, j’ajouterais volontiers cette question : pourquoi ? Jésus avait interrogé les gardes venus l’arrêter en disant : «  Qui cherchez-vous ? » A Marie-Madeleine, le matin de Pâques, Jésus demanda : « Qui cherches-tu ? » Jésus est une personne qu’on peut embrasser, pour lui montrer de l’affection ou même pour le trahir…Mais pour que cette recherche aboutisse, il y a deux conditions indispensables : tout d’abord, ne pas chercher au hasard mais accepter le témoignage de celui qui a déjà trouvé, comme André et Jean qui ont écouté le témoignage du Baptiste et qui à leur tour transmettent leur enthousiasme d’avoir trouvé le Messie et partagent la joie de leur découverte avec d’autres. Ensuite, celui qui cherche ne doit pas craindre d’être bousculé dans ses supposées certitudes et doit sortir, se mettre en chemin, comme l’ont fait les Mages, comme le fera Zachée ou l’aveugle de Jéricho en partant à la rencontre de Jésus. Après le discours du pain de vie, Jésus demande aux disciples s’ils veulent eux aussi s’en aller. Ils répondent : « Où irions-nous, Seigneur ? Toi seul a les paroles de la vie éternelle ! ».

« Venez et voyez ». C’est Jésus qui nous y invite. Oui, voir, ne s’oppose pas à croire. Voir, pour St. Jean, est le verbe de la Foi : c’est connaître Jésus, reconnaître en lui le Messie, la Personne du Verbe de Dieu incarné. Il ne s’agit donc pas d’une connaissance purement intellectuelle, platonicienne, ni celle d’une contemplation gnostique et désincarnée, mais d’une vision historico-théologique : c’est l’aigle qui scrute le soleil sans  en être aveuglé, c’est voir au-delà, faire l’expérience personnelle de la personne de Jésus en découvrant et en reconnaissant son identité profonde : deuxième Personne de la Sainte Trinité, Verbe incarné, à la fois vrai Dieu et vrai homme. En demandant où il habitait, les disciples voulaient savoir ceci : Maître, dis-nous qui tu es vraiment ? Quelle est ta vie, le mystère de ta personne ? Être disciple n’est donc pas suivre une simple liste de préceptes moraux, ni prier d’une manière froide et distante, mais avoir une communauté de vie, une seule destinée, une intime communion avec Jésus. Vu sous cet angle, tout change : notre prière comme notre vie toute entière. Alors seulement, nous pourrons témoigner de ce que nous vivons et de la raison même de notre vie. Après avoir trouvé le Christ, on veut le faire trouver aux autres : c’est la mission du disciple. Jésus lui-même est le témoin fidèle qui nous a fait connaître le Père ! St. Augustin dit que le christianisme ne se réduit pas à croire en quelque chose, mais à croire quelqu’un, ou mieux encore, à croire en quelqu’un, en une Personne : Jésus Christ ! Un disciple ne vit pas pour ou comme le Christ mais avec lui, en lui et par lui. Le Christ est tout pour nous, déclare St. Ambroise. Et Maître Eckhart fait de la surenchère en disant : « si le Christ est tout pour moi, alors lui avec tout le reste ou lui seul sans tout le reste, sont la même chose ». C’est aussi l’expérience du martyre : les martyrs préfèrent se faire couper des membres, plutôt que se couper du Christ. Le Christ est davantage mien que les membres de mon propre corps. Dès lors, je ne m’appartiens plus: non seulement je suis au Christ, mais le Christ et moi ne faisons qu’un : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20). « Maître, où demeures-tu ? Venez et voyez… » Le Christ, Verbe incarné, rejoint avec sa présence tous les lieux et tous les temps. La Sainte Eucharistie, où Jésus demeure, est le prolongement de son Incarnation, l’irradiation de sa Pâque, l’extension dans l’espace et le temps de tous les événements salvifiques, pour qu’ils soient en quelque sorte rendus présents en tout temps et que les disciples puissent être remplis de la plénitude de la grâce.
Nous pouvons faire nôtre cette poignante invocation de St. Anselme : « Je te supplie, Seigneur mon Dieu, apprends à mon cœur où et comment te chercher, où et comment te trouver. Seigneur, si tu n’es pas ici, où irai-je te chercher ? Et, si tu es partout, pourquoi ne te vois-je pas ici présent ? » Seigneur, tu es ma demeure et mon salut !

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 18 Janvier