Sep 172016
 

La parabole d’aujourd’hui a été souvent mal comprise, parfois motif de scandale, ou bien prétexte, comme pour l’empereur Julien, dit l’Apostat, pour soutenir que les doctrines du Christ sont contraires à la saine morale et justifier donc son apostasie. Mais Jésus a employé d’autres fois des images répulsives, comme celle du serpent, pour nous dire qu’il faut être « prudents comme les serpents et simples comme les colombes » (Mt 10,16). Or, le serpent est parmi les animaux les plus répugnants ! Jésus souligne sa ruse et non pas le fait qu’il peut nuire. N’oublions pas qu’il nous envoie parmi les loups, dans un monde sans pitié, surtout pour les faibles. Aujourd’hui, les chrétiens semblent parfois trop jouer à la blanche colombe, donnant l’image d’une religion trop naïve, niaise, presque caricaturale, qu’on peut dénigrer et salir à souhait, comme si le fait de tendre l’autre joue, c’est à dire de renoncer à la vengeance, les rendaient invertébrés, dévirilisés, incapables de se défendre. C’est ainsi que les chrétiens sont perçus aujourd’hui par les médias. Il y a toujours le danger de devenir malhonnête aussi vis-à-vis de la Foi, en simplifiant ce qui est complexe, en exagérant un aspect, qui devient alors caricatural, en cassant l’harmonie et l’équilibre qu’il y a dans l’enseignement de Jésus. De toute manière, la charité ne se réjouit jamais de l’injustice et il faut toujours vaincre le mal par le bien ! Un jour un étudiant d’une école de journalisme m’a confié qu’on leur avait dit qu’ils pouvaient s’en prendre à cœur joie aux chrétiens et à l’Eglise. Cet ophidien qu’était Voltaire, dont la belle plume équivalait à sa mauvaise foi, en savait quelque chose…

Mais, revenons à notre gérant malhonnête. Non, la parabole de ce dimanche ne fait pas l’éloge des malhonnêtes, des tricheurs ou des fourbes de tout poil, elle nous exhorte simplement à prendre le risque d’utiliser nos talents, notre ingéniosité, notre perspicacité, notre circonspection, nos qualités, pour diffuser le Règne de Dieu, pour faire le bien, oui, avec aussi de l’argent malhonnête, en prenant conscience que le temps presse et la charité aussi. Dans l’Ecriture l’argent a toujours une connotation négative, car il peut nous détourner facilement de notre fin ultime et, de moyen qu’il est, il devient une fin en soi. La richesse est dite «malhonnête», inique, pour souligner que, même si elle ne vient pas d’une injuste provenance, elle risque de renfermer notre cœur dans l’égoïsme, en entravant notre liberté dans la disponibilité à suivre le Christ. Souvenons-nous du jeune riche de l’Evangile, il était aussi vertueux que riche, et il n’a pas pu se résoudre à suivre Jésus, car il était riche, ce qui a attristé Jésus. En revanche, Zachée qui était riche lui aussi, mais on ne peut plus malhonnête, a voulu utiliser son argent d’iniquité pour en donner la moitié aux pauvres. Remarquons que cette parabole du gérant malhonnête, adressée aux disciples, s’adresse aussi à nous tous qui croyons en Jésus, car nous sommes tous des administrateurs des dons de Dieu, qu’ils soient matériels ou spirituels. Et alors, pourquoi « Les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière » ? (Lc 16,8). Jésus semble nous dire : regardez ceux qui ne croient pas, pour leurs affaires, leurs plaisirs, leurs intérêts, aucune fatigue ne les effraie, ils se montrent très habiles, rusés, adroits, plus ou moins honnêtes ou… malhonnêtes, et pour quoi ? Ils font tout cela en se sacrifiant pour des choses banales, des choses éphémères, qui passent, qu’un jour on devra quitter. Jésus alors semble nous demander : pourquoi, vous qui croyez, ne mettez- vous pas autant d’énergie pour le Royaume, pour les choses de Dieu, pour votre âme, pour votre éternité ? Si les fils de ce monde se préoccupent surtout de leur lendemain mondain, les fils de la lumière aussi doivent se préoccuper du lendemain, mais en faisant confiance en la Providence. Dans le Notre-Père on demande le pain de chaque jour, mais l’homme ne se nourrit pas seulement de pain et doit se tourner vers les biens d’en haut. Jésus dit qu’on ne peut pas servir Dieu et l’argent, mais avec les deux il faut être honnête. Alors, pourquoi pensons-nous si peu à notre lendemain avec Dieu qui dure une éternité ? Tandis qu’on tue si facilement pour de l’argent, que les familles se déchirent pour un héritage, que les personnes âgées sont marginalisées parce qu’improductives, que les handicapés sont refusés parce qu’ils sont un poids, que les enfants sont avortés parce qu’on n’accueille pas la vie, nous devons répéter que l’homme ne vaut pas pour ce qu’il possède, ni pour ce qu’il produit, mais pour ce qui lui est donné de vivre.

En réfléchissant sur cet évangile, Saint Ambroise fait ce commentaire : « En distribuant largement aux pauvres, on peut gagner la faveur des anges et des autres saints », nous nous ferons ainsi des amis qui nous accueilleront dans les demeures éternelles. N’est-ce pas finalement là-haut que nous voulons aller ?

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 18 septembre

Juin 032016
 

La résurrection du fils de la veuve de Naïm, nous fait percevoir tout l’amour du Cœur de Jésus, car en Lui résident et se révèlent les entrailles de miséricorde et le visage compatissant de Dieu. Jésus, vrai Dieu et homme parfait, nous a aimé avec un cœur d’homme ayant l’immensité et l’intensité de l’amour de Dieu. « Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes, […] jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart qu’ingratitude » se plaint Jésus à Sainte Marguerite Marie Alacoque en 1675. Voilà pourquoi Saint François d’Assise, rentrant de l’ermitage de La Verna après avoir reçu les stigmates, se mit à pleurer. « Elles te font mal ? » demandent ses frères. « Non, ce n’est pas pour cela que je pleure » répondit François, « Je pleure parce que l’Amour n’est pas aimé !». Jésus partage lui-même la souffrance de l’homme confronté à la douleur et à la mort, car Dieu est toujours proche de celui qui souffre et n’est jamais indifférent. L’amour de Jésus n’est ni stoïque, ni platonicien ; il est tendresse, bonté et miséricorde. L’Évangile a toujours beaucoup de retenue lorsqu’il s’agit de décrire les sentiments de Jésus, mais nous pouvons les deviner et ressentir son cœur vibrer d’amour. Le Cœur humain de Jésus, avec une intensité toute divine, a réellement éprouvé des sentiments de joie et d’admiration face à la splendeur de la création, à la candeur des enfants, au regard du jeune homme resté pur mais qui l’a déçu parce qu’il n’a pas voulu le suivre ; des sentiments de miséricorde envers tous les « pauvres » : pécheurs, malades, parents qui suppliaient pour leur enfant, veuves en pleurs, les foules errantes et affamées, les rejetés de la société ; des sentiments d’amitié envers ses apôtres, ses disciples, Lazare et ses sœurs ; des sentiments de pitié pour Jérusalem, pour son peuple, pour Judas qui l’avait trahi; des sentiments d’indignation envers les marchands du Temple qui profanent la maison de son Père, envers les pharisiens hypocrites. Au moment de son agonie, il a eu des sentiments de terreur face au mystère de la mort et du mal qui semblait triompher. Mais la révélation la plus décisive du Cœur de Jésus, est que l’amour n’est pas total s’il n’accepte pas de traverser la mort, « car l’amour est fort comme la mort» (Ct 8,6). Jésus lui-même l’a dit : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; s’il meurt, il porte beaucoup de fruits » (Jn 12,24-25). Cela peut se produire par la mort physique, comme pour Jésus, mais dans tous les cas, par la mort à soi-même, le dépouillement, le renoncement, l’oubli de soi, car « si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive » (Mt 16,24). Si la souffrance, de toute façon présente dans notre vie, est assumée par amour du Christ, elle peut devenir porteuse de vie et de salut. Y a-t-il scène d’Évangile plus émouvante que celle de cette mère veuve qui pleure son enfant qui n’est plus ? Jésus a-t-il vu en cette mère éplorée sa propre mère qu’Il rencontrera sur le chemin du Golgotha ? Cette mère, abîmée dans sa douleur, n’aperçoit même pas Celui qu’elle croise. Elle ne demande rien, mais Jésus prend l’initiative car il est ému jusqu’aux entrailles, au plus intime de lui-même. Un convoi de mort sort du village et rencontre l’Auteur de la Vie. Jésus s’approche, touche le cercueil et, avec autorité, rappelle à la vie l’adolescent, puis le rend à sa mère. Nous aussi, lorsque nous sommes dans la détresse, nous oublions Dieu, au lieu de nous réfugier dans le Cœur très aimant de Jésus. Les douleurs de la veuve de Naïm sont l’image de nos afflictions. Nous pleurons tous quelqu’un ou quelque chose : la perte d’une personne aimée, un revers de fortune, le chômage, une calomnie, un déshonneur, une maladie, une profonde mélancolie. La dépression est une maladie que notre époque engendre si facilement. C’est à chacun de nous que Jésus dit « venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Prenez sur vous mon joug et recevez mes leçons : je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes, car mon joug est doux et mon fardeau léger » (Mt 11,28-30). Cette mère qui pleure, est aussi l’image de la sainte Église qui implore pour ses fils morts à la Grâce ; ses larmes ont aussi le pouvoir d’émouvoir Jésus pour qu’ils ressuscitent à la vie divine. Alors, en cette Année Sainte de la Miséricorde, allons, pleins de confiance et d’amour, vers le Cœur Sacré de Jésus, car Il nous attend tous avec une bonté et une miséricorde infinies. Il semble nous dire : « Éveille-toi, toi qui dors ; lève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera » (Ep 4, 14). ».

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 5 juin

Avr 162016
 

Tous les ans, le IVème dimanche de Pâques nous rappelle la belle et aimable figure de Jésus, Bon Pasteur, vrai berger de nos âmes. Ou plutôt du Beau Pasteur, comme il est dit dans le texte grec: « ποιμήν ο καλός”, poimḗn o kalós », le beau pasteur, beau ayant ici une connotation morale et non esthétique. Nous voilà alors emportés dans des paysages idylliques, dans de verts pâturages, qu’enchâssent les fleurs comme des pierres précieuses, telle l’abside d’un magnifique vert émeraude de la basilique St Vital de Ravenne. Images très pascales, qui évoquent la paix, la joie, la sérénité. L’image du pasteur évoque un monde lointain, que l’on a tendance à idéaliser, à embellir. Eh bien, détrompons-nous : dans la réalité, un berger de Palestine du temps de Jésus avait une vie rude, difficile et parfois dangereuse.

Mais les chrétiens ne sont pas toujours des poètes qui contemplent à l’envie des scènes champêtres, une Arcadie imaginaire, comme celle décrite par Virgile dans les Bucoliques. Dans la Ière lecture de ce dimanche, tirée des Actes des Apôtres, nous voyons Paul et Barnabé chassés d’Antioche de Pisidie. Très vite les Apôtres ont connu l’incompréhension et la persécution. L’Église persécutée, c’est l’Église de tous les temps. A partir du moment où nous annonçons Jésus Christ, Vérité, le démon grince des dents et se déchaîne. Il va tout faire pour nous arracher de la main du Seigneur. Mais nous avons été confiés à Lui par le Père et personne ne pourra nous arracher à Lui, car Jésus et le Père ne font qu’un. Hélas ! Nous pouvons aussi choisir de le lâcher !
Nous voyons donc d’un côté la fureur et la persécution, de l’autre la joie de croire, la joie de l’Esprit Saint des Apôtres.

Le chrétien est quelqu’un qui est passionné par Jésus, qui a le zèle pour l’annonce de l’Évangile, et non pas quelqu’un qui met en sourdine sa foi pour ne pas déplaire à ceux qui ne l’ont pas, comme j’ai pu le constater dans la prière universelle d’une paroisse. Les Apôtres n’ont pas agi ainsi ! Le passage de l’Apocalypse de la IIème lecture est dans le même registre : une foule immense de toutes nations, races, peuples et langues, se tient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Spectacle grandiose qu’il nous est bon de contempler. Oui, mais d’où viennent-ils ? « Ils viennent de la grande épreuve; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le Sang de l’Agneau». Autrement dit, cette foule immense et magnifique, ce sont les martyrs qui ont versé – et plus que jamais continuent de verser- leur sang et l’ont mêlé au sang de l’Agneau de Dieu, le Christ crucifié et ressuscité. Maintenant leur épreuve est finie : ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, la brûlure du soleil ne les accablera plus car ils sont désormais dans les verts pâturages du Ciel et ils entourent éternellement ce Bon Pasteur qui ne les a d’ailleurs jamais laissés seuls.
Cette vision signifie que nous sommes toujours dans la grande épreuve. Rien d’étonnant, dès lors, si notre vie chrétienne est un lieu de combat. Il est normal que nous soyons soumis à la contradiction et peut-être à la persécution.

De tous côtés, nous sommes invités, incités même, à laisser s’éteindre, petit à petit et sans douleur, notre foi, le feu de notre vie chrétienne, en nous conformant à cette société relativiste ou en réduisant notre foi à de simples valeurs humaines d’ouverture, d’accueil et de tolérance. Jésus a des paroles de vie éternelle ! Les disciples du Christ ne sont pas de bons petits moutons qui, pendant qu’ils suivent leur inoffensif pasteur, ne dérangent en rien la société qui se construit sans eux et souvent contre eux. Il est normal, par exemple, que nous ayons à manifester notre désaccord lorsque ceux qui nous gouvernent veulent nous emmener dans des directions opposées à notre foi. Il n’y a rien de pire que la résignation ! Notre foi peut et doit se réveiller. La preuve ? L’élan de foi qu’a suscité l’ostension extraordinaire de la Sainte Tunique d’Argenteuil qui a dépassé tout ce qu’on pouvait imaginer : « Quelle aventure ! » s’est exclamé un volontaire à la fin de l’ostension. En 17 jours, il y a eu plus de 200.000 pèlerins, environ 14.000 confessions, qui m’ont fait parfois paniquer et fondre en larmes… J’ai été moi- même étonné par la ferveur et l’enthousiasme du bon peuple chrétien de France et d’ailleurs qui semblait avoir disparu, par la piété des Chaldéens et de nos frères d’Orient. Tout ce peuple de Dieu en marche, souffrant et joyeux, regardait avec foi et amour cette Tunique du Christ, certainement tissée par Marie, la fixant des yeux comme des brebis observent leur pasteur pour mieux le connaître et le suivre. Car à travers cette Tunique, on contemplait Celui qui l’avait portée. C’est cette Foi populaire, simple, dévote, peut-être un peu naïve, voulant voir et toucher, telle celle que j’ai connue dans mon enfance et tant décriée par les soi-disant « chrétiens adultes », qui nous manque aujourd’hui, car le Règne de Dieu appartient à ceux qui ressemblent à des enfants et non pas aux « docteurs en Israël » ou d’ailleurs, qu’ils soient d’hier ou d’aujourd’hui.

Ce dimanche du Bon Pasteur est un jour où nous prions spécialement pour les vocations. Alors faisons-le de tout notre cœur car nous sommes tous concernés ayant tous besoins des prêtres, y compris les prêtres eux-mêmes ! C’est par eux que nous sommes pardonnés et avons l’Eucharistie, qui nous donne cette proximité, cette intimité avec Jésus, bien davantage que la sainte Tunique. Aidons les séminaires et soutenons l’œuvre des vocations ! Prions pour nos prêtres d’aujourd’hui et de demain !
Pour les parents, prier pour les vocations, c’est aussi créer un climat de foi et de piété propice à leur éclosion. Pour les jeunes, prier pour les vocations, c’est aussi se demander : pourquoi pas moi ? Dieu appelle aujourd’hui tout autant qu’autrefois, pourquoi si peu à répondre ? Nous tous, vous et moi, prions pour les vocations, pour les prêtres et séminaristes que nous connaissons, pour ceux qui sont en difficulté… Combien j’ai été ému lorsqu’une maman que je ne voyais pas depuis des années m’a dit : « vous savez, monsieur l’abbé, vous avez toujours une place dans la prière du soir avec les enfants ! ». Prions le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson.
Comme des enfants, agrippons-nous à cette main de Jésus, notre Bon Pasteur, Lui, ne nous laissera jamais tomber.

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 17 Avril

Mar 192016
 

S’adressant aux chrétiens de Corinthe qui se disputaient entre eux pour avoir des fonctions et des responsabilités prestigieuses dans la communauté chrétienne, Paul leur dit: « Nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais pour les élus, aussi bien Juifs que Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu . Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes» (1Co 1,23). Saint Paul parle souvent de la Croix. Mais, quel sens a-t-elle, la Croix, aujourd’hui ? Quel sens a-t-elle pour nous ? Faut-il en avoir honte au point de la cacher comme un objet d’opprobre ? Il est vrai que dans l’Église primitive on ne la représentait pas trop, puisque c’était un instrument de supplice encore utilisé. Mais, déjà nous trouvons à Pompéi et à Herculanum, avant 79 après J.C, date de leur destruction, des croix en forme de T, le Tau en grec. Plus tard, on la montrait gemmée, glorieuse, comme dans la mosaïque de Sainte Pudentienne à Rome (fin IVe siècle). La plus ancienne image de Jésus crucifié, est sans doute celle qui se trouve sur une plaque de bois de la porte de la basilique Sainte Sabine de Rome (milieu du Ve siècle). C’est grâce à la spiritualité franciscaine de la Passion (Saint François était stigmatisé) et des mystiques (Sainte Brigitte), qu’il y a eu un essor de la dévotion de la Sainte Humanité de Jésus et de la Passion, surtout à partir du XIVe siècle et pendant la Contre-réforme (fin XVIe-XVIIe siècle), empreint d’une rhétorique dramatique et de dolorisme, qui est, peut-être, un peu loin de la sensibilité de notre époque.

A moins que cette froideur ne soit due à notre manque de Foi et d’amour envers Notre Seigneur…Nous, qui pleurons sur n’importe quoi, en regardant des films américains aussi bêtes que sirupeux, voudrions-nous être insensibles aux souffrances de Jésus ? Dieu lui même n’a pas été insensible à cette humanité perdue dont nous faisons partie. Jésus à pleuré sur Jérusalem, sur le tombeau de Lazare. Serons-nous les seuls à considérer que tout nous est dû ? La Croix, dans toutes ses significations, sera toujours pierre d’achoppement, sujet de scandale, argument ultime et discriminant, entre incroyants et chrétiens, « scandale » et « folie » pour eux, et « puissance » et « sagesse » de Dieu pour nous. Aussi, entre ceux qui veulent arriver à la résurrection et ceux qui préfèrent la mort, entre les frères du Christ et ses ennemis. Mais dans un sens plus profond, la Croix unit tous les hommes, croyants et incroyants, car Jésus est mort pour tous afin de « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,51) N’oublions jamais que nous avons été baptisés dans la mort du Christ, ensevelis avec Lui, pour vivre avec lui une vie nouvelle (Rm 6, 3-5).

Il y a deux excès à éviter : Le premier, est celui de ne penser qu’à Jésus ressuscité dans la gloire du Père et de considérer la Croix comme un mauvais moment à oublier. Mais cet oubli n’est-il pas un manque d’affection, de gratitude, de compassion, et donc un manque d’amour envers Celui qui est mort pour nous ? Évacuer la Croix, c’est ne pas comprendre la « Sagesse » de Dieu qui a choisi ce moyen pour nous montrer son amour infini. Pourquoi Dieu a-t-il choisi la Croix ? Nous n’avons la réponse que dans la Foi et dans la prière au pied du Crucifix, à la vue de nos péchés et à travers l’expérience de son pardon. Dieu est Charité, Amour, et l’amour, sens ultime de notre existence, implique le don total : il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour les siens. « L’amour est fort comme la mort » dit le Cantique des Cantiques (8,6) L’autre excès est celui qui réduirait notre Foi à une religion de souffrance et de mort, comme si notre vie était un Vendredi Saint perpétuel. Sans le Christ, la souffrance et la croix n’ont aucune valeur en elles-mêmes. Souvent, nous avons une manière inadéquate de représenter la Croix et la Résurrection, comme s’il s’agissait de deux mystères distincts et successifs, comme si le Christ, ayant souffert, mérite de ressusciter et comme si la résurrection effaçait en quelque sorte, la Croix. Il n’en est rien. La résurrection et la croix sont un seul et même mystère : le mystère pascal ! Saint Bernard dit que si nous cherchons le Christ, nous ne le trouverons nulle part ailleurs que sur la Croix. Et cette Croix, nous dit encore saint Bernard, est notre joie, notre bonheur et notre gloire. En revenant sur la « folie » et l’« absurdité » de la Croix, je voudrais que pendant le Triduum Sacré, nous ayons le courage de regarder Jésus droit dans les yeux pour comprendre sa souffrance, sa peine et l’immense élan d’amour de son Cœur miséricordieux qui dit à chacun de nous : « Tu en vaux la peine ! ». Du haut de la Croix, Jésus nous demande: « M’aimes-tu ? » C’est à chacun de nous de répondre. Entrons alors dans le mystère de la Passion de Jésus, le cœur rempli d’amour, de componction et de reconnaissance, sachant qu’Il a déjà vaincu la mort et que, comme dit la liturgie : « Regnavit a ligno Deus », Dieu règne par la Croix !

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 20 Mars