Oct 302015
 

Quelle vision splendide que celle de la Jérusalem céleste ! Mais, avons-nous songé que nous sommes appelés aussi à en faire partie ? Nous qui avons tous été lavés, purifiés dans le Sang de l’Agneau. Mais, le désirons-nous vraiment? Personnellement, je suis très curieux de connaître « les choses que l’homme n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l’homme, des choses que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1Cr 2, 9). « Il y a une seule tristesse au monde, celle de ne pas être saint », écrivait Léon Bloy. Oui, la fête d’aujourd’hui nous remplis d’une grande joie en nous montrant comment un si grand nombre de nos frères et sœurs y sont arrivés, avec la grâce de Dieu. L’Église est sainte et, véritablement, la mère des saints, bien qu’elle soit composée de pécheurs, car les saints eux-mêmes sont des pécheurs pardonnés. Cette Fête de la Toussaint est à la fois eschatologique et une fête de famille. L’Église semble soulever le rideau sur notre destinée future et nous donner un avant-goût du Ciel, « car la figure de ce monde passe » (1 Cr 7,31). Fête de famille, en cette Fête de la Toussaint, l’Église nous indique l’exemple de nos frères aînés, ces héros de la Foi, ces hommes et ces femmes de toute condition et tout âge qui nous ont montré que la sainteté est possible, que la Foi est crédible, que la morale chrétienne est possible, que suivre Jésus Christ est raisonnable et que c’est même le seul chemin pour être sauvés. Parmi eux, il y a ceux qui laissèrent une trace indélébile dans l’histoire, qui furent une lumière pour leur temps ; ceux aussi qui ont mené une vie humble et cachée : des vieillards ayant la jeunesse de ceux qui aiment Dieu ; des enfants qui, venant à peine de commencer leur vie, ont couru, impatients, vers la source d’une vie meilleure. Les jeunes gens et les adolescents qui, méprisant les enchantements du monde, ont préféré la vertu à la volupté. Nous trouvons les pères et les mères de famille, qui se sont sanctifiés dans leur devoir quotidien d’époux et de parents ; il y a ceux qui, dans la richesse, n’ont pas fermé leur cœur à l’indigent ; il y a les ouvriers, les paysans menant une vie simple, laborieuse et vertueuse. Il y a des mendiants, les derniers de tous, qui n’ayant rien reçu de la vie, ont mis leur cœur dans les vraies richesses en vivant l’esprit des béatitudes; Il y a même le Bon Larron, qui après avoir volé toute sa vie, a « volé » le Ciel, mais là se trouve tout le mystère de la Grâce ! Dans la santé et la maladie, quel que fut leur état, tous se sont sanctifiés en renonçant à eux mêmes et en portant leur croix à la suite de notre Maître.

Tous ces saints, ce sont les sauvés, ceux qui, malgré leur faiblesse et leur péchés, se sont endormis dans l’amitié de Dieu, c’est à dire en grâce de Dieu, condition nécessaire pour être sauvés. La persévérance finale est la grâce des grâces ! On me réplique toujours que la perfection n’est pas de ce monde ; certes, qui pourrait se dire parfait ? Mais, souvent on dit cela pour se convaincre que la sainteté est impossible, donc inutile de la

désirer, ni de faire des efforts. Pourtant, Jésus nous dit : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48). Le concile Vatican II insiste énormément sur l’appel universel à la sainteté. Oui, nous sommes tous appelés à être des saints « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis» (Jn 15,16). Mais, si nous sommes tous appelés à la sainteté, sommes-nous tous appelés à être canonisés, à faire des miracles, à supporter des choses extraordinaires ?

Certainement pas. Dans le Discours sur la montagne, notre Maître focalise la sainteté sur des points essentiels : la pauvreté en esprit, la souffrance ou la Croix, la douceur, la justice, la miséricorde, la pureté, la paix, la persécution. Les Béatitudes sont la loi fondamentale du Règne de Dieu, justement parce que Jésus nous en a donné l’exemple. Certains, voudraient imiter les gestes de certains saints à la lettre, ce qui serait téméraire. Nous pouvons le faire d’après la mesure de grâce que Dieu nous donne, car « une étoile diffère en éclat d’une autre étoile »(1Cr 15,41). La Petite Thérèse l’avait bien compris : « Longtemps je me suis demandé pourquoi le bon Dieu avait des préférences, pourquoi toutes les âmes ne recevaient pas un égal degré de grâces, je m’étonnais en Le voyant prodiguer des faveurs extraordinaires aux Saints qui l’avaient offensé (…) Ou bien, en lisant la vie de Saints que Notre- Seigneur s’est plu à caresser du berceau à la tombe, sans laisser sur leur passage aucun obstacle qui les empêchât de s’élever vers Lui et prévenant ces âmes de telles faveurs qu’elles ne pouvaient ternir l’éclat immaculé de leur robe baptismale . (…) Jésus a daigné m’instruire de ce mystère. Il a mis devant mes yeux le livre de la nature et j’ai compris que toutes les fleurs qu’Il a créées sont belles, que l’éclat de la rose et la blancheur du lys n’enlèvent pas le parfum de la petite violette ou la simplicité ravissante de la pâquerette… J’ai compris que si toutes les petites fleurs voulaient être des roses, la nature perdrait sa parure printanière, (…) Ainsi en est-il dans le monde des âmes qui est le jardin de Jésus. Il a voulu créer les grands saints qui peuvent être comparés aux lys et aux roses ; mais il en a créé aussi de plus petits et ceux-ci doivent se contenter d’être des pâquerettes ou des violettes destinées à réjouir les regards du bon Dieu lorsqu’Il les abaisse à ses pieds. La perfection consiste à faire sa volonté, à être ce qu’Il veut que nous soyons ». Ceux qui penseraient qu’on puisse être sauvés automatiquement sans faire le moindre effort et sans le vouloir, se trompent. Les enfants du catéchisme comprennent tout naturellement que le bien et le mal n’ont pas la même récompense. L’arbre tombe par là où il penche et nous avons tous, hélas, un penchant pour le mal, mais la grâce est là pour corriger ce penchant fatal. Le premier pas pour devenir saints ? C’est de le vouloir, et le vouloir c’est déjà une grâce, car: « Sans moi vous ne pouvez rien faire ! ». Par la Grâce nous sommes déjà des citoyens du Ciel.

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 1er Novembre

Sep 182015
 

Le 8 juin 2014, la Congrégation du Culte Divin a publié un document sur le bon déroulement de l’échange de la paix pendant la messe, document resté plutôt confidentiel. La paix ! Geste hautement symbolique, car c’est Jésus lui-même qui nous donne d’abord Sa paix : « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix » (Jn 14,27), paix qui n’est pas celle que le monde donne. Cette paix est le fruit de la Rédemption que le Christ a apporté au monde par sa mort et par sa résurrection. Cette paix est d’abord la réconciliation entre Dieu et les hommes et ensuite des hommes entre eux, puisque le Christ nous réunis tous en Lui. Le signe de paix est donc un très beau symbole de communion entre les fidèles et le Christ. Puisque la paix vient de l’autel, qui représente le Christ, c’est donc Jésus Christ qui embrasse ceux qui participent à son sacrifice, en faisant de tous les fidèles une unité intime qui s’incorpore à Lui. Mais quel sens donnons-nous à ce geste de serrer la main de son voisin de banc ou de chaise, si nous avons le cœur rempli de rancœur, de méchanceté, de colère ? Parfois certains s’en confessent, moi, je leur réponds que la communion n’est pas un calmant, ni un anxiolytique, ni un antidépresseur doux, bien que dans l’Eucharistie, il y ait toute la douceur de l’amour de Dieu. Avec de telles dispositions d’âme pendant la messe, mieux vaut s’abstenir de communier ! « Si tu présentes ton offrande à l’autel, et que là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis reviens, et alors présente ton offrande » (Mt 5,23-24). C’est sans doute la raison pour laquelle le rite de la paix dans le rite ambrosien (Milan) est opportunément avant l’offertoire, alors que dans la tradition liturgique romaine, il se situe entre le Notre Père et la fraction du pain, durant laquelle on supplie l’Agneau de Dieu de nous donner Sa paix, juste avant la communion. Dans la forme extraordinaire de la messe, le baiser de paix n’a été conservé que dans la messe solennelle, c’est-à-dire celle avec diacre et sous-diacre, et seulement les clercs se donnent la paix ! (Ont-ils plus besoin de faire la paix entre eux que les laïcs ? Il faut le croire !). Dans ce geste, il y a, certes, une claire dimension ecclésiale, mais il faut rappeler qu’à la dimension communautaire, est superposée la « verticalité » : ce qui nous maintient unis les uns les autres, c’est la présence réelle du Christ, et non pas, par exemple, se tenir la main au Notre Père, pratique née chez les protestants. Nous, nous avons l’Eucharistie qui nous unit! Ce n’est donc pas une simple paix humaine acquise par l’amitié et solidarité, mais la paix du Christ ressuscité : c’est Lui notre paix !

Dans la pratique, ce rite est laissé aux soins des Conférences Épiscopales, car, en raison des caractères, des cultures ou des différentes sensibilités, les gestes peuvent changer. On ne se donne sans doute pas la paix de la même manière au Japon et en Afrique… Je sais par expérience que certains fidèles, plus réservés, n’aiment pas trop cette pratique. Certains s’en sont plaints auprès des prêtres; d’autres, un peu hygiénistes, n’aiment pas serrer la main de ceux qui viennent de tousser ou de se moucher ! Avec les enfants c’est toujours un chahut monstre ! Aux enterrements certaines familles ne souhaitent pas faire ce geste pour des raisons que je comprends très bien. Lors des mariages c’est un peu la foire : on risque de déplacer les plumes des chapeaux, de laisser un peu de fond de teint ou de rouge aux lèvres sur la joue d’un voisin distrait…

Bon, j’ironise un peu ! Veuillez me pardonner ce ton quelque peu plaisantin. Voici les recommandations de la Congrégation pour le Culte Divin : 1. Ne pas introduire un « chant pour la paix », qui n’est pas prévu par le Missel Romain. 2. Pour les fidèles, éviter le fait de se déplacer pour échanger entre eux le signe de paix. 3. Pour le prêtre, éviter le fait de quitter l’autel pour donner la paix à quelques fidèles. 4. Éviter que le geste de la paix soit l’occasion d’exprimer des congratulations, des vœux de bonheur ou des condoléances aux personnes présentes, dans certaines circonstances, comme par exemple, à l’occasion des solennités de Pâques et de Noël, ou durant la célébration de rites comme le Baptême, la Première Communion, la Confirmation, le Mariage, les Ordinations, les Professions religieuses et les Obsèques. Bien entendu, si une personne parait isolée, on est porté tout naturellement à aller vers elle pour lui donner la paix, mais certains ne souhaitent pas faire ce geste. Par ailleurs, il n’est prévu nulle part de lever et d’ouvrir les bras au Notre Père : ce n’est que du mimétisme par rapport au célébrant. Celui-ci écarte les bras parce qu’il prie pour et au nom de toute l’Église. Il ne faut pas confondre le sacerdoce ministériel avec celui commun. Mon professeur d’iconographie à l’Université Grégorienne de Rome, me disait que, plus qu’une attitude de prière, c’est plutôt un geste de contemplation, comme celui de l’âme qui contemple Dieu après la mort, car on trouve cette image surtout dans les catacombes. Au Notre Père, la meilleure attitude est d’avoir les mains jointes. D’autres attitudes sont très peu dignes : au moment de la communion par exemple, certaines personnes arrachent pratiquement l’hostie de la main du prêtre : On ne doit pas prendre Jésus. C’est Lui qui se donne, et nous, humblement, nous Le recevons. D’autres présentent les deux mains inclinées, avec un espace au milieu : pauvre Jésus ! Voulez-vous vraiment qu’il tombe ? Au moment de communier, ne Lui faisons pas prendre de risque ni faire trop de contorsions. Si on a les mains occupées, il vaut mieux communier sur la langue. Ayons à cœur d’avoir un maximum de respect envers sa Présence Réelle dans l’Eucharistie. Gardons toujours à la messe une certaine sobriété, une attitude d’adoration, de piété et de recueillement surtout à la consécration et à la communion. Il faut toujours L’adorer en esprit et en vérité.

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 20 septembre

Juin 202015
 

En cette scène de tempête, l’Evangile de ce dimanche décrit non seulement la situation de l’humanité dans son histoire, mais aussi celle de notre vie : la tempête est inévitable ; tôt ou tard, elle éclate. La croix aussi est inévitable. De même, pour nous tous arrive le soir : la fin du jour et de ses certitudes éphémères, puis la nuit de la peur et du doute. Mais, sommes-nous destinés au naufrage et au désespoir ? Dieu est-il un démiurge froid et indifférent au sort de ses créatures ? Ou bien, n’y a-t-il pas sur le monde un plan divin que le Fils de Dieu a réalisé ? Jésus invite son Église à prendre le large et à passer sur l’autre rive. Il s’agit là d’une invitation à la Pâques, qui est un  passage : pour les Hébreux, passage de la Mer Rouge qui les a délivrés de l’esclavage ; pour le Fils de l’homme, passage de la mort qui l’a conduit à la gloire. L’autre rive est celle de Dieu, que l’on ne voit pas et dont Jésus révèle le chemin (Jn 14,4). La barque qui traverse le lac avec les disciples et Jésus à bord représente l’Église.

Comme l’Arche de Noé, créée pour passer à travers le déluge, l’Église traverse les forces du mal qui se déchaînent contre elle, telle une barque qui, ballottée par les flots, s’emplit d’eau, ici symbole de mort. Jésus, dont la présence est invisible, semble dormir. Cette présence-absence de Jésus, trouble, fait paniquer les disciples qui désespèrent d’arriver sur l’autre rive et regrettent d’être montés à bord. Mais la prière insistante des disciples réveille Jésus. Il est toujours là, comme il l’a promis (Mt 28,20). Jésus sauve ses disciples comme il sauve son Église de toutes les tempêtes qui essaient de la faire sombrer, mais il reproche le manque de Foi ! La crainte de mourir, qui est négative, est remplacée alors par la crainte de Dieu, qui n’est rien d’autre que la confiance et l’obéissance. Telle est notre situation : la faiblesse de notre embarcation, la pauvreté de nos moyens, puisent la force de la présence du Christ qui nous fait arriver au but. Mais, lorsque la tempête fait rage, que ce soit dans l’histoire du monde ou dans notre vie personnelle, il y a la tentation récurrente de se sentir abandonnés par Dieu. Les Apôtres aussi ont douté et crié vers Jésus : « Maître, nous sommes perdus, cela ne te fait rien ? ». C’est le cri de beaucoup qui, face aux épreuves de cette vie, portent les pires accusations contre Dieu et frôlent le blasphème et l’impiété.

Jésus leur répond ainsi : « Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? ». Oh, certes, il est plus facile de dire que Dieu ne s’intéresse pas au sort de l’homme, plutôt que de dire que les hommes sont indifférents à Dieu parfois méconnu, renié, très souvent offensé. Dieu devrait-il se réveiller dès que nous l’appelons  pour apaiser la furie des flots et du vent que nous avons nous-mêmes souvent provoquée? Ne devrions-nous pas plutôt réfléchir sur nos absurdes aventures de navigateurs en solitaires sur les mers orageuses de cette vie, sans Dieu à bord : « Je veux vivre ma vie », dit-on souvent ! Si dans notre barque, si dans notre vie, Jésus n’est pas présent, c’est justement parce qu’on veut se passer de lui ; Banni, coupablement tenu éloigné de notre vie, serait-Il juste une sorte de bouée de sauvetage servant à intervenir et à réparer dans l’urgence, justifiant presque nos choix peccamineux et nous sauvant de tout mal in extremis ? Vis-à-vis du Seigneur nous devrions avoir toujours des sentiments d’humilité et de confiance, reconnaître notre dépendance et nos limites, nous convaincre que c’est seulement par la Foi que nous pouvons surmonter toutes nos tempêtes. Mais n’oublions jamais que, même rejeté et offensé, malgré nous, Jésus est toujours là, tout près de nous. Il a tendu une main à Saint Pierre qui, en marchant sur l’eau a commencé à douter, et donc à sombrer dans les flots. Il nous tend toujours la main: « Même quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi » (Ps 23,4).

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 21 Juin

Mai 292015
 

En ce dernier jour du mois de Marie, je voudrais vous faire partager quelques souvenirs sur mon récent voyage à Fatima. Ce sera pour moi un moyen de manifester ma reconnaissance envers la Très Sainte Vierge Marie, car il y a 30 ans, en allant à Fatima en voiture un 13 juin, accompagné de trois dames, dont une de 91 ans, je suis tombé dans un ravin d’une dizaine de mètres, et tous les quatre nous en sommes sortis sains et saufs. C’était ma première année de sacerdoce. La vieille voiture que mon père m’avait donnée, a été complètement détruite.

A Fatima, je suis un peu chez-moi, non sans raison…Fatima est vraiment la terre de Marie, il y a là l’âme de tout un peuple et ce sera sans doute grâce à Marie que le Portugal « conservera le dogme de la Foi », comme Elle-même l’a dit. Cette année, pour la première fois, j’ai assisté aux cérémonies du 13 mai, anniversaire de la première apparition de la Ste Vierge Marie. Assisté ? C’est une façon de parler, car il y avait tellement de monde, que je n’ai pas pu m’approcher de l’immense esplanade. Je me suis donc contenté de voir de loin, tant bien que mal, en récitant le chapelet. J’avoue qu’à Fatima j’ai redécouvert combien il est doux de réciter le chapelet. C’était le 12 mai, vers 22h : des myriades de bougies constellaient l’esplanade dans le noir, comme des étoiles dans une belle nuit d’été. Les chants étaient beaux et priants. Tout à coup, la statue de la Ste Vierge a commencé à bouger, portée à bras d’hommes, en faisant le tour de la place. En voyant cette silhouette blanche qui semblait flotter sur cette marée humaine, ou plutôt sur cette humanité souffrante qui cherche une grâce, une guérison, une conversion, un peu d’espérance, très ému, j’ai eu la gorge nouée. Le lendemain, j’espérais avoir un peu plus de chance et participer à la grand-messe : que nenni ! Par dépit, je me suis réfugié dans la nouvelle église moderne tout à l’opposé de l’ancienne basilique. Cette église ultra moderne a la qualité de ne pas être haute, elle ne défigure donc pas le paysage…C’est à mi-chemin entre un camembert et une station spatiale. La salle d’attente pour se confesser, froide et aseptisée, ressemble beaucoup à celle d’un crématorium…Le chœur en revanche, tout en étant moderne, est liturgiquement cohérent et la mosaïque qui le surplombe, en camaïeu jaune-or, est d’un moderne pas trop laid, avec des réminiscences byzantines…J’ai récité un peu de bréviaire et ensuite le chapelet, lorsqu’une dame d’un certain âge me demande à se confesser. Certainement, lui ai-je répondu. Que ne l’aurais-je pas fait ! Ça n’en finissait plus ! Et lorsque j’ai terminé les confessions ce fut le tour des bénédictions d’objets. Et après les objets, bénir aussi les personnes, la partie de leur corps atteinte d’une grave maladie, et même la carte sanitaire de leur enfant souffrant. « Mais moi, je ne suis pas un thaumaturge, je ne fais pas de miracles, priez la Ste Vierge » leur ai-je dit. Peine perdue ! La vue de cette humanité en détresse m’a profondément bouleversé et j’ai eu du mal à retenir mes larmes. Et moi qui voulais rester solitaire pour réciter le chapelet ! Cette foi si simple, un rien superstitieuse, m’a rappelé mon enfance. J’avoue avoir un faible pour ces vielles paysannes tout de noir vêtues, sorties je ne sais pas d’où, comme venant d’une époque improbable, au visage sillonné d’innombrables rides qui racontent toute une vie humble de pauvreté et de sacrifices. Hélas, elles sont en voie de disparition !

Au sujet du message de Fatima, je vous laisse aux innombrables publications ; Je n’entrerai pas non plus dans l’interprétation du fameux 3ème secret qui a fait couler beaucoup d’encre. Contrairement à Lourdes, le message de Fatima a une signification prophétique, et même eschatologique. Au fur et à mesure que nous avançons dans l’histoire, il semble se dévoiler et devenir toujours plus clair. Dans son discours à Fatima le 13 mai 2010, Benoît XVI dit ceci : « Dans sept ans, vous reviendrez ici pour célébrer le centenaire de la première visite faite par la Dame « venue du Ciel », comme une maîtresse qui introduit les petits voyants dans la connaissance profonde de l’Amour trinitaire et les conduit à goûter Dieu lui-même comme la réalité la plus belle de l’existence humaine. Une expérience de grâce qui les a fait devenir amoureux de Dieu en Jésus, au point que Jacinthe s’exclamait : « « J’aime tellement dire à Jésus que je L’aime ! Quand je le Lui dis de nombreuses fois, il me semble avoir un feu dans le cœur, mais qui ne me brûle pas ». Et François disait : « Ce que j’ai aimé par-dessus tout, fut de voir Notre Seigneur dans cette lumière que Notre Mère nous a mise dans le cœur. J’aime tant Dieu!» (Mémoires de Sœur Lucie, I, p.42 et p.126) (….)

Celui qui pense que la mission prophétique de Fatima est achevée se trompe. Ici revit ce dessein de Dieu qui interpelle l’humanité depuis ses origines : « Où est ton frère Abel ? La voix du sang de ton frère crie de la terre vers moi ! » (Gn 4, 9). L’homme a pu déclencher un cycle de mort et de terreur, mais il ne réussit pas l’interrompre. Dans l’Écriture Sainte, il apparaît fréquemment que Dieu est à la recherche des justes pour sauver la cité des hommes et il en est de même ici, à Fatima, quand Notre Dame demande : « Voulez-vous vous offrir à Dieu pour prendre sur vous toutes les souffrances qu’il voudra vous envoyer, en réparation des péchés par lesquels il est offensé, et en intercession pour la conversion des pécheurs ? » (Mémoires de Sœur Lucie, I, p.162) ». Dans l’avion de retour le 14 mai 2010, le Pape continue : « Je dirais donc, ici aussi, au-delà de cette grande vision de la souffrance du Pape, que nous pouvons en premier lieu rapporter au Pape Jean-Paul II, sont indiquées des réalités de l’avenir de l’Église qui au fur et à mesure se développent et se manifestent. Par conséquent, il est vrai qu’au-delà du moment indiqué dans la vision, on parle, on voit la nécessité d’une passion de l’Église, qui naturellement se reflète dans la personne du Pape, mais le Pape est pour l’Église et donc ce sont des souffrances de l’Église qui sont annoncées. Le Seigneur nous a dit que l’Église aurait toujours à souffrir, de diverses façons, jusqu’à la fin du monde. L’important est que le message, la réponse de Fatima, ne réside pas substantiellement dans des dévotions particulières, mais dans la réponse de fond, c’est-à-dire la conversion permanente, la pénitence, la prière et les trois vertus théologales : foi, espérance et charité. Ainsi voyons-nous ici la réponse véritable et fondamentale que l’Église doit donner, que nous, chacun de nous, devons donner dans cette situation. Le centenaire de Fatima aura lieu le 13 mai 2017.

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 31 Mai