Juin 062020
 

Comme je l’avais prédit dans mon dernier édito, si le confinement est difficile, le déconfinement le sera davantage. En tous cas, personne n’en sortira indemne, et les contraintes auxquelles nous nous-sommes astreints, ont pu, peut-être, révéler ce que nous avons dans le cœur, ce que nous sommes vraiment, le meilleur comme le pire : le courage, la patience, l’endurance, le dévouement, la fidélité à notre vie spirituelle, l’abandon à la volonté de Dieu, tout comme la peur, la mesquinerie, la lâcheté, la révolte, contre Dieu aussi, et surtout la délation, oui, même à l’encontre des prêtres, on l’a vu un peu partout, et notamment en Italie. L’histoire se répète, pensons à la Révolution française…Les prêtres, eux, ont été frustrés dans l’exercice de leur ministère, et ont dû inventer mille moyens pour être « présents », ne serait- ce que par internet, et faire en sorte que le lien avec leurs paroissiens ne soit pas distendu. Dans cette situation inédite, on avançait un peu à tâtons, il est vrai, sans savoir comment faire. Parfois, ici-et-là, ces moyens frôlaient la désacralisation ou le ridicule, comme la Sainte Eucharistie dans des pochettes en plastique ou le baptême par pistolet à eau, distanciation sociale oblige. Quand les prêtres s’y mettent…

Chez les fidèles, plus encore que la Messe en elle-même, c’est surtout le fait de ne pas pouvoir communier qui a été éprouvant, je le comprends…N’oublions jamais que, à la communion fréquente, voire quotidienne, doit correspondre une vie chrétienne et spirituelle adéquate, un désir de sainteté et d’union à Dieu. La communion n’est pas une simple petite consolation que Jésus nous fait, mais la plus grande union que nous pouvons avoir avec Lui ici-bas. La communion fréquente, chose excellente en soi, est assez récente dans l’Église, non seulement à cause de l’influence du Jansénisme, qui a longtemps perduré en France, mais aussi pour d’autres raisons pratiques, historiques et spirituelles. Maintenant, les fidèles doivent reprendre au plus vite le chemin de l’église, car la messe via le web a pu donner de mauvaises habitudes. Le manque de confession a été aussi ressenti, mais dans une moindre mesure, car si on le voulait vraiment, on pouvait toujours se confesser, ici à Ste Odile par exemple…

Certains épiscopats, comme l’épiscopat italien, sont allés au-delà des consignes de l’autorité civile, mais il ne m’appartient pas de juger la chose. Si la loi suprême de l’Église est le salut des âmes (Salus animarum suprema lex), néanmoins, l’Église, Corps du Christ, en suivant l’exemple de Jésus, s’est toujours prodiguée pour soulager aussi les souffrances physiques et morales des hommes, en particulier celles des malades. Ainsi, l’Église contribue avec l’autorité civile au bien commun des citoyens, principe exprimé par Cicéron : « Salus populi suprema lex esto », la loi suprême (de l’État) doit être le salut du peuple, étant sauve celle de l’Église, c’est à dire le salut des âmes. A Paris, pendant tout le confinement, il y a eu l’heureuse initiative de notre Archevêque de faire distribuer par de nombreuses paroisses, dont la nôtre, des paniers repas pour les indigents.

Dans le passé, pendant les épidémies comme la peste ou le choléra, les évêques et leur clergé se sont toujours dévoués non seulement pour soigner les âmes, mais aussi les corps des fidèles. Pendant la grande peste de Milan, St Charles Borromée, mort lui aussi victime de la peste, avait vidé son palais épiscopal (pas les églises !), rideaux compris, pour subvenir aux besoins des pauvres, et avait fait ériger des autels aux croisées des rues, afin que ceux qui étaient en quarantaine pussent assister à la messe de leur fenêtre. Plus près de nous, au XIXe siècle, il y a eu la belle figure du serviteur de Dieu le Cardinal Ludovic Altieri, évêque d’Albano, à 25 km de Rome. Issu d’une des plus illustres familles princières romaines, apprenant que dans sa ville sévissait le choléra, il voulut y aller. En saluant son cousin, le Card. Vicaire de Rome, Constantin Patrizi Naro, il lui dit : « Donc je pars, si nous ne nous revoyons plus ici-bas, ce sera au Paradis… ». En approchant de sa bonne ville d’Albano, encore en chemin, avant même d’arriver dans son palais épiscopal, il administra sur le champ la Confirmation à des enfants qui avaient le choléra, à la demande de leurs mamans (Ah, le bon réflexe des parents chrétiens d’antan !). En arrivant dans la ville, il décida tout de suite de faire distribuer des vivres à la population et alla personnellement donner les derniers sacrements aux malades dans leurs humbles demeures. Son dévouement dura trois jours, puis, ayant attrapé le choléra, il mourut saintement en disant : « Mon Dieu, je suis un misérable pécheur, et nombreux sont mes péchés. Mais vos miséricordes à mon égard ont été immenses. Et quelle plus grande miséricorde pouviez-vous me faire, que de mourir au milieu du troupeau que vous m’avez confié ? » C’était en 1867, et sa cause de béatification est en cours. Dans le passé, face à des épidémies, les églises étaient parfois fermées par ordre de l’évêque lui- même. Il n’y avait plus de Messes avec fidèles, mais il me semble que cela n’a jamais été aussi généralisé que cette fois-ci, même pendant la grippe espagnole. Parfois, même le viatique était interdit pour éviter la contagion, car non strictement essentiel, mais jamais, je le répète, jamais l’absolution et l’onction des malades n’ont été empêchées. Même les condamnés à mort avaient droit à un prêtre. Or, pendant cette pandémie-ci, les prêtres pouvaient faire quelque chose pour les morts, bien peu, mais rien pour les mourants, sinon prier…L’interdiction pour les prêtres d’avoir accès aux mourants hospitalisés qui demandaient les derniers sacrements, est un abus monstrueux et une grande injustice, car il s’agit de la vie éternelle, et donc de la loi suprême de l’Église : le salut des âmes est plus important que celui du corps, car inévitablement, nous mourrons tous un jour, mais tous ne seront pas sauvés, hélas. De plus, dans des cas extrêmes, il y a une formule brève pour donner l’absolution et l’Extrême Onction, en moins d’une minute, et le prêtre aurait pu ensuite se mettre en quarantaine, nous étions de toute façon déjà confinés…Il est vrai qu’on peut recouvrer la Grâce sanctifiante par la contrition parfaite, c’est à dire le regret de nos péchés s’exprimant par un élan d’amour envers Dieu, et non pas par la contrition imparfaite, ou attrition, c’est à dire par peur de l’enfer. Ceux qui ont fait le catéchisme d’autrefois savent bien la différence. Mais, lorsqu’on souffre beaucoup, il manque parfois le réflexe chrétien de demander pardon à Dieu et d’offrir ses souffrances. Voilà pourquoi, en réanimation, et même dans le coma, le sacrement peut suppléer à la contrition parfaite, à condition qu’il y ait eu auparavant un simple désir de demander pardon, même implicite. Qu’on le veuille ou non, le confinement a bel et bien été une privation, nécessaire ou pas, on peut en discuter, de certaines libertés. De fait, il y a eu aussi la privation de la liberté de culte. L’ingérence de l’État dans la vie de l’Église, nous la connaissions dans les régimes totalitaires. Celle que nous venons de subir dans notre pays est un antécédent qui risque se répéter pour un motif ou un autre. J’espère que non ! Car, ce serait très dangereux, et porterait gravement atteinte à la liberté de l’Église.

Puisse cette pandémie et ce confinement, avec la perspective d’une contagion et donc de la mort, avoir davantage ré-orienté notre vie vers les biens supérieurs, vers l’essentiel, vers Dieu : il s’agit du salut de notre âme. Si vous croyez encore qu’il y a la possibilité de la perdre : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps » (Mt10,28).

Voici quelques réflexions personnelles, faites-en ce que vous voulez. Dieu vous garde.

Don Carlo Cecchin, vicaire

Avr 052020
 

En raison de la situation actuelle, je vais reporter à plus tard la IIIe partie sur l’Antichrist, mais cet édito n’est pas tout à fait hors sujet, bien au contraire…Dans mon dernier édito, j’ai écrit qu’un grain de sable pouvait gripper le mécanisme vicieux qui régit ce monde globalisé ainsi que cette finance absurde et sans humanité, coupée de la réalité. Avec raison, lors de la bénédiction Urbi et Orbi du 27 mars, le Pape François a demandé aux fidèles de revenir à la Foi, et au monde, « épeuré et perdu », de revoir ses priorités. Nous vivons actuellement dans un temps de souffrance, de peur, d’attente anxieuse (Suis-je positif ?), temps de mortalité et de deuil. Pourtant, les décès ne sont pas, pour le moment, aussi nombreux que pour d’autres grandes épidémies du passé, où les morts jonchaient le pavé des rues…St Louis de Gonzague mourut en transportant les morts de la peste à Rome. Mais, à l’heure où j’écris, nous ne sommes pas encore capables de mesurer l’évolution et les conséquences de cette crise sanitaire…Ce qui est inédit, ce sont les moyens exceptionnels mis en œuvre pour lutter contre la pandémie, comme le confinement : il est difficile, n’est-ce pas ? On risque de tourner en rond, de faire de l’introspection, de déprimer : face à face avec soi-même, on révèle le meilleur et le pire : la bonté, la charité, la patience, comme aussi la mesquinerie, la lâcheté, la méchanceté ; cela peut nous fait peur. Si certains sont anxieux, à juste titre, d’autres sont insouciants, ou même indifférents (il n’y a que des vieillards qui meurent !) ; il y a les courageux et même ceux qui se sacrifient en mourant pour soigner les malades ; d’autres encore ne renonceraient à leur jogging pour rien au monde ! Il est vrai que bouger un peu, ça fait du bien ! D’autres, hélas, craignant d’affronter la maladie, ou l’ayant contractée, tentent de mettre fin à leur vie. C’est un phénomène inquiétant et les médias n’y sont pas étranger. Lorsque tout semble perdu et que Dieu n’est même pas une hypothèse, pourquoi prendre le risque de souffrir avant de mourir ? Les « certitudes » de certains peuvent aussi changer : par exemple, un médecin athée qui soignait les malades du Covid-19 à Milan, s’est converti en voyant un prêtre de 75 ans, déjà atteint par le Covid-19, être l’ange consolateur des agonisants avant de mourir à son tour.

En revanche, le Planning familial a été rassuré ; en doutiez-vous ? Les « affaires » peuvent continuer : pendant que des personnes âgées meurent, parfois sacrifiés malgré elles, on continue à tuer les enfants à naître, comme pour s’assurer qu’il n’y ait pas de futur, puisque, dit-on, l’homme lui-même est un virus pour la terre. Aux États-Unis, quelques états ont suspendu l’avortement, puisque c’est un acte médical non essentiel, mais dans d’autres états de l’Union, le Planned Parenthood, et des médecins en Angleterre,demandent même l’avortement à la maison. Tuer l’innocent à outrance, continuer la boucherie !Notre époque est mortifère et Satan se repaît de la chair des innocents. Les soi-disant avancées sociétales, que je ne nommerai pas par décence, ont conduit à la déliquescence de la société entière. Dans la nuit du 24/25 mars, dans une Italie aux prises à l’urgence de la pandémie, une église a été profanée, les hosties piétinées et une Croix mise à l’envers.

Suis-je trop pessimiste si je fais cette citation de Flaubert ? : « L’humanité danse d’une manière frénétique sur la planche pourrie d’une immense latrine » (Lettres à Tourgueniev).

N’avez-vous jamais vu les danses macabres du Moyen-Age ? L’Évangile le dit d’une autre manière : « À qui vais-je comparer cette génération ? Elle ressemble à des gamins assis sur les places, qui en interpellent d’autres en disant :  nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé. Nous avons chanté des lamentations, et vous ne vous êtes pas frappé la poitrine » (Mt 11,16-17). Saurons-nous comprendre à la lumière de la Foi ce qui se passe actuellement ? Pourtant, là où le mal abonde, le Grâce peut surabonder…Il y a aussi notre frustration à nous, les prêtres, empêchés d’exercer notre ministère pour éviter toute contagion. C’est surtout aux mourants que je pense…

Une question délicate à ne pas poser en ce moment : cette épidémie est-elle une punition de Dieu ? J’entends toujours dire que Dieu nous parle en se servant des événements. Eh bien, quels enseignements tirons-nous alors de cet événement ? Nous voyons à travers tout l’Ancien Testament que Dieu punissait le mal. Mais ensuite, face à la pénitence, le « courroux » de Dieu s’apaisait et il pardonnait. Jusqu’à ces dernières décennies, on disait la même chose, y compris les saints et les papes ; la Sainte Vierge a souvent parlé de châtiments dans plusieurs de ses apparitions reconnues par l’Église. Dieu aurait-il changé de méthode dans le Nouveau Testament ? Pourtant, en Dieu, il n’y a « ni changement, ni ombre de variation » (Jc 1,16). Dieu est Père, c’est Jésus qui nous l’a enseigné, le meilleur des « Pères », mais il reste néanmoins le Père des Cieux, c’est à dire le Dieu qu’on adore. Le mot « père » a ici un sens analogique. St. Joseph était « père » légal de Jésus, nous avons un père biologique, et Dieu n’est pas père pour nous au même titre que pour Jésus. Aux pharisiens qui disaient : « Nous ne sommes pas nés de la prostitution ! Nous n’avons qu’un seul Père : c’est Dieu. » (Jn 8,41), Jésus répond : « Vous, vous êtes du diable, c’est lui votre père, et vous cherchez à réaliser les convoitises de votre père. Depuis le commencement, il a été un meurtrier. Il ne s’est pas tenu dans la vérité, parce qu’il n’y a pas en lui de vérité. Quand il dit le mensonge, il le tire de lui-même, parce qu’il est menteur et père du mensonge » (Jn 8,44).

Jusque récemment, la guerre, les épidémies et les famines étaient perçues comme des châtiments qui s’abattaient sur les péchés des hommes : du moins, autrefois, nous avions la « crainte de Dieu » ; aujourd’hui, nous avons le…« droit au blasphème ». Alors, Dieu, qui est notre Père, veut-il se venger du mal, ou plutôt rétablir la justice et sauver le pécheur ? Dieu ne veut jamais la mort du pécheur, mais sa conversion (Ez 18, 21-28). S’il frappe, c’est pour guérir, « car c’est lui qui blesse et panse la plaie, lui qui meurtrit et dont les mains guérissent. » (Jb 5,18). Ne serait-ce pas plus juste de dire que c’est le mal lui-même qui entraîne son châtiment ? Mais c’est toujours Dieu, notre Père, qui l’aura permis, car un père qui ne « punit » pas, montre ne pas aimer son fils…Dieu ne prévoit pas seulement qu’un tel événement arrive, mais aussi toute la série des causes pour que telle chose arrive à un moment donné : les causes naturelles, comme celles dues au péché, qui peuvent provoquer une « punition ». De même, Dieu prévoit et met dans l’ordre des causes aussi la prière et la pénitence, qui peuvent faire cesser, par exemple, une épidémie, soit par des causes naturelles en évitant les désordres du péché, soit par un miracle. Il faut croire à l’efficacité de la prière.

Dans l’Évangile de St. Luc, des gens demandent à Jésus au sujet des Galiléens que Pilate avait fait massacrer, et ceux tués par la chute de la tour de Siloé : ceux-là étaient plus pécheurs, plus coupables que les autres ? Jésus ne répond pas directement à la question, mais en donne la solution : « Pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous

périrez tous de même » (Lc 13,1-5). « Pas du tout », parce que nous sommes tous coupables…Réfléchissons à tout cela ! S’il n’y a pas de « châtiment » divin, il n’y a pas non plus de Providence divine, nous retirons alors Dieu de l’histoire et du quotidien de notre vie. Nous réduisons alors Dieu à une exégèse savante, ou à une praxis humanitaire, ou encore à une fiction.

Saint Augustin disait « ex malo bonum », du mal peut naître un bien, Dieu peut le faire. Toutefois, pour cela, il est nécessaire de voir et de comprendre l’origine du mal ; le distinguer du bien et tout faire pour que le bien soit rétabli. En tout cas, le vrai mal est moral ou spirituel, le mal physique en est la conséquence. Ce mal physique est peut-être le seul qui puisse nous faire comprendre la gravité du mal moral qui s’attaque directement à Dieu. Par exemple, sommes-nous capables de discerner les choix scélérats qui ont été faits au niveau ecclésial, social et politique depuis des dizaines d’années ? Je n’en suis pas sûr. Puisque nous sommes ivres de toute-puissance et n’avons pas besoin de Dieu – car nous croyons être des dieux- le pire châtiment sera celui de nous livrer à nous-mêmes.

Le Cardinal Ratzinger, lors de la Messe pour l’Élection du Souverain Pontife, le 18 avril 2005, disait dans son homélie : « La miséricorde du Christ n’est pas une grâce à bon marché, elle ne suppose pas la banalisation du mal. Le Christ porte dans son corps et sur son âme tout le poids du mal, toute sa force destructrice. Il brûle et transforme le mal dans la souffrance, dans le feu de son amour qui souffre. Le jour de la vengeance et de l’année de grâce coïncident avec le mystère pascal, dans le Christ mort et ressuscité. Telle est la vengeance de Dieu :  lui-même, en la personne du Fils, souffre pour nous. Plus nous sommes touchés par la miséricorde du Seigneur, plus nous devenons solidaires de sa souffrance, et plus nous sommes prêts à compléter dans notre chair « ce qu’il manque aux épreuves du Christ » (Col 1, 24).

Ce confinement devrait nous aider à réfléchir sur nous-mêmes, sur le sens de la vie, sur notre Foi ou sur notre rapport avec Dieu. Pourquoi ne pas profiter de cette contrainte pour vivre comme dans une retraite spirituelle, une sainte « quarantaine » à l’instar de Jésus ? Je crains que nous n’ayons pas assez de dispositions intérieures. Si le Carême est un temps de grâce, cette année l’est encore davantage : éprouvés moralement et physiquement, malgré nous, nous pouvons nous unir à la Passion du Christ et offrir nos souffrances, en coopérant avec lui au salut de chacun et du monde.

Toujours dans cette même homélie, le Cardinal Ratzinger ajoute : « Nous ne devrions pas rester des enfants dans la foi, dans un état de minorité/ comme des êtres n’ayant pas encore atteint (la peine stature de) l’âge adulte. Et en quoi consiste le fait d’être des enfants dans la foi ? Saint Paul répond : « Ainsi nous ne serons plus des enfants, nous ne nous laisserons plus ballotter et emporter à tout vent de la doctrine » (Ep 4, 14). Une description très actuelle ! Combien de vents de la doctrine avons-nous connus au cours des dernières décennies, combien de courants idéologiques, combien de modes de la pensée…La petite barque de la pensée de nombreux chrétiens a été souvent ballottée par ces vagues – jetée d’un extrême à l’autre :  du marxisme au libéralisme, jusqu’au libertinisme ; du collectivisme à l’individualisme radical ; de l’athéisme à un vague mysticisme religieux ; de l’agnosticisme au syncrétisme et ainsi de suite. Chaque jour naissent de nouvelles sectes et se réalise ce que dit saint Paul à propos de l’imposture des hommes, de l’astuce qui tend à les induire en erreur (cf. Ep 4, 14). Posséder une foi claire, selon le Credo de l’Église, est souvent défini comme du fondamentalisme. Tandis que le relativisme, c’est-à-dire se laisser entraîner « à tout vent de la doctrine », apparaît comme l’unique attitude à la hauteur de l’époque actuelle. L’on est en train de mettre sur pied une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs ». Paroles prophétiques, relisez-les attentivement.

Si les hommes ne comprennent pas, plus que de cette épidémie, j’ai davantage peur de ce qui se passera après… :« La moisson est passée, l’été est fini, et nous, nous ne sommes pas sauvés ! » (Jr 8,20).

Voilà quelques considérations en temps d’épidémie, faites-en ce que vous voulez…

Il reste toujours l’Espérance, car elle repose en Jésus Christ, et la Sainte Vierge Marie est le modèle même de cette Espérance : ô Notre Mère, n’abandonne pas tes enfants, porte-nous tous dans ton Cœur Immaculé comme des enfants chéris.

« Que ta miséricorde soit sur nous, Seigneur, car nous avons mis en Toi notre espérance.

En toi, Seigneur, j’ai mis mon espérance : que je ne sois jamais confondu ». (Dernier couplet du Te Deum)

Don Carlo CECCHIN, vicaire

Mar 182020
 

En temps d’épidémies et de fléaux, l’Église a toujours élevé ses prières vers Dieu pour qu’il ait pitié de son peuple. En ce moment particulier d’épreuve, les prêtres de la paroisse prient à chaque Messe pour que l’épidémie cesse, et invitent les fidèles à faire de même, par l’intercession de la Vierge Marie, EN PRIANT LE CHAPELET en particulier ou en famille. N’oublions pas Saint Joseph en ce mois de mars qui lui est consacré. Ayons toujours confiance dans la prière, Dieu a promis de nous exaucer.

SAINTE-ODILE

Nous continuons notre traversée de l’hiver dans un climat de grande inquiétude, face à une réalité qui nous échappe, dans un monde de plus en plus sécularisé, dominé par le progrès, la science, la croissance, où Dieu n’a plus de place. Il suffit qu’un grain de sable grippe nos certitudes, les mécanismes qui régissent notre société mondialisée, et tout semble s’effondrer comme un château de cartes, car tout y est entremêlé dans un aberrant système vicieux, où règne en maître la finance ou Mammon. Ah, si nous pouvions considérer notre faiblesse, accepter d’avoir besoin de Dieu, tout voir par rapport à notre destinée éternelle, revenir à Dieu, mais ce n’est pas si sûr, hélas. Finalement, la possibilité de bien vivre ce Carême nous est offert, malgré nous, en nous situant dans un juste rapport avec Dieu, nous qui ne sommes que de la cendre orgueilleuse, et pourtant infiniment aimée de Dieu.

A travers l’histoire de l’Église, face à des crises épouvantables, on croyait que l’Antichrist était déjà arrivé. Déjà à son époque, Saint Paul disait : « les jours sont mauvais » (Eph 5,16) : que dirait-il aujourd’hui ? Au fil des siècles, on pensait que cet Antichrist était personnifié par l’Islam, par telle invasion ou catastrophe, ou par tel hérétique etc. Même saint Pie X, face aux épreuves de l’Église de son époque, s’était posé la question de savoir si le fils de perdition n’était pas arrivé. A posteriori, il n’était pas encore là. Cependant, Saint Paul dit que « Le mystère du mal est déjà à l’œuvre… » (2Th 2,7). Alors, l’Antichrist, probablement une personne, comment sera-t-il ? Quel aspect aura-t-il ? Difficile de savoir ; il ne sera sans doute pas comme l’imagine de manière si suggestive l’art chrétien du Moyen-Age. La mosaïque du Jugement Universel (VIIe-XIIe s.) dans la cathédrale de Torcello, une petite île près de Venise, nous le montre comme un enfant qui ressemble à l’enfant Jésus bénissant, assis sur les genoux de Satan. A la Renaissance, il ressemble au Christ, avec à ses côtés Satan qui lui souffle à l’oreille (Luca Signorelli 1450-1523). Mais, il ne sera pas si facile de le déceler ! Jésus lui-même nous a prévenu : « Prenez garde que personne ne vous égare » (Mt 24,44), car : « Il surgira des faux messies et des faux prophètes, ils produiront des signes grandioses et des prodiges, au point d’égarer, si c’était possible, même les élus ». (Mt 24,24). « Ne laissez personne vous égarer d’aucune manière. Car il faut que vienne d’abord l’apostasie, et que se révèle l’Homme de l’impiété, le fils de perdition ». (2Th2,3).

L’Apôtre ajoute : « car les hommes ne supporteront pas la saine doctrine… » (2Th 4,3). Tout comme Satan son maître, l’Antichrist devra se déguiser en ange de lumière, pour que le mal soit attrayant, beau, désirable, pour détourner le plus d’âmes possible ; mais, cette ruse, cette fausse beauté, aura toujours une faille, quelque chose de trouble, de douteux, de pervers…

A la fin du XIXe siècle, Victor Hugo avait prophétisé : « Ce siècle a été grand, le prochain sera heureux ». Nous savons ce qui s’est passé, et celui dans lequel nous vivons semble être une catastrophe. Vladimir Soloviev (1853-1900), philosophe, théologien expert en patristique et poète russe, converti de l’Orthodoxie au Catholicisme, ne s’est pas laissé séduire par les sirènes d’un avenir radieux de progrès, de prospérité et de paix. Quelques mois avant sa mort, il écrivit le « Court récit sur l’Antéchrist », à peine quelques pages. L’auteur ne lui donne pas de nom, mais le décrit comme quelqu’un d’exceptionnel. Dans sa jeunesse, « l’Antéchrist » se sera signalé comme un savant exégète, diplômé à Tübingen (c’est tout dire !), ascète, plein de modération, désintéressé, philanthrope, pacifiste, un spiritualiste convaincu, croyant au bien et, à la rigueur, même en Dieu, mais en réalité, n’aimant que lui-même. Un homme apparemment parfait, en somme ! Il a écrit un livre qui lui a donné une belle renommée : « La voie ouverte vers la paix et la prospérité ». Étrange, le Christ n’y est jamais cité, mais à quoi bon, puisque on parle de paix, de fraternité, de solidarité ? Le Card. Archevêque de Bologne J. Biffi, lors d’une conférence en 2000 sur l’œuvre de Soloviev, décrivait l’Antichrist comme (étant sans doute) un « spiritualiste convaincu, un pacifiste, un végétarien, probablement animaliste, féru en exégèse et expert en œcuménisme, très tolérant face au mal qu’il incarne, capable de dialoguer avec éloquence, avec une fausse douceur et une sagesse trompeuse… ». Soloviev a eu la clairvoyance de voir se dessiner une forme de Christianisme sans le Christ, ou avec un Christ déformé, provoquant une apostasie qui éviderait le message évangélique de sa substance au profit d’une éthique, d’un « amour de l’humanité » qui se présenterait comme un ensemble de valeurs « chrétiennes ». Dans le Court Récit, nous voyons le starets Jean répondre ainsi à « l’Antéchrist » : « Ce que nous avons de plus cher dans le Christianisme, est le Christ lui-même, et tout ce qui vient de Lui, puisque nous savons qu’en Lui demeure corporellement la plénitude de la divinité ». Oui, ne nous laissons pas entraîner par « une foule de maîtres, par la démangeaison d’entendre du nouveau » (2Tm 4,3), suivre son temps, comme on dit, alors qu’il faut suivre le Christ. Surtout, ne nous forgeons pas un Christianisme sans le Christ, une Foi à la carte, en lui substituant un ensemble de « valeurs » qui ne seraient que de vagues idéaux humains. L’Évangile lui-même peut devenir une sorte de théorie sur la paix, sur le bonheur, sur la solidarité etc. Le grand Chesterton dit que « Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles. Elles sont devenues folles, parce qu’isolées l’une de l’autre et parce qu’elles vagabondent toutes seules ». sorte de théorie sur la paix, sur le bonheur, sur la solidarité etc. Le grand Chesterton dit que « Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles. Elles sont devenues folles, parce qu’isolées l’une de l’autre et parce qu’elles vagabondent toutes seules ». Or, « La sagesse du monde, Dieu ne l’a t’il pas rendu folle. (lCr 1,20). Benoît XVI, qui cite Soloviev, nous éclaire : « L’interprétation de la Bible peut effectivement devenir un instrument de l’Antéchrist. Ce n’est pas seulement Soloviev qui le dit, c’est ce qu’affirme implicitement le récit même des tentations du Christ. Les pires livres qui détruisent la figure de Jésus, qui démolissent la foi, ont été écrits avec de prétendus résultats de l’exégèse » (Jésus de Nazareth, p.57-58). Au départ, « l’Antéchrist » montre seulement son désaccord sur l’enseignement du Christ, en disant « que son moralisme a divisé les hommes entre le bien et le mal. », ensuite, il le reniera en bloc et persécutera les chrétiens sans pitié. Aujourd’hui, nous voyons en effet une inversion totale du bien et du mal, au point de penser que c’est Dieu qui persécute le pauvre Satan.

Ce beau passage de l’œuvre de Soloviev est pour nous très éclairant : « Il y a donc la paix bonne, la paix chrétienne, fondée sur cette division que le Christ est venu apporter sur la terre, précisément entre le bien et le mal, entre la vérité et le mensonge. Il y a aussi la paix mauvaise, la paix du monde, fondée sur un mélange ou sur une union extérieure de ce qui est intérieurement en guerre avec lui-même ». Voilà pourquoi Jésus a dit : « Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive » (Mt 10,34) ; ou encore : « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division » (Lc 12,51) ; St Paul ajoute : « Quelle communion de la lumière avec les ténèbres ? Quel accord du Christ avec Satan ? » (2Cr 6,14- 15). Il faut toujours discerner le vrai Bien : car le « bien » qui rend vaine la Croix du Christ, vaine la Foi en la Résurrection, vaine la Révélation divine, est FAUX ! Car, « nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes » (1Cr 1,3).

« L’Antéchrist » étendra son pouvoir dans le monde entier et il aura même un « pape », son faux prophète. La plupart des chrétiens lui feront allégeance et apostasieront, sauf un « petit reste » de catholiques réfractaires, guidés par le Pape Pierre II. Méfiez-vous lorsqu’on parlera de gouvernement mondial, car alors, personne ne pourra s’échapper. Je ne vous raconterai pas la fin qui est très intéressante : de toute façon, ce n’est qu’un roman… Mais, rassurez-vous, l’Antichrist viendra en son temps. Cependant, avant que tout cela n’arrive, un événement est nécessaire, et c’est Paul qui en parle dans la IIème aux Thessaloniciens : il faut que celui qui retient, qui freine la venue de l’Antichrist soit enlevé. Mais de qui s’agit-il ? Nous verrons cela la prochaine fois.

En cette épreuve que nous traversons, que Dieu nous garde et nous protège.

Ce n’est qu’un récit Bon Carême à tous !

Don Carlo Cecchin, vicaire

Fév 162020
 

Noël me semble un souvenir déjà lointain, mais en fait toujours présent dans mon cœur. Les arbres de Noël, jadis si lumineux, ont été compostés : triste fin pour ce qui nous a donné un peu de joie, mais, au moins, ils serviront à fertiliser les jardins et les parcs parisiens…

L’autre jour, j’ai vu un rescapé, tout sec et nu, tristement posé à côté d’une poubelle comme une épave naufragée, les branches levées vers le ciel, tels des bras décharnés qui invoquent la miséricorde. Alors, mon cœur languit, et je me laisse envahir par le «spleen » d’hiver, et cet édito en est le fruit : que voulez-vous, on ne se refait pas !

De plus, le Mercredi des Cendres approche, Carême est aux portes, avec les affres, plus imaginaires que réelles, de la pénitence, que nous faisons peu ou prou…Oh, certes, c’est un temps de lumière, de retour à Dieu, mais, d’habitude, je ne vois pas trop d’enthousiasme autour de moi. En lisant le Catéchisme – Que ne l’aurais-je pas fait ! – je suis tombé par hasard sur un texte qui ne m’a pas tellement relevé le moral, ou peut-être, si :

« Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants. La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre dévoilera le « mystère d’iniquité » sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire celle d’unpseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair. Cette imposture antichristique se dessine déjà dans le monde chaque fois que l’on prétend accomplir dans l’histoire l’espérance messianique qui ne peut s’achever qu’au-delà d’elle à travers le jugement eschatologique: même sous sa forme mitigée, l’Église a rejeté cette falsification du Royaume à venir sous le nom de millénarisme (DS 3839), surtout sous la forme politique d’un messianisme sécularisé « intrinsèquement pervers » (Pie XI, Divini Redemptoriscondamnant le « faux mysticisme » de cette « contrefaçon de la rédemption des humbles ».  L’Église n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa RésurrectionLe Royaume ne s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église selon un progrès ascendant, mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal qui fera descendre du Ciel son Épouse. Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du Jugement dernier après l’ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe » (CEC 675-7).

Nous pouvons trouver ce pseudo-messianisme, mâtiné de millénarisme, chez certains mouvements hérétiques, comme le Joachinisme, les Fraticelles, les Patarins, les Dolciniens et j’en passeDans l’aire protestante, il y a eu, entre autres, les Anabaptistes (Luther avait appelé à l’extermination de ceux de Münster), et toutes leurs innombrables ramifications, les évangéliques, les Témoins de Jéhovah, etc. Le fondement commun est la « sola scriptura », l’Ecriture seule, non plus lue selon l’interprétation vivante que lui donne l’Eglise, mais froide comme sculptée sur une pierre, alors que la Sainte Eglise Catholique a en son cœur le Christ vivant dans l’Eucharistie : la « Parole » qui se fait chair dans la transubstantiation.

Nous le trouvons dans certaines formes d’écologismes, et dans toutes les aberrations modernes qu’on nous fait passer pour un progrès. Vous vous imaginez ? Une vie quasi éternelle ici-bas, grâce à la science : une vieillesse qui n’en finit pas en sirotant un mauvais cocktail sur le bord d’une piscine ; c’est presque aussi ennuyeux que le « paradis » à l’américaine des Témoins de Jéhovah. Aldous Huxley, dans son roman dystopique « Le Meilleur des mondes » paru en 1932, avait pressenti ce qui est en train de voir le jour…Il y a eu aussi, surtout dans certains courants protestants, la quête d’une espèce de terre promise ou d’une nouvelle Jérusalem utopique, qui ne peut pas exister ici-bas, mais seulement la Jérusalem céleste à la Parousie.

On peut même dire que depuis la fondation des États-Unis il y a une espèce de pseudo-messianisme religieux qui au fils du temps s’est sécularisé, se melant avec la politique et la finance. Mais, nous pouvons trouver aussi cette tendance chez les puissants de ce monde, comme des chefs d’état (je ne fais pas allusion à celui que vous pensez…), des hommes très riches et puissants qui manipulent les médias, l’opinion publique, ou même les consciences, sans que nous nous en rendions compte, les prophètes annonçant des mondes utopiques. 

Il y a trois ans j’avais fait un édito sur le roman prophétique « Le Maître de la terre » (1907) de R.H. Benson, fils d’un archevêque de Canterbury, converti au catholicisme et devenu prêtre, qui décrivait justement un président très populaire qui, ayant pacifié la terre entière et donné une prospérité sans pareil, avait proscrit toutes les religions, dont le christianisme, se faisant adorer comme Dieu. Ce roman, lui aussi dystopique, se termine au moment même où l’Eglise, réduite à quelques individus, dont le Pape, s’était réfugiée à Nazareth et allait disparaître : on entendait déjà le vrombissement des bombardiers (qui n’existaient pas à l’époque du P. Benson), arrivant pour en finir définitivement avec l’Eglise, et c’est à ce moment suprême que les trompettes du Jugement dernier retentissaient. Le roman s’arrête là…

Oui, le triomphe ultime et la gloire sera celui du Christ au Jugement dernier, et ce sera aussi la fin des temps et de l’histoire. Ici-bas, il n’y aura jamais un Royaume de Dieu, sinon sous la forme de l’Eglise visible, voulue par Jésus, et qui existe aussi dans notre âme par la Grâce. Car, une autre erreur néfaste serait celle de croire à un Royaume de Dieu, à une Eglise purement spirituelle, hors de l’Histoire, totalement invisible, sans rites ni dogmes, rien qu’une simple expérience religieuse immanente !

Jésus est un fait historique, en dehors de moi, et qui en même temps vit en moi. S’il y a donc un Jésus objectif, on ne peut pas croire « selon moi », comme on entend si souvent, mais « selon Lui », c’est-à-dire le Christ. Autrement on nierait la nature même de l’Eglise, qui vit, croit, lutte et espère dans le monde présent, dans l’Histoire, et non pas dans un monde éthéré, imaginaire. Mais en même temps, l’Eglise transcende l’Histoire et vit déjà dans l’éternité. Autrement, on réduirait le message du Christ à des vagues « vérités » subjectives, à une simple consolation sentimentale, à une espèce de placebo spirituel, mais qui en fait est une illusion.

Si la victoire finale appartient au Christ, ne pourrions-nous pas espérer, sans tomber dans ce pseudo-messianisme, que l’Eglise puisse vaincre quelques batailles avant la Parousie ? Avoir un moment de répit et de paix, pour qu’il y ait encore une société chrétienne, le règne social du Christ Roi, qui remettrait Jésus et la loi de Dieu à l’honneur, comme au temps de la chrétienté, malgré les limites de toute société humaine composée de pécheurs, et ce en vue du salut des hommes ? Peut-être pas !  Au moins, laissez-moi rêver un peu, car il est plus facile de se sauver dans une société chrétienne et saine plutôt que dans une société qui favorise le vice. Autrement, quel sens donner aux paroles de la Sainte Vierge à Fatima : « A la fin mon Cœur Immaculé triomphera » ? A la fin du monde ? Ou bien à la fin de cette l’épreuve de la Foi que nous vivons actuellement ?

Il reste toujours l’Espérance, car son fondement est Jésus Christ lui-même ! Et cette Espérance personne ne pourra nous la ravir, à condition de rester fidèles…

A suivre…

Don Carlo Cecchin, vicaire