Jan 122020
 

En plein temps de Noël, comment ne pas nous tourner vers le mystère de l’Incarnation et la Sainte Humanité de Jésus, par laquelle il s’est rendu visible, accessible à nous tous ? Les habitants de Nazareth le connaissaient bien, et plus encore les autres enfants du village. Tout le monde le voyait jouer, aider sa maman Marie à puiser l’eau du puits, ou bien travaillant dans l’atelier de St Joseph, qu’on croyait son vrai père. Au fur et à mesure que Jésus grandissait, il paraissait comme quelqu’un de son âge, sans se montrer, apparemment, ni surdoué, ni comme une espèce de superman, ni un faiseur de prodiges, contrairement à ce que racontent les évangiles apocryphes. Le Pape Pie XII dans Mystici Corporis écrit : « Une telle connaissance toute aimante dont le divin Sauveur nous a poursuivis dès le premier instant de son Incarnation dépasse l’effort le plus ardent de tout esprit humain : par la vision bienheureuse dont il jouissait déjà, à peine conçu dans le sein de sa divine Mère, il se rend constamment et perpétuellement présent par tous les membres de son Corps mystique, et il les embrasse de son amour rédempteur…Dans la crèche, sur la Croix, dans la gloire éternelle du Père, le Christ connaît et tient unis tous les membres de son Eglise, d’une façon infiniment plus claire et plus aimante qu’une mère ne le fait avec son enfant pressé sur son sein, et que chacun ne se connaît et ne s’aime soi-même.» Jésus, pouvait-il douter d’être Dieu ? Se demander : qui suis-je ? Impossible ! Lorsque Jésus disait « je », c’était le « je suis » éternel de Dieu, il a donc toujours eu conscience de ce qu’il était, bien que ne le montrant pas, sauf une seule fois à la Transfiguration lorsqu’il a laissé transparaître sa divinité. Il faisait des miracles, certes, il accomplissait les prophéties, mais il se disait « Fils de l’homme ». De même, Marie et son époux Joseph étaient considérés comme un couple vertueux sans doute, mais pas très différents des autres, sans imaginer leur sainteté et leur grandeur. Lorsque nous pensons à Jésus, comment l’imaginons-nous ? Je pense que chacun se fait une image personnelle. Lorsque j’essaie de m’imaginer Jésus, je ne m’attarde pas sur les détails, pourtant, il ressemble aux innombrables images que j’ai pu voir, en écartant les images trop humaines, comme celle du « Christ Juge » de la fresque de la Chapelle Sixtine par Michel-Ange, apollinien par ses traits et herculéen par sa puissance, donc un peu païenne…Étrange, à la Renaissance, l’image d’Hercule avait acquis une valeur vertueuse, presque christique : c’est une licence artistique un peu poussée, j’en conviens ! C’est par les yeux de l’âme, spiritualisés donc, que je vois Jésus, ou plutôt, je le ressens comme quelqu’un d’infiniment bon et aimable. Je me réserve prochainement de faire un édito sur l’iconographie et l’aspect physique de Jésus. Bien entendu, ici je ne parle que de l’image ou du concept que je me fais de Jésus, il en va autrement de sa doctrine ou de la Foi qui, elle, est objective et donc pas du tout subjective. Au fil de la lecture des Évangiles, cette image de Jésus se révèle à chacun dans toute sa beauté surnaturelle. Saint Ambroise dit : « Abreuve-toi à l’Ancien et au Nouveau Testament ; dans l’un et l’autre tu boiras le Christ ». A travers les paroles de l’Évangile, je vois la « Parole », ou mieux, je contemple le « Verbe » éternel de Dieu dans les bras du Père ; je contemple le visage de Jésus, son regard qui se pose sur moi, plein d’amour et de miséricorde, mais à condition de me faire pauvre en esprit et petit. Alors le visage de Jésus prend forme, il m’apparaît clairement, tantôt heureux et souriant, mais toujours empreint de gravité, sans la moindre vulgarité ou banalité. Parfois, il a l’air amusé ou excédé par les propos de ses disciples, ou courroucé contre les pharisiens et les marchands du Temple ; exultant à l’approche de « son » heure, ou dans le ravissement quand il rend grâces à son Père : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » (Mt 11,25). Les évangélistes décrivent Jésus sans complaisance, ni emphase, sans flatterie ni rhétorique, mais simplement : tout y est divin, vrai, réel, même les paraboles qui sont plus des similitudes/analogies que des simples allégories. L’Évangile de Saint Jean est davantage contemplatif. Les modernistes distinguent le Jésus de l’histoire de celui de la Foi, or Jésus, Fils de Dieu, s’est incarné dans l’histoire, dans un lieu géographique et culturel bien précis. Le Jésus de la Foi est celui de l’Histoire, comme il est aussi celui de mon histoire. On essaie aussi d’expliquer ses miracles d’une manière symbolique, voir rationaliste, de les assimilés à des mythes, d’en faire une idéalisation des premiers chrétiens trop enthousiastes et un peu illuminés. J’ai même entendu un professeur d’exégèse dire que dans les Évangiles il n’y a aucun mot que Jésus aurait vraiment prononcé, mais seulement une simple illustration de ce qu’il a pu dire. Toutes les hérésies qui ont déchiré l’Église à travers les siècles sont justement dues à la mauvaise interprétation des Écritures. Il y a par exemple l’« Adoptianisme » dans toutes ses nuances, une doctrine selon laquelle Jésus ne serait devenu le fils de Dieu que par adoption à la suite de son baptême dans le Jourdain par Jean-Baptiste. A l’opposé, il y a le « Docétisme », pour qui l’humanité du Christ n’était qu’une simple apparence. Croît-on encore que Jésus est vrai homme et vrai Dieu ? Moi, oui, autrement tout n’a plus aucun sens. En arrière-plan de Jésus, je vois toujours la Vierge Marie sa Mère, qui a formé son humanité et permis la Rédemption par son « fiat ». Où il y a le Fils, il y a aussi sa Mère. Où je veux en venir ? La Fête du Baptême du Christ, est une théophanie de la Ste Trinité. S’il faut toujours appeler les trois Personnes divines dans l’ordre : Père, Fils et Saint Esprit, il ne s’agit cependant pas d’une succession chronologique, mais logique. Le Père est la vie (Jn 5,26), le Fils, le Verbe de Dieu (Logos en grec), est la Parole de Dieu qui se manifeste. Le Père est la Vie (Jn 5,26), le Fils est la Vérité, tandis que l’Esprit Saint est Amour. Au moment du baptême on a entendu la Voix du Père indiquant son Fils bien-aimé ; Or, Jésus indique à son tour le Père : « celui qui m’a vu, a vu aussi le Père » (Jn 14,7), et entre le Père et le Fils il y a l’« Amour » qui est la IIIe Personne de la Ste Trinité. C’est ce même « Amour » des Trois Personnes qui s’est répandu aussi dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous est donné (Rm 5,5). Mystère sublime dont nous sommes participants par la grâce du baptême : Jésus, Verbe éternel, s’est incarné tout en restant dans le sein du Père, unis par l’Amour du Saint Esprit. Ainsi, à tous ceux qui accueilleront le Fils de Dieu incarné, le Père a donné le pouvoir de devenir fils de Dieu par adoption, en sachant que, dans cette étreinte éternelle entre le Père et le Fils par l’Esprit Saint, il y une place pour chacun nous, car nous sommes, nous aussi, des enfants bien-aimés en qui Dieu a mis toute sa joie ! N’est-ce pas magnifique ?

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 12 janvier

Jan 022020
 

Un conte de Noël ? Oui, à condition de se faire tout petits, de pouvoir s’émerveiller, les yeux écarquillés, comme les enfants qui contemplent la crèche. La naissance du Verbe de Dieu n’est-elle pas un conte merveilleux, et pourtant bien réel, sorti du cœur d’un Père qui veut sauver ses enfants ? Noël, n’est-ce pas le rêve d’un Nouveau-né descendu du Ciel pour nous apporter la paix ? Il descend jusqu’à nous pour nous sauver : cela a un prix ! Il l’a toujours su et voulu. De la crèche, Il nous sourit, dans le creux bien douillet des bras de Marie, la plus douce, la plus aimable et la plus sainte des mamans, qui est aussi la nôtre. Ah, si nous savions combien de larmes nous Lui avons coûtées, oui, même ses vagissements étaient par amour !

Il est là, couché dans une mangeoire, entre l’âne et le bœuf. Marie et Joseph sont à ses côtés. Mais, j’oubliais, il y a là aussi tout un microcosme : des animaux de toutes sortes, du plus grand au plus petit, sortant qui de son trou, qui de sa cachette ! Ils se sont approchés, intrigués, éblouis par une lumière inhabituelle dont irradie l’enfant ; C’est étrange ! C’est bien un bébé, mais il a quelque chose de différent, d’extraordinaire…Et puis il y a ce va-et-vient de bergers et ces bêlements de moutons, de brebis et d’agneaux, impossible de dormir !

– Qu’arrive-t-il ? Qu’est-ce que c’est que ce ramdam ? demandent-ils à l’âne. Lui.., l’âne, il est réputé pour ses « âneries », mais il a l’air, pour une fois, d’être bien renseigné ! Et pour cause… c’est celui de St Joseph. Et puis, si si ! Détrompez-vous, les ânes sont très intelligents !

-Hi-han, moi, je connais toute l’histoire, dit-il doctement, c’est le Sauveur des hommes qui est né, c’est le Fils du Père qui nous a tous créés ! C’est moi qui, depuis Nazareth, ai porté sur mon dos sa maman, enceinte de Jésus, et c’est le bon Saint Joseph qui me dirigeait. Vous savez, il ne m’a jamais fouetté et je suis heureux d’être au service de cette famille extraordinaire. Tous les deux sont si gentils ! Vous rendez-vous compte ? J’ai porté Celui qui soutient l’univers entier. J’ai lu dans l’Évangile que dans quelques semaines, il faudra que je le sauve du méchant Hérode qui veut le tuer, en le conduisant en Égypte. Je sais aussi qu’un jour cet enfant entrera comme un roi à Jérusalem sur un petit âne : oui, oui ! je l’ai lu dans le Prophète Zacharie (Zc 9,9), mais ça c’est une autre histoire…

– Meuh-oui ! meugle le bœuf, de l’autre côté, l’âne a raison ! Meuh !… Je ne suis pour rien dans cette histoire ! J’habite ici et je suis bien étonné que le Fils de Dieu ait choisi de naître dans MON étable ! Il est vrai que… à bien y réfléchir…, mes ancêtres étaient souvent choisis pour être offerts à Dieu dans le Temple de Jérusalem !! Je sais qu’un jour, cet enfant mettra fin à tout cela, c’est lui qui s’offrira à Dieu à notre place pour sauver les hommes. « Le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne, la crèche de son maître. Israël ne le connaît pas, mon peuple ne comprend pas ». Voilà ce qu’a dit le prophète Isaïe, il y a bien longtemps (Is 1,3). Moi, je vois ce petit et je crois, je reconnais en cet enfant mon maître. Et en cette nuit, je suis heureux de réchauffer l’étable, pour qu’il n’ait pas froid : il semble si frêle, lui le maître du monde ! Grâce à la chaleur de mon souffle, je peux chauffer plus qu’une cheminée. Voyez comme il me regarde en souriant, le petit « choux ! », j’en ai les larmes aux yeux.

-Tous ceux qui viennent ici c’est pour voir l’Enfant Jésus, et lui apporter des présents, renchérit l’âne.
Arrive une brebis au milieu d’un troupeau : elle pleure ! elle pleure à chaudes larmes, la malheureuse !

– Pourquoi tant de chagrin ? interrogent l’âne et le bœuf.
– Mon petit agneau si mignon a été ravi par le loup qui l’a sans doute dévoré. Malgré ma douleur, je me devais de venir adorer cet Enfant : Il est en quelque sorte de la famille, c’est lui, Jésus, le véritable Agneau de Dieu ! Nous, vous savez, nous sommes présents un peu partout dans la Bible, depuis la Genèse jusqu’à l’Apocalypse et je viens lui offrir un peu de ma laine pour que sa Maman lui tricote des layettes bien chaudes.
L’enfant Jésus lui sourit alors tendrement et de son petit doigt dodu lui indique un coin sombre de l’étable. Elle entend bêler, un bêlement faible mais qu’elle reconnaîtrait entre mille ! C’est SON petit agneau ! bien vivant ! Et à côté de lui, le loup honteux ! Son cœur bat très fort ! Le loup pousse du museau le petit qui, sautillant de joie, rejoint bien vite sa mère.
– Le Loup, dit la Saint-Vierge, n’avait rien à offrir à Jésus ; alors il lui a offert ton agneau. Prends ton petit et pardonne-lui.
La brebis caresse son petit et se souvient de ce qu’Isaïe avait prophétisé : « Le loup habitera avec l’agneau, Et la panthère se couchera avec le chevreau ; Le veau, le lionceau, et le bétail qu’on engraisse, seront ensemble, et un petit enfant les conduira » (Is 11,16). Devant cette scène, tous les petits animaux sont émus jusqu’aux larmes et s’éloignent pour discuter à voix basse…
-Nous, les plus petits, nous n’avons pas les lettres de noblesse de l’âne : il descend sans doute de l’ânesse du prophète Balaam (Nm 22-24). Que pouvons-nous offrir à cet enfant ? N’est-ce pas par Lui que tout a été fait ? (Jn 1,3), nous compris, les plus petits, les plus rejetés ? Il paraît que les préférés de Jésus sont les pauvres, les humbles, les derniers…
Chacun réfléchit. L’abeille prend la parole :
– Bzzz, Bzzz ; moi, on me trouve dans le livre de Ben Sirac le Sage (Si 11,3). Il dit que le miel que je produis « est d’une douceur exquise » et j’ai lu dans le prophète Isaïe, que le Messie se nourrira « de crème et de miel » (Is 7,15). Alors c’est simple !! Je vais butiner les fleurs sans relâche pour produire davantage de miel ! et je le mettrai sur les lèvres de cet enfant au minois si charmant, plus doux même que mon miel ! Je veux adoucir son amertume, car un jour il sera abreuvé de fiel (Mt 27,34) à cause de l’ingratitude des hommes.
-De la crème ? Je m’en charge ! Meugla la vache. Cet Enfant est le Roi de l’univers et donc aussi de la Voie Lactée. Il verra combien ma crème est bien onctueuse ! -Oh, là là ; vous êtes de vrais experts en Écriture Sainte ! s’écrie une araignée, tout juste sortie de son trou. Moi, je ne suis qu’une pauvre araignée, moche et velue, que tout le monde fuit avec horreur – à commencer par l’auteur de ce conte ! – et qu’on écrabouille volontiers. Je suis la mal aimée. Le prophète Isaïe lui-même n’est pas tendre avec moi (Is 59,5), ni même Job (Jb 8,14), pourtant, si j’existe, il y a bien une raison ? Moi qui fais fuir tout le monde, Dieu a pensé que j’étais utile à quelque chose. Ne dit-on pas, dans une légende, que j’ai sauvé David, ancêtre humain de Jésus, alors que le Roi Saul cherchait à le tuer ? En tissant une toile à l’entrée de la grotte où il s’était réfugié, j’ai pu détourner les soupçons de ses poursuivants. Aujourd’hui, je n’ai pas grand-chose à donner ! Quoique… oui, j’ai peut-être une idée : avec ma toile de merveilleux fils d’argent, je vais boucher les courants d’air, pour que l’enfant ne prenne pas froid.

Elle commence alors à tisser sa toile lentement, mais avec constance, car il faut toujours persévérer jusqu’à atteindre son but.
Attiré par la lumière, un grillon arrive en sautillant :
– Cricri ; moi, je ne suis pas mieux loti que toi, car on ne parle de moi qu’en mal dans la Bible, comme si j’étais « une sauterelle ou un criquet qui dévore tout sur son passage » (Dt 28, 42-Jl 1,4) ; je ne peux pas tisser comme toi, mais je vais essayer d’amuser le petit avec mon drôle de cricri : ça le distraira, comme le ferait un hochet.

La Sainte Vierge lui sourit et lui permet de rester près du feu allumé. Et c’est depuis cette nuit-là, qu’il est devenu le grillon du foyer.
Le serpent lui, est resté tapi dans l’ombre ; il voudrait faire quelque chose, mais il hésite : – Kss kss ; moi, je n’ose même pas m’approcher : il est dit que la Sainte Vierge doit écraser la tête du serpent antique ! Et pourtant, elle a l’air si gentille !

-Ne crains pas serpent, intervient la Sainte Vierge, ce n’est pas toi que vais piétiner, mais le mal qui a pris ta ressemblance, Satan qui veut perdre les hommes…
La souris elle aussi, la pauvre, est tout honteuse : c’est un animal impur, du moins c’est ce que dit toujours le même Isaïe (Is 66,17) ; elle n’ose pas trop se montrer : elle se dit à elle-même qu’elle n’est pourtant pas si moche ni si bête ! Mais voilà qu’elle est interrompue dans ses pensées par un cri étrange !

– Croâ croâ ; voici un morceau de fromage pour l’enfant Jésus ! coasse le corbeau en déposant au pied de Saint Joseph le fromage qu’il a volé à une villageoise.
– Ce n’est pas bon de voler, répond le bon Saint Joseph, rends tout de suite le fromage à qui tu l’as volé, ce n’est pas ainsi qu’on honore Jésus !

Le corbeau qui faisait croâ en reste coi !
Tous les autres animaux, les petits, les mal aimés… pas toujours très mignons, eux qui n’ont rien à offrir, se sentent rassurés, meilleurs : c’est par leur seule présence qu’ils rendront gloire à Dieu ! Alors, tous ensembles ils se mettent à chanter « Allelujaaa ! », dans un joyeux charivari de sifflements, de hennissements, de gazouillis, de bêlements, de hurlements, de fredonnements, de crissements, de bourdonnements et d’autres bruits étranges et curieux…Tous sont aux anges !
Mais au fait, où sont les anges ? On les a oubliés ceux-là ! Ils sont là qui virevoltent dans les cieux en chantant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix aux hommes de bonne volonté ! ».
Le matin venu, le coq, ivre de joie, commence à chanter en latin à tue-tête et sans savoir pourquoi : « Puer natus est nobis, et Filius datus est nobis ! » ; (Un enfant nous est né et un fils nous à été donné…) (Is. 9,6, Introït de la III messe de Noël)
– Hou-hou, uubi…uubii? hulule le hibou (ubi signifie où en latin).
-Bêêên voyons, répond la brebis, à Bêêêthlem, la ville de David ; vous êtes bien le seul à ne pas être au courant….

Ainsi va le monde…ainsi va l’humanité, composée de petits et de grands, de mignons et de moins mignons, de plus ou moins bons ou méchants ; mais Jésus nous accueille tous, à condition d’être ouverts à sa Grâce.
Très loin de là, perdue dans les étendues désertiques et sous le ciel étoilé d’une nuit d’Orient, une caravane avance lentement en suivant une étoile mystérieuse. Trois chameaux richement harnachés, un peu blasés quand même, se lancent des regards pleins d’interrogations en maugréant :

-Bah, mais, quelle mouche a donc piqué nos maîtres ? Suivre une étoile et nous faire voyager je ne sais où, ni pourquoi, et qui plus est durant la nuit, en suivant une étoile lumineuse inconnue, pour rencontrer un hypothétique roi ? Sont-ils devenus fous !
– pffff, répond l’un des trois, plus savant, tu verras, on se rappellera de nous justement pour ce voyage ! Un jour, j’ai espionné mon maître qui lisait Isaïe (60, 1-6) : « Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois vers la clarté de ton aurore…des foules de chameaux t’envahiront…tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens… ». Tu te rends compte ? On parle de nous ! Va savoir, dit l’autre chameau, nous serons peut-être les chameaux les plus célèbres du monde ! »

Les trois chameaux continuent alors, plus joyeux, leur voyage dans la nuit du monde, perdus dans leurs pensées.
Et nous, qu’offrirons-nous à Jésus ?
Écoutons ce que nous dit un texte de la liturgie orientale de Noël : « Que pouvons-nous t’offrir, ô Christ, pour t’être fait homme sur la terre ? Toute créature t’apporte le signe de sa reconnaissance : les anges leurs chants, les cieux leur étoile, la terre une grotte, le désert une crèche. Mais nous, nous t’offrons une Mère vierge ! », L’Immaculée Conception ! Mais, la Vierge Marie n’est-ce pas plutôt le don que Dieu a fait à chacun de nous, puisqu’Il nous l’a donnée comme Mère ?

Quel que soit l’animal auquel nous pouvons nous identifier, Jésus nous appelle tous à venir le contempler, l’adorer et à lui offrir ce qui pour nous est le plus précieux. Nous pouvons passer cent, mille Noëls, mais si Jésus ne naît pas dans notre âme, tout sera inutile : C’EST NOTRE CŒUR QUE NOUS POUVONS LUI OFFRIR !

« J’ai vu briller l’étoile lumineuse qui m’indiquait le berceau de mon Roi, et dans la nuit calme et mystérieuse, elle semblait s’orienter vers moi. Puis j’entendis, pleine de charme, la voix de l’Ange qui me dit : « recueille-toi, c’est en ton âme que le mystère est accompli…»
(Ste Elisabeth de la Trinité)

i Ubi en latin signifie « où ? »

Don Carlo Cecchin, vicaire

Nov 242019
 

Il est des vérités qui nous mettent mal à l’aise et pour cela nous évitons d’y penser. Nous essayons même de trier la Parole de Dieu, en excluant les passages qui nous dérangent. Les prêtres aussi n’en parlent plus : à se demander s’ils y croient encore. Pourtant, sans le Ciel ou le Paradis, comme vous voulez l’appeler, le Christianisme, notre Foi, n’aurait aucun sens. Le Pape Benoît XVI a écrit que « les chrétiens ne semblent plus vouloir la vie éternelle ; pour certains, cette vie éternelle semble être même un obstacle à bien vivre sa vie ici-bas ». Aujourd’hui, plus que jamais, nous essayons d’oublier notre échéance, de vivre dans une espèce de songe, de nous étourdir par une vie que l’on croque à pleines dents, comme on dit, et après ? Tôt ou tard, la réalité nous rattrape toujours : le temps passe, on vieillit, on tombe malade, les personnes qui nous entourent aussi, et on meurt…Et après ? Il faudrait toujours vivre « sub specie æternitatis », par rapport à l’éternité, car notre salut éternel est l’affaire essentielle de notre vie. Ces vérités ultimes, auxquelles tout homme sera confronté sont : la mort, le jugement, le paradis, l’enfer, et le purgatoire, état temporaire en attendant d’aller au Ciel. Vais-je alors vous faire peur ? Oui, volontairement, car je vous aime, et puis, ne sommes-nous pas en novembre, le mois des défunts ? C’est en tout cas une peur salutaire, pour votre bien. Lorsque je célèbre des enterrements je suis effrayé par le manque de perspective, de vision surnaturelle. Nous nous occupons du corps qu’il faut enterrer, nous continuons à vivre dans l’affection que nous portions au défunt, en faisant des discours parfois d’une banalité affligeante, des poésies sans espérance chrétienne, du genre « on est passé de l’autre côté du miroir », mais nous ne pensons pas assez à l’âme immortelle qui aurait besoin de notre prière pour elle. Personnellement, je préfère alors l’esthétisme macabre de la rhétorique baroque, avec son genre pictural de la « vanitas », du « triomphe de la mort » ou des « dances macabres », il y a là au moins quelque chose de grandiloquent, la « pompe funèbre » justement, mais toujours dans la perspective chrétienne. La séquence Dies irae de la messe des morts en est l’exemple poétique. Dans une émission sur l’euthanasie, j’ai vu une dame âgée, apparemment encore en bonne santé, mais sans plus aucun désir ni espoir : la vie n’avait plus aucun sens pour elle, donc mieux valait en finir. Je l’ai vue manger un dernier carré de chocolat, pour prendre aussitôt après des comprimées qu’un « ange de la mort » complaisant lui présentait avec un verre d’eau et qui avaient pour effet de l’endormir avant qu’une perfusion arrête définitivement les battements de son cœur. On a interrompu la vidéo, pour, quelques minutes après, nous montrer cette dame, inanimée, morte. Quelle tristesse et quelle pitié ! J’avais envie de pleurer. Cette pauvre femme a dû être une enfant entourée d’amour, une jolie fille pleine de vie et d’espoirs, elle a dû avoir des affections, des passions, des épreuves aussi ; Dieu l’aimait ! Son calme m’a effrayé, pire qu’une exécution capitale, où il y a au moins une dimension dramatique. J’y ai vu là une espèce de banalisation de la mort, un nihilisme total, un vide spirituel abyssal ! Comme si la mort était un saut vers une nuit sans fin, vers l’inconnu, vers le néant ! Alors qu’en réalité, n’est-ce pas plutôt vers la Lumière que nous allons, vers quelqu’ « Un » qui nous aime et nous attend les bras ouverts ? Personnellement, je pense souvent à « ma mort », qui s’approche un peu plus chaque jour, mais que je vois comme une rencontre avec Dieu, car, comme Sainte Thérèse d’Avila, « je veux voir Dieu », je le désire, je suis curieux de voir ce que « l’œil n’a point vu, l’oreille n’a point entendu, le cœur de l’homme n’a point compris ce que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment » (1Cr 2,9). Certes, l’âme sera fixée dans l’état qu’elle aura au moment de la mort mais une fois séparée de son enveloppe mortelle, qui limitait en quelque sorte ses capacités, elle aura la connaissance immédiate de toute sa vie qu’elle verra se dérouler en un instant à la lumière de Dieu. « Si le juste est sauvé avec peine, que deviendra l’impie et le pécheur ? » (1Pt 4,18) ; Si, si, c’est St Pierre qui le dit ! Parfois, je trouve de « saintes personnes », avancées en âge, qui ne se confessent plus depuis 30-40 ans ou plus et qui me disent qu’elles n’ont fait aucun péché. Je veux bien que le péché les ait quittées, surtout à leur âge, mais il serait juste et bon de se confesser avant de quitter ce monde. Après notre mort, nous découvrirons à nos dépens que les « péchés mignons » n’existent pas, et nous devrons rendre compte de la moindre parole oiseuse…au Purgatoire. Pourrons-nous alors dire qu’on ne savait pas ? Que nenni ! Mais hélas, il sera trop tard ! Méfions-nous, il est vain d’opposer la miséricorde à la justice, car en Dieu elles se confondent. Même dans la peine éternelle, il y a la miséricorde, car nous serons punis toujours en deçà de ce que nous aurions mérité. Vous ne croyez pas que Dieu punit ? Écoutez ce que Jésus dit : « Allez-vous-en loin de moi, les maudits, au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et ses anges » (Mt 25,41). C’est une simple allégorie, dit le théologien à la mode ; pour l’exégète, il ne faut pas prendre la chose à la lettre, c’est juste une image symbolique, un genre littéraire, et le prêtre sceptique vous dira qu’il ne faut pas dramatiser. Moi, je réponds : sait-on jamais ? Mieux vaut ne pas prendre de risques. Vous n’y croyez pas ? De toute façon, le pécheur se condamnera de lui-même, puisque par le péché, il s’était déjà écarté de Dieu. Observons que Jésus condamne certains pour ne pas avoir pratiqué les œuvres de charité qui auraient pu les sauver. Si donc la Foi est nécessaire, car sans elle « on ne peut pas plaire à Dieu » (Hb11,6), il faut par-dessus tout la Charité envers Dieu et le prochain. C’est sur l’amour, sur notre manière de mettre notre foi en action, que nous serons jugés. Oh, je vais vous épargner les descriptions fantasmagoriques de l’enfer, mais je vous préviens, la réalité dépasse infiniment tout ce que vous pouvez concevoir d’effroyable. Vous ne pouvez pas imaginer ce que signifie « la perte de Dieu », la peine du dam, la séparation totale et éternelle d’avec Dieu. Le feu ? Une bricole en comparaison ! Reportez-vous à la vision de l’enfer des trois petits voyants de Fatima, et voyez s’il s’agit seulement d’une simple allégorie. Sœur Lucie écrira : « Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs. En effet, beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’il n’y a personne qui prie et qui se sacrifie pour eux ». Après cette vision effroyable, la petite Hyacinthe, pendant sa courte vie, a voulu prier et se sacrifier le plus possible pour les pécheurs. Quel courage n’a-t-elle pas eu pour offrir ses souffrances, et quel zèle n’a-t-elle pas manifesté pour obtenir le salut des pécheurs ! Personnellement, c’est à chaque messe que je recommande les pécheurs proches de la mort, afin qu’ils soient touchés par la Grâce. Certains prêtres, juste pour rassurer, affirment que même si l’enfer existe, il est certainement vide. Est-ce alors un simple épouvantail ? Cela ne serait pas digne de Dieu. D’abord, l’enfer n’est pas vide : il y a au moins les anges déchus, devenus de méchants démons ; et même si nous ne savons pas qui est en enfer, il doit certainement y avoir des âmes perdues, hélas ! Mais, ce n’est pas l’enfer qui m’intéresse, il suffit juste de prendre garde à ne pas y tomber en étant fidèles à la Grâce et en se confiant à la miséricorde de Dieu. Ce que je désire, c’est le Ciel, ou, mieux encore, être avec Jésus pour l’éternité. Mais comment décrire le Ciel, puisque « Dieu habite une lumière inaccessible » (1Tm 6,16) ? Les mots en sont incapables, restent impuissants et seront toujours insuffisants ! Selon Saint Thomas d’Aquin, c’est par une grâce créée, le « lumen gloriæ », la lumière de la gloire, que Dieu, agissant dans l’intellect des élus, amplifie à l’infini leur capacités cognitives, pour qu’ils puissent le voir « face à face » (1Tm13,12), et ce, sans aucune « species intelligibilis », sans aucune forme ou figure intelligible, mais intuitivement, comme les anges: « Dans ta lumière, nous voyons la Lumière » (Ps 36,10). Alors, pénétrant l’empyrée : « videbimus eum sicuti est » (1Jn 3,2), nous verrons Dieu tel qu’il est, l’unité en Christ de ses deux natures, humaine et divine, dans l’unique Personne du Verbe. L’âme verra l’Essence même de Dieu Un et Trine. Magnifique ! Là, notre imagination, toutes nos catégories mentales défaillent ! Pourtant, sans pouvoir l’expliquer, sans image, je pressens cette réalité qui nous échappe. En avançant dans la vie spirituelle, dans l’intimité de Jésus, nous pouvons déjà avoir un avant-goût des délices du Ciel qui est déjà en nous par la Grâce. En plaisantant, certains disent qu’au Ciel on doit s’ennuyer, mais ils se trompent. ! Si sur terre, aucun plaisir ne peut satisfaire notre soif de bonheur, au Ciel, cette soif sera pleinement étanchée éternellement par un bonheur infini se renouvelant continuellement dans la vision béatifique de Dieu. Je n’ai plus suffisamment d’espace pour en parler, mais je vous exhorte à prier pour les âmes du Purgatoire, qui souffrent atrocement d’être séparées de Dieu. Si par nos prières, nos sacrifices, nos aumônes, les messes célébrées, nous délivrons une âme, nous aurons gagné un ami au ciel qui à son tour pourra nous aider à devenir saint. Peut-être, ne croyez-vous pas à tout ce que je j’ai écrit ? De tout mon cœur j’espère que vous n’aurez pas à le regretter…De toute façon, qu’on soit croyant ou pas, notre âme est immortelle, et il vaut mieux passer son éternité avec Jésus, je vous l’assure. De grâce, ne prenez pas le risque de vous perdre à jamais. Ah, comme je voudrais que nous nous retrouvions tous au Ciel ! Mais, pour cela il faut le désirer. Oui, plus que jamais :« Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant : quand irai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu ? » (Ps 42,3).

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 17 novembre

Oct 192019
 

Oui, Vierge Marie, rendez-moi digne de vous louer et de chanter vos gloires, en faisant humblement écho à votre Magnificat. Bien que nous soyons déjà fin octobre, le mois du rosaire, je ne peux pas m’empêcher de parler du rôle de cette dévotion si chère au peuple chrétien, qui a sanctifié tant de générations de fidèles. Tous les saints et tous les Papes l’ont récité et conseillé. Le 7 de ce mois nous avons célébré la fête de Notre-Dame du Rosaire, car en ce même jour de l’an 1571, la flotte chrétienne remporta une éclatante victoire contre les Turcs à Lépante, dans le golfe de Patras, en Grèce, les arrêtant pour un temps seulement, car un siècle plus tard Venise perdra l’île de Crète. N’oublions pas qu’en 1683 a eu lieu le IIe siège de Vienne. Le royaume de Chypre était assiégé par les Turcs, défendu héroïquement par les Vénitiens, mais les chrétiens avaient du mal à former une alliance pour leur porter secours. Le Ier août 1571, après une résistance héroïque des vénitiens, le recteur de la ville de Famagouste, Marc-Antoine Bragadin, face au nombre exorbitant d’ennemis, dût se rendre après onze mois de siège, avec la promesse d’avoir la vie sauve. Ne tenant pas sa parole, le pacha Lala Kara Mustafa, le fit torturer, le sommant de renier le Christ. Face à son refus, il fut écorché vif et mourut en vrai martyr. Les autres officiers furent aussi exécutés. Finalement, une ligue chrétienne fut constituée, non sans peine et malgré des dissensions jusqu’à la veille même de la bataille. Cette victoire a été unanimement attribuée à l’intercession de la Sainte Vierge, grâce au chapelet, car le Pape St. Pie V avait demandé à toutes les confréries du St. Rosaire, fort nombreuses à l’époque, de réciter le chapelet pour obtenir la victoire. La chrétienté était entrée en prière. Le Sénat de Vénise décréta que : « Non virtus, non arma, non duces, sed Maria Rosarii victores nos fecit ; Ce n’est ni la valeur, ni les armes, ni les commandants, mais la Vierge Marie du Rosaire qui nous a donné la victoire» .Ces interventions ou apparitions musclées de la Sainte Vierge au cours des guerres ne sont pas rares. On connaît par exemple celle du 7 août 626 à Byzance, lors du siège par l’empire Sassanide et les Avares, qui fut à l’origine de l’hymne Acathiste. On se souvient aussi de celle de 1655 à Czestochowa, quand l’armée suédoise qui ravageait la Pologne décampa le lendemain de Noël après un siège de 40 jours : ce fut le prélude de la libération du pays. Il y eut aussi une apparition mystérieuse et étrange lors de la bataille de la Marne, le 8 septembre 1914, un « miracle » qui aurait sauvé Paris de l’occupation allemande. Il y a des témoignages, mais nous ne sommes pas obligés d’y croire… Une chose est sûre, Marie n’oublie ni le vœu de Louis XIII, ni qu’elle est Reine de France ! Nous avons hélas une mémoire historique de plus en plus courte, alors que : « historia magistra vitae ; l’histoire est maîtresse de vie », dit Cicéron dans le De Oratore. Elle nous aide à comprendre le présent et nous fait éviter de commettre les mêmes erreurs à l’avenir. Depuis le VIIIe siècle, jusqu’au début du XIXe, dans tout le Sud de l’Europe on vivait avec la peur au ventre, en état de siège permanent, en raison des razzias des barbaresques. Le rosaire a toujours été une arme d’intercession puissante dans les temps de détresse pour l’Église, les nations et les particuliers. On s’est toujours confié à la protection maternelle de la Vierge Marie lors des hérésies. Une antienne antique, sans doute avant le VIIe s., dit : « Gaude, Maria Virgo : cunctas hæreses sola interemisti in universo mundo ; Réjouissez-vous, Vierge Marie, vous seule avez détruit toutes les hérésies dans le monde entier ». Par sa soumission parfaite et irréversible à Dieu, elle a aidé l’Église à se préserver des hérésies et des erreurs. Elle a été la « Magistra Apostolorum », l’Éducatrice des Apôtres, par sa présence maternelle : Elle est la Mère de l’Église. Sa Maternité divine, solennellement proclamée lors du Concile d’Éphèse en 331, a fait resplendir la vraie doctrine de l’Incarnation du Verbe de Dieu. Lisez le « Symbole Marial » du jeune novice passioniste St. Gabriel de l’Addolorata. C’est magnifique ! Marie a justement donné le rosaire à St. Dominique pour convertir les Cathares. Elle est la « Omnipotentia supplex », la toute-puissance suppliante, car Elle peut tout nous obtenir par son intercession auprès de son divin Fils. Depuis le commencement, Elle est « Victrix omnium prælium pro Deo, Victorieuse de tous les combats pour Dieu » : souvenez-vous du serpent qu’Elle écrase, bien avant qu’Elle naisse. Marie a toujours été invoquée par le chapelet lors des invasions et des guerres, des épidémies et des disettes, dans les moments d’épreuves et de maladies, au chevet des agonisants, dans les naufrages et les tentations, ou tout simplement pour louer notre Mère du Ciel, chanter ses gloires et lui montrer tout notre amour, car Marie est notre joie. N’est-ce pas cela que nous ferons éternellement au Ciel avec toute la cour céleste ? Dans mes souvenirs d’enfance, dans le dialecte vénitien de ma campagne reculée, on ne dit pas réciter, mais chanter le chapelet… Pourquoi aujourd’hui, ne faisons-nous pas comme nos ancêtres qui, dans les moments de détresse, priaient le chapelet ? Les raisons ne manquent pas. Beaucoup disent ne plus faire confiance à l’Église, car ils sont déçus. Déjà le 29 juin 1972 le Bx Paul VI disait dans une homélie prophétique : « Devant la situation de l’Église d’aujourd’hui, nous avons le sentiment que par quelque fissure la fumée de Satan est entrée dans le temple de Dieu. Nous voyons le doute, l’incertitude, la problématique, l’inquiétude, l’insatisfaction, l’affrontement. On n’a plus confiance dans l’Église. On met sa confiance dans le premier prophète profane venu qui vient à nous parler de la tribune d’un journal ou d’un mouvement social, et on court après lui pour ui demander s’il possède la formule de la vraie vie, sans penser que nous en sommes déjà en possession, que nous en sommes les maîtres… ». Lisez la suite sur internet. J’entends souvent dire : « Je suis déçu par l’Église… ». J’ai alors envie de répondre : « Mais qu’avez-vous fait pour elle ? ». Nous formons l’Église, Corps du Christ. Nous qui sommes ses membres, Elle vit en nous. N’est-ce pas plutôt Jésus et son Église qui devraient être déçus par nous ? Si vous la quittez, vous quittez aussi Jésus, cela veut dire qu’auparavant vous n’en faisiez partie qu’en paroles, puisque vous n’en partagiez ni la Foi, ni l’enseignement, ni les moyens de sanctification. On parle de l’Église comme « institution », comme on l’appelle aujourd’hui, en l’opposant à une vague appartenance personnelle à un christianisme subjectif, incapable de nous sauver. Les hérétiques y ont pensé avant vous. Pourquoi ne nous mettons-nous pas en prière pour notre mère la Sainte Église ? Pourquoi ne prions-nous pas aussi pour le Pape – Souvenez- vous des Actes : « Pierre donc était gardé dans la prison, mais l’Église faisait pour lui une prière instante à Dieu » (Ac 12, 5) – pour nos évêques qui doivent nous confirmer dans la Foi, et aussi pour tous les prêtres, afin de les soutenir en cette période de trouble et de perte de la Foi. Souvent, ils sont seuls, désabusés, découragés, perdus ou même désespérés ? Nous ne prions pas non plus assez pour nos frères chrétiens qui souffrent pour le Christ et se sentent abandonnés par nous. A Fatima, la Sainte Vierge a demandé de prier aussi pour les pauvres pécheurs qui se perdent éternellement parce que personne ne prie pour eux. Mais, croit-on encore au salut ? Nous, nous-comportons souvent en fils dénaturés et gâtés, et en faux frères. Je me pose une question : pourquoi cette insistance étrange de la Sainte Vierge pour la récitation du chapelet, alors que pour beaucoup elle est une prière ennuyeuse et répétitive ? Le chapelet nous fait « sentire cum Maria », sentir, penser et vivre avec Marie, car Elle est le modèle le plus parfait de la Foi, de l’Espérance et de l’Amour de Dieu. Le chapelet, avec les mystères évoquant la vie de Jésus et de Marie, exprime d’une manière simple et juste la Foi de l’Église, et nous maintient sur le chemin vers Dieu. C’est la prière des humbles et des simples, aimée des plus grands saints. Selon Pie XII, le chapelet est comme « la fronde de David contre l’ennemi infernal » (Enc. Ingruentium malorum, 1951). On me dit que je suis un peu prophète de malheur. Peut-être, mais c’est justement pour le conjurer…car « les jours sont mauvais » (Ep 5,16), disait déjà St. Paul en son temps ; C’est plus que jamais le cas aujourd’hui ! Sœur Lucie, la voyante de Fatima, avait affirmé : « La très Sainte Vierge a dit que Dieu donnait les deux derniers remèdes au monde : le saint Rosaire et la dévotion au Cœur Immaculé de Marie ». Une bonne nouvelle : les colombes qui accompagnaient la statue pèlerine de Notre Dame ont réapparues cette année lors de la procession à Fatima, mais elles ne sont plus trois mais deux. Il y a un an, j’avais remarqué en effet deux ou trois colombes aux plumes sales à la porte des magasins, errantes comme des mendiants. Je me suis penché sur elles et je leur ai parlé ; elles ne semblaient pas avoir peur. Eh bien, le 15 juin de cette année, deux colombes immaculées ont précédé la statue de Notre Dame de Fatima lors de la procession, marchant fièrement, bien alignées (j’ai la photo), sans aucune peur de la foule. Alors, écoutons l’exhortation de Notre Dame à Pontmain, en 1871 : « Mais priez mes enfants, Dieu vous exaucera dans peu de temps. Mon Fils se laisse toucher ». Notre chapelet ne fera que hâter la victoire du Cœur Immaculé de Marie !

Don Carlo Cecchin, vicaire