Nov 282020
 

Cette nouvelle année liturgique débute par un temps de l’Avent difficile, en des circonstances inédites : il y a eu l’interdiction pour les fidèles d’assister à la Messe, maintenant on a des restrictions absurdes, puisque, dit-on, elle n’est pas essentielle à l’homme « œconomicus » fait pour produire et payer les impôts, la religion étant du domaine du privé, enfouie dans la conscience et confinée dans les sacristies. Le manque de messe nous a-t-il fait comprendre son prix ? Son importance vitale dans et pour notre vie chrétienne ? Avec le taux de pratique en France, il y a eu un miracle : pour la première fois, on a manifesté pour avoir la messe ! Après le confinement, la courbe descendante de la pratique va-elle remonter ? J’en doute, et je crains que beaucoup de fidèles aient perdu le chemin de l’église. Ce qui est inquiétant, c’est l’intromission du pouvoir civil dans la vie interne de l’Église, lui enjoignant de suspendre le culte public, sans même consulter les évêques, comme dans les pays dictatoriaux. C’est un antécédent inquiétant qui pourrait se répéter pour n’importe quel motif. Pendant cette pandémie, beaucoup sont apeurés et s’isolent dans leur appartement. D’autres, trouvent insupportable de ne pas avoir devant soi une ou plusieurs chopes de bière lors des soirées de fin de semaine. Pour un grand nombre, le futur s’annonce incertain, car le risque est majeur de perdre leur travail ou de faire faillite, sans parler des conséquences psychologiques et sociales du confinement. Autre motif d’inquiétude : dans l’urgence de la pandémie, en France tout comme en Italie, on n’a rien trouvé de mieux ni de plus important à faire que de voter des lois criminelles, parfois en pleine nuit, comme celle d’allonger le délai de l’avortement, ou de le permettre jusqu’au neuvième mois, ce qui revient à légaliser l’infanticide ! Avec nos aînés qui meurent, on veut même éliminer les générations futures, pour qu’il n’y ait plus d’espérance : c’est un véritable suicide ! Sans Dieu, la vie elle-même n’a plus de sens. Que cette pandémie soit un châtiment ou non, peu importe ! Mais allons-nous revenir à Dieu et nous tourner vers Lui pour autant ? Pas sûr…Que faut-il alors pour nous convertir ? L’enfer des sociétés est ici-bas, et nous aurons à en payer les conséquences. Malgré tout, l’Avent est, et reste, le temps de l’Espérance, qui va au-delà de la fête de Noël, événement passé, mais toujours présent dans ses effets, qui nous projette vers le second avènement du Christ à la fin des temps. Il faut donc se rappeler que le « Regem venturum Dominum » , ce Roi Seigneur qui doit venir, comme on le chante dans l’office divin, n’est désormais plus ce nouveau-né, gracieux et souriant, couché sur la paille et qui nous émeut tant, mais le Roi de l’univers, que nous avons fêté dimanche dernier, et qui viendra comme Juge lors de son second avènement ; « Rex tremendae majestatis », Roi à la majesté redoutable, comme le dit la séquence des défunts « Dies Irae ». Certes, Dieu est toujours miséricordieux, c’est sa nature, et fort heureusement, mais le Jugement universel n’est pas une bagatelle, et selon les paroles-mêmes de Jésus, tous ne seront pas à la droite du Christ Juge, et ce sera par leur faute. Étrange, dans cette société matérialiste et sans Dieu, les gens ressentent Noël comme un retour à l’enfance insouciante, à un état d’innocence qui n’est plus, et qu’il faut vivre dans la chaleur familiale, animés par de vagues sentiments de générosité et de bonté. Noël nous donne, apparemment, l’impression d’être meilleurs, surtout après un film larmoyant. Moi, par exemple, je ne me souviens plus combien de fois j’ai vu Sissi, film somme toute inoffensif, et qu’on propose tous les ans pendant les fêtes de Noël. Tout cela, c’est pour se donner une bonne conscience, mais, sans s’en rendre compte, on affirme, plus ou moins inconsciemment et d’une manière dévoyée, qu’à Noël il s’est passé quelque chose qui a changé le monde et qui devrait vraiment nous rendre meilleurs. Car, tous ces sentiments de Noël restent stériles et superficiels, si on oublie l’essentiel : la venue de Jésus Christ. A Noël, pourtant, c’est justement toute la tendresse de Dieu qui s’est manifestée, car il est venu nous chercher dans notre déchéance pour nous sauver. Le Christ est donc notre Espérance, la seule, même si elle doit se confronter à l’obscurité, au désespoir et à l’ignorance. Car, il faut le souligner, l’Espérance chrétienne n’est pas un sentiment de pérenne euphorie, un réconfort indéfectible excluant toute angoisse ou toute souffrance, mais elle transcende toute tragédie, pour atteindre la gloire avec le Christ crucifié et ressuscité. Nous, les chrétiens, nous vivons de cette espérance de la vie éternelle qui commence dès ici-bas, et nous sommes les témoins de cette présence invisible du Christ dans le monde.

En attendant le retour du Christ à la Parousie, bien qu’il soit toujours parmi nous, nous essayerons alors de nous préparer spirituellement à la fête de Noël qui approche, et en même temps aussi au retour du Christ. Pour nous y aider, tous les ans, l’Église nous propose deux figures : celle plutôt austère de St Jean Baptiste, le Précurseur, qui devait préparer le peuple à accueillir le Messie : voix qui crie à travers les siècles dans le désert de ce monde, pour nous inciter à préparer la voie du Seigneur, car il est proche, il arrive : «  Déjà la cognée est à la racine des arbres: tout arbre donc qui ne porte pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu » (Mt 3,10). S’adressant aux Romains, St Paul nous incite aussi à « nous arracher au sommeil : le salut est maintenant plus près de nous (…) la nuit est avancée, le jour est proche ; laissons là les œuvres des ténèbres et revêtons les armes de lumière. Conduisons-nous avec dignité : point de ripailles ni d’orgies, pas de luxure ni de débauche, pas de querelles ni de jalousies. Mais revêtez- vous du Seigneur Jésus Christ » (13,1-14). La seconde figure, est celle de l’humble Vierge Marie, qui avait préparé la voie du Seigneur dès le premier instant de sa conception immaculée. Lors de l’Annonciation, elle a accueilli le Verbe de Dieu en elle, mais Dieu elle l’avait déjà conçu dans son esprit, bien avant de le concevoir dans son sein. Le Fils de Dieu est en Elle, et Marie a hâte de voir, en la chair de sa chair, le visage-même de la miséricorde, le Salut de Dieu. Le mystère de Marie figure le mystère de l’Église, qui, elle aussi, attend le retour du Christ, son époux. L’avent se présente à la fois comme une venue et comme une attente. La venue du Christ s’accomplit sans cesse dans le monde, dans l’Église, en chacun de nous et ne sera achevée qu’avec le retour du Christ en gloire. L’Avent symbolise la recherche de l’homme en quête de Dieu, « cherchant toujours celui qui est trouvé…et qui comble celui qui cherche pour qu’il cherche encore et trouve en plénitude » (St Augustin). Venez, Seigneur, ne tardez plus !

Don Carlo Cecchin, vicaire

Oct 042020
 

Tous les ans, à la rentrée, je raconte mes périples estivaux à travers l’Italie et sur la route jusqu’au Portugal. Cette année, pourquoi ne pas vous parler de mon séjour dans ma Vénétie natale ? J’ai beau être devenu parisien, ou presque, du moins je râle comme eux, mais lorsque on rentre sur la terre de son enfance, on redevient l’enfant qu’on était, oui, avec les défauts d’antan, hélas ! On ne change pas ! On reste toujours les mêmes…Ma terre est à une trentaine de km au nord de Padoue, aux confins des provinces de Trévise et de Vicence. Le confinement venait à peine d’être levé, l’atmosphère y était un peu étrange. Pour éviter l’ennui à la maison, j’ai voulu faire quelques petits pèlerinages. A Riese d’abord, village natal de St Pie X, à 15 km de chez-moi. Il y a l’église paroissiale, où le futur Pape allait à la messe, et sa maison, qui est devenue un musée. Autrefois, elle était gardée par les deux petites nièces du Pape, des demoiselles très âgées, qui chaque fois que je venais m’invitaient à boire un vermouth rouge, accompagné de biscuits secs. D’une grande simplicité mais très dignes, au chignon à l’ancienne, elles parlaient un dialecte désuet qui m’enchantait. Juste à la sortie du village, se trouve l’ancien sanctuaire champêtre de Notre-Dame des « Cendrole », où le futur Pape, enfant, allait se recueillir. C’est dans un lieu comme celui-ci, que St Pie X aurait voulu mourir comme curé, mais Dieu l’appelait à bien d’autres responsabilités. Devenu Pape, il envoya une couronne précieuse pour couronner la Vierge Marie. Non loin de là, tous les soirs, en allant chez ma sœur à travers les petites routes sentant bon la bouse de vache (c’est une odeur très saine !), je passais devant un autre petit sanctuaire : Notre-Dame de la « Crocetta » (de la Petite Croix), lieu où le 2 juillet 1420, la Ste Vierge apparut portant une croix à la main pour aider un pieux marchand hongrois qui allait à Bassano, ayant perdu et son chemin et son troupeau. Cette croix miraculeuse est toujours vénérée. Même si le soir l’église est fermée, j’aime me mettre à genoux et prier devant la porte fermée du sanctuaire. Autrefois, il y avait beaucoup de pèlerinages populaires qui venaient, même de loin, maintenant tout est fini…

Mais c’est à Padoue, « la dotta », la docte, en raison de son université, l’une des plus anciennes au monde (1222), que j’avais envie d’aller. Son séminaire diocésain aussi est parmi les plus anciens ; Joseph Sarto, futur St Pie X y a étudié. Fondé en 1566, trois ans après le décret du Concile de Trente sur la formation des prêtres, grâce à l’action de l’évêque St Grégoire Barbarigo (1664-1697), il fut reconnu parmi les meilleurs d’Europe pour la qualité de la formation et pour les études classiques et scientifiques, donnant des générations de prêtres, zélés et de savants. Je ne m’attarderai pas sur l’origine légendaire de Padoue, qui d’après Virgile, aurait été fondée par Anténor, prince troyen. Tite Live y est né. Lors de la guerre de la Ligue de Cambrai (1508-11), quasiment l’Europe entière s’était coalisée contre Venise. En plus du Pape Jules II, de l’Empereur Maximilien Ier, de François II de Gonzague, de Ferdinand II d’Aragon, Roi de Naples, d ‘Alphonse Ier d’Este, de Charles II, duc de Savoie, et j’en passe, il y avait aussi Louis XII, roi de France, qui était descendu en Italie avec la fine fleur de la noblesse française. C’est à Agnadel, le 14 mai 1509, que L’armée française mit en déroute l’armée vénitienne commandée par Barthélemy d’Alviano. Dans cette bataille se trouvaient aussi le fameux chevalier Bayard (sans peur, peut-être, mais nous avons quand même quelque chose à lui reprocher !) et Robert Stuart d’Aubigny, de la branche française des Stuart écossais, éteinte au XVIIe s. Padoue fut alors assiégé par les impériaux, tandis que les français ravageaient la région à l’Ouest, vers les villes fortifiées d’Este et de Montagnana ; Bayard, quant à lui, il avait mis son quartier à Vérone. Près de mon village, en revanche, sévissaient les allemands. Padoue résista et sauva Venise grâce à l’héroïsme du Provéditeur Andrea Gritti, futur Doge. Puis, en 1510, grâce à la proverbiale habileté de la diplomatie vénitienne, l’irascible Jules II quitta la Ligue, suivi de l’Empereur et de l’Espagne, pour former, ironie du sort, une Sainte Ligue contre…la France. Venise put alors récupérer toutes les terres qu’elle avait perdues. Finalement, grâce à un autre renversement d’alliances au sein de la Sainte Ligue, Venise fut aux côtés de la France à la bataille de Marignan en 1515 ; aléas de l’histoire !

A Padoue, reposent les corps de saints bien connus : St Antoine, dit « il Santo » par antonomase, St Luc Évangéliste, une partie du corps de St Matthias Apôtre, St Grégoire Barbarigo évêque, St Léopold Mandič, capucin qui consacra toute sa vie au ministère de la réconciliation, et bien d’autres. Je vais toujours prier sur le tombeau de ce dernier, mais je n’ai vu là aucun capucin et les confessions étaient suspendues en raison du Covid. Avec St Marc à Venise, nous avons la grâce de posséder les reliques de deux évangélistes sur quatre, en tenant cependant compte du fait que personne ne sait où se trouve le tombeau de St Jean. Quant à St Matthieu, il repose dans la cathédrale de Salerne, près de Naples. Je suis arrivé à Padoue vers 15 heures, sous un soleil de plomb et dans une chaleur étouffante, à l’heure où, pour braver la canicule, il n’y a dans les rues que les chiens et les français (et moi !), du moins c’est ce qu’on dit à Rome !…A travers les rues bordées de portiques sentant les boutiques anciennes et en faisant des détours pour rester toujours à l’ombre, j’ai rendu visite à la jolie église des Clarisses, pour ensuite déboucher sur le Prato della Valle, la grande Place de Padoue, une des plus grandes d’Europe. De forme elliptique en son milieu, elle a la particularité d’avoir une petite île très charmante entourée d’un chenal, et toute la place se trouve agrémentée d’innombrables statues de saints, de papes, de grands hommes.

D’emblée, une église grandiose se dresse tout au fond : c’est la basilique abbatiale Ste- Justine Martyre, patronne de la ville, l’une des vingt plus grandes églises du monde, dont l’origine date du VIe s. L’abbaye qui avait quatre cloîtres, est toujours active, mais réduite, car elle a été confisquée par Napoléon qui envoya en France la plupart des œuvres d’art qui s’y trouvaient. Elle eut un rôle fondamental dans la réforme bénédictine au XVe s. à travers la fondation de la Congrégation du Mont-Cassin, en particulier grâce à l’action de son abbé, le Vénérable Ludovic Barbo. L’immense façade en briques resta inachevée, le coût ayant sans doute été jugé énorme. En entrant dans l’église, une fraîcheur bienfaisante vous accueille, mais on a comme le souffle coupé par l’impressionnant volume et par la noble ordonnance classique de l’architecture du XVIe s. : trois nefs, soutenues par des pilastres colossaux. Nous pouvons y admirer de magnifiques et immenses tableaux, en particulier des œuvres célèbres de Véronèse, de Sébastien Ricci et de Luc Giordano. Une curiosité : ici se trouve le tombeau de Dame Hélène Lucrèce Corner Piscopìa (ce dernier nom était un fief Corner en Grèce), membre de l’une des plus grandes familles vénitiennes, qui fut la première femme au monde à obtenir un doctorat en 1678 au Studium de Padoue. St Grégoire Barbarigo, cardinal évêque de Padoue et Chancelier de l’Université, avait dit qu’il était « hors de question d’accorder le titre de docteur à une femme ! ». Finalement le conflit se termina par un compromis selon lequel Elena obtiendrait un doctorat en philosophie, faute de l’obtenir en théologie : autres temps…Cette noble dame, aussi intelligente que pieuse, fut oblate bénédictine. De santé fragile, elle mourut assez jeune, affaiblie par ses études et ses pénitences. C’est dans cette basilique que j’ai commencé à réfléchir sur ma vocation… je vais bientôt vous dire pourquoi. La crypte, la partie la plus ancienne datant du VIe s., fut construite sur les lieux d’un ancien cimetière païen et chrétien. Pour y aller, on croise le « puits des martyrs », où sont conservées les reliques des premiers martyrs padouans. En descendant les marches, se trouve une chapelle paléochrétienne, avec sa « pergula » faite d’élégantes colonnes, et un arc en son milieu, sorte de jubé qui sépare le sanctuaire de la nef, tel qu’en possédaient toutes les églises antiques. Sous l’autel, repose le corps de St Prosdocime Martyr, premier évêque de Padoue, que la tradition dit avoir été envoyé par St Pierre. Eh bien voilà, dans cette crypte, un jour j’ai découvert la messe qu’un vieux et saint moine, le P. Odon, célébrait dans le rite St Pie V, devant une petite assemblée. Une Messe lue, simple, comme hors du temps, dans le silence et l’atmosphère de cette crypte qui nous reliait aux premiers temps héroïques de l’Église. Ce fut une découverte, et j’en suis tombé amoureux. Ce rite me semblait intemporel, transcendant les siècles, et l’écho des paroles du Christ de l’Institution de l’Eucharistie me paraissaient encore plus actuelles sur les lèvres du prêtre qui les répétaient, in persona Christi, à la consécration. J’ai soudainement commencé à mieux comprendre le mystère de la Messe, faisant éclore peu à peu ma vocation. J’avais18 ans et j’allais jusqu’alors à la messe dans ma paroisse. A partir du dimanche suivant, ce fut désormais dans cette crypte : un trajet de 5 km à vélo, une heure de car dont je profitais pour réviser les prières en latin, et un quart d’heure de bus. Finalement c’est à Venise, un 25 avril, fête de St Marc, dans la basilique qui lui est dédiée, pendant que le Patriarche Luciani, futur Jean-Paul Ier, présidait les Vêpres, que j’ai décidé d’entrer au séminaire.

Un mot sur la présence de St Luc Évangéliste à Padoue : en 1998 eut lieu la reconnaissance de son corps, et son tombeau, en marbres précieux, fut ouvert. Il manque à peine quelques os et le chef, que l’empereur Charles IV préleva en 1354 pour le porter à Prague. Pour l’occasion, il avait été prêté pendant très peu de temps : il correspond parfaitement au reste du corps ! Il y a plusieurs hypothèses sur le transfert des reliques à Padoue : soit lors de la crise iconoclaste au VIIIe s., ou au XIIIe s., lors de la malheureuse IVe Croisade Toutefois, la dernière reconnaissance avalise une autre hypothèse : à l’intérieur, on a trouvé les squelettes de plusieurs couleuvres d’une espèce locale, qui s’étaient réfugiées à l’intérieur du cercueil. Au carbone 14, ils dateraient du IVe s. Le corps de St Luc, jadis conservé à l’Apostoleion de Constantinople, la basiliqueconstantinienne des Saints-Apôtres, aurait donc pu être transporté à ce moment-là, peut- être pour le sauver lors de la persécution de l’Empereur Julien l’Apostat. Dans la Basilique se trouvent aussi les corps de St Matthias Apôtre, de St Maxime Évêque, de St Daniel M., de Ste Félicité V. et M., de quelques Sts Innocents.

En sortant de la Basilique Ste-Justine, à peine à un km, se dresse l’imposante Basilique St-Antoine. J’avoue préférer la première à la deuxième, sorte de mélange de style roman, de gothique franciscain et de byzantin, avec cinq dômes rappelant St-Marc de Venise. St Antoine, né Fernando Martins de Bulhões en 1195 à Lisbonne, est mort à Padoue le 13 juin 1231, d’où s’est répandue sa renommée dans le monde entier. Le Saint, qui a passé aussi quelque temps dans le sud de la France, prêchait avec véhémence contre les hérésies de son temps, surtout l’Albigeoise, ce qui lui a valu l’appellation de « Malleus hæreticorum », marteau des hérétiques, loin des images un peu mièvres que nous connaissons. Le magnifique autel où repose son corps est sur la gauche, et un couloir derrière l’autel permet de toucher la pierre qui renferme les reliques (certains posent leur front en demandant des grâces). Un frère franciscain veillait pour qu’il n’y ait pas de rassemblements en raison du Coronavirus, mais, hélas, il n’y avait pas beaucoup de monde ce jour-là ! En attendant mon tour, je contemplais les magnifiques haut-reliefs en marbre, illustrant ses miracles. Ce que j’aime dans cette basilique, ce sont les fresques, les statues, les tombeaux, toute la partie médiévale : j’aime aussi les cénotaphes du XVIIe et XVIIIe s. et la chapelle baroque des reliques, où l’on vénère la langue intacte et d’autres reliques du « Santo » ; là, sont conservés des reliquaires et des pièces extraordinaires d’orfèvrerie sacrée, gothique ou baroque. J’aime moins les ajouts du XIXe et du XXe s. Je suis très redevable à St Antoine, il me fait trouver tout ce que je lui demande : puisse- t-il me faire retrouver l’élan et la ferveur de ma jeunesse. En revenant vers ma voiture, je n’ai pu résister à l’envie de déguster une bonne glace ! Mais c’est une autre histoire…

Don Carlo Cecchin, vicaire

Juin 062020
 

Comme je l’avais prédit dans mon dernier édito, si le confinement est difficile, le déconfinement le sera davantage. En tous cas, personne n’en sortira indemne, et les contraintes auxquelles nous nous-sommes astreints, ont pu, peut-être, révéler ce que nous avons dans le cœur, ce que nous sommes vraiment, le meilleur comme le pire : le courage, la patience, l’endurance, le dévouement, la fidélité à notre vie spirituelle, l’abandon à la volonté de Dieu, tout comme la peur, la mesquinerie, la lâcheté, la révolte, contre Dieu aussi, et surtout la délation, oui, même à l’encontre des prêtres, on l’a vu un peu partout, et notamment en Italie. L’histoire se répète, pensons à la Révolution française…Les prêtres, eux, ont été frustrés dans l’exercice de leur ministère, et ont dû inventer mille moyens pour être « présents », ne serait- ce que par internet, et faire en sorte que le lien avec leurs paroissiens ne soit pas distendu. Dans cette situation inédite, on avançait un peu à tâtons, il est vrai, sans savoir comment faire. Parfois, ici-et-là, ces moyens frôlaient la désacralisation ou le ridicule, comme la Sainte Eucharistie dans des pochettes en plastique ou le baptême par pistolet à eau, distanciation sociale oblige. Quand les prêtres s’y mettent…

Chez les fidèles, plus encore que la Messe en elle-même, c’est surtout le fait de ne pas pouvoir communier qui a été éprouvant, je le comprends…N’oublions jamais que, à la communion fréquente, voire quotidienne, doit correspondre une vie chrétienne et spirituelle adéquate, un désir de sainteté et d’union à Dieu. La communion n’est pas une simple petite consolation que Jésus nous fait, mais la plus grande union que nous pouvons avoir avec Lui ici-bas. La communion fréquente, chose excellente en soi, est assez récente dans l’Église, non seulement à cause de l’influence du Jansénisme, qui a longtemps perduré en France, mais aussi pour d’autres raisons pratiques, historiques et spirituelles. Maintenant, les fidèles doivent reprendre au plus vite le chemin de l’église, car la messe via le web a pu donner de mauvaises habitudes. Le manque de confession a été aussi ressenti, mais dans une moindre mesure, car si on le voulait vraiment, on pouvait toujours se confesser, ici à Ste Odile par exemple…

Certains épiscopats, comme l’épiscopat italien, sont allés au-delà des consignes de l’autorité civile, mais il ne m’appartient pas de juger la chose. Si la loi suprême de l’Église est le salut des âmes (Salus animarum suprema lex), néanmoins, l’Église, Corps du Christ, en suivant l’exemple de Jésus, s’est toujours prodiguée pour soulager aussi les souffrances physiques et morales des hommes, en particulier celles des malades. Ainsi, l’Église contribue avec l’autorité civile au bien commun des citoyens, principe exprimé par Cicéron : « Salus populi suprema lex esto », la loi suprême (de l’État) doit être le salut du peuple, étant sauve celle de l’Église, c’est à dire le salut des âmes. A Paris, pendant tout le confinement, il y a eu l’heureuse initiative de notre Archevêque de faire distribuer par de nombreuses paroisses, dont la nôtre, des paniers repas pour les indigents.

Dans le passé, pendant les épidémies comme la peste ou le choléra, les évêques et leur clergé se sont toujours dévoués non seulement pour soigner les âmes, mais aussi les corps des fidèles. Pendant la grande peste de Milan, St Charles Borromée, mort lui aussi victime de la peste, avait vidé son palais épiscopal (pas les églises !), rideaux compris, pour subvenir aux besoins des pauvres, et avait fait ériger des autels aux croisées des rues, afin que ceux qui étaient en quarantaine pussent assister à la messe de leur fenêtre. Plus près de nous, au XIXe siècle, il y a eu la belle figure du serviteur de Dieu le Cardinal Ludovic Altieri, évêque d’Albano, à 25 km de Rome. Issu d’une des plus illustres familles princières romaines, apprenant que dans sa ville sévissait le choléra, il voulut y aller. En saluant son cousin, le Card. Vicaire de Rome, Constantin Patrizi Naro, il lui dit : « Donc je pars, si nous ne nous revoyons plus ici-bas, ce sera au Paradis… ». En approchant de sa bonne ville d’Albano, encore en chemin, avant même d’arriver dans son palais épiscopal, il administra sur le champ la Confirmation à des enfants qui avaient le choléra, à la demande de leurs mamans (Ah, le bon réflexe des parents chrétiens d’antan !). En arrivant dans la ville, il décida tout de suite de faire distribuer des vivres à la population et alla personnellement donner les derniers sacrements aux malades dans leurs humbles demeures. Son dévouement dura trois jours, puis, ayant attrapé le choléra, il mourut saintement en disant : « Mon Dieu, je suis un misérable pécheur, et nombreux sont mes péchés. Mais vos miséricordes à mon égard ont été immenses. Et quelle plus grande miséricorde pouviez-vous me faire, que de mourir au milieu du troupeau que vous m’avez confié ? » C’était en 1867, et sa cause de béatification est en cours. Dans le passé, face à des épidémies, les églises étaient parfois fermées par ordre de l’évêque lui- même. Il n’y avait plus de Messes avec fidèles, mais il me semble que cela n’a jamais été aussi généralisé que cette fois-ci, même pendant la grippe espagnole. Parfois, même le viatique était interdit pour éviter la contagion, car non strictement essentiel, mais jamais, je le répète, jamais l’absolution et l’onction des malades n’ont été empêchées. Même les condamnés à mort avaient droit à un prêtre. Or, pendant cette pandémie-ci, les prêtres pouvaient faire quelque chose pour les morts, bien peu, mais rien pour les mourants, sinon prier…L’interdiction pour les prêtres d’avoir accès aux mourants hospitalisés qui demandaient les derniers sacrements, est un abus monstrueux et une grande injustice, car il s’agit de la vie éternelle, et donc de la loi suprême de l’Église : le salut des âmes est plus important que celui du corps, car inévitablement, nous mourrons tous un jour, mais tous ne seront pas sauvés, hélas. De plus, dans des cas extrêmes, il y a une formule brève pour donner l’absolution et l’Extrême Onction, en moins d’une minute, et le prêtre aurait pu ensuite se mettre en quarantaine, nous étions de toute façon déjà confinés…Il est vrai qu’on peut recouvrer la Grâce sanctifiante par la contrition parfaite, c’est à dire le regret de nos péchés s’exprimant par un élan d’amour envers Dieu, et non pas par la contrition imparfaite, ou attrition, c’est à dire par peur de l’enfer. Ceux qui ont fait le catéchisme d’autrefois savent bien la différence. Mais, lorsqu’on souffre beaucoup, il manque parfois le réflexe chrétien de demander pardon à Dieu et d’offrir ses souffrances. Voilà pourquoi, en réanimation, et même dans le coma, le sacrement peut suppléer à la contrition parfaite, à condition qu’il y ait eu auparavant un simple désir de demander pardon, même implicite. Qu’on le veuille ou non, le confinement a bel et bien été une privation, nécessaire ou pas, on peut en discuter, de certaines libertés. De fait, il y a eu aussi la privation de la liberté de culte. L’ingérence de l’État dans la vie de l’Église, nous la connaissions dans les régimes totalitaires. Celle que nous venons de subir dans notre pays est un antécédent qui risque se répéter pour un motif ou un autre. J’espère que non ! Car, ce serait très dangereux, et porterait gravement atteinte à la liberté de l’Église.

Puisse cette pandémie et ce confinement, avec la perspective d’une contagion et donc de la mort, avoir davantage ré-orienté notre vie vers les biens supérieurs, vers l’essentiel, vers Dieu : il s’agit du salut de notre âme. Si vous croyez encore qu’il y a la possibilité de la perdre : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps » (Mt10,28).

Voici quelques réflexions personnelles, faites-en ce que vous voulez. Dieu vous garde.

Don Carlo Cecchin, vicaire

Avr 052020
 

En raison de la situation actuelle, je vais reporter à plus tard la IIIe partie sur l’Antichrist, mais cet édito n’est pas tout à fait hors sujet, bien au contraire…Dans mon dernier édito, j’ai écrit qu’un grain de sable pouvait gripper le mécanisme vicieux qui régit ce monde globalisé ainsi que cette finance absurde et sans humanité, coupée de la réalité. Avec raison, lors de la bénédiction Urbi et Orbi du 27 mars, le Pape François a demandé aux fidèles de revenir à la Foi, et au monde, « épeuré et perdu », de revoir ses priorités. Nous vivons actuellement dans un temps de souffrance, de peur, d’attente anxieuse (Suis-je positif ?), temps de mortalité et de deuil. Pourtant, les décès ne sont pas, pour le moment, aussi nombreux que pour d’autres grandes épidémies du passé, où les morts jonchaient le pavé des rues…St Louis de Gonzague mourut en transportant les morts de la peste à Rome. Mais, à l’heure où j’écris, nous ne sommes pas encore capables de mesurer l’évolution et les conséquences de cette crise sanitaire…Ce qui est inédit, ce sont les moyens exceptionnels mis en œuvre pour lutter contre la pandémie, comme le confinement : il est difficile, n’est-ce pas ? On risque de tourner en rond, de faire de l’introspection, de déprimer : face à face avec soi-même, on révèle le meilleur et le pire : la bonté, la charité, la patience, comme aussi la mesquinerie, la lâcheté, la méchanceté ; cela peut nous fait peur. Si certains sont anxieux, à juste titre, d’autres sont insouciants, ou même indifférents (il n’y a que des vieillards qui meurent !) ; il y a les courageux et même ceux qui se sacrifient en mourant pour soigner les malades ; d’autres encore ne renonceraient à leur jogging pour rien au monde ! Il est vrai que bouger un peu, ça fait du bien ! D’autres, hélas, craignant d’affronter la maladie, ou l’ayant contractée, tentent de mettre fin à leur vie. C’est un phénomène inquiétant et les médias n’y sont pas étranger. Lorsque tout semble perdu et que Dieu n’est même pas une hypothèse, pourquoi prendre le risque de souffrir avant de mourir ? Les « certitudes » de certains peuvent aussi changer : par exemple, un médecin athée qui soignait les malades du Covid-19 à Milan, s’est converti en voyant un prêtre de 75 ans, déjà atteint par le Covid-19, être l’ange consolateur des agonisants avant de mourir à son tour.

En revanche, le Planning familial a été rassuré ; en doutiez-vous ? Les « affaires » peuvent continuer : pendant que des personnes âgées meurent, parfois sacrifiés malgré elles, on continue à tuer les enfants à naître, comme pour s’assurer qu’il n’y ait pas de futur, puisque, dit-on, l’homme lui-même est un virus pour la terre. Aux États-Unis, quelques états ont suspendu l’avortement, puisque c’est un acte médical non essentiel, mais dans d’autres états de l’Union, le Planned Parenthood, et des médecins en Angleterre,demandent même l’avortement à la maison. Tuer l’innocent à outrance, continuer la boucherie !Notre époque est mortifère et Satan se repaît de la chair des innocents. Les soi-disant avancées sociétales, que je ne nommerai pas par décence, ont conduit à la déliquescence de la société entière. Dans la nuit du 24/25 mars, dans une Italie aux prises à l’urgence de la pandémie, une église a été profanée, les hosties piétinées et une Croix mise à l’envers.

Suis-je trop pessimiste si je fais cette citation de Flaubert ? : « L’humanité danse d’une manière frénétique sur la planche pourrie d’une immense latrine » (Lettres à Tourgueniev).

N’avez-vous jamais vu les danses macabres du Moyen-Age ? L’Évangile le dit d’une autre manière : « À qui vais-je comparer cette génération ? Elle ressemble à des gamins assis sur les places, qui en interpellent d’autres en disant :  nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé. Nous avons chanté des lamentations, et vous ne vous êtes pas frappé la poitrine » (Mt 11,16-17). Saurons-nous comprendre à la lumière de la Foi ce qui se passe actuellement ? Pourtant, là où le mal abonde, le Grâce peut surabonder…Il y a aussi notre frustration à nous, les prêtres, empêchés d’exercer notre ministère pour éviter toute contagion. C’est surtout aux mourants que je pense…

Une question délicate à ne pas poser en ce moment : cette épidémie est-elle une punition de Dieu ? J’entends toujours dire que Dieu nous parle en se servant des événements. Eh bien, quels enseignements tirons-nous alors de cet événement ? Nous voyons à travers tout l’Ancien Testament que Dieu punissait le mal. Mais ensuite, face à la pénitence, le « courroux » de Dieu s’apaisait et il pardonnait. Jusqu’à ces dernières décennies, on disait la même chose, y compris les saints et les papes ; la Sainte Vierge a souvent parlé de châtiments dans plusieurs de ses apparitions reconnues par l’Église. Dieu aurait-il changé de méthode dans le Nouveau Testament ? Pourtant, en Dieu, il n’y a « ni changement, ni ombre de variation » (Jc 1,16). Dieu est Père, c’est Jésus qui nous l’a enseigné, le meilleur des « Pères », mais il reste néanmoins le Père des Cieux, c’est à dire le Dieu qu’on adore. Le mot « père » a ici un sens analogique. St. Joseph était « père » légal de Jésus, nous avons un père biologique, et Dieu n’est pas père pour nous au même titre que pour Jésus. Aux pharisiens qui disaient : « Nous ne sommes pas nés de la prostitution ! Nous n’avons qu’un seul Père : c’est Dieu. » (Jn 8,41), Jésus répond : « Vous, vous êtes du diable, c’est lui votre père, et vous cherchez à réaliser les convoitises de votre père. Depuis le commencement, il a été un meurtrier. Il ne s’est pas tenu dans la vérité, parce qu’il n’y a pas en lui de vérité. Quand il dit le mensonge, il le tire de lui-même, parce qu’il est menteur et père du mensonge » (Jn 8,44).

Jusque récemment, la guerre, les épidémies et les famines étaient perçues comme des châtiments qui s’abattaient sur les péchés des hommes : du moins, autrefois, nous avions la « crainte de Dieu » ; aujourd’hui, nous avons le…« droit au blasphème ». Alors, Dieu, qui est notre Père, veut-il se venger du mal, ou plutôt rétablir la justice et sauver le pécheur ? Dieu ne veut jamais la mort du pécheur, mais sa conversion (Ez 18, 21-28). S’il frappe, c’est pour guérir, « car c’est lui qui blesse et panse la plaie, lui qui meurtrit et dont les mains guérissent. » (Jb 5,18). Ne serait-ce pas plus juste de dire que c’est le mal lui-même qui entraîne son châtiment ? Mais c’est toujours Dieu, notre Père, qui l’aura permis, car un père qui ne « punit » pas, montre ne pas aimer son fils…Dieu ne prévoit pas seulement qu’un tel événement arrive, mais aussi toute la série des causes pour que telle chose arrive à un moment donné : les causes naturelles, comme celles dues au péché, qui peuvent provoquer une « punition ». De même, Dieu prévoit et met dans l’ordre des causes aussi la prière et la pénitence, qui peuvent faire cesser, par exemple, une épidémie, soit par des causes naturelles en évitant les désordres du péché, soit par un miracle. Il faut croire à l’efficacité de la prière.

Dans l’Évangile de St. Luc, des gens demandent à Jésus au sujet des Galiléens que Pilate avait fait massacrer, et ceux tués par la chute de la tour de Siloé : ceux-là étaient plus pécheurs, plus coupables que les autres ? Jésus ne répond pas directement à la question, mais en donne la solution : « Pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous

périrez tous de même » (Lc 13,1-5). « Pas du tout », parce que nous sommes tous coupables…Réfléchissons à tout cela ! S’il n’y a pas de « châtiment » divin, il n’y a pas non plus de Providence divine, nous retirons alors Dieu de l’histoire et du quotidien de notre vie. Nous réduisons alors Dieu à une exégèse savante, ou à une praxis humanitaire, ou encore à une fiction.

Saint Augustin disait « ex malo bonum », du mal peut naître un bien, Dieu peut le faire. Toutefois, pour cela, il est nécessaire de voir et de comprendre l’origine du mal ; le distinguer du bien et tout faire pour que le bien soit rétabli. En tout cas, le vrai mal est moral ou spirituel, le mal physique en est la conséquence. Ce mal physique est peut-être le seul qui puisse nous faire comprendre la gravité du mal moral qui s’attaque directement à Dieu. Par exemple, sommes-nous capables de discerner les choix scélérats qui ont été faits au niveau ecclésial, social et politique depuis des dizaines d’années ? Je n’en suis pas sûr. Puisque nous sommes ivres de toute-puissance et n’avons pas besoin de Dieu – car nous croyons être des dieux- le pire châtiment sera celui de nous livrer à nous-mêmes.

Le Cardinal Ratzinger, lors de la Messe pour l’Élection du Souverain Pontife, le 18 avril 2005, disait dans son homélie : « La miséricorde du Christ n’est pas une grâce à bon marché, elle ne suppose pas la banalisation du mal. Le Christ porte dans son corps et sur son âme tout le poids du mal, toute sa force destructrice. Il brûle et transforme le mal dans la souffrance, dans le feu de son amour qui souffre. Le jour de la vengeance et de l’année de grâce coïncident avec le mystère pascal, dans le Christ mort et ressuscité. Telle est la vengeance de Dieu :  lui-même, en la personne du Fils, souffre pour nous. Plus nous sommes touchés par la miséricorde du Seigneur, plus nous devenons solidaires de sa souffrance, et plus nous sommes prêts à compléter dans notre chair « ce qu’il manque aux épreuves du Christ » (Col 1, 24).

Ce confinement devrait nous aider à réfléchir sur nous-mêmes, sur le sens de la vie, sur notre Foi ou sur notre rapport avec Dieu. Pourquoi ne pas profiter de cette contrainte pour vivre comme dans une retraite spirituelle, une sainte « quarantaine » à l’instar de Jésus ? Je crains que nous n’ayons pas assez de dispositions intérieures. Si le Carême est un temps de grâce, cette année l’est encore davantage : éprouvés moralement et physiquement, malgré nous, nous pouvons nous unir à la Passion du Christ et offrir nos souffrances, en coopérant avec lui au salut de chacun et du monde.

Toujours dans cette même homélie, le Cardinal Ratzinger ajoute : « Nous ne devrions pas rester des enfants dans la foi, dans un état de minorité/ comme des êtres n’ayant pas encore atteint (la peine stature de) l’âge adulte. Et en quoi consiste le fait d’être des enfants dans la foi ? Saint Paul répond : « Ainsi nous ne serons plus des enfants, nous ne nous laisserons plus ballotter et emporter à tout vent de la doctrine » (Ep 4, 14). Une description très actuelle ! Combien de vents de la doctrine avons-nous connus au cours des dernières décennies, combien de courants idéologiques, combien de modes de la pensée…La petite barque de la pensée de nombreux chrétiens a été souvent ballottée par ces vagues – jetée d’un extrême à l’autre :  du marxisme au libéralisme, jusqu’au libertinisme ; du collectivisme à l’individualisme radical ; de l’athéisme à un vague mysticisme religieux ; de l’agnosticisme au syncrétisme et ainsi de suite. Chaque jour naissent de nouvelles sectes et se réalise ce que dit saint Paul à propos de l’imposture des hommes, de l’astuce qui tend à les induire en erreur (cf. Ep 4, 14). Posséder une foi claire, selon le Credo de l’Église, est souvent défini comme du fondamentalisme. Tandis que le relativisme, c’est-à-dire se laisser entraîner « à tout vent de la doctrine », apparaît comme l’unique attitude à la hauteur de l’époque actuelle. L’on est en train de mettre sur pied une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs ». Paroles prophétiques, relisez-les attentivement.

Si les hommes ne comprennent pas, plus que de cette épidémie, j’ai davantage peur de ce qui se passera après… :« La moisson est passée, l’été est fini, et nous, nous ne sommes pas sauvés ! » (Jr 8,20).

Voilà quelques considérations en temps d’épidémie, faites-en ce que vous voulez…

Il reste toujours l’Espérance, car elle repose en Jésus Christ, et la Sainte Vierge Marie est le modèle même de cette Espérance : ô Notre Mère, n’abandonne pas tes enfants, porte-nous tous dans ton Cœur Immaculé comme des enfants chéris.

« Que ta miséricorde soit sur nous, Seigneur, car nous avons mis en Toi notre espérance.

En toi, Seigneur, j’ai mis mon espérance : que je ne sois jamais confondu ». (Dernier couplet du Te Deum)

Don Carlo CECCHIN, vicaire