Fév 022019
 

Ne répondez pas à cette question ! Quelle que soit la réponse, elle ne sera pas exacte et, de toutes manières, vous montreriez que vous n’êtes pas humbles du tout, et donc orgueilleux !
Voici alors quelques considérations sur l’humilité, non sans ironie, mais sans prétention de ma part, car autrement je pécherais à mon tour par vanité. Les vertus naturelles et surnaturelles perfectionnant nos facultés morales à faire le bien et éviter le mal sont nombreuses, mais peuvent se résumer dans les quatre vertus cardinales : Prudence, Justice, Force et Tempérance. Certaines vertus dites passives, telles la mortification, la pénitence, la patience, la douceur, l’obéissance, la modestie (la vraie), la chasteté, l’humilité, ne sont pas à la mode, surtout aujourd’hui. Ces vertus semblent être celles des perdants, des ratés, des nuls, si nous nous situons à un niveau strictement naturel et non chrétien. L’orgueil, père de tous les vices, est difficile à déceler, car il s’infiltre par toutes les fibres de notre être. Il se manifeste par la présomption, l’ambition (ou amour immodéré des honneurs, de l’autorité sur les autres) et la vaine gloire (qui produit à son tour la jactance, l’ostentation ou le « m’as-tu vu »), et l’hypocrisie. Vous pouvez aussi ajouter la suffisance et l’arrogance. L’orgueil est le péché de Lucifer, d’Adam et Eve et de Caïn.

L’humilité, qui vient du latin « humus », terre, est justement le terreau où toutes les autres vertus peuvent grandir : « L’humilité est la mère, la racine, la nourrice, le fondement, le lien de toutes les autres vertus » (St Jean Chrysostome). Bien entendu, la plus grande des vertus est la charité, mais, si elle n’est pas humble, elle est fausse. L’orgueil spirituel peut nous conduire jusqu’ au confessionnal avec une espèce de déni orgueilleux de nos péchés. Parfois, on en vient presque à défier le confesseur pour avoir l’absolution, ou bien on lui intime de se taire, car on n’a pas de leçons à recevoir. Certains attribuent à Dieu même la faute de leurs péchés, alors que, dans le sacrement de pénitence, nous devrions nous humilier devant lui, car Lui seul peut nous relever. Même en recevant la sainte communion, certains semblent venir chercher leur « dû », avec une certaine morgue et, en tout cas, sans trop considérer « Celui » qu’ils vont recevoir. Je ne parlerai pas de ceux qui jugent Dieu ou se fâchent parce qu’ils n’ont pas été exaucés.

« L’humilité est la vérité », dit Ste Thérèse d’Avila, et la raison se fonde sur cette vérité que Dieu est tout et que nous ne sommes rien ! Mais, me direz-vous, nous sommes quand-même quelque chose ! Oui, sans doute, mais je n’existe pas par moi-même, mais en Dieu. Je ne suis pas bon par moi-même, mais en Dieu, « Qu’avons-nous que nous n’ayons pas reçu ? » (1 Cr 4,7), alors que toute ma malice et ma méchanceté ne viennent que de moi. Dieu est tout ! Il est la plénitude de la réalité et la somme de toutes les perfections. Voilà pourquoi Jésus avait dit un jour à Ste Catherine de Sienne : « Je suis Celui qui est, toi, tu es celle qui n’est pas ». Si je suis tenté par l’orgueil eu égard aux dons, aux talents, à la fortune, à la naissance, etc., et que je regarde mes péchés, ce que je suis vraiment, de quoi puis-je être orgueilleux ? La poussière, peut-elle se vanter de quelque chose ? Pourquoi les saints étaient-ils humbles ? Parce que dans la vérité de Dieu, ils voyaient ce qu’ils étaient, et plus ils s’élevaient en sainteté et dans la connaissance de Dieu, plus ils s’abîmaient en Lui ; voilà pourquoi ils se considéraient comme les pires des pécheurs.

Regardons l’humilité du Fils de Dieu, en apparence dépouillé de sa gloire, se mêlant aux hommes pécheurs, lors du baptême donné par Jean dans le Jourdain. L’orgueilleux a une haute opinion de sa personne, il ne parle que de lui-même, il se vante, et attend beaucoup des autres. S’il est déçu dans ses attentes, il se vexe, il se fâche, il s’offusque, il se plaint. Il ne demande rien aux autres, car il pense tout savoir, et il ne s’occupe que de lui-même. Il est jaloux du succès d’autrui, comme si cela ternissait sa gloire. Comment savoir si nous sommes humbles ou orgueilleux ? On ne peut pas savoir si on est humble, ce serait de l’orgueil ! Pour compliquer les choses, il y a aussi « l’orgueil de l’humilité » qui fait étalage de celle-ci, par une fausse modestie ou attitude, en s’humiliant hypocritement pour s’exalter aux yeux des autres. Oui méfions-nous de la fausse humilité : « L’humilité n’est souvent qu’une feinte soumission, dont on se sert pour soumettre les autres ; c’est un artifice de l’orgueil qui s’abaisse pour s’élever ; et bien qu’il se transforme en mille manières, il n’est jamais mieux déguisé et plus capable de tromper que lorsqu’il se cache sous la figure de l’humilité ». (François VI, duc de la Rochefoucauld (1613-1680). Là, nous sommes en plein pharisaïsme ! En tout cas, rassurons-nous, nous le sommes tous plus ou moins.

Selon St Augustin, « l’humilité nous vide de ce dont nous sommes pleins (vous avez le choix !), pour nous remplir de ce dont nous sommes vides » (cherchez bien, ou plutôt demandez à Dieu !). Oui, remplissons-nous de l’esprit de Jésus : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger ». Voulez-vous juste vérifier s’il y a un peu d’orgueil en vous ? Nous ne le voyons pas, même s’il est aussi grand qu’une montagne ! Vérifiez-le donc avec les litanies de l’humilité que le Serviteur de Dieu le Cardinal Raphaël Merry del Val (1865-1930), secrétaire d’État de St Pie X, récitait tous les jours après la Messe.

V. Ô Jésus, doux et humble de cœur,
R. Rendez mon cœur semblable au vôtre.

Du désir d’être estimé, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être affectionné, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être recherché, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être honoré, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être loué, délivrez-moi Seigneur,

De la crainte d’être humilié, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être méprisé, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être rebuté, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être calomnié, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être oublié, délivrez-moi Seigneur,

Que d’autres soient plus aimés que moi, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,
Que d’autres soient plus estimes quai moi, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,

Que d’autres grandissent dans l’opinion et que je diminue, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,
Que d’autres soient loués et que je sois oublié, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,
D’être inconnu et pauvre, Seigneur, je veux me réjouir,
Qu’on ne pense pas à moi,
Qu’on m’occupe aux emplois les plus bas,
Qu’on ne daigne même pas se servir de moi,
Qu’on ne me demande jamais mon avis,

Du désir d’être préféré, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être consulté, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être approuvé, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être compris, délivrez-moi Seigneur,
Du désir d’être visité, délivrez-moi Seigneur,

De la crainte d’être raillé, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être soupçonné, délivrez- moi Seigneur,
De la crainte d’être injurié, délivrez-moi Seigneur,
De la crainte d’être abandonné, délivrez- moi Seigneur,
De la crainte d’être refusé, délivrez-moi Seigneur,

Que d’autres soient employés et que je sois mis de coté, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,
Que d’autres soient préférés en tout, accordez-moi, Seigneur, de le désirer,
Que d’autres soient plus saints que moi, pourvu que je le soit autant que je puis l’être, accordez-moi, Seigneur, de le désirer
D’être dépourvu des perfections naturelles du corps et de l’esprit,
Qu’on me laisse à la dernière placé,
Qu’on ne me fasse jamais de compliment,
Qu’on me blâme à temps et à contretemps Ainsi soit-il.

Pas facile, n’est-ce pas ? Et si après avoir observé tout cela, dont je doute fort, nous ressentons un peu de vaine gloire, ce sera peine perdue, tout aura été inutile, cela nous démontrerait que nous ne sommes pas humbles pour un sou. La seule manière de neutraliser notre orgueil, c’est d’accepter et d’offrir nos humiliations, et il en faut beaucoup pour faire un peu d’humilité…Mais, rassurons-nous, notre orgueil est tenace ! Il mourra un quart d’heure après nous…

Don Carlo Cecchin, vicaire


Lectures dominicales du 24 Mars