Avr 052020
 

En raison de la situation actuelle, je vais reporter à plus tard la IIIe partie sur l’Antichrist, mais cet édito n’est pas tout à fait hors sujet, bien au contraire…Dans mon dernier édito, j’ai écrit qu’un grain de sable pouvait gripper le mécanisme vicieux qui régit ce monde globalisé ainsi que cette finance absurde et sans humanité, coupée de la réalité. Avec raison, lors de la bénédiction Urbi et Orbi du 27 mars, le Pape François a demandé aux fidèles de revenir à la Foi, et au monde, « épeuré et perdu », de revoir ses priorités. Nous vivons actuellement dans un temps de souffrance, de peur, d’attente anxieuse (Suis-je positif ?), temps de mortalité et de deuil. Pourtant, les décès ne sont pas, pour le moment, aussi nombreux que pour d’autres grandes épidémies du passé, où les morts jonchaient le pavé des rues…St Louis de Gonzague mourut en transportant les morts de la peste à Rome. Mais, à l’heure où j’écris, nous ne sommes pas encore capables de mesurer l’évolution et les conséquences de cette crise sanitaire…Ce qui est inédit, ce sont les moyens exceptionnels mis en œuvre pour lutter contre la pandémie, comme le confinement : il est difficile, n’est-ce pas ? On risque de tourner en rond, de faire de l’introspection, de déprimer : face à face avec soi-même, on révèle le meilleur et le pire : la bonté, la charité, la patience, comme aussi la mesquinerie, la lâcheté, la méchanceté ; cela peut nous fait peur. Si certains sont anxieux, à juste titre, d’autres sont insouciants, ou même indifférents (il n’y a que des vieillards qui meurent !) ; il y a les courageux et même ceux qui se sacrifient en mourant pour soigner les malades ; d’autres encore ne renonceraient à leur jogging pour rien au monde ! Il est vrai que bouger un peu, ça fait du bien ! D’autres, hélas, craignant d’affronter la maladie, ou l’ayant contractée, tentent de mettre fin à leur vie. C’est un phénomène inquiétant et les médias n’y sont pas étranger. Lorsque tout semble perdu et que Dieu n’est même pas une hypothèse, pourquoi prendre le risque de souffrir avant de mourir ? Les « certitudes » de certains peuvent aussi changer : par exemple, un médecin athée qui soignait les malades du Covid-19 à Milan, s’est converti en voyant un prêtre de 75 ans, déjà atteint par le Covid-19, être l’ange consolateur des agonisants avant de mourir à son tour.

En revanche, le Planning familial a été rassuré ; en doutiez-vous ? Les « affaires » peuvent continuer : pendant que des personnes âgées meurent, parfois sacrifiés malgré elles, on continue à tuer les enfants à naître, comme pour s’assurer qu’il n’y ait pas de futur, puisque, dit-on, l’homme lui-même est un virus pour la terre. Aux États-Unis, quelques états ont suspendu l’avortement, puisque c’est un acte médical non essentiel, mais dans d’autres états de l’Union, le Planned Parenthood, et des médecins en Angleterre,demandent même l’avortement à la maison. Tuer l’innocent à outrance, continuer la boucherie !Notre époque est mortifère et Satan se repaît de la chair des innocents. Les soi-disant avancées sociétales, que je ne nommerai pas par décence, ont conduit à la déliquescence de la société entière. Dans la nuit du 24/25 mars, dans une Italie aux prises à l’urgence de la pandémie, une église a été profanée, les hosties piétinées et une Croix mise à l’envers.

Suis-je trop pessimiste si je fais cette citation de Flaubert ? : « L’humanité danse d’une manière frénétique sur la planche pourrie d’une immense latrine » (Lettres à Tourgueniev).

N’avez-vous jamais vu les danses macabres du Moyen-Age ? L’Évangile le dit d’une autre manière : « À qui vais-je comparer cette génération ? Elle ressemble à des gamins assis sur les places, qui en interpellent d’autres en disant :  nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé. Nous avons chanté des lamentations, et vous ne vous êtes pas frappé la poitrine » (Mt 11,16-17). Saurons-nous comprendre à la lumière de la Foi ce qui se passe actuellement ? Pourtant, là où le mal abonde, le Grâce peut surabonder…Il y a aussi notre frustration à nous, les prêtres, empêchés d’exercer notre ministère pour éviter toute contagion. C’est surtout aux mourants que je pense…

Une question délicate à ne pas poser en ce moment : cette épidémie est-elle une punition de Dieu ? J’entends toujours dire que Dieu nous parle en se servant des événements. Eh bien, quels enseignements tirons-nous alors de cet événement ? Nous voyons à travers tout l’Ancien Testament que Dieu punissait le mal. Mais ensuite, face à la pénitence, le « courroux » de Dieu s’apaisait et il pardonnait. Jusqu’à ces dernières décennies, on disait la même chose, y compris les saints et les papes ; la Sainte Vierge a souvent parlé de châtiments dans plusieurs de ses apparitions reconnues par l’Église. Dieu aurait-il changé de méthode dans le Nouveau Testament ? Pourtant, en Dieu, il n’y a « ni changement, ni ombre de variation » (Jc 1,16). Dieu est Père, c’est Jésus qui nous l’a enseigné, le meilleur des « Pères », mais il reste néanmoins le Père des Cieux, c’est à dire le Dieu qu’on adore. Le mot « père » a ici un sens analogique. St. Joseph était « père » légal de Jésus, nous avons un père biologique, et Dieu n’est pas père pour nous au même titre que pour Jésus. Aux pharisiens qui disaient : « Nous ne sommes pas nés de la prostitution ! Nous n’avons qu’un seul Père : c’est Dieu. » (Jn 8,41), Jésus répond : « Vous, vous êtes du diable, c’est lui votre père, et vous cherchez à réaliser les convoitises de votre père. Depuis le commencement, il a été un meurtrier. Il ne s’est pas tenu dans la vérité, parce qu’il n’y a pas en lui de vérité. Quand il dit le mensonge, il le tire de lui-même, parce qu’il est menteur et père du mensonge » (Jn 8,44).

Jusque récemment, la guerre, les épidémies et les famines étaient perçues comme des châtiments qui s’abattaient sur les péchés des hommes : du moins, autrefois, nous avions la « crainte de Dieu » ; aujourd’hui, nous avons le…« droit au blasphème ». Alors, Dieu, qui est notre Père, veut-il se venger du mal, ou plutôt rétablir la justice et sauver le pécheur ? Dieu ne veut jamais la mort du pécheur, mais sa conversion (Ez 18, 21-28). S’il frappe, c’est pour guérir, « car c’est lui qui blesse et panse la plaie, lui qui meurtrit et dont les mains guérissent. » (Jb 5,18). Ne serait-ce pas plus juste de dire que c’est le mal lui-même qui entraîne son châtiment ? Mais c’est toujours Dieu, notre Père, qui l’aura permis, car un père qui ne « punit » pas, montre ne pas aimer son fils…Dieu ne prévoit pas seulement qu’un tel événement arrive, mais aussi toute la série des causes pour que telle chose arrive à un moment donné : les causes naturelles, comme celles dues au péché, qui peuvent provoquer une « punition ». De même, Dieu prévoit et met dans l’ordre des causes aussi la prière et la pénitence, qui peuvent faire cesser, par exemple, une épidémie, soit par des causes naturelles en évitant les désordres du péché, soit par un miracle. Il faut croire à l’efficacité de la prière.

Dans l’Évangile de St. Luc, des gens demandent à Jésus au sujet des Galiléens que Pilate avait fait massacrer, et ceux tués par la chute de la tour de Siloé : ceux-là étaient plus pécheurs, plus coupables que les autres ? Jésus ne répond pas directement à la question, mais en donne la solution : « Pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous

périrez tous de même » (Lc 13,1-5). « Pas du tout », parce que nous sommes tous coupables…Réfléchissons à tout cela ! S’il n’y a pas de « châtiment » divin, il n’y a pas non plus de Providence divine, nous retirons alors Dieu de l’histoire et du quotidien de notre vie. Nous réduisons alors Dieu à une exégèse savante, ou à une praxis humanitaire, ou encore à une fiction.

Saint Augustin disait « ex malo bonum », du mal peut naître un bien, Dieu peut le faire. Toutefois, pour cela, il est nécessaire de voir et de comprendre l’origine du mal ; le distinguer du bien et tout faire pour que le bien soit rétabli. En tout cas, le vrai mal est moral ou spirituel, le mal physique en est la conséquence. Ce mal physique est peut-être le seul qui puisse nous faire comprendre la gravité du mal moral qui s’attaque directement à Dieu. Par exemple, sommes-nous capables de discerner les choix scélérats qui ont été faits au niveau ecclésial, social et politique depuis des dizaines d’années ? Je n’en suis pas sûr. Puisque nous sommes ivres de toute-puissance et n’avons pas besoin de Dieu – car nous croyons être des dieux- le pire châtiment sera celui de nous livrer à nous-mêmes.

Le Cardinal Ratzinger, lors de la Messe pour l’Élection du Souverain Pontife, le 18 avril 2005, disait dans son homélie : « La miséricorde du Christ n’est pas une grâce à bon marché, elle ne suppose pas la banalisation du mal. Le Christ porte dans son corps et sur son âme tout le poids du mal, toute sa force destructrice. Il brûle et transforme le mal dans la souffrance, dans le feu de son amour qui souffre. Le jour de la vengeance et de l’année de grâce coïncident avec le mystère pascal, dans le Christ mort et ressuscité. Telle est la vengeance de Dieu :  lui-même, en la personne du Fils, souffre pour nous. Plus nous sommes touchés par la miséricorde du Seigneur, plus nous devenons solidaires de sa souffrance, et plus nous sommes prêts à compléter dans notre chair « ce qu’il manque aux épreuves du Christ » (Col 1, 24).

Ce confinement devrait nous aider à réfléchir sur nous-mêmes, sur le sens de la vie, sur notre Foi ou sur notre rapport avec Dieu. Pourquoi ne pas profiter de cette contrainte pour vivre comme dans une retraite spirituelle, une sainte « quarantaine » à l’instar de Jésus ? Je crains que nous n’ayons pas assez de dispositions intérieures. Si le Carême est un temps de grâce, cette année l’est encore davantage : éprouvés moralement et physiquement, malgré nous, nous pouvons nous unir à la Passion du Christ et offrir nos souffrances, en coopérant avec lui au salut de chacun et du monde.

Toujours dans cette même homélie, le Cardinal Ratzinger ajoute : « Nous ne devrions pas rester des enfants dans la foi, dans un état de minorité/ comme des êtres n’ayant pas encore atteint (la peine stature de) l’âge adulte. Et en quoi consiste le fait d’être des enfants dans la foi ? Saint Paul répond : « Ainsi nous ne serons plus des enfants, nous ne nous laisserons plus ballotter et emporter à tout vent de la doctrine » (Ep 4, 14). Une description très actuelle ! Combien de vents de la doctrine avons-nous connus au cours des dernières décennies, combien de courants idéologiques, combien de modes de la pensée…La petite barque de la pensée de nombreux chrétiens a été souvent ballottée par ces vagues – jetée d’un extrême à l’autre :  du marxisme au libéralisme, jusqu’au libertinisme ; du collectivisme à l’individualisme radical ; de l’athéisme à un vague mysticisme religieux ; de l’agnosticisme au syncrétisme et ainsi de suite. Chaque jour naissent de nouvelles sectes et se réalise ce que dit saint Paul à propos de l’imposture des hommes, de l’astuce qui tend à les induire en erreur (cf. Ep 4, 14). Posséder une foi claire, selon le Credo de l’Église, est souvent défini comme du fondamentalisme. Tandis que le relativisme, c’est-à-dire se laisser entraîner « à tout vent de la doctrine », apparaît comme l’unique attitude à la hauteur de l’époque actuelle. L’on est en train de mettre sur pied une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs ». Paroles prophétiques, relisez-les attentivement.

Si les hommes ne comprennent pas, plus que de cette épidémie, j’ai davantage peur de ce qui se passera après… :« La moisson est passée, l’été est fini, et nous, nous ne sommes pas sauvés ! » (Jr 8,20).

Voilà quelques considérations en temps d’épidémie, faites-en ce que vous voulez…

Il reste toujours l’Espérance, car elle repose en Jésus Christ, et la Sainte Vierge Marie est le modèle même de cette Espérance : ô Notre Mère, n’abandonne pas tes enfants, porte-nous tous dans ton Cœur Immaculé comme des enfants chéris.

« Que ta miséricorde soit sur nous, Seigneur, car nous avons mis en Toi notre espérance.

En toi, Seigneur, j’ai mis mon espérance : que je ne sois jamais confondu ». (Dernier couplet du Te Deum)

Don Carlo CECCHIN, vicaire