Juin 142020
 

Chers frères et sœurs, ce dimanche nous célébrons la solennité du Très Saint Sacrement du Corps et du Sang de notre Seigneur Jésus Christ. Nous célébrons le sacerdoce du Christ, qui s’est manifesté à travers son sacrifice. Rappelons-nous d’abord que Jésus n’était pas un prêtre selon la tradition hébraïque. Sa famille n’était pas sacerdotale. Il n’appartenait pas à la descendance d’Aaron, mais à celle de Juda, et juridiquement la voie du sacerdoce lui était donc fermée. La personne et l’activité de Jésus de Nazareth ne se situent pas dans le sillage des prêtres antiques, mais davantage dans celui des prophètes. Il s’est montré prophète en critiquant l’ordre qui accordait de la valeur aux préceptes humains liés à la pureté rituelle plutôt qu’à l’observance des commandements de Dieu (Mc 12, 33). Même à l’intérieur du Temple de Jérusalem, lieu sacré par excellence, Jésus accomplit un geste purement prophétique, lorsqu’il chasse les changeurs et les marchands d’animaux, toutes ces choses servant pour l’offrande des sacrifices traditionnels. En quoi est-il prêtre alors ? c’est l’Eucharistie qui nous le dit. Nous pouvons repartir de ces simples mots, qui décrivent Melchisédech : il « apporta du pain et du vin » (Gn 14, 18). C’est ce qu’a fait Jésus lors de la Dernière Cène : il a offert du pain et du vin, et en ce geste il a résumé toute sa personne et toute sa mission.

Le très saint Sacrement de l’Eucharistie est pour nous source de vie. Il est la manière de Jésus de demeurer réellement parmi les hommes de notre temps, comme l’Incarnation fut sa manière de demeurer pendant trente-trois ans parmi ceux de son temps. D’ailleurs, l’épreuve du confinement que nous venons de vivre nous aura aidé à comprendre combien cette Nourriture est si indispensable pour nos âmes. En ce jour nous rappelons l’amour inépuisable de notre Seigneur qui se laisse consommer et contempler dans l’Eucharistie. C’est le moment de revoir comment nous vivons le moment sacré de la messe, où la Trinité Sainte se donne à contempler à travers le mystère eucharistique. Comme nous le dit la séquence de la messe, au moment de la messe osons glorifier notre Seigneur aussi purement et parfaitement que notre âme le peut, car il dépasse nos louanges (Lauda Sion Salvatorem §2). Considérons mes chers amis le bonheur que nous avons de pouvoir célébrer la Sainte Eucharistie ! Comment mesurons-nous le privilège qui nous est donné de nous approcher de l’autel du Très Haut, où l’âme amoureuse de Dieu trouve toute sa joie et son bonheur !

Le point culminant de notre rencontre avec le Seigneur vient au moment de la Consécration. C’est le temps précieux où le prêtre se donne à l’Infini sans crainte, il se remet lui- même entre les mains du Très Haut, pour se laisser utiliser par la volonté divine. Il devient tout entier un « oui » à l’Amour éternel qui se livre à l’Église si inconditionnellement. En ce moment ranimons notre foi ! Ravivons notre espérance ! Affirmons notre amour ! Contemplons dans un grand silence et dans une profonde adoration, car d’un moment à l’autre, s’ouvre le sein de la Trinité Immuable qui, en une activité infinie, se donne à l’homme. C’est un mystérieux échange qui s’opère sous deux espèces, où le pain devient son corps et le vin devient son sang. Ceci est un dogme pour nous les chrétiens, car ce qu’on ne perçoit pas, ce qu’on ne voit pas, notre foi ose l’affirmer, hors des lois de la nature (Lauda Sion Salvatorem §11-12).

Au moment de la communion notre âme se lève pour embrasser l’Infini devant son abaissement vers nous ! Pour le recevoir, prosternons-nous, anéantissons-nous devant lui, comme une expression du don en retour à ce Don grandiose qui nous est offert inconditionnellement ! C’est pourquoi après la communion je ne peux plus vouloir rien de plus. En tout cas il n’existe pas de plus grand bonheur que la Sainte Communion, même si souvent on ne le ressent pas. En conséquence, une bonne préparation spirituelle nous est toujours proposée pour bien recevoir ce Pain des anges, car bons et mauvais le reçoivent, mais pour un sort bien différent, pour la vie ou pour la mort (Lauda Sion Salvatorem §17).

Chers frères et sœurs, en cette fête, élevons à travers nos prières et nos chants, une imploration commune au Seigneur présent dans l’hostie consacrée. Nous lui disons au nom de toute la France, notre chère patrie : « reste avec nous Jésus, fais-nous don de ta personne et donne-nous le pain qui nous nourrit pour la vie éternelle ! Libère ce monde du poison du mal, de la violence et de la haine qui empoisonne les consciences, purifie-le par la puissance de ton amour miséricordieux. Et toi, Marie, qui as été femme « eucharistique » toute ta vie durant, aide-nous à marcher unis vers l’objectif céleste, nourris par le Corps et par le Sang du Christ, pain de vie éternelle et remède de l’immortalité divine. Amen !

Père Dieudonné Maniraguha