Juin 022019
 

« Au Sacré-Coeur de Jésus, la France pénitente, fervente et reconnaissante »


« Il y a grande pitié au royaume de France ». Ces paroles de l’archange St Michel à Ste Jeanne d’Arc résonnent plus actuelles que jamais en ces tristes temps pour la France, pour l’Eglise et pour le monde…
Au début de la semaine sainte, Notre-Dame a brûlé, en suscitant une immense émotion dans le monde entier.

Moi-même, j’ai regardé les images, sonné, horrifié. On a beaucoup dit et écrit sur cet événement, entre autres des âneries aussi, en découvrant avec étonnement que Notre-Dame était la cathédrale des catholiques : comment, encore eux ? Einstein disait : « Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue ». Bien entendu, Dieu seul est l’Infini. Comme c’est étrange ! Il a fallu ce drame pour que les grands laïcistes découvrent que le Moyen-Age fait partie de notre culture, et n’est pas seulement le synonyme d’une période d’obscurantisme ou une épithète injurieuse proféré par des incultes. Ce qu’on ne comprend pas, c’est que chaque pierre d’une cathédrale est vivante, car elle est une prière qui monte vers le ciel. Non, Notre- Dame ne sera pas reconstruite plus belle : car si aujourd’hui on a des opinions, d’ailleurs très changeantes, autrefois, on avait des convictions, on avait la Foi !

Cela me fait penser au récit contemporain, un peu idéalisé, d’un auteur byzantin dont j’ai oublié le nom, sur la construction de la basilique Sainte Sophie à Constantinople : les travaux de cette basilique étaient faits dans la prière continuelle des psaumes. A chaque travée, on mettait des reliques de saints et on priait ; ce que l’on construisait était un édifice plus spirituel que matériel : c’était la Cité de Dieu parmi les hommes. Une cathédrale, et même les églises et les chapelles les plus humbles, sont l’expression et le signe visible, non pas d’une culture, mais plutôt et surtout de la foi en Dieu et d’un désir d’absolu. Leurs pierres ont été cimentées par un amour qui portait vers Dieu.

Vous pouvez construire mille Notre-Dame à l’identique « made in China », elles ne seraient que coquilles vides, froides et même laides. D’ailleurs, si aujourd’hui les églises modernes sont, pour la plupart, laides et inquiétantes, c’est qu’il y a à la base, non seulement le mauvais goût du clergé, mais surtout une théologie erronée. L’église comme construction est un signe, le signe évident d’une Présence, celle du divin, d’un Dieu incarné, présent dans son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité dans le très Saint Sacrement ; une présence qui ne peut pas se confondre avec le monde, le temps et l’histoire, mais qui doit orienter et gouverner de façon visible…le monde, le temps et l’histoire. Car, Dieu aussi a sa politique, et, s’il a confié à Ste Jeanne d’Arc la mission de sauver la France et de mettre sur le trône son roi légitime, c’est que la France avait une mission à remplir au sein de la Chrétienté.

D’ailleurs, on peut dire que toutes les nations chrétiennes – qui n’existent plus – en avaient une, chacune avec son génie propre et son charisme : « Chaque nation, dit Joseph de Maistre, a reçu une mission qu’elle doit accomplir ; celle de la France est d’exécuter la geste de Dieu, gesta Dei per Francos » (Considérations sur la France), même si cela n’a pas toujours été le cas…Et Pie XII de continuer : « du jour où le premier héraut de l’Évangile posa ses pieds sur cette terre des Gaules, l’Évangile du Christ commença sa marche conquérante, plus rapide encore que les légions romaines. Pensons simplement à St Denis, à St Césaire d’Arles, à St Irénée, à St Martin. Mais c’est sur les fonts baptismaux de Reims qu’elle a reçu sa consécration et qu’elle est devenue la Fille aînée de l’Église.

Et ce ne fut qu’après de patients et courageux efforts, que devait sortir enfin l’apogée de la Chrétienté : la France du Roi St Louis, cette harmonie idéale entre la Cité de Dieu et celle des hommes, la société terrestre à l’image du Ciel, harmonie parfaite entre le naturel et le surnaturel, la morale et la politique, la bravoure et la piété ». Mais, fouillant de son regard d’aigle les mystères de l’histoire universelle, Bossuet écrivait : « Souvenez-vous que ce long enchaînement des causes particulières qui font et défont les empires, dépend des desseins secrets de la Providence. Dieu tient du plus haut des cieux les rênes de tous les royaumes, il a tous les cœurs dans sa main : tantôt il retient les passions, tantôt il leur lâche la bride, et par là il remue tout le genre humain. Oui, Dieu parfois abandonne les hommes en proie à leurs pires passions ». A partir du XIVème siècle, une véritable désagrégation morale accompagne les bouleversements politiques et sociaux. L’homme se laisse entraîner par le délire de ses passions. C’est ce que nous sommes en train de vivre aujourd’hui : l’homme est ivre de jouissance et de « toute-puissance ». Voulons-nous nous affranchir de Dieu ? Il nous exaucera, en nous livrant à nous-mêmes. Au Moyen-Age, tout était encore possible, tout pouvait évoluer selon la Foi, si l’orgueil humain n’avait pas tout gâté. Ces prétendus « évolution » ou « progrès » de la société, d’où viennent-ils, sinon de l’amour de soi, jusqu’au mépris de Dieu ? C’est la cité de la terre, celle de ses plus bas instincts, celle du « prince de ce monde », dont parle St Jean. Voulez-vous avoir une idée d’un Moyen-Age cauchemardesque, ténébreux et sans Dieu ? Il y a l’horrible série télévisée Game of the Thrones, qui a tant de succès. Déjà en 1910, St Pie X, dans la lettre « Notre Charge Apostolique » sur le Sillon écrivait : « Il faut le rappeler énergiquement dans ces temps d’anarchie sociale et intellectuelle où chacun se pose en docteur et en législateur, – on ne bâtira pas la cité autrement que Dieu l’a bâtie ; on n’édifiera pas la société, si l’Église n’en jette les bases et ne dirige les travaux ; non, la civilisation n’est plus à inventer, ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété : omnia instaurare in Christo. ». Eu égard à la situation actuelle, tous les textes cités semblent écrits avant le Code d’Hammurabi…Le 2 juin 1980, St Jean-Paul II au Bourget avait lancé dans son homélie « France, qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ? » La France, pays des droits de l’homme contre Dieu, est aussi devenue le pays des droits au blasphème, selon les paroles de son Président. L’incendie de Notre-Dame est le signe de notre Foi qui part en fumée, de notre civilisation aussi, de la droite raison selon la Loi naturelle elle-même. Sans la Foi, on ne reconstruit que des pierres mortes : « nos os sont desséchés, notre espérance s’est évanouie, et nous sommes perdus ». (Ez 37,11). Mais ces pierres, ces ossements peuvent revivre, et cela dépend aussi de nous. Après tant d’infidélités et de trahisons, sous une épaisse couche de cendres, le vrai cœur de la France bat toujours : il est et reste catholique. Les cathédrales sont comme des témoins muets, mais ô combien éloquents, de cette Foi éternelle. Du haut des façades, les statues hiératiques et à la noble allure des saints et des Rois de Juda, regardent, impassibles, depuis près de mille ans, l’histoire défiler sous leurs yeux. Combien d’horreurs n’ont-ils pu voir de là-haut ! Mais leur regard figé scrute l’horizon, à travers les siècles et les âges, ils guettent les signes des temps, le retour du Roi des Cieux, le doux Roi de France. C’est le Sacré-Cœur qui est la vraie oriflamme de la France et son seul espoir. Le Sacré-Cœur attend la France, les bras ouverts, comme sur la mosaïque absidale de Montmartre, à genou : pénitente, fervente et reconnaissante, pour la relever de son avilissement. Alors, comme jadis, Jeanne d’Arc sous les remparts d’Orléans, lorsque tout semblait perdu, un cri retentira : « Victoire, Dieu a gagné ! ».

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 2 juin