Nov 092019
 

1. Un aperçu historique

Le Rwanda est un pays situé au cœur de l’Afrique subsaharienne, avec une étendue de 26338km2. Pour parler de la fondation de l’Église dans ce pays des mille collines, il est indispensable de commencer par ses racines depuis la date où elle a vu le jour, jusqu’à nos jours, afin d’apprécier historiquement son évolution. La date du 2 février 1900 fut décisive, car elle coïncide avec l’arrivé de la caravane de Mgr Jean Joseph Hirth, un père blanc alsacien, qui venait de la Tanzanie. Il se présenta à la Cour Royale sous le règne de YUHI V Musinga et lui exprime sa demande de fonder une mission au Rwanda. Avec l’accord du roi, la première mission dédiée au Sacré Cœur de Jésus fut fondée le 8 février 1900, à SAVE, au sud-est du pays. Le mouvement a bien évolué de façon que, selon les dernières statistiques de 2018, le pays compte 12.089.721 d’habitants, dont 46% sont chrétiens catholiques répartis dans 9 diocèses et 188 paroisses.

Cela montre combien le peuple rwandais a répondu généreusement à l’annonce de l’évangile depuis son arrivé. Concrètement, il convient de rappeler la célébration des premiers baptêmes qui a eu lieu le 26 avril 1903, suivie, en 1904, d’un premier mariage chrétien et du recrutement des premiers séminaristes. Ces derniers feront leur formation à Rubia en Tanzanie, près du siège épiscopal de Mgr Hirth. Les premières religieuses, Les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique, ou Sœurs Blanches sont arrivées le 13 mars 1909. Elles seront suivies plus tard par les Frères de la Charité de Gand en 1929, les Sœurs Bernardines en 1932 et les Sœurs Pénitentes de Saint François d’Assise en 1936. Au lendemain du Jubilé de 1950, une dizaine d’autres congrégations religieuses viendront s’implanter au Rwanda. Aujourd’hui elles sont une centaine y compris des congrégations locales fondées sous l’inspiration des missionnaires, et ensemble elles comptent plus de 2150 membres.

Le premier petit Séminaire ainsi que le Grand Séminaire furent fondés en Octobre 1913 à Kabgayi. Le premier dédié à saint Léon, le second à saint Charles Borromée. Ce dernier accueillera des candidats du Rwanda et ceux du Burundi jusqu’à la fondation du grand séminaire au Burundi en 1951. Aujourd’hui chaque diocèse a son petit séminaire, tandis que les grands séminaires restent interdiocésains : ils sont trois, à savoir le Grand Séminaire Propédeutique de Rutongo, le Philosophicum de Kabgayi et le Theologicum de Nyakibanda. En tout ils regroupent aujourd’hui 511 séminaristes. En date du 7 octobre 1917, Mgr Hirth ordonne les deux premiers prêtres rwandais : Balthasar Gafuku et Donat Reberaho. L’année 2017 c’était le jubilé de 100 ans de ces ordinations. Les statistiques ont montré qu’en cette date plus de 1400 rwandais venaient d’être ordonnés prêtres, dont 1049 étaient jusqu’alors en exercice.

2. Une Église ébranlée par la guerre de 1990-1994

Depuis le déclenchement de la guerre d’octobre 1990, l’Église Catholique au Rwanda a été très ciblée dans son personnel par des tueurs de tout genre. En l’espace de seulement trois mois de 1994, marquée par le génocide perpétré contre les tutsi, cette église a vu disparaître tragiquement plus de deux cent personnes consacrées, dont, trois évêques, 135 prêtres (à peu près 1/3 de la totalité du clergé d’alors) et 70 séminaristes. Tout cela se surajoute aux nombreux chrétiens engloutis par la folie de la violence. La souffrance de l’Église dans cette période sombre n’est pas à placer seulement au niveau de ses membres – laïcs et consacrés – morts durant la tragédie, elle est aussi à considérer dans le fait qu’une partie des bourreaux se recrute parmi ceux qui se réclament d’elle tout en la trahissant par des comportements indignes, sans oublier des églises profanées par des bourreaux en y exterminant ceux qui y avaient trouvé refuge. Comme si cela ne suffisait pas, l’après-guerre n’a pas diminué cette souffrance, voire même qu’il s’accompagne par des abandons remarquables de la vie consacrée, de la disparition sans suite du quatrième évêque et d’un nombre non négligeable des prêtres. Mais grâce à la commission justice et Paix, en collaboration avec la commission gouvernementale chargée de l’unité et de la réconciliation, la reconstitution du tissu social qui avait été sérieusement déchiré fut la priorité de l’Église depuis les années 1995 jusqu’aujourd’hui.

3. Les apparitions de la Vierge Marie à Kibeho

En date du 28 novembre 1981 le pays a connu les apparitions de la Vierge Marie à Kibeho, alors dans le Diocèse de Butare, qui deviendra le diocèse de Gikongoro. Elle se présenta elle-même comme Mère du Verbe à trois lycéennes (Alphonsine Mumureke, Anathalie Mukamazimpaka, et Marie Claire Mukangango). Ces apparitions ont duré 8 ans et furent reconnues officiellement par l’Église universelle en 2001. Depuis lors, le 28 novembre est devenu une grande solennité au Rwanda. Le message de la Vierge Marie à Kibeho peut se résumer en 10 points comme suit :

1° Un urgent appel au repentir et à la conversion des cœurs : « Repentez-vous, repentez- vous, repentez-vous » ! « Convertissez-vous quand il en est encore temps ».

2° Un diagnostic de l’état moral du monde : « Le monde se porte très mal », « Le monde court à sa perte, il risque de tomber dans un gouffre, c’est-à-dire « être plongé dans des malheurs innombrables et incessants ». Le monde est en rébellion contre Dieu, trop de péchés s’y commettent. Il n’y a pas d’amour ni de paix ». « Si vous ne vous repentez pas et ne convertissez pas vos cœurs, vous allez tous tomber dans un gouffre ». Ici on peut citer l’apparition du 19 août 1982 qui a duré 8 heures. Toute triste, la Vierge disait « Si le Rwanda ne revient pas à Dieu, il y aura un déluge de sang ». Elle leur montra des images terrifiantes : un fleuve de sang, des gens qui s’entre-tuaient, des cadavres abandonnés, un arbre tout en feu, un gouffre béant, des corps décapités. Ce fut une des grandes prophéties de Kibeho, car 10 ans après elle a été réalisée.

3° La profonde tristesse de la Vierge : Les voyantes disent avoir été fort surprises de la voir pleurer le 15 août 1982. La Mère du Verbe est fort affligée à cause de l’incrédulité et de l’impénitence des hommes. Elle se plaint de notre mauvaise conduite, caractérisée par une dissolution des mœurs, des dissensions, une complaisance dans le mal, une désobéissance continuelle aux commandements de Dieu.

4° « La foi et l’incroyance viendront sans qu’on s’en aperçoive ». C’est une des paroles mystérieuses dites plus d’une fois par la Vierge à Alphonsine dans les débuts des apparitions, avec demande de la répéter aux hommes.

5° La souffrance salvifique : Ce thème est un des plus importants dans l’histoire des apparitions de Kibeho. Pour un chrétien, la souffrance, par ailleurs inévitable dans la vie d’ici – bas, est un chemin obligé pour parvenir à la gloire céleste. La Vierge a dit à ses voyantes, notamment à Nathalie le 15 mai 1982 : « Personne n’arrive au ciel sans souffrir ». Ou encore : « L’enfant de Marie ne se sépare pas de la souffrance ». Mais la souffrance est aussi un moyen d’expier pour le péché du monde et de participer aux souffrances de Jésus et de Marie pour le salut du monde. Les voyants ont été invités à vivre ce message d’une façon concrète, à accepter la souffrance dans la foi et dans la joie, à se mortifier et à renoncer aux plaisirs pour la conversion du monde. Kibeho est ainsi un rappel de la place de la croix dans la vie du chrétien et de l’Eglise.

6° Priez sans cesse et sans hypocrisie : Les hommes ne prient pas ; et même parmi ceux qui prient, beaucoup ne prient pas comme il faut. La Vierge demande aux voyantes de prier beaucoup pour le monde, apprendre aux autres à prier, et prier à la place de ceux qui ne prient pas. La Vierge nous demande de mettre plus de zèle à prier, et à prier sans hypocrisie.

7° Dévotion envers Marie, par une récitation régulière et sincère du chapelet.

8° Le Chapelet des Douleurs de la Vierge Marie : La Vierge aime ce chapelet. Connu autrefois, celui-ci était tombé dans l’oubli. Notre-Dame de Kibeho désire qu’il soit remis en honneur et répandu dans l’Eglise. Mais le Chapelet des Douleurs ne supplante pas le Saint Rosaire.

9° La Vierge désire qu’on lui construise une chapelle en souvenir de son apparition à Kibeho. Ce thème remonte à l’apparition du 16 janvier 1982 à Alphonsine et revient à plusieurs reprises au cours de cette année-là, surtout chez Nathalie avec de nouveaux développements.

10° Priez sans relâche pour l’Eglise, car de grandes tribulations l’attendent dans les temps qui viennent. Ainsi disait la Vierge à Alphonsine, le 15 août 1983, et puis le 28 novembre 1983.

Père Dieudonné Maniraghuha, vicaire

Lectures dominicales du 10 Novembre