Mar 182020
 

En temps d’épidémies et de fléaux, l’Église a toujours élevé ses prières vers Dieu pour qu’il ait pitié de son peuple. En ce moment particulier d’épreuve, les prêtres de la paroisse prient à chaque Messe pour que l’épidémie cesse, et invitent les fidèles à faire de même, par l’intercession de la Vierge Marie, EN PRIANT LE CHAPELET en particulier ou en famille. N’oublions pas Saint Joseph en ce mois de mars qui lui est consacré. Ayons toujours confiance dans la prière, Dieu a promis de nous exaucer.

SAINTE-ODILE

Nous continuons notre traversée de l’hiver dans un climat de grande inquiétude, face à une réalité qui nous échappe, dans un monde de plus en plus sécularisé, dominé par le progrès, la science, la croissance, où Dieu n’a plus de place. Il suffit qu’un grain de sable grippe nos certitudes, les mécanismes qui régissent notre société mondialisée, et tout semble s’effondrer comme un château de cartes, car tout y est entremêlé dans un aberrant système vicieux, où règne en maître la finance ou Mammon. Ah, si nous pouvions considérer notre faiblesse, accepter d’avoir besoin de Dieu, tout voir par rapport à notre destinée éternelle, revenir à Dieu, mais ce n’est pas si sûr, hélas. Finalement, la possibilité de bien vivre ce Carême nous est offert, malgré nous, en nous situant dans un juste rapport avec Dieu, nous qui ne sommes que de la cendre orgueilleuse, et pourtant infiniment aimée de Dieu.

A travers l’histoire de l’Église, face à des crises épouvantables, on croyait que l’Antichrist était déjà arrivé. Déjà à son époque, Saint Paul disait : « les jours sont mauvais » (Eph 5,16) : que dirait-il aujourd’hui ? Au fil des siècles, on pensait que cet Antichrist était personnifié par l’Islam, par telle invasion ou catastrophe, ou par tel hérétique etc. Même saint Pie X, face aux épreuves de l’Église de son époque, s’était posé la question de savoir si le fils de perdition n’était pas arrivé. A posteriori, il n’était pas encore là. Cependant, Saint Paul dit que « Le mystère du mal est déjà à l’œuvre… » (2Th 2,7). Alors, l’Antichrist, probablement une personne, comment sera-t-il ? Quel aspect aura-t-il ? Difficile de savoir ; il ne sera sans doute pas comme l’imagine de manière si suggestive l’art chrétien du Moyen-Age. La mosaïque du Jugement Universel (VIIe-XIIe s.) dans la cathédrale de Torcello, une petite île près de Venise, nous le montre comme un enfant qui ressemble à l’enfant Jésus bénissant, assis sur les genoux de Satan. A la Renaissance, il ressemble au Christ, avec à ses côtés Satan qui lui souffle à l’oreille (Luca Signorelli 1450-1523). Mais, il ne sera pas si facile de le déceler ! Jésus lui-même nous a prévenu : « Prenez garde que personne ne vous égare » (Mt 24,44), car : « Il surgira des faux messies et des faux prophètes, ils produiront des signes grandioses et des prodiges, au point d’égarer, si c’était possible, même les élus ». (Mt 24,24). « Ne laissez personne vous égarer d’aucune manière. Car il faut que vienne d’abord l’apostasie, et que se révèle l’Homme de l’impiété, le fils de perdition ». (2Th2,3).

L’Apôtre ajoute : « car les hommes ne supporteront pas la saine doctrine… » (2Th 4,3). Tout comme Satan son maître, l’Antichrist devra se déguiser en ange de lumière, pour que le mal soit attrayant, beau, désirable, pour détourner le plus d’âmes possible ; mais, cette ruse, cette fausse beauté, aura toujours une faille, quelque chose de trouble, de douteux, de pervers…

A la fin du XIXe siècle, Victor Hugo avait prophétisé : « Ce siècle a été grand, le prochain sera heureux ». Nous savons ce qui s’est passé, et celui dans lequel nous vivons semble être une catastrophe. Vladimir Soloviev (1853-1900), philosophe, théologien expert en patristique et poète russe, converti de l’Orthodoxie au Catholicisme, ne s’est pas laissé séduire par les sirènes d’un avenir radieux de progrès, de prospérité et de paix. Quelques mois avant sa mort, il écrivit le « Court récit sur l’Antéchrist », à peine quelques pages. L’auteur ne lui donne pas de nom, mais le décrit comme quelqu’un d’exceptionnel. Dans sa jeunesse, « l’Antéchrist » se sera signalé comme un savant exégète, diplômé à Tübingen (c’est tout dire !), ascète, plein de modération, désintéressé, philanthrope, pacifiste, un spiritualiste convaincu, croyant au bien et, à la rigueur, même en Dieu, mais en réalité, n’aimant que lui-même. Un homme apparemment parfait, en somme ! Il a écrit un livre qui lui a donné une belle renommée : « La voie ouverte vers la paix et la prospérité ». Étrange, le Christ n’y est jamais cité, mais à quoi bon, puisque on parle de paix, de fraternité, de solidarité ? Le Card. Archevêque de Bologne J. Biffi, lors d’une conférence en 2000 sur l’œuvre de Soloviev, décrivait l’Antichrist comme (étant sans doute) un « spiritualiste convaincu, un pacifiste, un végétarien, probablement animaliste, féru en exégèse et expert en œcuménisme, très tolérant face au mal qu’il incarne, capable de dialoguer avec éloquence, avec une fausse douceur et une sagesse trompeuse… ». Soloviev a eu la clairvoyance de voir se dessiner une forme de Christianisme sans le Christ, ou avec un Christ déformé, provoquant une apostasie qui éviderait le message évangélique de sa substance au profit d’une éthique, d’un « amour de l’humanité » qui se présenterait comme un ensemble de valeurs « chrétiennes ». Dans le Court Récit, nous voyons le starets Jean répondre ainsi à « l’Antéchrist » : « Ce que nous avons de plus cher dans le Christianisme, est le Christ lui-même, et tout ce qui vient de Lui, puisque nous savons qu’en Lui demeure corporellement la plénitude de la divinité ». Oui, ne nous laissons pas entraîner par « une foule de maîtres, par la démangeaison d’entendre du nouveau » (2Tm 4,3), suivre son temps, comme on dit, alors qu’il faut suivre le Christ. Surtout, ne nous forgeons pas un Christianisme sans le Christ, une Foi à la carte, en lui substituant un ensemble de « valeurs » qui ne seraient que de vagues idéaux humains. L’Évangile lui-même peut devenir une sorte de théorie sur la paix, sur le bonheur, sur la solidarité etc. Le grand Chesterton dit que « Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles. Elles sont devenues folles, parce qu’isolées l’une de l’autre et parce qu’elles vagabondent toutes seules ». sorte de théorie sur la paix, sur le bonheur, sur la solidarité etc. Le grand Chesterton dit que « Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles. Elles sont devenues folles, parce qu’isolées l’une de l’autre et parce qu’elles vagabondent toutes seules ». Or, « La sagesse du monde, Dieu ne l’a t’il pas rendu folle. (lCr 1,20). Benoît XVI, qui cite Soloviev, nous éclaire : « L’interprétation de la Bible peut effectivement devenir un instrument de l’Antéchrist. Ce n’est pas seulement Soloviev qui le dit, c’est ce qu’affirme implicitement le récit même des tentations du Christ. Les pires livres qui détruisent la figure de Jésus, qui démolissent la foi, ont été écrits avec de prétendus résultats de l’exégèse » (Jésus de Nazareth, p.57-58). Au départ, « l’Antéchrist » montre seulement son désaccord sur l’enseignement du Christ, en disant « que son moralisme a divisé les hommes entre le bien et le mal. », ensuite, il le reniera en bloc et persécutera les chrétiens sans pitié. Aujourd’hui, nous voyons en effet une inversion totale du bien et du mal, au point de penser que c’est Dieu qui persécute le pauvre Satan.

Ce beau passage de l’œuvre de Soloviev est pour nous très éclairant : « Il y a donc la paix bonne, la paix chrétienne, fondée sur cette division que le Christ est venu apporter sur la terre, précisément entre le bien et le mal, entre la vérité et le mensonge. Il y a aussi la paix mauvaise, la paix du monde, fondée sur un mélange ou sur une union extérieure de ce qui est intérieurement en guerre avec lui-même ». Voilà pourquoi Jésus a dit : « Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive » (Mt 10,34) ; ou encore : « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division » (Lc 12,51) ; St Paul ajoute : « Quelle communion de la lumière avec les ténèbres ? Quel accord du Christ avec Satan ? » (2Cr 6,14- 15). Il faut toujours discerner le vrai Bien : car le « bien » qui rend vaine la Croix du Christ, vaine la Foi en la Résurrection, vaine la Révélation divine, est FAUX ! Car, « nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes » (1Cr 1,3).

« L’Antéchrist » étendra son pouvoir dans le monde entier et il aura même un « pape », son faux prophète. La plupart des chrétiens lui feront allégeance et apostasieront, sauf un « petit reste » de catholiques réfractaires, guidés par le Pape Pierre II. Méfiez-vous lorsqu’on parlera de gouvernement mondial, car alors, personne ne pourra s’échapper. Je ne vous raconterai pas la fin qui est très intéressante : de toute façon, ce n’est qu’un roman… Mais, rassurez-vous, l’Antichrist viendra en son temps. Cependant, avant que tout cela n’arrive, un événement est nécessaire, et c’est Paul qui en parle dans la IIème aux Thessaloniciens : il faut que celui qui retient, qui freine la venue de l’Antichrist soit enlevé. Mais de qui s’agit-il ? Nous verrons cela la prochaine fois.

En cette épreuve que nous traversons, que Dieu nous garde et nous protège.

Ce n’est qu’un récit Bon Carême à tous !

Don Carlo Cecchin, vicaire