Mai 112019
 

(D’une fleur à l’autre dans le jardin de Marie)

« Voici revenu le mois de la Belle Petite Maman », disait tout joyeux St Padre Pio à l’arrivée du mois de mai. Il s’agit d’une très ancienne dévotion populaire, qui veut que le mois de mai soit dédié à Marie.
Déjà au XIIIe s., nous trouvons cela dans les magnifiques Cantigas de Santa Maria du Roi de Castille et Léon, Alphonse X, dit le Sage (il existe le CD). Le mois de Marie a été la réponse à un retour paganisant de la Renaissance, avec ses fêtes des Calendes de Mai, et les désordres qui les accompagnaient. Je prends comme exemple la ballade XIIIe du Politien (1454-1494) : « Ben venga maggio ! » (Bienvenue au mois de mai !), une invitation hédoniste à la jouissance, avec un chœur lascif, entourant le char de Cupidon. Mais, ce fut après la Réforme Protestante, avec la diminution de la dévotion mariale, qu’on a ressenti le besoin de relancer le culte à la Mère de Dieu, et cela progressa de plus en plus, au point qu’au XIXe siècle, cette dévotion s’était répandue en Europe et en Amérique, et même dans les pays de mission.
Malheureusement, tout ce qui sent la dévotion populaire, parfois un peu naïve et simple, mais ô combien attachante, a tendance à disparaître, le Peuple de Dieu étant devenu « adulte », n’en a plus besoin, étant tout occupé à ergoter sur l’Ecriture Sainte, s’érigeant en maître en Israël, mais oubliant que, pour entrer dans le Royaume de Cieux, il faut redevenir des enfants (Mt 18,3). Mais, pourquoi le mois de mai ? Parmi tous les mois de l’année, mai est de loin le plus joyeux et le plus radieux, il est celui de la promesse accomplie, car il tombe toujours pendant le temps pascal. Les Byzantins vénèrent particulièrement Marie en août, en rapport avec l’Assomption, qu’ils appellent la Dormition. Pour nous, la réponse est intuitive, comme d’ailleurs tout ce qui est lié aux traditions les plus chères et simples du bon peuple chrétien. C’est parce que c’est le plus beau mois de l’année, par la splendeur printanière qui le revêt, voilà pourquoi il est consacré à Celle que l’Eglise chante et loue « Tota pulchra es Maria », (Vous êtes toute belle, ô Marie !). Ce n’est donc pas en rapport avec la liturgie, mais inspiré par la douceur de mai, par ses fleurs qui, après Pâques, annoncent le réveil de la nature, après les grands froids hivernaux. La Sainte Vierge n’est-elle pas la première et la plus belle fleur de la nouvelle Création née de la Résurrection du Christ ? Dans les Litanies de Lorette, Marie est la Rose Mystique (Rosa Mystica). Elle seule a été préservée des souillures du péché ; (Speculum iustititiae, Miroir de Justice, qui reflète la Lumière de Dieu). Elle fut en même temps vierge et mère (Mater amabilis, Virgo fidelis – Mère aimable, Vierge fidèle), fille de son propre Fils, épouse et chaste (Mater purissima, Mater castissima – Mère très pure et très chaste), la seule qui eut le privilège de devenir la mère du Fils de Dieu (Mater Christi) et la nôtre Mater amabilis, oui, quelle mère est plus aimable qu’Elle ? La prière mariale par excellence, le Rosaire, prend justement son nom de la fleur caractéristique qui fleurit le mois de mai, la rose odoriférante : « Entraînez-moi après vous, nous courrons à l’odeur de vos parfums » (Cant. 1,3), car elle est l’Arche d’Alliance (Fœderis arca), qui ne contient pas de la manne, mais qui a formé en elle et nous a donné le Pain Vivant descendu du Ciel, elle est la Mater Dei, la Mère de Dieu, la Maison d’or de la Grâce, elle est la Porte du ciel (Janua caeli), l’Etoile du matin (Stella matutina), qui nous indique le chemin pour aller vers son Fils Jésus, car elle est Refuge des pécheurs et Consolatrice des affligés. Moi, j’ai un faible pour la Madone du Bon Conseil, qui me sourit depuis l’enfance dans un oratoire tout près de chez-moi. Renseignez-vous sur l’histoire extraordinaire de cette icône…

Le grand dévot à la Vierge Marie que fut St Bernard disait : « De Maria numquam satis », on ne parlera jamais assez de Marie. La preuve ? Personne ne pourra jamais énumérer tous les titres qu’on lui donne. Il y a des titres pompeux comme ceux de Reine, d’Impératrice ou Basilissa, de Madone Nicopeia (qui donne la victoire), icône dans la Basilique St Marc à Venise. Je citerai aussi la célèbre église Notre-Dame des Blachernes ou Blachernitissa (Θεοτόκος η Βλαχερνίτισσα) à Constantinople, qui communiquait avec le palais impérial des Blachernes, lorsque les Empereurs ont délaissé l’ancien Grand Palais de Constantin. Dans cette église, il y avait une icône et une source miraculeuse, où l’Empereur prenait un bain rituel. L’église a été détruite lors de la chute de Constantinople (1453). Aujourd’hui, il ne reste qu’une modeste chapelle du XIXe siècle et la source, que j’ai visitées. Il y a aussi des titres qui sont liés à un lieu, à une apparition, ou aux moyens grâce auxquels on a pu découvrir une image miraculeuse : la Divine Bergère (qui fait pendant au Bon Pasteur), la Madone de la Neige, de la Route, de la Foudre, du Puits, du Chêne, du Réconfort, de l’Esclave, des Orphelins, des Abandonnés, de la Treille, de la Toux, et même des…Poules, oui, qui en grattant la terre ont permis la découverte de l’icône. Tout cela pourrait nous faire sourire, mais nous montre pourtant combien la Vierge Marie est proche du bon peuple chrétien dans tous les événements de la vie.

Il y a aussi des titres donnés par des circonstances historiques, comme Notre Dame des Victoires ou Marie Secours des chrétiens (Auxilium Christianorum). Comment expliquer que l’humble Vierge Marie est : « terrible comme une armée rangée en bataille ? » (Cant. 6,10). Même l’aspect guerrier ne manque pas : il y a des peintures où l’on voit la Vierge Marie qui, avec un gourdin ou un fouet, chasse Satan. Marie est la Tour de David (Turris davidica) : « Ton cou est pareil à la tour de David, bâtie pour y serrer les armes ; mille boucliers y pendent, tous les écus des preux » (Cant. 4,4). A Scicli en Sicile, il y a la « Madone des Milices », à cheval et en brandissant une épée, car en 1091, Elle a délivré la ville d’une incursion des Sarrasins.

Une dernière curiosité : dans une église du Tessin, en Suisse, se trouve la Madone « bombardière » : une fresque où l’on voit la Ste Vierge et l’Enfant Jésus passer des boulets de canon à un ange pour les laisser tomber sur la flotte turque à Lépante (1571). Qu’est-ce qu’on ne lui fait pas faire ! Sottises, me direz-vous ! Pourtant, si les chrétiens avaient perdu cette bataille, ou bien celle du second siège de Vienne en 1683, – à l’époque, la France était alliée aux Turcs, que cela soit dit en passant – l’Europe aurait été envahie, et St Pierre de Rome serait devenu une écurie, comme le menaçait le Sultan. Nous ne pouvons pas imaginer combien la population des côtes, qu’elles soient italiennes, de Dalmatie, ou même françaises et espagnoles, a eu la peur au ventre pendant des siècles, en raison des incursions des Barbaresques. Pensons à St Vincent de Paul.

Mais, laissant de côté certains titres extravagants, c’est en enfants qu’il nous faut nous adresser à Marie. En temps de calamités, de tempêtes, d’épidémies, de guerres, de tremblements de terre : c’est à notre Mère du ciel qu’on s’adressait, pleins de confiance. Je me souviens bien des litanies, récitées dans le latin improbable des paysans, pour un agonisant, pour la grêle, une épreuve. Aujourd’hui, qui est-ce qui prie Marie pour l’Église dont elle est pourtant la Mère ? Mai est aussi le mois de l’insouciance de l’enfance : quand j’étais enfant on cueillait des fleurs des champs pour orner une image de Marie ; on appelait les myosotis les « petits yeux » de Marie. C’est un 13 mai 1917 que la Ste Vierge est apparue à Fatima. Lorsque Marie apparaît dans les ténèbres, nous savons que son Fils aussi est tout près, dit le Bx Cardinal Newman. Trois fois par jour, le son de l’Angelus monte vers le Ciel, en suppliant la miséricorde pour ce monde en perdition ; il rappelle le « Fiat » de l’humble Servante du Seigneur qui a permis notre salut. Vierge Marie, n’oublie pas tes enfants qui sont dans l’affliction, serre-nous très fort contre ton Cœur Immaculé, tu es la Vierge clémente (Virgo clemens) et miséricordieuse : tu es simplement…Notre Mère !

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 12 Mai