Jan 252019
 

Comme le disait au XXème siècle le grand théologien Guardini, si « l’Eglise se réveille dans les âmes », c’est qu’elle commence à être perçue comme une réalitévivante et active et non plus vue et analysée comme une structure statique et sclérosée.
En prenant l’analogie du Corps Mystique pour parler de l’Eglise, le Concile Vatican II n’a pas énoncé là une nouveauté. Il souhaitait cependant insister sur la vitalité interne de l’Eglise et la décrire comme source de vie. Et ceci est vrai pour une raison très simple : c’est que l’Eglise est la présence du Christ au monde, un Christ ressuscité qui ne meurt plus et qui rend chaque génération contemporaine de son Etre divin. Cette vie étant une source intarissable, elle alimente sans cesse la croissance du corps, si bien qu’il n’est pas besoin de chercher d’autres moyens extérieurs pour l’agrandir : « l’Eglise croît de l’intérieur vers l’extérieur et non l’inverse » disait celui qui n’était alors que le Cardinal Ratzinger. Ce qui fait que, à l’exemple d’un corps humain qui se renouvelle constamment de l’intérieur tout en restant lui-même, l’Eglise reste elle-même au fil des temps tout en se renouvelant constamment. C’est à travers ce corps sans cesse en croissance et sans cesse en renouvellement que le Christ se donne de manière ininterrompue et traverse les temps.
Nous l’avons compris, ce corps ne nous est pourtant pas extérieur. Nous y appartenons par notre baptême si bien que « l’Eglise n’est pas quelque part, elle n’est pas non plus quelqu’un d’autre », elle est nous pour autant que nous lui appartenons totalement : « elle est nous-mêmes qui la constituons » disait encore le Cardinal Ratzinger. Cette description a le mérite de faire de l’Eglise une entité dynamique mue par l’Esprit saint, « quelque chose de vivant qui nous saisit tous dans notre être le plus intime ». Ainsi la discussion est ramenée au point essentiel : l’Église n’existe pas pour elle-même, mais devrait être l’instrument de Dieu pour unir à lui les hommes, pour préparer le moment où comme le dit saint Paul « Dieu sera tout en tous ».
Pour contrer les théories ecclésiales hétérodoxes, il convient donc de dire que l’Eglise du Christ telle qu’elle subsiste dans l’Eglise catholique ainsi que le déclare le Concile Vatican II n’est pas une institution humaine née des nécessités aléatoires et conjoncturelles. L’Eglise du Christ existe réellement « comme Eglise véritable et propre qui se manifeste dans la profession de foi, dans les sacrements et dans la succession apostolique ». Dès le départ l’Eglise a été voulue par Dieu et non par les hommes, et « elle est et demeure une création de l’Esprit Saint ». La trouver ne réside pas dans le fait d’additionner les différentes églises particulières pour former in fine le Christ total selon une mauvaise compréhension de l’œcuménisme. Le terme de « subsistit in » de la constitution dogmatique Lumen Gentium du concile Vatican II, qui a parfois été mal interprété, affirme donc que l’Eglise de Jésus-Christ, comme sujet concret en ce monde, peut être rencontrée dans l’Eglise catholique, elle subsiste dans l’Eglise Catholique. Mais la distinction entre « est » et « subsiste » porte alors la marque de la division et du péché, et montre que des réalités ecclésiales existent en dehors de ce sujet, c’est à dire dans les communautés protestantes et dans les Eglises orthodoxes.
C’est en outre une porte ouverte pour résoudre tout le problème œcuménique : alors que chacun peut percevoir la division comme réalité historique, on ne peut voir que dans la foi la subsistance de l’unique Eglise dans la figure concrète de l’Eglise Catholique.

Abbé Alexis de Monts, vicaire

Lectures dominicales du 24 Mars