Oct 192019
 

Oui, Vierge Marie, rendez-moi digne de vous louer et de chanter vos gloires, en faisant humblement écho à votre Magnificat. Bien que nous soyons déjà fin octobre, le mois du rosaire, je ne peux pas m’empêcher de parler du rôle de cette dévotion si chère au peuple chrétien, qui a sanctifié tant de générations de fidèles. Tous les saints et tous les Papes l’ont récité et conseillé. Le 7 de ce mois nous avons célébré la fête de Notre-Dame du Rosaire, car en ce même jour de l’an 1571, la flotte chrétienne remporta une éclatante victoire contre les Turcs à Lépante, dans le golfe de Patras, en Grèce, les arrêtant pour un temps seulement, car un siècle plus tard Venise perdra l’île de Crète. N’oublions pas qu’en 1683 a eu lieu le IIe siège de Vienne. Le royaume de Chypre était assiégé par les Turcs, défendu héroïquement par les Vénitiens, mais les chrétiens avaient du mal à former une alliance pour leur porter secours. Le Ier août 1571, après une résistance héroïque des vénitiens, le recteur de la ville de Famagouste, Marc-Antoine Bragadin, face au nombre exorbitant d’ennemis, dût se rendre après onze mois de siège, avec la promesse d’avoir la vie sauve. Ne tenant pas sa parole, le pacha Lala Kara Mustafa, le fit torturer, le sommant de renier le Christ. Face à son refus, il fut écorché vif et mourut en vrai martyr. Les autres officiers furent aussi exécutés. Finalement, une ligue chrétienne fut constituée, non sans peine et malgré des dissensions jusqu’à la veille même de la bataille. Cette victoire a été unanimement attribuée à l’intercession de la Sainte Vierge, grâce au chapelet, car le Pape St. Pie V avait demandé à toutes les confréries du St. Rosaire, fort nombreuses à l’époque, de réciter le chapelet pour obtenir la victoire. La chrétienté était entrée en prière. Le Sénat de Vénise décréta que : « Non virtus, non arma, non duces, sed Maria Rosarii victores nos fecit ; Ce n’est ni la valeur, ni les armes, ni les commandants, mais la Vierge Marie du Rosaire qui nous a donné la victoire» .Ces interventions ou apparitions musclées de la Sainte Vierge au cours des guerres ne sont pas rares. On connaît par exemple celle du 7 août 626 à Byzance, lors du siège par l’empire Sassanide et les Avares, qui fut à l’origine de l’hymne Acathiste. On se souvient aussi de celle de 1655 à Czestochowa, quand l’armée suédoise qui ravageait la Pologne décampa le lendemain de Noël après un siège de 40 jours : ce fut le prélude de la libération du pays. Il y eut aussi une apparition mystérieuse et étrange lors de la bataille de la Marne, le 8 septembre 1914, un « miracle » qui aurait sauvé Paris de l’occupation allemande. Il y a des témoignages, mais nous ne sommes pas obligés d’y croire… Une chose est sûre, Marie n’oublie ni le vœu de Louis XIII, ni qu’elle est Reine de France ! Nous avons hélas une mémoire historique de plus en plus courte, alors que : « historia magistra vitae ; l’histoire est maîtresse de vie », dit Cicéron dans le De Oratore. Elle nous aide à comprendre le présent et nous fait éviter de commettre les mêmes erreurs à l’avenir. Depuis le VIIIe siècle, jusqu’au début du XIXe, dans tout le Sud de l’Europe on vivait avec la peur au ventre, en état de siège permanent, en raison des razzias des barbaresques. Le rosaire a toujours été une arme d’intercession puissante dans les temps de détresse pour l’Église, les nations et les particuliers. On s’est toujours confié à la protection maternelle de la Vierge Marie lors des hérésies. Une antienne antique, sans doute avant le VIIe s., dit : « Gaude, Maria Virgo : cunctas hæreses sola interemisti in universo mundo ; Réjouissez-vous, Vierge Marie, vous seule avez détruit toutes les hérésies dans le monde entier ». Par sa soumission parfaite et irréversible à Dieu, elle a aidé l’Église à se préserver des hérésies et des erreurs. Elle a été la « Magistra Apostolorum », l’Éducatrice des Apôtres, par sa présence maternelle : Elle est la Mère de l’Église. Sa Maternité divine, solennellement proclamée lors du Concile d’Éphèse en 331, a fait resplendir la vraie doctrine de l’Incarnation du Verbe de Dieu. Lisez le « Symbole Marial » du jeune novice passioniste St. Gabriel de l’Addolorata. C’est magnifique ! Marie a justement donné le rosaire à St. Dominique pour convertir les Cathares. Elle est la « Omnipotentia supplex », la toute-puissance suppliante, car Elle peut tout nous obtenir par son intercession auprès de son divin Fils. Depuis le commencement, Elle est « Victrix omnium prælium pro Deo, Victorieuse de tous les combats pour Dieu » : souvenez-vous du serpent qu’Elle écrase, bien avant qu’Elle naisse. Marie a toujours été invoquée par le chapelet lors des invasions et des guerres, des épidémies et des disettes, dans les moments d’épreuves et de maladies, au chevet des agonisants, dans les naufrages et les tentations, ou tout simplement pour louer notre Mère du Ciel, chanter ses gloires et lui montrer tout notre amour, car Marie est notre joie. N’est-ce pas cela que nous ferons éternellement au Ciel avec toute la cour céleste ? Dans mes souvenirs d’enfance, dans le dialecte vénitien de ma campagne reculée, on ne dit pas réciter, mais chanter le chapelet… Pourquoi aujourd’hui, ne faisons-nous pas comme nos ancêtres qui, dans les moments de détresse, priaient le chapelet ? Les raisons ne manquent pas. Beaucoup disent ne plus faire confiance à l’Église, car ils sont déçus. Déjà le 29 juin 1972 le Bx Paul VI disait dans une homélie prophétique : « Devant la situation de l’Église d’aujourd’hui, nous avons le sentiment que par quelque fissure la fumée de Satan est entrée dans le temple de Dieu. Nous voyons le doute, l’incertitude, la problématique, l’inquiétude, l’insatisfaction, l’affrontement. On n’a plus confiance dans l’Église. On met sa confiance dans le premier prophète profane venu qui vient à nous parler de la tribune d’un journal ou d’un mouvement social, et on court après lui pour ui demander s’il possède la formule de la vraie vie, sans penser que nous en sommes déjà en possession, que nous en sommes les maîtres… ». Lisez la suite sur internet. J’entends souvent dire : « Je suis déçu par l’Église… ». J’ai alors envie de répondre : « Mais qu’avez-vous fait pour elle ? ». Nous formons l’Église, Corps du Christ. Nous qui sommes ses membres, Elle vit en nous. N’est-ce pas plutôt Jésus et son Église qui devraient être déçus par nous ? Si vous la quittez, vous quittez aussi Jésus, cela veut dire qu’auparavant vous n’en faisiez partie qu’en paroles, puisque vous n’en partagiez ni la Foi, ni l’enseignement, ni les moyens de sanctification. On parle de l’Église comme « institution », comme on l’appelle aujourd’hui, en l’opposant à une vague appartenance personnelle à un christianisme subjectif, incapable de nous sauver. Les hérétiques y ont pensé avant vous. Pourquoi ne nous mettons-nous pas en prière pour notre mère la Sainte Église ? Pourquoi ne prions-nous pas aussi pour le Pape – Souvenez- vous des Actes : « Pierre donc était gardé dans la prison, mais l’Église faisait pour lui une prière instante à Dieu » (Ac 12, 5) – pour nos évêques qui doivent nous confirmer dans la Foi, et aussi pour tous les prêtres, afin de les soutenir en cette période de trouble et de perte de la Foi. Souvent, ils sont seuls, désabusés, découragés, perdus ou même désespérés ? Nous ne prions pas non plus assez pour nos frères chrétiens qui souffrent pour le Christ et se sentent abandonnés par nous. A Fatima, la Sainte Vierge a demandé de prier aussi pour les pauvres pécheurs qui se perdent éternellement parce que personne ne prie pour eux. Mais, croit-on encore au salut ? Nous, nous-comportons souvent en fils dénaturés et gâtés, et en faux frères. Je me pose une question : pourquoi cette insistance étrange de la Sainte Vierge pour la récitation du chapelet, alors que pour beaucoup elle est une prière ennuyeuse et répétitive ? Le chapelet nous fait « sentire cum Maria », sentir, penser et vivre avec Marie, car Elle est le modèle le plus parfait de la Foi, de l’Espérance et de l’Amour de Dieu. Le chapelet, avec les mystères évoquant la vie de Jésus et de Marie, exprime d’une manière simple et juste la Foi de l’Église, et nous maintient sur le chemin vers Dieu. C’est la prière des humbles et des simples, aimée des plus grands saints. Selon Pie XII, le chapelet est comme « la fronde de David contre l’ennemi infernal » (Enc. Ingruentium malorum, 1951). On me dit que je suis un peu prophète de malheur. Peut-être, mais c’est justement pour le conjurer…car « les jours sont mauvais » (Ep 5,16), disait déjà St. Paul en son temps ; C’est plus que jamais le cas aujourd’hui ! Sœur Lucie, la voyante de Fatima, avait affirmé : « La très Sainte Vierge a dit que Dieu donnait les deux derniers remèdes au monde : le saint Rosaire et la dévotion au Cœur Immaculé de Marie ». Une bonne nouvelle : les colombes qui accompagnaient la statue pèlerine de Notre Dame ont réapparues cette année lors de la procession à Fatima, mais elles ne sont plus trois mais deux. Il y a un an, j’avais remarqué en effet deux ou trois colombes aux plumes sales à la porte des magasins, errantes comme des mendiants. Je me suis penché sur elles et je leur ai parlé ; elles ne semblaient pas avoir peur. Eh bien, le 15 juin de cette année, deux colombes immaculées ont précédé la statue de Notre Dame de Fatima lors de la procession, marchant fièrement, bien alignées (j’ai la photo), sans aucune peur de la foule. Alors, écoutons l’exhortation de Notre Dame à Pontmain, en 1871 : « Mais priez mes enfants, Dieu vous exaucera dans peu de temps. Mon Fils se laisse toucher ». Notre chapelet ne fera que hâter la victoire du Cœur Immaculé de Marie !

Don Carlo Cecchin, vicaire