Nov 242019
 

Il est des vérités qui nous mettent mal à l’aise et pour cela nous évitons d’y penser. Nous essayons même de trier la Parole de Dieu, en excluant les passages qui nous dérangent. Les prêtres aussi n’en parlent plus : à se demander s’ils y croient encore. Pourtant, sans le Ciel ou le Paradis, comme vous voulez l’appeler, le Christianisme, notre Foi, n’aurait aucun sens. Le Pape Benoît XVI a écrit que « les chrétiens ne semblent plus vouloir la vie éternelle ; pour certains, cette vie éternelle semble être même un obstacle à bien vivre sa vie ici-bas ». Aujourd’hui, plus que jamais, nous essayons d’oublier notre échéance, de vivre dans une espèce de songe, de nous étourdir par une vie que l’on croque à pleines dents, comme on dit, et après ? Tôt ou tard, la réalité nous rattrape toujours : le temps passe, on vieillit, on tombe malade, les personnes qui nous entourent aussi, et on meurt…Et après ? Il faudrait toujours vivre « sub specie æternitatis », par rapport à l’éternité, car notre salut éternel est l’affaire essentielle de notre vie. Ces vérités ultimes, auxquelles tout homme sera confronté sont : la mort, le jugement, le paradis, l’enfer, et le purgatoire, état temporaire en attendant d’aller au Ciel. Vais-je alors vous faire peur ? Oui, volontairement, car je vous aime, et puis, ne sommes-nous pas en novembre, le mois des défunts ? C’est en tout cas une peur salutaire, pour votre bien. Lorsque je célèbre des enterrements je suis effrayé par le manque de perspective, de vision surnaturelle. Nous nous occupons du corps qu’il faut enterrer, nous continuons à vivre dans l’affection que nous portions au défunt, en faisant des discours parfois d’une banalité affligeante, des poésies sans espérance chrétienne, du genre « on est passé de l’autre côté du miroir », mais nous ne pensons pas assez à l’âme immortelle qui aurait besoin de notre prière pour elle. Personnellement, je préfère alors l’esthétisme macabre de la rhétorique baroque, avec son genre pictural de la « vanitas », du « triomphe de la mort » ou des « dances macabres », il y a là au moins quelque chose de grandiloquent, la « pompe funèbre » justement, mais toujours dans la perspective chrétienne. La séquence Dies irae de la messe des morts en est l’exemple poétique. Dans une émission sur l’euthanasie, j’ai vu une dame âgée, apparemment encore en bonne santé, mais sans plus aucun désir ni espoir : la vie n’avait plus aucun sens pour elle, donc mieux valait en finir. Je l’ai vue manger un dernier carré de chocolat, pour prendre aussitôt après des comprimées qu’un « ange de la mort » complaisant lui présentait avec un verre d’eau et qui avaient pour effet de l’endormir avant qu’une perfusion arrête définitivement les battements de son cœur. On a interrompu la vidéo, pour, quelques minutes après, nous montrer cette dame, inanimée, morte. Quelle tristesse et quelle pitié ! J’avais envie de pleurer. Cette pauvre femme a dû être une enfant entourée d’amour, une jolie fille pleine de vie et d’espoirs, elle a dû avoir des affections, des passions, des épreuves aussi ; Dieu l’aimait ! Son calme m’a effrayé, pire qu’une exécution capitale, où il y a au moins une dimension dramatique. J’y ai vu là une espèce de banalisation de la mort, un nihilisme total, un vide spirituel abyssal ! Comme si la mort était un saut vers une nuit sans fin, vers l’inconnu, vers le néant ! Alors qu’en réalité, n’est-ce pas plutôt vers la Lumière que nous allons, vers quelqu’ « Un » qui nous aime et nous attend les bras ouverts ? Personnellement, je pense souvent à « ma mort », qui s’approche un peu plus chaque jour, mais que je vois comme une rencontre avec Dieu, car, comme Sainte Thérèse d’Avila, « je veux voir Dieu », je le désire, je suis curieux de voir ce que « l’œil n’a point vu, l’oreille n’a point entendu, le cœur de l’homme n’a point compris ce que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment » (1Cr 2,9). Certes, l’âme sera fixée dans l’état qu’elle aura au moment de la mort mais une fois séparée de son enveloppe mortelle, qui limitait en quelque sorte ses capacités, elle aura la connaissance immédiate de toute sa vie qu’elle verra se dérouler en un instant à la lumière de Dieu. « Si le juste est sauvé avec peine, que deviendra l’impie et le pécheur ? » (1Pt 4,18) ; Si, si, c’est St Pierre qui le dit ! Parfois, je trouve de « saintes personnes », avancées en âge, qui ne se confessent plus depuis 30-40 ans ou plus et qui me disent qu’elles n’ont fait aucun péché. Je veux bien que le péché les ait quittées, surtout à leur âge, mais il serait juste et bon de se confesser avant de quitter ce monde. Après notre mort, nous découvrirons à nos dépens que les « péchés mignons » n’existent pas, et nous devrons rendre compte de la moindre parole oiseuse…au Purgatoire. Pourrons-nous alors dire qu’on ne savait pas ? Que nenni ! Mais hélas, il sera trop tard ! Méfions-nous, il est vain d’opposer la miséricorde à la justice, car en Dieu elles se confondent. Même dans la peine éternelle, il y a la miséricorde, car nous serons punis toujours en deçà de ce que nous aurions mérité. Vous ne croyez pas que Dieu punit ? Écoutez ce que Jésus dit : « Allez-vous-en loin de moi, les maudits, au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et ses anges » (Mt 25,41). C’est une simple allégorie, dit le théologien à la mode ; pour l’exégète, il ne faut pas prendre la chose à la lettre, c’est juste une image symbolique, un genre littéraire, et le prêtre sceptique vous dira qu’il ne faut pas dramatiser. Moi, je réponds : sait-on jamais ? Mieux vaut ne pas prendre de risques. Vous n’y croyez pas ? De toute façon, le pécheur se condamnera de lui-même, puisque par le péché, il s’était déjà écarté de Dieu. Observons que Jésus condamne certains pour ne pas avoir pratiqué les œuvres de charité qui auraient pu les sauver. Si donc la Foi est nécessaire, car sans elle « on ne peut pas plaire à Dieu » (Hb11,6), il faut par-dessus tout la Charité envers Dieu et le prochain. C’est sur l’amour, sur notre manière de mettre notre foi en action, que nous serons jugés. Oh, je vais vous épargner les descriptions fantasmagoriques de l’enfer, mais je vous préviens, la réalité dépasse infiniment tout ce que vous pouvez concevoir d’effroyable. Vous ne pouvez pas imaginer ce que signifie « la perte de Dieu », la peine du dam, la séparation totale et éternelle d’avec Dieu. Le feu ? Une bricole en comparaison ! Reportez-vous à la vision de l’enfer des trois petits voyants de Fatima, et voyez s’il s’agit seulement d’une simple allégorie. Sœur Lucie écrira : « Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs. En effet, beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’il n’y a personne qui prie et qui se sacrifie pour eux ». Après cette vision effroyable, la petite Hyacinthe, pendant sa courte vie, a voulu prier et se sacrifier le plus possible pour les pécheurs. Quel courage n’a-t-elle pas eu pour offrir ses souffrances, et quel zèle n’a-t-elle pas manifesté pour obtenir le salut des pécheurs ! Personnellement, c’est à chaque messe que je recommande les pécheurs proches de la mort, afin qu’ils soient touchés par la Grâce. Certains prêtres, juste pour rassurer, affirment que même si l’enfer existe, il est certainement vide. Est-ce alors un simple épouvantail ? Cela ne serait pas digne de Dieu. D’abord, l’enfer n’est pas vide : il y a au moins les anges déchus, devenus de méchants démons ; et même si nous ne savons pas qui est en enfer, il doit certainement y avoir des âmes perdues, hélas ! Mais, ce n’est pas l’enfer qui m’intéresse, il suffit juste de prendre garde à ne pas y tomber en étant fidèles à la Grâce et en se confiant à la miséricorde de Dieu. Ce que je désire, c’est le Ciel, ou, mieux encore, être avec Jésus pour l’éternité. Mais comment décrire le Ciel, puisque « Dieu habite une lumière inaccessible » (1Tm 6,16) ? Les mots en sont incapables, restent impuissants et seront toujours insuffisants ! Selon Saint Thomas d’Aquin, c’est par une grâce créée, le « lumen gloriæ », la lumière de la gloire, que Dieu, agissant dans l’intellect des élus, amplifie à l’infini leur capacités cognitives, pour qu’ils puissent le voir « face à face » (1Tm13,12), et ce, sans aucune « species intelligibilis », sans aucune forme ou figure intelligible, mais intuitivement, comme les anges: « Dans ta lumière, nous voyons la Lumière » (Ps 36,10). Alors, pénétrant l’empyrée : « videbimus eum sicuti est » (1Jn 3,2), nous verrons Dieu tel qu’il est, l’unité en Christ de ses deux natures, humaine et divine, dans l’unique Personne du Verbe. L’âme verra l’Essence même de Dieu Un et Trine. Magnifique ! Là, notre imagination, toutes nos catégories mentales défaillent ! Pourtant, sans pouvoir l’expliquer, sans image, je pressens cette réalité qui nous échappe. En avançant dans la vie spirituelle, dans l’intimité de Jésus, nous pouvons déjà avoir un avant-goût des délices du Ciel qui est déjà en nous par la Grâce. En plaisantant, certains disent qu’au Ciel on doit s’ennuyer, mais ils se trompent. ! Si sur terre, aucun plaisir ne peut satisfaire notre soif de bonheur, au Ciel, cette soif sera pleinement étanchée éternellement par un bonheur infini se renouvelant continuellement dans la vision béatifique de Dieu. Je n’ai plus suffisamment d’espace pour en parler, mais je vous exhorte à prier pour les âmes du Purgatoire, qui souffrent atrocement d’être séparées de Dieu. Si par nos prières, nos sacrifices, nos aumônes, les messes célébrées, nous délivrons une âme, nous aurons gagné un ami au ciel qui à son tour pourra nous aider à devenir saint. Peut-être, ne croyez-vous pas à tout ce que je j’ai écrit ? De tout mon cœur j’espère que vous n’aurez pas à le regretter…De toute façon, qu’on soit croyant ou pas, notre âme est immortelle, et il vaut mieux passer son éternité avec Jésus, je vous l’assure. De grâce, ne prenez pas le risque de vous perdre à jamais. Ah, comme je voudrais que nous nous retrouvions tous au Ciel ! Mais, pour cela il faut le désirer. Oui, plus que jamais :« Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant : quand irai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu ? » (Ps 42,3).

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 17 novembre