Jan 122020
 

En plein temps de Noël, comment ne pas nous tourner vers le mystère de l’Incarnation et la Sainte Humanité de Jésus, par laquelle il s’est rendu visible, accessible à nous tous ? Les habitants de Nazareth le connaissaient bien, et plus encore les autres enfants du village. Tout le monde le voyait jouer, aider sa maman Marie à puiser l’eau du puits, ou bien travaillant dans l’atelier de St Joseph, qu’on croyait son vrai père. Au fur et à mesure que Jésus grandissait, il paraissait comme quelqu’un de son âge, sans se montrer, apparemment, ni surdoué, ni comme une espèce de superman, ni un faiseur de prodiges, contrairement à ce que racontent les évangiles apocryphes. Le Pape Pie XII dans Mystici Corporis écrit : « Une telle connaissance toute aimante dont le divin Sauveur nous a poursuivis dès le premier instant de son Incarnation dépasse l’effort le plus ardent de tout esprit humain : par la vision bienheureuse dont il jouissait déjà, à peine conçu dans le sein de sa divine Mère, il se rend constamment et perpétuellement présent par tous les membres de son Corps mystique, et il les embrasse de son amour rédempteur…Dans la crèche, sur la Croix, dans la gloire éternelle du Père, le Christ connaît et tient unis tous les membres de son Eglise, d’une façon infiniment plus claire et plus aimante qu’une mère ne le fait avec son enfant pressé sur son sein, et que chacun ne se connaît et ne s’aime soi-même.» Jésus, pouvait-il douter d’être Dieu ? Se demander : qui suis-je ? Impossible ! Lorsque Jésus disait « je », c’était le « je suis » éternel de Dieu, il a donc toujours eu conscience de ce qu’il était, bien que ne le montrant pas, sauf une seule fois à la Transfiguration lorsqu’il a laissé transparaître sa divinité. Il faisait des miracles, certes, il accomplissait les prophéties, mais il se disait « Fils de l’homme ». De même, Marie et son époux Joseph étaient considérés comme un couple vertueux sans doute, mais pas très différents des autres, sans imaginer leur sainteté et leur grandeur. Lorsque nous pensons à Jésus, comment l’imaginons-nous ? Je pense que chacun se fait une image personnelle. Lorsque j’essaie de m’imaginer Jésus, je ne m’attarde pas sur les détails, pourtant, il ressemble aux innombrables images que j’ai pu voir, en écartant les images trop humaines, comme celle du « Christ Juge » de la fresque de la Chapelle Sixtine par Michel-Ange, apollinien par ses traits et herculéen par sa puissance, donc un peu païenne…Étrange, à la Renaissance, l’image d’Hercule avait acquis une valeur vertueuse, presque christique : c’est une licence artistique un peu poussée, j’en conviens ! C’est par les yeux de l’âme, spiritualisés donc, que je vois Jésus, ou plutôt, je le ressens comme quelqu’un d’infiniment bon et aimable. Je me réserve prochainement de faire un édito sur l’iconographie et l’aspect physique de Jésus. Bien entendu, ici je ne parle que de l’image ou du concept que je me fais de Jésus, il en va autrement de sa doctrine ou de la Foi qui, elle, est objective et donc pas du tout subjective. Au fil de la lecture des Évangiles, cette image de Jésus se révèle à chacun dans toute sa beauté surnaturelle. Saint Ambroise dit : « Abreuve-toi à l’Ancien et au Nouveau Testament ; dans l’un et l’autre tu boiras le Christ ». A travers les paroles de l’Évangile, je vois la « Parole », ou mieux, je contemple le « Verbe » éternel de Dieu dans les bras du Père ; je contemple le visage de Jésus, son regard qui se pose sur moi, plein d’amour et de miséricorde, mais à condition de me faire pauvre en esprit et petit. Alors le visage de Jésus prend forme, il m’apparaît clairement, tantôt heureux et souriant, mais toujours empreint de gravité, sans la moindre vulgarité ou banalité. Parfois, il a l’air amusé ou excédé par les propos de ses disciples, ou courroucé contre les pharisiens et les marchands du Temple ; exultant à l’approche de « son » heure, ou dans le ravissement quand il rend grâces à son Père : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » (Mt 11,25). Les évangélistes décrivent Jésus sans complaisance, ni emphase, sans flatterie ni rhétorique, mais simplement : tout y est divin, vrai, réel, même les paraboles qui sont plus des similitudes/analogies que des simples allégories. L’Évangile de Saint Jean est davantage contemplatif. Les modernistes distinguent le Jésus de l’histoire de celui de la Foi, or Jésus, Fils de Dieu, s’est incarné dans l’histoire, dans un lieu géographique et culturel bien précis. Le Jésus de la Foi est celui de l’Histoire, comme il est aussi celui de mon histoire. On essaie aussi d’expliquer ses miracles d’une manière symbolique, voir rationaliste, de les assimilés à des mythes, d’en faire une idéalisation des premiers chrétiens trop enthousiastes et un peu illuminés. J’ai même entendu un professeur d’exégèse dire que dans les Évangiles il n’y a aucun mot que Jésus aurait vraiment prononcé, mais seulement une simple illustration de ce qu’il a pu dire. Toutes les hérésies qui ont déchiré l’Église à travers les siècles sont justement dues à la mauvaise interprétation des Écritures. Il y a par exemple l’« Adoptianisme » dans toutes ses nuances, une doctrine selon laquelle Jésus ne serait devenu le fils de Dieu que par adoption à la suite de son baptême dans le Jourdain par Jean-Baptiste. A l’opposé, il y a le « Docétisme », pour qui l’humanité du Christ n’était qu’une simple apparence. Croît-on encore que Jésus est vrai homme et vrai Dieu ? Moi, oui, autrement tout n’a plus aucun sens. En arrière-plan de Jésus, je vois toujours la Vierge Marie sa Mère, qui a formé son humanité et permis la Rédemption par son « fiat ». Où il y a le Fils, il y a aussi sa Mère. Où je veux en venir ? La Fête du Baptême du Christ, est une théophanie de la Ste Trinité. S’il faut toujours appeler les trois Personnes divines dans l’ordre : Père, Fils et Saint Esprit, il ne s’agit cependant pas d’une succession chronologique, mais logique. Le Père est la vie (Jn 5,26), le Fils, le Verbe de Dieu (Logos en grec), est la Parole de Dieu qui se manifeste. Le Père est la Vie (Jn 5,26), le Fils est la Vérité, tandis que l’Esprit Saint est Amour. Au moment du baptême on a entendu la Voix du Père indiquant son Fils bien-aimé ; Or, Jésus indique à son tour le Père : « celui qui m’a vu, a vu aussi le Père » (Jn 14,7), et entre le Père et le Fils il y a l’« Amour » qui est la IIIe Personne de la Ste Trinité. C’est ce même « Amour » des Trois Personnes qui s’est répandu aussi dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous est donné (Rm 5,5). Mystère sublime dont nous sommes participants par la grâce du baptême : Jésus, Verbe éternel, s’est incarné tout en restant dans le sein du Père, unis par l’Amour du Saint Esprit. Ainsi, à tous ceux qui accueilleront le Fils de Dieu incarné, le Père a donné le pouvoir de devenir fils de Dieu par adoption, en sachant que, dans cette étreinte éternelle entre le Père et le Fils par l’Esprit Saint, il y une place pour chacun nous, car nous sommes, nous aussi, des enfants bien-aimés en qui Dieu a mis toute sa joie ! N’est-ce pas magnifique ?

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 12 janvier