Fév 042012
 

« La vie de l’homme sur terre est une corvée » nous dit Job, qui parle ainsi ? Un homme qui souffre et dont la souffrance est telle que plus rien n’a de valeur dans sa vie ! Et c’est ainsi que la liturgie de ce dimanche nous invite à considérer la question du Mal, de son pourquoi et de son remède.
L’ordre de la sagesse est chaque jour défait et nous sentons ainsi notre malice, nos infirmités et notre néant.
Mais que dire de l’innocence éprouvée ? De la souffrance du juste ? Nous ne pouvons pas nous réfugier dans des formules toutes faites. Ce serait trop facile et nous risquons de nous trouver devant Dieu au bord du blasphème !
Déjà, Job avait répondu en se courbant devant l’incompréhensible parole de Dieu, mais il ne connaissait pas le sacrifice de la Croix et l’immolation de l’innocence divine.
Il ne nous reste plus qu’à suivre Jésus et à le regarder vivre au milieu de ces hommes qu’Il veut guérir et sauver par sa puissance miséricordieuse. C’est une réussite ! Mais ce qui est frappant dans l’Evangile, c’est que le Christ semble vouloir prendre du recul par rapport à ce succès. Bien sûr, on est heureux de saluer en Lui un grand  thaumaturge, mais on ne se rend pas assez compte qu’Il veut nous faire partager son propre mystère, son dialogue incessant avec son Père et sa prière, parce que le cœur de la réalité divine est là.
Le Christ ne veut pas « s’installer » il ne veut pas être « prisonnier » de la vision que se font les gens de cette bourgade galiléenne sur sa prédication, ses guérisons et ses exorcismes. L’Evangile note une chose importante : « c’est pour cela que je suis sorti ». Si le Christ est venu d’auprès du Père, là où il demeure toujours c’est pour venir vers nous et nous entraîner vers le Père. Tout part de là. Tout est centré sur ce dialogue incessant avec le Père. Et quand les Apôtres le cherchent et l’ont trouvé : «  Tout le monde te cherche » lui disent-ils » sa réponse ? « Partons ailleurs… »
Nous devons apprendre à nous « vider » de nous-mêmes, à nous désapproprier de nous-même pour nous laisser entièrement habiter par cette Parole qui est « plus puissante qu’un glaive à deux tranchants (Hb 4,11-13) ». Qu’elle nous prenne au plus profond de nous-mêmes pour faire de nous, à l’exemple de Saint Paul, des êtres « proclamant l’Evangile » en nous appuyant sur la prière éternelle du Verbe fait Chair !

Abbé Denys Thouard

Lectures dominicales du 5 février 2012