Déc 062014
 

Tota pulchra es, o Maria, et macula originalis non est in te. Tu es toute belle ô Marie, et la faute originelle n’est pas en toi (Cant. 4,7). La solennité de l’Immaculée Conception est sans doute la fête mariale la plus chère au peuple chrétien, bien que ce privilège ne lui fût donné qu’en vue de sa Maternité divine. Mais n’est-elle pas aussi la Mère de l’Église et la nôtre ? C’est donc aussi pour cette raison qu’elle a été conçue immaculée, c’est-à-dire sans tâche, car «  si l’Église en la personne de la Bienheureuse Vierge atteint déjà la perfection sans tâche ni ride, les fidèles du Christ, eux, sont encore tendus dans leur effort pour croître en sainteté par la victoire sur le péché : c’est pourquoi ils lèvent les yeux vers Marie modèle de vertu qui rayonne sur toute la communauté des élus » (L.G. 8,65).

Marie, la toute belle, oui ! Beauté qui va bien au-delà de la beauté formelle, au-delà aussi du Kalos Kagathos (beau et bon en grec), cet idéal de beauté formelle, d’harmonie, d’ordre et de proportion, rehaussée par une certaine vertu naturelle. Marie, est toute belle parce qu’elle est toute sainte. Et parce qu’elle est toute sainte, elle est toute humble : plus que toute autre chose, c’est ce que Dieu apprécie en Elle. Jésus est né de ces deux humilités: l’humilité de Dieu qui se fait chair, et l’humilité de Marie qui l’a accueilli en son sein.

Le Pape Benoît XVI dans une homélie au Sanctuaire de Lorette – Basilique qui enchâsse la maison de Nazareth, où le Verbe s’est fait chair – dit qu’une personne humble est perçue comme quelqu’un de vaincu, qui renonce, qui n’a rien à dire au monde. En réalité, l’humilité est la voie royale, non seulement parce qu’elle est une grande vertu humaine, mais, parce qu’en premier lieu, elle manifeste la façon d’agir de Dieu lui-même. Aujourd’hui, on enseigne trop souvent aux jeunes qu’ils doivent ou peuvent tout essayer, faire l’expérience du mal et de tout vice, pour avoir ce qui est appelé « une certaine expérience de la vie ». Ainsi, il n’y a aucune pitié pour ce qui est profané ou détruit, pour les souffrances infligées, pour les délits consommés au nom d’une vertu dévoyée : d’un « vrai » devenu mensonge, d’un « bien » devenu vice, d’une « beauté » devenue laide. La laideur a envahi le monde, y compris dans les âmes innocentes : c’est l’apparente beauté, en réalité laide, équivoque et inquiétante, de Satan.

Car, il n’y a pas de vraie beauté sans la vertu, et la vertu embellit et sublime même ce qui est moins beau. Marie nous fait soupirer après l’innocence de l’humanité perdue par le péché originel. L’Immaculée Conception est le signe le plus éloquent de cette beauté qui, loin de gâter ou de blesser la vertu, la perfectionne. Dans l’Immaculée Conception, nous contemplons le reflet de la « Beauté » qui sauve le monde, la Beauté de Dieu qui resplendit dans le visage du Christ ; Mais, ô combien l’Homme-Dieu ressemblait à la Vierge Marie ! C’est elle qui a formé la substance de son corps. Ainsi, Marie ressemble au Christ dans son corps et dans son âme. « Oh ! Quelle admirable union, dit Hugues de Saint-Victor (1096-1141), celui qui est la beauté incréée, s’unit à celle qui est toute beauté. Je suis tout beauté, lui dit son Dieu, parce que tout ce qui est beau est en moi, et vous êtes vous-même toute beauté, ô Vierge admirable, moi par nature, vous par grâce ». Ne m’en voulez pas si j’emprunte ici quelques passages d’une homélie de St. Germain, Patriarche de Constantinople (634- 732) pour louer la Vierge Marie ; chaque fois que je la lis, j’en suis ébloui, c’est un foisonnement d’images scripturaires ! : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce, plus sainte que les saints, plus élevée que les cieux, plus glorieuse que les Chérubins, plus honorable que les Séraphins et plus vénérable que toute créature. Salut, édifice sacro-saint, immaculé et très pur palais du Dieu Souverain Roi, orné de toute parts par la magnificence de ce même Dieu-Roi….Salut, trône sacré de Dieu, trésor du temple de Dieu, maison de gloire, ornement de toute beauté, objet précieux d’élection…Vase fait d’or pur et contenant la plus suave douceur de nos âmes, le Christ qui est la manne véritable…Tendez au monde entier votre main secourable, afin que nous célébrions dans la joie et l’allégresse vos solennités, et que toutes, comme celle que nous célébrons maintenant, se terminent dans la splendeur du Christ-Jésus, Roi de l’univers et notre vrai Dieu. Amen ! »

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 7 Décembre