Sep 232017
 

La parabole de ce dimanche n’est facile qu’en apparence, car elle va à l’encontre de notre manière trop humaine de penser ou de juger. Dieu lui-même nous le dit : «vos pensées ne sont pas mes pensées et mes voies ne sont pas vos voies » (Is 55,8). Dieu nous appelle tous à sa connaissance et à son amour, il nous invite tous à travailler dans sa vigne qu’est l’Eglise, chacun selon ses talents et les dons reçus, et à n’importe quel moment de notre vie, pour collaborer à la diffusion de son Règne. Ceci est valable pour tous : prêtres, religieux, laïcs, chacun selon la grâce reçue, en la mettant au service des autres (1P 4,10). Nous devons cependant tenir compte d’une chose : Dieu n’a pas besoin de nous, car Jésus dit que de simples pierres il peut faire surgir des enfants à Abraham (Mt 3,9), mais, par un mystère de sa miséricorde, il veut se servir de ses créatures pour accomplir ses merveilles. Nous devons donc toujours remercier Dieu pour ses dons, tout en se considérant comme des serviteurs inutiles qui, par sa volonté, sont devenus les instruments de son règne. Son appel est pur grâce, notre réponse est une grâce aussi, de même tout bien que nous pouvons faire. Dieu reste néanmoins toujours libre de ses dons : « je fais grâce à qui je fais grâce, et miséricorde à qui je fais miséricorde » (Ex 33,19). Dans la parabole de ce dimanche, il apparaît qu’en donnant le même salaire aux ouvriers de la première heure et de la dernière, le maître de la vigne ait fait une injustice. De quel droit pouvons-nous dire cela ? «Qui a connu la volonté du Seigneur, ou qui a été son conseiller ? » (Rm11, 34). Non, ce n’est pas une injustice ! Cette parabole nous enseigne que, devant Dieu, personne ne peut se prévaloir de droits ou de bons pour crédits, comme des bon-points que nous aurions accumulés. Ainsi, personne ne peut mesurer l’agir de Dieu, en jugeant d’une manière trop humaine. La récompense de Dieu est un don, pas un droit et le mot « grâce » signifie justement don gratuit. Lorsqu’on oublie cela, notre cœur se corrompt, devient mauvais, malhonnête, envieux, injuste. Pour l’homme d’aujourd’hui, tout est dû : la Grâce, l’Eucharistie, la vie éternelle. Dieu ne fait acception de personne et propose à tous le même salaire, le salut, mais tous n’auront pas le même degré de grâce, et cela n’est pas une injustice. De même, au Ciel nous n’aurons pas tous le même degré de béatitude : « une étoile diffère d’une autre étoile par son éclat », dit St. Paul (1Cr 15,41). Le Seigneur continue inlassablement à appeler chacun, même une personne proche de la mort : si elle lui répond, serais-je offusqué qu’elle soit sauvée? Non, loin de moi cette idée, car « au Ciel il y aura plus de joie pour un pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentir» (Lc 15,7). Cependant, si Dieu nous aime tous infiniment, il a ses « préférences », ses prédilections, qui sont aussi un mystère de sa grâce. Dieu n’a-t-il pas aimé la Vierge Marie davantage que n’importe qu’elle autre créature ? Est-il injuste en cela ? Bien sûr que non, cela fait partie de ses desseins éternels qui sont impénétrables. Moi, je me réjouis de la gloire de la Vierge Marie au Ciel, comme aussi de tout pécheur qui se convertit. Une question : puisque nous travaillons dans la vigne du Seigneur, pouvons-nous mériter le Ciel ? Au sens strict, bien sûr que non, même pas la Ste Vierge. Alors, à quoi servent les bonnes œuvres ? C’est une question très délicate et complexe, impossible à traiter ici en quelques mots. On ne peut jamais mériter la Grâce, si minime fût-elle, ni la première, ni la dernière, la persévérance finale. La Grâce est Dieu incréé présent en nous en mode créé. Elle est donc présente aussi dans nos actions, qui ont dès lors une valeur surnaturelle et méritoire. Car, unis au Christ comme le sarment au cep, sa vie circule en nous, et nous pouvons porter des fruits pour la vie éternelle et, d’une certaine manière, même la grâce de conversion pour les autres, autrement pourquoi prier pour les pécheurs ? St. Augustin dit qu’en couronnant nos mérites, Dieu couronne ses propres dons, mais c’est toujours Dieu qui en fixe les règles, pas les hommes, car « Tout est grâce », disait Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, même le fait de vouloir se confesser. Donc sans union au Christ, aucun mérite n’est possible. Saint Paul s’exclamait ainsi « si je vis, ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20). Mais, St Paul nous avertit de ne pas recevoir la grâce en vain : « la grâce à mon égard n’a pas été stérile » (1Cr 15,10), et cela est aussi une grâce. La Grâce est la semence de notre gloire.

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 23 septembre