Oct 142011
 

Tendant un piège au Christ, ses ennemis lui demandent hypocritement : « est-il permis de payer, ou doit-on refuser ? » A cette question perfide, Jésus ne pourra répondre sans se perdre lui-même : ou bien il dira : « il le faut » et il passera pour un traitre – ou bien il dira : « il ne le faut pas » et il risque de passer pour un révolté dangereux…

« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » la question est réglée et les adversaires n’ont plus qu’à se retirer…

 Mais les paroles du Christ dépassent toujours Les incidents médiocres qui les provoquent. Elles répondent aussi à des questions permanentes de la vie humaine : notre Seigneur maintient énergiquement le droit de Dieu sur l’homme et par conséquent pour ce dernier le droit et le devoir de servir Dieu. Il distingue nettement le devoir religieux du devoir civique et du même coup proclame la consistance du pouvoir temporel, l’indépendance légitime de l’Etat, souverain dans son domaine, mais restant soumis lui-même à des lois plus hautes.

 Cette parole du Christ s’applique aussi à notre vie chrétienne personnelle. De même que cette pièce de monnaie portant l’effigie de César était censée lui appartenir, ainsi – et bien plus encore nous sommes  « la monnaie de Dieu » (comme dit saint Augustin). Et nous lui appartenons parce que nous sommes créés à son image et à sa ressemblance : parce qu’il nous a donné son intelligence, son amour, une liberté pour le servir. Nous lui appartenons aussi parce que cette « pièce », tombée, salie, dont l’effigie a été défigurée et même effacée par le péché, Il l’a lui-même cherchée, retrouvée et gravée à nouveau à l’image de Dieu. C’est toute l’histoire de notre Salut.

Il faut donc comprendre que Dieu a sur nous tous les droits. Mais nous n’avons rien à craindre de ces droits absolus, car Il n’est pas un maître hargneux ni exploiteur, mais un Père qui nous aime et qui nous a créés pour que nous trouvions le bonheur en Lui. Dieu est Celui qui seul peut nous empêcher de devenir esclaves de César, de l’Etat ou d’une quelconque machinerie collective…

Il faut donc « rendre à Dieu ce qui est à Dieu ». C’est à dire tout lui donner. Il ne s’agit pas de faire deux parts dans notre vie. Nous n’avons rien à craindre de cette remise totale. Mais il s’agit de faire de toute notre vie un moyen d’aimer Dieu, une preuve et une expression de cet amour. César n’y perdra rien et nous rendrons à Dieu ce qui est à Dieu !

Abbé Denis Thouard

Lectures dominicales du 16 octobre 2011