Oct 152017
 

Comment l’Église pourra-t-elle proposer aux hommes de notre société postchrétienne l’incroyable invitation du Père aux noces de son Fils ? Comment faire asseoir cette humanité spirituellement anorexique, et qui dit n’avoir aucun appétit, à la table de ce banquet biblique de viande grasse, de mets succulents et de vins capiteux ? Viande grasse ? Beurk ! Pourtant c’était le morceau de choix de l’Ancienne Alliance. Et le cholestérol ? Me direz-vous ! Si Jésus faisait aujourd’hui la multiplication des pains et des poissons, il aurait des difficultés avec les végétariens, les végétaliens, les végans et autres cœliaques. Du moins, cette dernière est une vraie intolérance. Peut-être, contrairement aux Hébreux, aurions-nous préféré aujourd’hui la manne, plus diététique…

Humour à part, l’affaire de notre salut est très sérieuse et nous concerne tous, car notre éternité en dépend. Dans la parabole de ce dimanche, les invités se dérobent les uns après les autres, refusant l’invitation aux noces et même tuent les serviteurs du Roi. A notre époque, plus que jamais, les hommes ont perdu le goût de Dieu, et non seulement le refusent, mais s’y opposent plus ou moins violemment, en cherchant d’autres festins plus mortifères. Si dans la vie courante, il y a des invitations à des noces dont on se passerait volontiers…celle de Dieu en fait partie, hélas !

Cette parabole évangélique est une sorte de théologie de l’histoire : elle décrit d’une manière allégorique l’événement pascal messianique (les noces du Fils du Roi) :

–  le refus d’Israël aux apôtres envoyés par Jésus (les invités étaient indifférents ou violents

jusqu’à l’homicide)
–  la destruction de Jérusalem en l’an 70 (le Roi courroucé fait périr les homicides et incendie

leur ville)
–  la prédication de l’Évangile aux païens (l’appel de ceux qui se trouvent aux départs des

chemins)
–  enfin, le jugement qui pèse sur l’Église elle-même et sur les nouveaux invités, bons et

mauvais, c’est à dire tous.

Bien entendu, d’autres interprétations sont possibles, car la parabole du festin est un événement passé qui se répète, et ouvre à l’attente du temps eschatologique. Dieu nous appelle tous, qui que nous soyons, et nous le croiserons toujours dans notre vie. Mais, c’est la seconde partie de la parabole qui sonne comme un avertissement pour nous tous qui sommes « dans l’Église », c’est-à-dire qui participons au festin des noces. Le roi exige de ses invités qu’ils se revêtent de la robe nuptiale, que lui-même fournit gratuitement. St. Grégoire nous explique de quoi il s’agit : « C’est nous, frères, qui sommes à table au repas des noces du Verbe, nous qui dans son Église avons déjà la foi, qui nous nourrissons de la sainte Écriture, qui nous réjouissons de voir l’Église unie à Dieu. Voyez, je vous en prie, si vous êtes venus aux noces avec la robe nuptiale, observez avec grande attention quelles sont vos pensées. Examinez vos cœurs sur chaque point. N’avez-vous pas de haine envers quelqu’un ? Le bonheur d’autrui n’allume-t-il pas en vous le brandon de la jalousie ? N’est-ce pas par une malice secrète que vous ne vous hâtez pas de nuire à quelqu’un ? » (Hom. XXXVIII). Ce vêtement de noces est celui que St. Matthieu appelle la Justice, St. Augustin la Charité, mais qui en définitive est la Grâce. Car, être à table de ce banquet, manger le Corps du Christ et boire son Sang présuppose déjà avoir ce vêtement de noces, la vie éternelle commencée en nous par la Grâce, mais ne nous donne pas l’assurance de ne pas être exclus par notre faute et rejetés dans les ténèbres, car le jugement de Dieu porte sur les premiers comme sur les derniers invités. Le dernier verset devrait quand-même nous faire réfléchir : « La multitude des hommes est appelée, mais les élus sont peu nombreux ». Cette affirmation ne justifie aucune théorie de prédestination au mal ; en revanche, il y a une prédestination au bien, car nous sommes tous appelés au salut (1Tm 2,4). Cette sentence de Jésus doit nous inciter à vouloir devenir des créatures sauvées, car ce ne sera pas automatique… À chaque Eucharistie, où nous sommes invités aux noces de l’Agneau, en revêtant le vêtement nuptial de la Grâce – qui nous rappelle tant le vêtement immaculé du baptême – en revêtant le vêtement de l’amour fraternel, du pardon et des bonnes œuvres. Celui qui entre dans cette logique, vit déjà dans le monde futur de Dieu, il vit déjà en « sauvé ». La mort ? Ce ne sera qu’une simple formalité ! Vivons dès ici-bas en « sauvés », et nous le serons réellement pour l’éternité. Amen.

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 15 octobre