Jan 132018
 

Après les fêtes de Noël, nous risquons d’être envahis par une sorte de vague à l’âme, de spleen. L’année 2017 s’est achevée, tristement, comme toutes les autres, malgré le bruit des bouchons de champagne qui sautent, des rires survoltés, et des feux d’artifice sur les Champs-Élysées. La nouvelle année ne s’annonce guère plus joyeuse que la précédente et, en plus, nous nous enfonçons inexorablement dans l’hiver parisien (il y a pire !).

Le soleil n’est plus qu’un lointain souvenir ! Ce qui accroît ce sentiment de mélancolie, c’est la vue des rues jonchées de sapins dont on s’est empressé de se débarrasser, le plus souvent à côté des poubelles, avec leurs branches tournées vers le ciel comme des membres décharnés, suppliant qu’on ait pitié d’eux. Ils ont été pour certains l’image éphémère de la lumière de Noël que l’on devait avoir dans nos cœurs en raison de la naissance temporelle du Verbe de Dieu, ou, tout au moins, des exclamations des enfants ouvrant leurs cadeaux, ou encore, de la douceur de la vie familiale. Fort heureusement, la crèche restera jusqu’au 2 février, pour nous rappeler le vrai mystère de Noël.

A minuit précise, le nouvel an est arrivé, et, dehors, j’ai entendu de nombreux cris ; alors, dans la solitude de ma chambre, je me suis mis à genoux, et j’ai demandé à Dieu d’avoir pitié de nous tous, et à la Sainte Vierge de nous protéger pendant l’année qui venait de commencer. Que voulez-vous, tout le monde sait bien que je suis un optimiste incorrigible, mais, que je sache, l’optimisme n’est pas une vertu ! Le pessimisme non plus d’ailleurs ! L’Espérance, elle, est une vertu, et de surcroît, théologale, car elle a Dieu comme objet. Saint Paul l’unit étroitement à la Foi qui « est la substance des réalités à espérer ; la preuve des réalités qu’on ne voit pas. (Hb 11,1). Saint Thomas d’Aquin l’explique ainsi : « la Foi est un « habitus », c’est-à-dire une disposition constante de l’esprit, grâce à laquelle la vie éternelle prend naissance en nous et grâce à laquelle la raison est portée à consentir à ce qu’elle ne voit pas (S.T. IIa-IIæ q.4, a.1). Le concept de « substance » est donc modifié dans le sens où, par la Foi, de manière initiale, nous pourrions dire « en germe » – donc selon la « substance » – sont déjà présents en nous les biens que l’on espère. Voilà la vertu d’Espérance ! Le Pape François a fait toute une catéchèse sur l’Espérance, « qui est tout autre chose que l’optimisme. L’espérance est un don, un présent de l’Esprit Saint, voilà pourquoi Saint Paul dit qu’elle ne nous déçoit pas, jamais ; pourquoi ? Parce qu’elle a un nom : Jésus ! »

La joie dont on parle tant aujourd’hui, est située à un autre niveau. Quand j’étais enfant, on ne m’en parlait jamais, peut-être parce que nous étions joyeux sans le savoir et avec peu de chose. Mais comment se réjouir dans un monde surtout fait de mauvaises nouvelles ? Bien que, de temps à autre, quelques-unes soient bonnes quand même ! Dans le sacrement de pénitence, je rencontre de nombreux fidèles, scandalisés du fait que le mal existe et que Dieu ne l’empêche pas. Ils doutent alors que Dieu soit vraiment bon et se révoltent contre Lui. En tout cas, ils ne lui font pas confiance : sait-on jamais ce qu’Il peut nous demander… Bien entendu, Dieu a bon dos, il est patient et miséricordieux, mais, de grâce, arrêtons de faire les enfants gâtés, car, dans ce cas, il y a un véritable problème de foi. Protester contre Dieu au sujet de la justice ne sert à rien. Un monde sans Dieu est un monde mortifère et sans espérance. Un monde qui s’acharne à légiférer sur l’avortement, l’euthanasie, le suicide assisté, la contraception, le refus de la maternité, et j’en passe, exprime le refus de la vie dans tous ses états : la mort y règne !
Alors que Jésus est venu nous apporter la vie, la vraie, et que nous l’ayons en abondance ! Il y a un mois, en Italie, juste avant la fin de la législature, le parlement s’est empressé de voter une loi sur le « testament biologique », joli mot pour désigner l’euthanasie. En cas d’hospitalisation, il faudra faire attention de ne pas cocher la case qui signerait votre condamnation à mort… Comment vont faire les hôpitaux catholiques qui sont nombreux en Italie ? La clause de conscience du médecin n’a même pas été prévue. Un livre prophétique italien édité en 1985 m’a beaucoup marqué : La raison, avait-elle tort ? de Massimo Fini. Ce dernier fait une critique acerbe de la modernité et de la société technologique issues des Lumières. Il termine en disant que l’humanité sera tellement désespérée d’elle-même, de sa vie complètement absurde, qu’elle aura envie de s’anéantir… mais ce n’est pas le cupio dissolvi de Saint Paul, qui voulait partir, s’anéantir, mais pour être avec le Christ (Ph 1, 23-24). Sans Jésus Christ, il n’est pas de remède contre l’ennui de la vie, le vieillissement inéluctable, les tourments du cœur, le mal de vivre et la souffrance. Sans Dieu, tout est absurde ! « Tu nous as fait pour Toi et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi. » (St Augustin, Confessions I, I, 1).

Les chrétiens ne livrent donc aucune bataille « intégriste » contre le soi-disant progrès social ; nous sommes la conscience du monde : nous ne luttons pas pour nous, pour notre survie ; désormais notre bataille est aussi une bataille pour la Vie contre la mort ; nous luttons contre l’auto-anéantissement du monde. Seigneur, espérant contre toute espérance, « donne-moi la force de Te chercher, ô Toi qui m’a permis de Te trouver, et qui m’a fait espérer Te trouver davantage. » (Saint Augustin, La Trinité XV, 28, 51).

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 14 janvier