Avr 212017
 

C’est après avoir vécu intensément le Vendredi saint et le silence plein d’espérance
du Samedi saint que nous pouvons goûter davantage les joies spirituelles du matin de
Pâques, le plus beau matin depuis le commencement du monde : « Voici le jour que le
Seigneur a fait, passons-le dans l’allégresse et dans la joie » (Ps 117, 24) ; le « Jour » par
antonomase, plus beau que le premier matin du monde, vers lequel toute l’histoire
humaine converge, et sur lequel toute notre Foi est fondée. Le deuxième matin sera
celui sans fin de la Jérusalem céleste. La Résurrection du Christ est la raison d’être
même de notre Foi : si Jésus est ressuscité, moi aussi je ressusciterai un jour. C’est
justement parce que ce jour de Pâques est le plus saint de tous, que l’Église nous avait
demandé une salutaire purification pendant le Carême, afin de mieux nous préparer à
la rencontre du Christ ressuscité avec un coeur purifié des souillures du péché, et ainsi
entrer dans la lumière de la résurrection.
Mais, les quarante jours qui, chaque année, nous sont donnés pour considérer les
tristes conséquences du péché, laissent maintenant la place aux cinquante jours du
temps pascal. Car, le Vendredi et le Samedi saints avec leur dramatique réalité de la
mort salvifique du Fils de Dieu, ne furent pas le dernier mot de la vie de Jésus. Sa mort
ne fut pas suivie par le silence absolu de Dieu. Le Fils éternel du Père ne devait pas
rester la proie de la mort. En Lui, qui s’était dit « Vie » (Jn 5,26), la « Résurrection » (Jn
11,25 s.) et la « Lumière de la vie » (Jn 8,12), la mort est vaincue et nous le rencontrons
dans le mystère pascal. L’antique séquence de Pâques Victimae Paschalis laudes, dit : « La
mort et la vie se sont affrontées dans un duel prodigieux : le Maître de la vie est mort ; vivant, Il
règne ». La mort est donc vaincue, anéantie par la puissance et la plénitude de la vie
divine du Christ ; la mort, entrée dans l’humanité sainte du Fils de Dieu, immergée
dans l’océan de vie qui est en Dieu, meurt, et devient porteuse de vie : « Notre Seigneur
Jésus Christ, en ressuscitant, dit saint Augustin, a rendu glorieux le jour qu’il avait rendu
funeste en mourant ». Alors, c’est à raison qu’une antienne des laudes du Samedi saint
tirée d’Osée (13,14) chante: « O mors, ero mors tua », Ô mort, je serai ta mort ! La mort
n’est donc pas immortelle, mais…mortelle, et débouche à cette source intarissable de
Vie qu’est le Christ ressuscité.
Il nous reste maintenant à vivre de cette Vie du Christ, à vivre en ressuscités. Car,
le Fils de Dieu s’est abaissé, s’est penché sur nous, jusqu’aux recoins les plus sombres
de notre âme pour l’illuminer, il nous tend sa main pour nous tirer vers Lui dans la
lumière de sa Résurrection. Le mystère pascal ne s’épuise donc pas dans la souffrance
et la mort de Jésus – bien que la croix sera toujours présente dans notre vie – mais s’épanouit pleinement dans la gloire du Christ ressuscité. Pâques, n’est pas l’heureuse
issue d’une belle histoire, d’un conte de fées, mais le commencement d’une nouvelle vie
avec le Christ qui aboutira dans la vie éternelle. « Si donc vous êtes ressuscités avec le
Christ, recherchez les choses d’en haut, où le Christ demeure assis à la droite de Dieu;
affectionnez-vous aux choses d’en haut et non aux choses de la terre : car vous êtes morts, et
votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous
apparaîtrez, vous aussi, avec Lui dans la gloire » (Cl 3,1-4). Cette lumière divine qu’Il nous a
fait percevoir lors de sa Transfiguration, et qui la nuit de Pâques aveugla les gardes
veillant au sépulcre, a traversé le temps et l’espace, et resplendit à présent dans notre
âme pardonnée et justifiée par la Grâce. Voila pourquoi, après la via crucis de la
Passion du Christ, il nous faut désormais parcourir la via lucis, le chemin de lumière,
avec Lui, avant-goût de la vie éternelle. Cette lumière divine continue à déchirer les
ténèbres de la mort, à porter au monde la splendeur de Dieu, la splendeur de la Vérité
et du Bien. Mais, gardons-nous à ne pas retourner dans les ténèbres de la mort par une
conduite indigne. Étant pardonnés, sauvés et illuminés, le Christ nous attend au bout
de notre vie, mais, en même temps, Il marche avec nous vers des cieux nouveaux et une
terre nouvelle (Ap 21,1). Certes, dans notre vie il y aura toujours de la joie et de la
douleur, sur notre visage il y aura toujours des sourires et des larmes, ainsi est notre vie
terrestre, mais par la Grâce nous sommes déjà des citoyens du Ciel, appelés à vivre en
plénitude la vie éternelle avec Dieu dès ici-bas : c’est la Bonne Nouvelle du message du
Christ : Jésus ne nous attend pas en Galilée, mais au Ciel.

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 23 avril