Nov 222013
 

Devant la croix les gens disent plutôt « Si tu es le Roi, sauve toi toi même » c’était déjà au désert la parole du diable « montre ta puissance de Messie » le diable n’avait rien obtenu. Voilà une nouvelle occasion. Quand Jésus va mourir. Le Roi des juifs se laissera-t-il tuer ? Ce qui est essentiel dans le mystère du Christ ne peut pas être identifié à un conflit de pouvoir temporel. Dire que Jésus est le Maître, le Messie, le Roi contient beaucoup de vérité mais pas toute la vérité. On ne peut pas imaginer le Royaume de Dieu comme la projection – même portée à l’infini – de nos royaumes et de nos royautés.

D’ailleurs, à cette époque le terme de roi n’a rien à voir avec nos royautés. Il n’y a pas de roi dans l’empire romain. Seulement des lieutenants – révocables – de l’empereur. Mais pour un juif, le roi c’est le Messie qu’on attend, que Dieu va consacrer comme David pour qu’il délivre le peuple élu. Le tribunal de Caïphe condamnera Jésus à mort parce qu’on ne veut pas de ce roi là. Pourtant Jésus est notre Roi. Non pas à cause de nos acclamations ni des légions d’anges qui pourraient l’accompagner. Les premiers chrétiens n’ont pas vénéré Jésus comme Roi mais comme « kyrios » « Seigneur » comme on invoque Dieu.

Jésus est-il comme un roi l’emblème d’un pays ou le délégué d’un pouvoir politique qu’aujourd’hui personne ne respecte plus ? Moi, pourra dire Jésus, mon royaume c’est le monde entier avec les inconnus, les étrangers, les barbares et les élites, les riches et les pauvres et tous ceux qui ne servent à rien. Le royaume de Jésus est partout où sont « tous ceux que le Père lui a donnés ». Il n’y a pas de castes privilégiées. Il est bien le Roi mais il nous dépouille des petites royautés qui nous enferment dans leur pouvoir. Saint Paul dira (2ème lecture) «  Tout lui a été donné pour qu’il soit le premier, la tête et que tout soit réconcilié en lui ».

Jésus est Roi. Non pas comme un drapeau qui représente l’unité de la nation. Jésus dans sa Personne même est l’unité de toute l’humanité qui a été et qui viendra. C’est en lui que peuvent se réconcilier les générations, les cultures, les désirs et les bonheurs de tous. C’est en lui aussi que sont comprises et apaisées et guéries nos souffrances. Et cela va sans doute bien au-delà de notre courte vue. Il est le point de convergence de l’immense orbite de la création.

Pendant près de mille ans le christianisme a suscité une immense sainteté et l’humanisation profonde de l’Europe. Mais il a cru – d’une certaine façon – prolonger la politique et l’organisation de l’empire romain. La foi doit avoir un tout autre rapport avec la gestion de la chose publique. L’Esprit Saint nous fait entrer avant tout dans le Cœur de Dieu. Il laisse les politiques gérer l’économie et la société. Et l’Eglise a la mission d’intervenir pour la dignité de l’homme et la responsabilité de la vie à tous les niveaux. A temps et à contre temps.

Pour Jésus rien n’est plus sacré que la personne humaine et l’ensemble de l’humanité qui appartient à Dieu. Ni la tradition, ni le patriotisme, ni l’histoire, rien de tout cela n’est plus important que de sauver la vie d’une personne humaine qui appartient au Christ. La religion de Jésus n’est ni royale, ni démocratique, ni rien d’autre. Et rien d’autre pour chacun de nous n’est royal que de nous accueillir et de nous entraider. « Vous êtes dans le Royaume », dit Jésus « quand j’avais faim et que vous m’avez nourri… ».

La foule se moque de ce Roi crucifié. Lui qui est « de condition divine » il accepte de n’être plus que celui qui n’a besoin que de son Père et qui n’a plus qu’un seul ami : un criminel qui meurt à côté de lui. Ils vont se parler comme des frères. Le bon larron appelle Jésus par son nom « Jésus » ce que les apôtres n’ont jamais osé faire… il lui parle comme à celui qui partage la même souffrance. Jésus n’est pas le Roi des rois. Il n’est que Jésus qui va mourir. Et le bon larron ne demande que de rester à côté de Jésus. Jésus lui dit « Je t’emmène avec moi dans mon royaume ».

Dieu s’est vidé en Jésus de sa divinité et de sa royauté sur cette croix. Et c’est l’Agneau immolé que nous voyons maintenant plutôt que le « Lion de Juda ».

Abbé Georges Périé

Lectures dominicales du 24 novembre