Fév 072014
 

Après la proclamation des Béatitudes, Jésus nous révèle l’identité profonde du disciple : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ». Vous êtes ! et non pas vous devez être !, car c’est une condition qui est déjà en nous et nous pouvons en vivre. Pourtant le sel et la lumière ont deux aspects opposés :

On ne voit pas le sel, il est caché dans les aliments, mais on le ressent, on le goûte, on le perçoit. Avez-vous essayé de manger du pain sans sel ? On le reconnait tout de suite ! Le disciple de Jésus doit donc savoir donner de la saveur à toutes les choses, même les moins agréables ; Donner un sens aux réalités de la vie qui sont souvent banales ou avilissantes, donner un but supérieur pour lequel vaille la peine de vivre. Pline disait « Nihil sole et sale utilius », il n’y a rien de plus utile que le soleil et le sel. Dans l’antiquité, on payait les ouvriers avec du sel, le salaire, justement. De même, dans l’ancien rite du baptême on met un peu de sel béni sur les lèvres de l’enfant, qui signifie la sagesse, car elle nous fait « goûter » Dieu. St Paul dans la 1ère lettre aux Corinthiens dit ne pas être venu annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage humain ou de la sagesse (humaine), car il est une autre sagesse, celle de Dieu, cachée au monde comme le sel, et révélée par la lumière de l’Esprit Saint. Seuls ceux qui sont éclairés par l’Esprit de Dieu peuvent comprendre cette sagesse. Et quelle est cette « Sagesse », si ce n’est «  le Christ crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, soit juifs, soit Grecs, vertu de Dieu et sagesse de Dieu ? »  (I Cr 1,20-25). Mais si le sel perd sa saveur, il ne sert plus à rien ! Quand-est ce que je ne suis plus sel ? Lorsque je n’ai plus la saveur du Christ en préférant le goût du monde. La saveur du Christ est l’amour humble qui donne sa vie.

En revanche la lumière on la voit, et comment ! La lumière nous permet de percevoir la réalité, les couleurs, la beauté des choses. La lumière de Dieu nous permet de voir les choses telles qu’elles sont vraiment, au-delà de la réalité sensible, voir la beauté spirituelle. Elle aide notre conscience à distinguer le bien du mal. A moins de fermer les yeux pour ne pas voir…De même que le sel ne se voit pas, mais se goûte, de même la lumière doit être vue : il ne faut pas la cacher sous un boisseau. Etre la lumière du monde, veut dire éclairer les ténèbres, l’obscurité de nos jours mornes et creux. C’est être un phare pour tous ceux qui voient leur vie faire naufrage, sombrer dans les ténèbres. C’est transmettre la vraie lumière qui permet au monde de s’orienter et de se diriger vers le Christ. Nous, nous sommes la lumière du monde non par notre vertu, mais parce que nous avons été illuminés par le Christ Jésus. Nous reflétons donc la lumière du Christ : «  Car autrefois vous étiez ténèbres, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Marchez comme des enfants de lumière. Or de la lumière a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité » (Eph 5, 8-9).

Le disciple doit être alors comme une lumière bienfaisante et joyeuse, qui ne se pose pas simplement sur les tristes réalités de ce monde, mais les transforme et les fait resplendir comme un soleil, pour citer Isaïe : « Si tu donnes de bon cœur à celui qui a faim, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi ». Ste Thérèse de l’Enfant Jésus avait compris cela : « Ah ! je comprends maintenant que la charité parfaite consiste à supporter les défauts des autres, à ne point s’étonner de leurs faiblesses, à s’édifier des plus petits actes de vertus qu’on voit pratiquer, mais surtout j’ai compris que la charité ne doit pas rester enfermée dans le fond du cœur. » (Ms C, 12r°). Les disciples du Christ, les vrais, peuvent être persécutés et mis à mort, mais sans eux, il n’y aurait dans le monde ni saveur ni lumière.

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 9 février