Mar 182017
 

Nous continuons notre chemin de Carême en compagnie de Jésus. Du désert de la
tentation à la lumière divine du Thabor, nous voici au puits de Jacob, où a lieu la
rencontre d’une rare beauté et d’une grande profondeur avec une femme samaritaine.
Jésus a soif et demande de l’eau : « donne-moi à boire », dit-il à la femme venue puiser de
l’eau. Jésus a soif, une soif physique, certes, mais ce « j’ai soif » (Jn 19,28) de Jésus coïncide
avec sa faim : « ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jn 4,34) ; Il a soif
de nos âmes, dont celle de cette femme que Jésus, par une pédagogie toute divine, amène
peu à peu à réfléchir sur sa croyance erronée et son état moral, puisqu’elle a eu cinq maris
et que celui qu’elle a actuellement n’est pas le sien. Il veut l’amener à la vérité, à l’unique et
véritable Epoux de nos âmes, c’est-à-dire à Lui, à Celui qui est devant elle.
Au départ, la femme est sceptique et un rien provocante : elle fait allusion à l’hostilité
entre juifs et samaritains. « Si tu savais le don de Dieu… » lui répond Jésus. Dans l’Évangile
de Saint Jean, le don de Dieu par excellence c’est l’Esprit Saint qui révèle aux hommes la
vérité de Dieu et de son amour, la Vérité tout entière. Jésus lit dans l’âme de cette femme.
Il la prend presque par la main, comme un père le ferait pour son jeune enfant, pour
l’amener à reconnaître son état et reconnaître Jésus, d’abord comme prophète, et ensuite
comme le Messie. Jésus n’est pas venu pour juger, mais pour sauver. Pourtant, le dialogue
entre Jésus et cette femme est toujours en décalage : face aux paroles apparemment
énigmatiques de Jésus, elle répond d’une manière encore trop terre à terre, prisonnière du
sensible, ne saisissant pas le vrai sens de ce que veut dire Jésus. L’eau que Jésus veut lui
offrir est une eau qui deviendra en elle une intarissable source d’eau pure et jaillissante
pour se convertir et entrer dans la vie éternelle.
En la Samaritaine, nous retrouvons chacun de nous dans notre rencontre avec le
Christ, qui, avec son regard miséricordieux, pénètre notre âme malade pour nous faire
reconnaître notre état. C’est le premier pas vers la conversion. Très souvent, dans notre
rapport avec Dieu, nous semblons tricher, ne pas lui dire la vérité, nos peurs, nos
angoisses. Il faut que la lumière du Christ pénètre dans tous les plis, les anfractuosités,
dans toutes les plaies de notre âme en souffrance. Laisser Jésus poser son regard sur nous,
lui faire voir et feuilleter le livre de notre vie, telle qu’elle est, sans fausse honte, la relire avec
Lui, à la lumière de son regard si plein d’amour et de miséricorde et se laisser toucher par
Lui. Alors, de notre misère, Il fera jaillir l’eau vive de la Grâce qui purifie et sanctifie.
Mais la soif d’âmes de Jésus est immense, et dans la moisson qui mûrit au soleil, Il voit
l’humanité entière qui attend le Salut, sa Grâce, puisque c’est pour cela qu’il est venu, pour
nous sauver et donner sa vie, «pour que nous ayons cette Vie en abondance » (Jn 10,10). En
chacun de nous, il y a un mystère de miséricorde. Ah ! Si pendant notre vie nous pouvions
nous aussi rencontrer Jésus près d’un tel puits ! Peut-être sommes-nous près d’un puits à
l’eau empoisonnée avec laquelle nous croyons étancher notre soif de vivre, notre soif de
bonheur et d’amour ou je ne sais quelle autre soif inavouable. Souvent, on se laisse tenter
par de l’eau souillée que l’on nous offre à boire, ou bien nous ne recherchons que des citernes d’eau malsaine et putride, au lieu de dire avec le psalmiste « comme le cerf soupire
après les sources d’eau, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu » (Ps 42,3). Si nous connaissions
vraiment la valeur du Don de Dieu, qu’elle serait notre reconnaissance envers Notre
Seigneur ! Car de Lui vient toute grâce comme le dit Saint Jean : «… c’est de sa plénitude,
que nous avons tout reçu, et grâce sur grâce » (Jn 1,16) ; Qu’est-ce que la Grâce ? C’est le don
de Dieu par lequel « …l’homme, par la nature de son âme, participe de la nature divine, selon une
certaine ressemblance, par le moyen d’une régénération ou d’une création nouvelle» (Saint
Thomas d’Aquin, S.T. I-II, q. 110, a. 4). La Grâce transforme la nature humaine
radicalement. « Quiconque est dans le Christ est une nouvelle créature » (2 Co 5,17). « La grâce
est une participation à la vie de Dieu, elle nous introduit dans l’intimité de la vie trinitaire : Par le
Baptême le chrétien participe à la grâce du Christ, Tête de son Corps. Comme un fils « adoptif « , il
peut désormais appeler Dieu  » Père « , en union avec le Fils unique. Il reçoit la vie de l’Esprit qui
lui insuffle la charité et qui forme l’Église ». Certes, nous restons toujours faibles et imparfaits,
mais nous avons tous les moyens pour devenir des saints. Par cette Grâce, nous sommes
déjà « citoyens du ciel » (Ph 3,20), vivants déjà de la vie même de Dieu. Chaque année, le
Carême est justement l’occasion de faire cette rencontre privilégiée avec Jésus. Il se laisse
toujours trouver par ceux qui le cherchent sincèrement. Il suffit de s’asseoir à côté de ce
puits inépuisable, de cette source intarissable de grâces qu’est le Coeur de Jésus, et de
s’abreuver du Don de Dieu.

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 19 mars