Mai 112018
 

Le 23 avril dernier, le jour même où le Prince Louis de Cambridge est né, un autre enfant a été condamné à mort, et à une mort lente, par un juge qui avait déclaré sa vie « futile » : ce petit enfant s’appelait Alfie Evans, 23 mois, qui souffrait, parait-il, d’une grave maladie neurovégétative, mais sans qu’aucun diagnostique n’ait été fait. Pour le premier, de nombreuses personnes ont attendu jour et nuit à l’entrée de l’hôpital pour être au premier rang lors de l’annonce de la naissance du petit prince. Pour le deuxième, devant un autre hôpital, et dans le monde entier, on priait et on espérait, puisque la loi britannique avait statué que pour son « best interest » on devait interrompre les soins. Ainsi va le monde : est-il injuste ? Oui, mais heureusement, il y a une justice divine…Il y a des enfants qui meurent tous les jours, hélas, mais faut-il que ce soit par injonction de justice et avec l’interdiction de porter l’enfant à la maison (pour mon père mourant, j’avais signé une décharge pour qu’il meure en paix chez-lui), ou même dans un autre hôpital, puisque l’Hôpital de l’Enfant-Jésus de Rome était prêt à l’accueillir, pour essayer de trouver d’autres traitements. Pour cela, on lui avait même donné la nationalité italienne ; les Italiens, on le sait, ont le cœur plus tendre que les britanniques ! Le Pape et le Président polonais Andrzej Duda ont intercédé en sa faveur. Hélas, puisque Alfie avait été condamné à mort, il fallait donc que « justice » soit faite : on lui a enlevé l’oxygène, l’hydratation, la nourriture. Or, contre toute attente, il a continué à respirer pendant quatre jours, avec interdiction de continuer les soins. Un barrage policier empêchait même qu’on puisse l’aider. On espérait un miracle et des veillées de prières ont été organisées de par le monde. Ce qui est suspect, c’est qu’en ayant suspendu tout traitement et son état étant stable, on lui ait administré quatre médicaments deux heures avant qu’il meure le 28 avril. J’ai oublié de vous dire qu’il était catholique et baptisé. Cependant un miracle s’est produit : celui de révéler la pensée de beaucoup de cœurs, et la prise de conscience sur ces sujets si importants. En cette période des états généraux de la bioéthique, où deux conceptions de l’homme s’affrontent, le cas d’Alfie est emblématique : il y a bien eu un acharnement, un acharnement euthanasique. Notre société est devenue une société mortifère qui se charge de nous étourdir par les vices et les activités ludiques afin de nous supprimer quand on ne sert plus à rien. L’écrivain- philosophe anglais Aldous Huxley (1894-1963), dit que « la dictature parfaite aura le semblant de la démocratie, d’une prison sans murs où les prisonniers ne rêveront jamais de fuir. Un système d’esclavage où, grâce au consumérisme et au divertissement, les esclaves aimeront leur esclavage ». Ne vivons-nous pas dans une société hédoniste, dans une recherche effrénée de paradis artificiels, comme pour fuir la réalité ? Certes, avec les progrès de la médecine nous sommes confrontés à de nouvelles problématiques, mais comment les traiter ? Par exemple, l’État doit-il décider contre l’avis des parents ? Ou bien, ceux qui ont l’autorité parentale, ont-ils un droit de vie ou de mort sur leur enfant, comme l’avait le père dans les sociétés pré-chrétiennes ? Il suffit de voir les abus qui se font en Belgique et en Hollande au sujet de l’euthanasie. Avec l’eugénisme, le malthusianisme (T. Malthus était un pasteur anglican), l’avortement post-natal, qui est déjà préconisé et pratiqué discrètement, la GPA, la PMA, l’euthanasie, etc. les « heures sombres de l’histoire », dont on parle tant, ne sont pas si éloignées que cela. Êtes-vous déprimés ? Aucun problème, faites appel à des associations et un ange de la mort très « compatissant » sonnera à votre porte avec un breuvage mortel. Le Pape François a déploré la culture du déchet qui imprègne notre société : vieillards, malades, porteurs de handicap et personnes inutiles à la société, gare à vous ! La personne humaine doit-elle se définir uniquement par son corps, juste de la matière, un simple amas de cellules, comme on traite d’ailleurs les fœtus ? Les lois de bioéthique qui vont être votées dans un futur proche, le seront par des députés pour la plupart sans Foi, ni principes moraux sains. Sous couvert de laïcité, ils vont expurger des lois le peu qui reste de l’éthique chrétienne et du droit naturel. N’oubliez pas que c’est notre vie et celle de nos enfants qui sont en jeu, car à l’horizon se profile une société cauchemardesque, inhumaine. La Loi de Dieu change-t-elle selon la perception des hommes ? La Parole de Dieu est-elle réformable selon les époques, comme semblent le faire entendre certains ? Regardez l’état des autres dénominations chrétiennes en Europe du Nord : elles se sont diluées dans le monde comme du sel qui a perdu sa saveur ! A quoi bon alors continuer de croire et pourquoi ? On parle de plus en plus de l’insignifiance des catholiques dans la société, et pour cause : à force de cacher le « levain dans la pâte », par une certaine idéologie de l’« enfouissement» nous avons creusé notre propre tombeau. Il n’y a plus seulement de pensée « liquide », c’est la Foi qui s’est…évaporée ! Doit-on mettre la lumière sous le boisseau ? (Mt 5,14) ; Ne doit-on pas crier sur les toits ce que nous entendons au creux de l’oreille ? (Lc 12,3). Les positions de certains mouvements soi-disant catholiques sont symptomatiques d’une grave crise morale et doctrinale. Récemment, le gouvernement de la Bavière a demandé qu’il y ait une croix dans tous les établissements publics : au-delà des fins politiques, faut-il que des évêques y soient opposés ? Il semble que oui. Sans tarder, il nous faut se poser cette question : comment en sommes-nous arrivés à une telle situation dans l’Église ? Les premiers chrétiens vivaient dans une société analogue à la nôtre, mais n’essayaient pas d’imiter les païens, ni de pactiser avec leurs mœurs, comme on le fait aujourd’hui, hélas ! Tous n’étaient pas saints, certes, mais en général, ils avaient une Foi plus forte que la nôtre. Voici ce que dit la lettre à Diognète, texte de la fin du IIe siècle :

« Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes…Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens…Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés…Ils sont dans la chair, mais ne vivent pas selon la chair… ». Et la Didaché (avant 130 ap. J.C.) : « Tu ne tueras point d’enfants, par avortement ou après la naissance » et exhorte à ne pas suivre l’exemple des païens qui sont : « persécuteurs des hommes de bien, ennemis de la vérité…qui n’ont pas de pitié pour le pauvre et ne se mettent pas en peine des affligés…meurtriers d’enfants et meurtriers par avortement des créatures de Dieu… ». Cela ne veut pas dire que les chrétiens étaient ou soient sans péchés, loin de là, mais du moins nous ne les justifions pas devant Dieu. Peut-être, les Iers chrétiens étaient un peu avantagés par rapport à nous, car les païens étaient religieux, et il était peut-être plus facile de démonter leurs mythes absurdes que de convaincre l’homme moderne de son vide spirituel abyssal. Il y a quelque temps, un tag sur un mur disait : « les dieux reviennent !». Oui, le « sommeil de la raison engendre des monstres » (titre d’une eau-forte inquiétante de Goya, 1799), mais pas dans le sens que lui donne la philosophie déiste et anticatholique des « Lumières ». Le sommeil de la religion aussi engendre ses « monstres ». Jésus est venu nous en libérer. Le monde n’est plus chrétien, certes, et c’est aussi de notre faute. Comme je l’avais déjà dit dans un précédent édito, les chrétiens désormais ne luttent pas seulement pour eux-mêmes, mais pour la survie de l’homme, ils sont la conscience du monde. Notre vision du monde n’est pas une vision parmi d’autres, une opinion, un prétexte pour donner un sens à la vie, un rêve. Non, c’est la réalité, car Dieu est ! « N’ayons pas peur ! »

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 13 mai