Jan 122019
 

Tous les mystères de notre Foi sont empreints d’une grande beauté, divine et humaine à la fois, comme par exemple ceux du cycle de Noël que nous vivons actuellement, mais aussi chaque page d’Évangile

La raison en est que notre religion est la « religion de l’Incarnation » : Jésus-Christ est l’image du Dieu invisible. Dieu est Vérité, Bonté et Beauté infinies : « Beauté ancienne et toujours nouvelle », dit St Augustin, « …parce que Dieu est beau, le Verbe auprès de Dieu est beau, dans le sein de la Vierge Marie il est beau, où sans perdre la divinité a assumé l’humanité ; Le Verbe devenu enfant dans les bras de sa Mère est beau. Dans ses miracles, comme dans sa Passion, et dans sa justice […]Beau sur la terre, beau dans le ciel ».

Voilà pourquoi l’art chrétien qui essaye de reproduire l’Incarnation dépasse en quantité, en diversité de styles et en qualité n’importe quel autre. Voici ce que le grand Chesterton dit, non sans un brin de provocation, au sujet de l’Épiphanie : « Les trois Mages arrivèrent à Bethléem en apportant de l’or de l’encens et de la myrrhe. S’ils avaient apporté seulement la Vérité, la Pureté et l’Amour, il n’y aurait eu ni art, ni civilisation chrétienne ». Pourquoi ? Parce que cela aurait été trop abstrait. L’une des grandeurs et des beautés du Christianisme se trouve dans l’importance qu’on donne au « signe », qui ne se réduit pas à une simple abstraction ou intellectualisation. Au contraire, le Christianisme exige que le mystère soit manifesté à travers ce qu’on peut voir, toucher et contempler. Les Apôtres n’ont fait que cela « ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons… » (1Jn1,3), ils ont vu, écouté, touché Jésus. Voilà pourquoi Jésus a voulu la « matière » dans les sacrements, qui sont des signes sensibles. L’adoration aussi se fait par la beauté du lieu, de la liturgie, des objets, des signes, des gestes empreints de vénération et de respect, une musique digne, sans mondanité, etc.

C’est pourquoi, le Christianisme a pu produire une culture chrétienne et donc une civilisation. Il a engendré la beauté, dont la plus grande idéalisation de l’humanité est l’Immaculée Conception : « Tota pulchra, Vous êtes toute belle, ô Marie ». Cette beauté s’est toujours traduite par l’art sacré, malgré le clergé actuel qui, en général, n’a plus le goût du beau, loin s’en faut ! Mais, rassurez- vous, les fidèles, pour la plupart, non plus ! Enlevez des musées l’art chrétien, il restera peu de choses. Notre époque, que transmettra-t-elle à la postérité ? De la laideur, dans l’espoir qu’elle soit éphémère…

La soi-disant « église des pauvres » paraît être un mythe qui souvent tient plus d’une construction intellectuelle et idéologique, teintée d’une fausse « archéologie religieuse ». Regardez la beauté de l’architecture et de l’iconographie paléochrétienne. Il me vient à l’esprit le baptistère Néonien, dit des « Orthodoxes », à Ravenne, qui est d’une beauté sublime. Devrions-nous priver les pauvres de toute beauté religieuse et spirituelle ? Bien souvent, c’est la seule beauté qui leur reste et qui leur appartienne. Lorsque les Mages ont offert des présents somptueux, la Vierge Marie ne les a pas déclinés en disant de les donner aux pauvres. C’est Caïn qui offrait des rebuts à Dieu, « signe » de ce qu’il avait dans son cœur. De même, Judas aurait voulu vendre le parfum de Nard précieux dont Marie de Béthanie avait oint les pieds de Jésus, pour en donner le prix aux pauvres, mais en réalité pour s’en approprier. Pour le pauvre St Curé d’Ars, il n’y avait rien de trop beau pour célébrer dignement le Saint-Sacrifice de la Messe. Rappelons-nous l’écrivain Paul Claudel qui, alors qu’il attendait un ami au fond de la cathédrale Notre-Dame de Paris, retrouva la foi en entendant, par hasard, une chorale d’enfants chanter le « Magnificat ». Ces voix angéliques lui ouvrirent le chemin d’un retour à Dieu.

L’ancienne et vénérable Messe papale, aujourd’hui disparue, a converti beaucoup de monde par la beauté et la majesté du rite qui ressemblait plus à une liturgie céleste qu’humaine. La liturgie d’ici-bas est, en effet, à l’image de celle du Ciel. Il est évident que la beauté d’une liturgie n’est pas que dans le « décorum », c’est-à-dire la beauté des objets, des vêtements servant au culte, ni uniquement dans la beauté de l’intérieur de l’église, des vitraux. Il y a aussi les attitudes des célébrants et des fidèles, ce qui implique une attitude de recueillement et surtout les dispositions intérieures, sans lesquelles tout serait une coquille vide. Malheureusement, trop souvent les liturgies ne laissent que très peu de place au recueillement, à l’adoration, au silence, qui lui aussi est beauté. Puisque nous sommes un composé d’âme et de corps, les deux doivent participer à l’adoration, au culte de Dieu. Ce qui me désole le plus, c’est de voir dans les médias des Messes qui, trop souvent, ressemblent à un véritable cirque, avec des prêtres accoutrés en clown et des danses absurdes. Pour ne pas parler des concerts rock dans les églises, des soirées halloween, des réveillons et des banquets, mode qui se répand en Italie : si la messe n’est qu’un repas, alors tout est permis…

De savants ecclésiastiques m’ont vanté le mysticisme du béton armé. Je veux bien, Sainte Odile en est un exemple bien réussi, mais lorsque je vois la laideur de certaines églises modernes, à l’architecture post industrielle, une angoisse m’étreint le cœur : elles sont aseptisées, dépouillées, tristes, cauchemardesques et me donnent un sentiment de désolation. La perte du sens du sacré estompe la différence entre le bien et le mal, le vrai et le faux, le fas et le nefas latins, c’est à dire ce qui est ou n’est pas permis, en confondant le bien avec le mal !

Oh certes, la laideur n’est pas la pire chose que nous vivons aujourd’hui, mais un symptôme, un « signe » inversé de la perte de la Foi. Beaucoup se disent catholiques mais non pratiquants : je ne comprends pas trop ce que cela veut dire. D’autres affirment doctement : je suis catholique, mais je ne crois pas à la Divinité de Jésus Christ, à la Présence réelle dans l’Eucharistie, à l’Immaculée Conception, à l’Église, parce qu’elle est intolérante, etc.

La Foi n’y est plus. A quoi croient-ils ? A la « tolérance » ! Elle est devenue vertu suprême, alors que l’Évangile ne la cite même pas. D’après Chesterton, elle est « la vertu des hommes sans convictions », qui, de surcroît, n’aiment pas la dissension et sont donc intolérants à leur tour. Le fameux évêque américain Fulton Sheen avait dit : « La tolérance se transformera en indifférence entre le bien et le mal ». Il faut toujours adorer Dieu en esprit et en vérité, et la vraie beauté nous fait contempler la beauté incréée de Dieu.

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 13 janvier