Mar 192016
 

S’adressant aux chrétiens de Corinthe qui se disputaient entre eux pour avoir des fonctions et des responsabilités prestigieuses dans la communauté chrétienne, Paul leur dit: « Nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais pour les élus, aussi bien Juifs que Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu . Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes» (1Co 1,23). Saint Paul parle souvent de la Croix. Mais, quel sens a-t-elle, la Croix, aujourd’hui ? Quel sens a-t-elle pour nous ? Faut-il en avoir honte au point de la cacher comme un objet d’opprobre ? Il est vrai que dans l’Église primitive on ne la représentait pas trop, puisque c’était un instrument de supplice encore utilisé. Mais, déjà nous trouvons à Pompéi et à Herculanum, avant 79 après J.C, date de leur destruction, des croix en forme de T, le Tau en grec. Plus tard, on la montrait gemmée, glorieuse, comme dans la mosaïque de Sainte Pudentienne à Rome (fin IVe siècle). La plus ancienne image de Jésus crucifié, est sans doute celle qui se trouve sur une plaque de bois de la porte de la basilique Sainte Sabine de Rome (milieu du Ve siècle). C’est grâce à la spiritualité franciscaine de la Passion (Saint François était stigmatisé) et des mystiques (Sainte Brigitte), qu’il y a eu un essor de la dévotion de la Sainte Humanité de Jésus et de la Passion, surtout à partir du XIVe siècle et pendant la Contre-réforme (fin XVIe-XVIIe siècle), empreint d’une rhétorique dramatique et de dolorisme, qui est, peut-être, un peu loin de la sensibilité de notre époque.

A moins que cette froideur ne soit due à notre manque de Foi et d’amour envers Notre Seigneur…Nous, qui pleurons sur n’importe quoi, en regardant des films américains aussi bêtes que sirupeux, voudrions-nous être insensibles aux souffrances de Jésus ? Dieu lui même n’a pas été insensible à cette humanité perdue dont nous faisons partie. Jésus à pleuré sur Jérusalem, sur le tombeau de Lazare. Serons-nous les seuls à considérer que tout nous est dû ? La Croix, dans toutes ses significations, sera toujours pierre d’achoppement, sujet de scandale, argument ultime et discriminant, entre incroyants et chrétiens, « scandale » et « folie » pour eux, et « puissance » et « sagesse » de Dieu pour nous. Aussi, entre ceux qui veulent arriver à la résurrection et ceux qui préfèrent la mort, entre les frères du Christ et ses ennemis. Mais dans un sens plus profond, la Croix unit tous les hommes, croyants et incroyants, car Jésus est mort pour tous afin de « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,51) N’oublions jamais que nous avons été baptisés dans la mort du Christ, ensevelis avec Lui, pour vivre avec lui une vie nouvelle (Rm 6, 3-5).

Il y a deux excès à éviter : Le premier, est celui de ne penser qu’à Jésus ressuscité dans la gloire du Père et de considérer la Croix comme un mauvais moment à oublier. Mais cet oubli n’est-il pas un manque d’affection, de gratitude, de compassion, et donc un manque d’amour envers Celui qui est mort pour nous ? Évacuer la Croix, c’est ne pas comprendre la « Sagesse » de Dieu qui a choisi ce moyen pour nous montrer son amour infini. Pourquoi Dieu a-t-il choisi la Croix ? Nous n’avons la réponse que dans la Foi et dans la prière au pied du Crucifix, à la vue de nos péchés et à travers l’expérience de son pardon. Dieu est Charité, Amour, et l’amour, sens ultime de notre existence, implique le don total : il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour les siens. « L’amour est fort comme la mort » dit le Cantique des Cantiques (8,6) L’autre excès est celui qui réduirait notre Foi à une religion de souffrance et de mort, comme si notre vie était un Vendredi Saint perpétuel. Sans le Christ, la souffrance et la croix n’ont aucune valeur en elles-mêmes. Souvent, nous avons une manière inadéquate de représenter la Croix et la Résurrection, comme s’il s’agissait de deux mystères distincts et successifs, comme si le Christ, ayant souffert, mérite de ressusciter et comme si la résurrection effaçait en quelque sorte, la Croix. Il n’en est rien. La résurrection et la croix sont un seul et même mystère : le mystère pascal ! Saint Bernard dit que si nous cherchons le Christ, nous ne le trouverons nulle part ailleurs que sur la Croix. Et cette Croix, nous dit encore saint Bernard, est notre joie, notre bonheur et notre gloire. En revenant sur la « folie » et l’« absurdité » de la Croix, je voudrais que pendant le Triduum Sacré, nous ayons le courage de regarder Jésus droit dans les yeux pour comprendre sa souffrance, sa peine et l’immense élan d’amour de son Cœur miséricordieux qui dit à chacun de nous : « Tu en vaux la peine ! ». Du haut de la Croix, Jésus nous demande: « M’aimes-tu ? » C’est à chacun de nous de répondre. Entrons alors dans le mystère de la Passion de Jésus, le cœur rempli d’amour, de componction et de reconnaissance, sachant qu’Il a déjà vaincu la mort et que, comme dit la liturgie : « Regnavit a ligno Deus », Dieu règne par la Croix !

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 20 Mars