Avr 212018
 

Dans mon dernier article, j’avais cité Sainte Véronique Giuliani, (1660-1727), clarisse capucine, une sainte extraordinaire que je connaissais à peine. En voulant la connaître davantage, sa vie m’a ébloui et touché profondément. Elle est l’une des plus grandes saintes que l’Église n’ait jamais eu. Le Bx. Pape Pie IX l’appela « géant de la Foi ». Pourtant elle était presque inconnue jusqu’à la sortie récente d’un film documentaire sur sa vie sous le titre : « Il Risveglio di un Gigante », Le Réveil d’un Géant (bande annonce sur YouTube). Les jeunes réalisateurs eux-mêmes se sont convertis. Sa mission pour l’Église paraît commencer maintenant. Certains pourraient penser qu’en plein Temps Pascal, il ne sied pas de parler d’une sainte aux mortifications et aux pénitences inimaginables, mais à tort, car dans la vie de Véronique s’est manifestée toute la puissance du Ressuscité. Aucun autre saint n’a cumulé autant de grâces, de dons mystiques, de privilèges, de visions, d’extases et de charismes que sainte Véronique. Âgée de cinq mois, elle se dressa et marcha pour vénérer une image de la Sainte Trinité. Comme il se doit, elle ne tétait pas les jours de jeûne…À trois ans, elle avait des communications familières avec Jésus et Marie. Quelquefois, l’image de Marie portant Jésus devenait vivante, et, se détachant du cadre, descendait pour embrasser la jeune enfant.

Devant ces visions de Jésus et de Marie qui lui souriaient, elle s’écriait : « Beau Jésus… cher Jésus, je t’aime beaucoup ! ». Charitable envers les indigents dès son jeune âge, un jour elle donna une paire de souliers à un pauvre, et, quelque temps après, elle les vit aux pieds de la sainte Vierge, tout éclatants de pierreries. A la sainte Messe, au moment de l’élévation, elle voyait presque toujours Jésus qui l’invitait à venir à Lui : « oh que c’est beau, c’est beau ! » criait la petite, en s’élançant vers l’autel. Elle sentait un parfum merveilleux sortir de la bouche de ceux qui venaient de communier. Lorsque la Sainte Vierge lui apparaissait, elle lui disait : « Donnez-moi votre Fils dans mon cœur, je ne puis plus rester sans Lui ». Elle fit sa première communion le 2 février 1670 et Jésus lui dit alors : « Pense à moi seul, tu seras mon épouse bien-aimée ». Elle expérimenta alors la puissance de l’amour de Jésus qui se dégageait de tout son être. Mais comment quitter le monde, puisque sa grande beauté attirait l’intérêt de beaucoup de jeunes de qualité ? Son père, était en effet surintendant aux finances du Duc Ranuce II Farnèse, à Piacenza, et aurait voulu qu’elle fasse un bon mariage. Elle lui répondit : « Père, comment puis-je vous obéir, si le Seigneur me veut comme épouse ? Lui aussi est mon Père, Père suprême, je dois lui obéir, tout comme vous ». Elle entra chez les capucines de Città di Castello (Ombrie) à 17 ans, en échangeant son prénom d’Ursule contre celui de Véronique. En effet, elle portait en elle la ressemblance avec Jésus Crucifié. Elle fut choisie pour vivre le sacrifice de la Croix. Très « politiquement incorrecte », non seulement parce qu’elle rappelle la valeur de la souffrance et de la pénitence, ou parce qu’elle appelle la Vierge Marie « Corédemptrice », ou encore parce que Dieu lui montre l’enfer plein d’âmes, en particulier d’ecclésiastiques qui, en trahissant la vraie doctrine de l’Église, ont contribué à la damnation de beaucoup de monde, mais surtout parce qu’elle montre la puissance de l’Amour incarné. L’Amour du Fils de Dieu qui choisit volontairement la Croix et qui, pour sauver les pécheurs, cherche des âmes disposées à offrir leur vie pour eux. C’est cet Amour si « fou », qui pousse Sainte Véronique à désirer rester toujours sur le Calvaire, avec son « Aimé », au prix de souffrances indicibles. Elle a eu le don des stigmates, y compris celles de la couronne d’épines, et a souffert une à une toutes les souffrances du Christ. Excentricités d’une exaltée ? Soyez sans crainte, la Sainte, Universelle et Romaine Inquisition y veillait ! Prise pour une possédée, elle subira des injustices inouïes. La Mère Abbesse reçut l’ordre d’éprouver sa patience, son humilité et son l’obéissance. On lui enleva la charge de maîtresse des novices ; elle fut déchue de vote actif et passif et ne fut plus autorisée à avoir des contacts avec ses consœurs ; frappée d’interdit, elle ne fut plus admise à l’office choral et fut privée de sainte Messe et de Communion, enfermée dans une espèce de cachot et traitée de folle. Mais combien de joies éprouvait-elle ! L’évêque écrivit au Saint Office que : « Véronique obéissait d’une manière exacte, et face à ces traitements, elle ne montrait pas le moindre signe de tristesse, mais au contraire une tranquillité indescriptible et une humeur joyeuse ». L’évêque l’obligea par obéissance à écrire les détails de sa vie, une expérience mystique continuelle, un journal de plus de 22000 feuilles. Ses écrits ont des profondeurs théologiques et philosophiques impressionnantes, une sagesse toute divine. Tous ses écrits sont pour la défense de la Foi. Sainte Véronique parle du rôle central de Marie dans l’Église, de l’amour et du respect pour la Sainte Eucharistie, de la valeur du sacrifice pour le salut des âmes. Elle décrit l’enfer et le purgatoire comme des réalités ne pouvant être nullement édulcorées. Fatima n’est pas loin…Lorsqu’on reconnut la véracité de ses expériences mystiques, elle fut élue abbesse, mais se considérant la dernière de toutes et se sentant incapable, elle donna les clefs du monastère à la Vierge Marie qui lui promit gouverner à sa place. Les moniales témoignèrent que parfois sa voix changeait, et que c’était Marie qui parlait par elle. De hauts prélats et des hommes importants venaient la consulter. Les dernières années, elle expérimenta un tel amour, qu’elle dit : « je vois que je ne suis rien… (je ne vois que) les ingratitudes…d’une créature ingrate…Oh Amour si peu connu…de moi en particulier ». Les dernières paroles de son journal furent dictées par Marie : « De toutes ces choses, toi ne connus rien, pourtant tu donnas le consentement à toutes, selon la volonté de Dieu ». Oui, car le plus grand sacrifice, celui par lequel elle était haïe par le diable, (qui lui cassa plusieurs fois le fémur, et que Dieu guérissait ensuite) ne fut pas les pénitences insupportables ou les humiliations par lesquelles elle sauvera un nombre incalculable d’âmes, mais le total renoncement à sa propre volonté, pour faire la volonté de Dieu. Elle demanda même la permission pour mourir. Les besoins de l’Église étaient toujours présents en elle, et en particulier le besoin de saints prêtres. Vraiment, la mission de Sainte Véronique nous apparaît comme une réparation des péchés dans et hors de l’Église de notre temps, dans un monde où la Foi catholique vit une crise profonde et dans lequel l’humanité veut se substituer à Dieu, en réduisant notre Foi à un simple humanisme. Qui comprend encore l’amour de Dieu et l’appel à la sainteté ? Le sens de l’Eucharistie ? On confond vice et vertu, erreur et vérité, on a perdu le sens du péché. Même Véronique a vu la laideur de ses « péchés »…Après sa mort, on trouva son cœur transpercé de part et d’autre ; les instruments de la Passion y étaient gravés. Maintenant que je connais mieux cette grande sainte, je comprends pourquoi elle est d’actualité…Elle fut béatifiée par Pie VII en 1804 et canonisée par Grégoire XVI en 1839.

En ce temps pascal, comme l’Apôtre Thomas, touchons sans crainte les plaies de la Miséricorde de Jésus, mais laissons-Le toucher les nôtres, pour qu’Il les guérisse, et nous remplisse de son amour.

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 15 avril