Mar 042011
 

Nous sommes à la fin du discours sur la montagne et  Jésus, après avoir proclamé sa loi d’amour,  amène ses interlocuteurs à se poser cette question : comment être un disciple du Christ?  Comment sauver sa vie ? Jésus s’adresse à des disciples qui croient en Lui – certains agissent  déjà « au nom de Jésus » – en précisant quels sont les comportements concrets  pour « entrer dans le Royaume des cieux ». Le langage de Jésus est direct, drastique même, car la condamnation de ceux qui se croyaient à l’abri étonne : «  Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui faites le mal ! ». Le terme « connaître » dans l’Ecriture a une signification de conjugalité. Peut-on faire la volonté de Dieu sans un rapport d’amour plein et exclusif ? La vie éternelle est pour certains comme un dû, une récompense et non pas un don et le nécessaire couronnement d’un lien indissoluble avec Jésus. Ici il ne s’agit pas de ceux qui n’ont pas recherché le salut, mais plutôt de ceux qui sont, certes, entrés dans la perspective du salut, mais d’une manière erronée, justement pour satisfaire leurs passions. Ils s’adressent au Seigneur, non pas pour exalter sa puissance, mais pour magnifier eux-mêmes et leurs propres œuvres. Ils sont  plus épris par ce qu’ils font « en son  nom »  que par l’obéissance à la volonté de Dieu. Ils  se promettent à eux-mêmes le Règne des cieux, comme si cela dépendait de ce qu’ils disent ou de ce qu’ils font et pas de la présence de Dieu qui agit lorsqu’elle est invoquée.

Le bien que le Seigneur nous demande n’est pas celui qui vient immédiatement de notre conscience, de nos convictions ou de nos goûts, mais c’est le bien qui naît du reniement de nous-mêmes et de l’écoute de sa volonté. Il ne nous est pas demandé seulement de faire ce qui est bien, mais le bien que Jésus veut de chacun de nous. Satan aussi peut se revêtir en ange de lumière et faire des œuvres puissantes aux yeux des hommes. Il ne suffit donc pas d’écouter la parole du Christ,  ni d’avoir prêché, ni d’avoir chassé des démons  ou fait des miracles au nom du Seigneur, ou plus simplement d’avoir une responsabilité dans la paroisse : ne nous confions  pas seulement à nos  œuvres, c’est la grâce qui nous justifie. Même avoir des visions et vivre des charismes extraordinaires n’est pas nécessairement un titre de salut, tout ceci n’est pas encore suffisant pour que nous soyons reconnus par Jésus. La charité seule, sans feinte, nous met en communion avec Lui. Si nous restons à l’extérieur, nous sommes  rejetés, car non « connus » par Jésus. «  Faire la volonté de mon Père qui est aux cieux » : l’exemple plus sublime nous vient de l’intérieur même de la Sainte Trinité : le Fils aime le Père et fait continuellement sa volonté. Jésus Christ, Lui, a accompli la volonté du Père, Il s’en est rassasié, en devenant lui-même volonté du Père, en l’accomplissant définitivement et parfaitement sur la croix.

Faire la volonté du Père c’est toujours, d’une manière ou d’une autre, aller vers la croix, car la volonté de Dieu ne coïncide pas toujours avec nos attentes, ou avec notre sensibilité. Jésus n’a-t-il pas dit que celui qui veut  l’aimer et le suivre doit porter sa croix chaque jour ? La vie chrétienne ne s’arrête donc pas à la messe dominicale, ni à des œuvres extérieures, mais doit se traduire en une vie nouvelle et cohérente, en laissant Dieu agir en Lui et par Lui. Jésus est le roc sur lequel notre foi est fondée : en Lui notre cœur se repose et trouve la paix. Si nous sommes fixés sur le Christ comme sur un roc, fondement même de notre Foi, Espérance et Charité, peu importe si la crue des passions semble tout emporter, nous pourrons en sortir vainqueurs. Il n’y a pas de pire sort que celui de qui, après avoir choisi Dieu s’est ensablé, enlisé, ou s’est laissé entraîner par le mal. « Je ne vous ai jamais connu ! », c’est là une sentence atroce, la pire, car cela revient à dire qu’ils n’ont jamais été ses disciples, nous sommes prévenus…

Carême est imminent, sa pratique nous donnera la mesure de comment nous accomplissons la volonté de Dieu. Plus que les œuvres extérieures, qu’il faudra faire quand même, devenons semblables au Christ des Béatitudes et nous serons « connus » par Lui comme ses disciples.

Père Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 6 mars 2011