Oct 202017
 

La conférence du Pape Benoit XVI à Ratisbonne nous invite à ne jamais séparer absolument le spirituel du temporel, à savoir les distinguer certes, mais à ne jamais les opposer, comme une interprétation erronée de cette phrase bien connue a pu souvent le laisser croire. Et dans notre foi catholique il est aujourd’hui plus urgent d’unir César à Dieu c’est à dire la raison à la foi que de défendre l’indépendance de la raison vis à vis de la foi.

En effet, le Pape a conscience d’une instrumentalisation de la religion à des fins de violence. A Ratisbonne, il nie que la transcendance de Dieu aille jusqu’à dépasser la catégorie du raisonnable. Cette forme de nominalisme, qui conçoit la puissance et la liberté de Dieu séparément de sa sagesse, aboutirait à ce qu’Il puisse commander le mal. Or, précise Benoît XVI, les préceptes divins ne sont pas fondés sur la volonté arbitraire d’un dieu capricieux mais sur la nature même de Dieu qui est Logos. Une chose n’est pas mauvaise parce qu’elle est interdite mais elle est interdite parce qu’elle est mauvaise en soi. Cela reviendrait, sinon, à contredire le postulat énoncé par le pape au début de son texte : « Ne pas agir selon la raison (selon le Logos) s’oppose à la nature de Dieu ». En effet, dit-il encore, « Dieu ne devient pas plus divin si nous l’éloignons dans un volontarisme pur et incompréhensible, mais le véritable Dieu est le Dieu qui s’est manifesté dans le Logos, et qui a agi et qui agit par amour envers nous ». Les croyants ne peuvent nier sans graves incidences pour leur foi l’analogie qui existe entre la Raison incréée et la raison créée, la raison divine et la raison humaine. C’est là une des thèses centrales de la conférence papale : « Le culte de Dieu chrétien, affirme Benoît XVI, est ‘logiké latreia’ – culte de Dieu en accord avec la Parole éternelle et avec notre raison (cf Rm 12, 1) ». Si l’on est amené à supprimer le Logos en Dieu en arguant du fait que l’homme et Lui ne peuvent avoir une nature commune en raison de la transcendance divine, on créerait un Dieu qui légitimerait la violence à l’encontre de l’homme en raison même des desseins divins que l’on décrèterait insaisissables car la raison humaine ne serait plus à l’image de son Créateur. L’autre solution reviendrait à sauvegarder le Logos en Dieu et à le dénier à l’être humain. La thèse du Pape consiste précisément à dire que l’homme et Dieu sont raisonnables conjointement, quand bien même la raison humaine serait-elle inférieure à la raison divine.

La conférence de Ratisbonne met aussi en garde contre l’incapacité d’une raison, frustrée de sa dimension métaphysique, à dialoguer avec les grandes religions : « Une raison qui reste sourde face au divin et qui repousse la religion dans le domaine des sous-cultures est inapte au dialogue des cultures ». La « grande tâche » de l’Université, dès lors, est de retrouver toute l’« amplitude de la raison », ce qui exige de ne pas cantonner celle-ci dans la mathématique et la fonctionnalité. Cette pathologie de la religion qui est de mettre de côté la raison n’est pas le seul fait de l’Islam. Elle sévit également dans la foi chrétienne dans une œuvre que le saint Père appelle une œuvre de déshellénisation. Elle vise à une dérationalisation de foi, dans un premier temps, en refusant tout discours théologique construit, puis à une émancipation absolue du substrat grec et philosophique sur lequel ont été élaborés tous les conciles de l’Eglise indivise des premiers siècles. Cela touche à l’articulation entre foi et raison et à la correspondance du Logos divin avec le logos humain : « Car le Nouveau Testament est écrit en grec et porte en lui-même la rencontre avec l’esprit grec qui avait mûri auparavant dans la formation de l’Ancien Testament ».

Abbé Alexis de Monts, vicaire

Lectures dominicales du 22 octobre