Mai 202017
 

Le 13 mai 2017, centenaire de la première apparition de Notre Dame à Fatima, la foule était impressionnante sur l’esplanade du sanctuaire : Hyacinthe et Francisco, les deux petits voyants ont été proclamés saints, les plus jeunes jamais canonisés. Ils ont reçu une grâce extraordinaire, voir la Sainte Vierge, mais en même temps, ils ont été les martyrs de la « réparation » du Cœur Immaculé de Marie, dépositaires de secrets qui regardaient l’humanité entière. Des secrets terribles : ils ont vu l’enfer et dans le détail ! Avec notre mentalité actuelle, on aurait porté plainte contre la Sainte Vierge : comment troubler à tel point de jeunes enfants ? La pédagogie du Ciel n’est pas la nôtre, mais ces trois enfants avaient une mission à accomplir. Au catéchisme, on en parle d’une manière assez discrète, comme il se doit, et les enfants eux-mêmes comprennent que le bien et le mal ne sont pas pareils et n’ont pas la même issue… En cent ans, le monde a bien changé, l’Église aussi : Aujourd’hui, on parle de miséricorde, pourquoi pas ? Pourtant, Dieu, n’est pas plus miséricordieux aujourd’hui qu’autrefois. Le message de Fatima est clair : Dieu n’est pas tenu de pardonner au pécheur qui ne se repent pas, qui ne rejette pas son péché. La miséricorde n’élimine pas le jugement. Pourtant, Dieu peut se contenter de très peu, d’un sincère « mon Dieu, pardon pour tous mes péchés ! », lorsqu’on n’a pas la possibilité de se confesser. Mais, encore faudrait-t-il admettre que l’on ait péché… L’enfer existe, tout comme le paradis et le purgatoire ; la Sainte Vierge fait même allusion à une fille qui resterait au purgatoire jusqu’à la fin du monde. Croyons nous aux dernières vérités de notre Foi ? On nous fait parfois comprendre que, en fin de compte, tout le monde est sauvé et que l’enfer, même s’il existait, serait vide ! Pourtant l’Évangile en parle, mais on retient toujours ce qui nous rassure et on écarte ce qui nous trouble. On préfère alors laisser grand-père s’en aller tranquille, sans qu’il voit le prêtre.

Aux trois petits bergers, cette Dame en blanc leur dit : « Voulez-vous vous offrir à Dieu pour prendre sur vous toutes les souffrances qu’il voudra vous envoyer, en réparation des péchés par lesquels il est offensé, et en intercession pour la conversion des pécheurs ?», « Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs. Beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’il n’y a personne qui prie et se sacrifie pour eux ». Après la terrible vision, aucune souffrance ne leur parait suffisante, les enfants étant capables d’héroïsme, surtout soutenus par la Grâce. Au point que la Dame en blanc leur avait dit, de la part de son Fils, de pas porter une corde autour de la taille la nuit, mais seulement le jour. Dans la canicule estivale ils jetaient l’eau, ils donnaient leur goûter aux bêtes, sans parler des menaces, du mépris, de la maladie, de la solitude. N’importe, il fallait expier pour les pécheurs et consoler Jésus des sacrilèges, surtout envers le sacrement de son amour, consoler le Cœur Immaculé de leur Mère du Ciel.

Ils n’ont pas eu peur de s’agenouiller, de ployer la tête jusqu’à terre, selon l’invitation de l’Ange, pour adorer leur Dieu qui se donnait à eux dans l’Eucharistie, en communiant au calice de la Passion de Jésus. L’Ange de la Paix leur dit « Prenez et buvez le Corps et le Sang de Jésus-Christ, horriblement outragé par les hommes ingrats. Réparez leurs crimes et consolez votre Dieu ». Avons-nous cette attitude d’adoration et de respect envers le Corps du Christ ? Là leur fut une expérience de grâce qui les a fait devenir amoureux de Dieu en Jésus, au point que Jacinthe s’exclamait : « J’aime tellement dire à Jésus que je L’aime ! Quand je le Lui dit de nombreuses fois, il me semble avoir un feu dans le cœur, mais qui ne me brûle pas ». Et François disait : « Ce que j’ai aimé par-dessus tout, fut de voir Notre Seigneur dans cette lumière que Notre Mère nous a mise dans le cœur. J’aime tant Dieu ! ». (Mémoires de Sœur Lucie).

Toi, Hyacinthe, petite fille au regard si profond, te voilà seule dans une chambre d’hôpital, malade incurable si avide d’offrir des sacrifices, une plaie à la poitrine. Tu es morte dans la solitude, loin de tes parents et de toute affection. Non, il y avait là quelqu’un qui ne t’as jamais abandonnée, ta Maman du Ciel ! Francisco, lui, est mort chez-lui, souriant à Marie. Nous qui voulons rester fidèles à Dieu, ne ressentons-nous pas parfois cette solitude, ce mépris, cette incompréhension, parce que nous croyons encore en Dieu. Pourquoi, n’offrons-nous pas aussi nos difficultés en réparation des outrages faits à Dieu et notre amour ?

Au commencement du IIIe secret, derrière Notre Dame, un ange à l’épée enflammée a crié trois fois: «Pénitence!» Saurons-nous écouter le message de Dieu? Depuis les apparitions prophétiques de la Cova de Iria, combien de souffrances, de massacres, de sang versé : pauvre Église, pauvre humanité ! Benoît XVI, lors de son homélie à Fatima le 13 mai 2010 avait dit: « Celui qui penserait que la mission prophétique de Fatima est achevée se tromperait …». Mais ce qui nous console et nous redonne l’espérance sont les derniers mots de la Sainte Vierge : « A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ! ».

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 21 mai