Avr 122014
 

Je regarde Pierre quand il renie Jésus. Moi aussi je manque de courage et j’ai peur. Que de lâchetés nous commettons parce qu’on nous regarde et que nous craignons le « qu’en dira-t-on ? ». Je regarde Pierre quand il voit Jésus sortir enchaîné. Je regarde Jésus quand il voit Pierre dans la cour et que le coq chante. Et je pleure comme Pierre a pleuré. Jésus laisse moi encore t’aimer comme Pierre a continué de t’aimer.

Je prie le Seigneur pour Pilate et pour les Pilates d’aujourd’hui. Ceux qui décident en toute légalité du sort des gens. Je te prie pour eux : qu’ils sachent écouter et comprendre. Les hommes devant eux ne sont pas des arbres à abattre ni de dangereux adversaires à supprimer. Je prie pour Pilate quand il cherche la vérité. Qu’il ne se lave pas trop vite les mains.

Jésus couronné d’épines. Il fallait qu’il soit moqué et condamné et nous étions présents. Toute notre histoire enveloppe Jésus comme ce manteau couleur de sang dont ils l’ont revêtu. C’est nous qui avons besoin de pitié. Cette honte qui est la nôtre qui l’effacera ? Comment avons-nous pu répondre par cette pièce de bois trop lourde sur ses épaules. Comme la mauvaise charpente de notre univers.

Nous te prions pour ceux qui tombent et ne peuvent se relever. Ceux que l’on enfonce pour qu’ils ne puissent se relever. Et pour ceux dont la croix est trop lourde. Pour ceux qui sombrent dans l’anonymat des hôpitaux. Ceux que personne ne regarde plus et qui perdent leur dignité, ceux qui voient venir la mort dans la solitude. Et qui se résignent à vivre sous une croix injuste. Ou se révoltent contre une société mal faite.

Simon de Cyrène : il n’a rien choisi. Il a eu l’honneur de porter la croix de Jésus. Et toi Jésus, tu ne lui as rien promis. Là où Saint Pierre s’était enfui, cet homme qui rentrait des champs a dû aider sans le vouloir le Seigneur notre Dieu. Sans le savoir, il est entré dans le royaume en revenant de son travail.

Quand tout allait être consommé, tu as voulu Jésus que ta Mère soit là avec son cœur transpercé. Mais tu n’as pas voulu qu’elle s’enferme dans sa douleur. Tu lui as donné un autre fils. Tu nous as tous donné à Marie ta Mère. Quand tu retournes vers le Père, tu donnes à ta Mère bien aimée une nouvelle maternité. Une nouvelle maison : l’Eglise.

Le bon larron. Il parle à Jésus comme à un frère. Ce qu’ils se disent les met au dessus de l’effrayante laideur de leur mort. Le bon larron appelle Jésus par son nom « Jésus ». Il n’est pas le Seigneur mais Jésus qui va mourir. Le bon larron ne demande qu’à rester dans la mémoire de Jésus. Et Jésus lui répond « Je t’emmène avec moi ». Dans la mort, le bon larron est devenu inséparable de Jésus.

Dans le Cœur de Jésus, Dieu est devenu vulnérable. Et cette plaie du Cœur devient une source d’amour et de salut, l’eau et le sang de Jésus sont notre renaissance. La mort de Jésus devient le seul « sacrifice » qui nous attache à Dieu. Je ne le savais pas : Dieu a un Cœur plus gros que le monde. Gros de nos chagrins. Gros de son amour, nous lui rendons grâce, pour une telle merveille.

Nos frères orthodoxes russes chantent cette hymne : « Sainte plaies, heures lentes, où Dieu sans se plaindre veut mourir pour nous Source pure Cœur sacré qui saigna sur la croix pour nous errants sur cette terre. A toi je veux donner ma vie. Quelle tendresse quel amour extrême. Dieu veut lui même par sa mort donner la vie. »

On détache Jésus de la croix. Mais Jésus ne sera pas enterré comme un pauvre. Joseph d’Arimathie apporte une toile de lin fin et les aromates. Les femmes et Marie regardent. C’est la nuit de la première lune du printemps. A Jérusalem les prêtres ont fini d’immoler les agneaux et commencent à chanter les psaumes de l’Alléluia. Un monde nouveau vient de commencer.

Abbé Georges Périé

Lectures dominicales du 13 avril