Avr 182015
 

Avec la Résurrection du Seigneur, ce troisième dimanche de Pâques nous rappelle combien difficile fut pour les apôtres le cheminement de leur foi. Et pourtant la foi constitue désormais pour eux, comme pour nous, la seule démarche possible vers le Christ. Le Seigneur porte dans son corps glorifié la source de toute vie qui laisse transparaître les marques de sa passion, tout comme sa passion laissait déjà apparaître sa glorification. La foi possède cette vertu d’ouvrir l’homme au mystère du Christ pascal, parce qu’elle n’est pas qu’un assentiment intellectuel, elle doit être en plus une livraison totale à Dieu par une adhésion de tout l’homme au Christ ressuscité. Elle doit être un assentiment vital de l’homme dans son fond le plus intime à un autre principe de vie. Ceci ne peut se faire sans un bouleversement complet de sa vie. On ne comprend alors que trop bien cet étonnement des apôtres devant la manifestation de ce Jésus qu’ils savaient pourtant mort sur la croix.

Mais si nous faisons un peu de philosophie, nous savons que toute connaissance suppose une connaturalité avec l’objet connu, une adhésion à un autre. Or le Christ ressuscité, objet de la foi, est mort à la chair et vit dans l’Esprit Saint. Pour établir le contact avec lui, la foi fait, en quelque sorte, subir une mort à l’homme et c’est dans cette mort qu’elle le fait adhérer au Christ vivant. La foi est donc une connaissance en même temps qu’elle est une co-naissance. La foi suppose donc cette nouvelle naissance dont le Seigneur parle à Nicodème et dont le baptême constitue la réalité. Par la foi, l’homme renonce à trouver en lui le centre de sa vie et décide de le placer dans Celui qui est la Vie véritable parce qu’Il a été en mesure de vaincre la mort. De cela, les apôtres sont devenus les témoins. Et ce témoignage qu’ils nous livrent, à travers les Saintes Ecritures et d’une manière générale à travers tout l’enseignement que l’Eglise transmet, est devenu pour nous également objet de foi. Cela suppose, comme pour les apôtres devant le Christ ressuscité, une forme de mort à soi-même.

Le chrétien doit ainsi se dessaisir de toutes les certitudes trop humaines qu’il possède dans ses propres mains (et dans ses propres pieds) pour venir s’abandonner à la foi des apôtres qui eux ont vu les pieds et les mains du Sauveur ressuscité. Il renonce à tout appui sensible pour croire à un monde qu’il ne voit pas, pour s ‘appuyer sur ce qui naturellement ne pourrait être, mais que, sur la Parole de Dieu, il croit être. Il risque tout sur la Parole de Dieu dans le Christ. Mais cette foi qui, comme nous l’avons maintenant compris suppose une mort, implique nécessairement un don de l’Esprit. C’est ce même Esprit qui nous rend frères du Christ et qui nous fait comprendre les Saintes Ecritures. C’est ce même Esprit qui nous fait comprendre pourquoi le Christ devait mourir sur la croix avant de ressusciter. C’est ce même Esprit qui nous meut afin de porter la Bonne Nouvelle de la résurrection à toutes les nations en faisant de nous des témoins fidèles de sa grâce. Mais avant cela, il a fallu que nous soyons profondément bouleversés et que de ce bouleversement surgissent en nous les principes d’une vie nouvelle qui n’aura jamais de fin.

Abbé Aléxis de Monts

Lectures dominicales du 19 Avril