Nov 082014
 

Dans les Actes du Martyre de St. Justin et ses Compagnons, il y a ce dialogue entre le préfet Rustique et St. Justin. « Où vous réunissez-vous ? ». Le Saint répond : « Où chacun veut ou désire…car le Dieu des chrétiens, qui est invisible, on ne peut pas le circonscrire en aucun lieu, mais il remplit le ciel et la terre et ses fidèles le glorifient en tout lieu». Dans sa franche réponse, l’apologète et philosophe qu’était Justin répétait ce que Jésus avait dit à la Samaritaine : « L’heure est venue où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ». Mais alors, la fête d’aujourd’hui, ne va-t-elle pas à l’encontre de ce qu’a dit Jésus ? Pas du tout ! Nous pouvons prier partout, certes, mais depuis l’âge apostolique, l’Eglise, en temps que société de personnes, a toujours eu besoin de lieux de culte pour se réunir, pour écouter la Parole de Dieu, et pour participer aux Saints Mystères de la Mort et de la Résurrection de Jésus. Au début, c’était les domus ecclesiæ, en cachette pendant les persécutions, ou bien dans des lieux de culte plus ou moins importants pendant les accalmies, ou encore dans les grandes basiliques à partir de l’époque constantinienne.

La fête d’aujourd’hui est la dédicace, ou la consécration, de la Basilique du Très Saint-Sauveur, dite de St. Jean-du-Latran, faite le 9 novembre 324 par le Pape St. Sylvestre ; elle a été construite sur un terrain donné par Constantin au Pape St. Melchiade (311-314), ancienne propriété des Laterani, confisquée sous Néron et depuis propriété de l’état. Ainsi, cette basilique deviendra l’église-mère de toutes les églises de la ville et du monde : c’est la cathédrale de l’évêque de Rome, « qui préside dans la charité toutes les églises locales (St. Irénée) ».

Dire qu’il n’est pas nécessaire d’aller à l’église pour être catholique, est faux ! Il est tout aussi erroné de dire que tous ceux qui vont à la messe sont des saints; Mais, on dit cela pour se justifier de ne pas y aller…Il n’existe pas de chrétiens anonymes, de membres disloqués, séparés les uns des autres, chacun avec leur foi « à la carte ». L’église en tant qu’édifice est le lieu privilégié, le signe de l’Eglise, Assemblée de tous les baptisés, formant le Corps du Christ, Corps vivant et agissant selon la doctrine de St. Paul (1Co 12,12-13). Pendant la messe, sommet du culte rendu à Dieu et source de sanctification, se réalise cette communion entre le Christ, Tête du Corps Mystique qu’est l’Eglise et l’homme. Oui, Jésus a inauguré un culte nouveau en esprit et en vérité, et surtout il nous a révélé que ce temple, où l’on célèbre ce culte nouveau, c’est son Corps. Jésus se donne tout entier à nous dans le Sacrifice Eucharistique, pourquoi ne donnerions-nous rien ? L’église n’est donc pas un simple lieu de rencontre et d’échange, mais un lieu où l’on rencontre Dieu, et, en assistant aux Saints Mystères, nous le rencontrons ensemble, puisque nous sommes liés les uns aux autres, étant membres d’un seul et même Corps. …/…
Dans l’ancien et magnifique hymne des vêpres Cælestis Urbs Jerusalem, le IIIème couplet est comme une suite d’onomatopées, où l’on entend presque les coups de ciseau des constructeurs de cathédrales: « Scalpri salubris ictibus, et tunsione plurima, fabri polita malleo, hanc saxa molem construunt, aptisque juncta nexibus locantur in fastigio ». Voici la traduction : « Après l’épreuve du ciseau, après des intailles sans nombre, polies par l’Ouvrier Divin, les pierres vivantes s’assemblent, pour dresser jusque dans le ciel, les murs de la Sainte Maison ». Oui, le Divin Ouvrier avec le ciseau de la grâce nous donne la forme, nous façonne, nous polit, fait de nous les Pierres Vivantes de cet édifice merveilleux qu’est la Sainte Eglise, où chacun peut trouver sa place et personne n’est superflu.

Il nous faut cependant constater avec tristesse : la fréquence des conversations prolongées et à voix haute dans l’église, comme si on était au marché ; le retard épouvantable et systématique de beaucoup, non seulement après la liturgie de la parole, mais aussi après l’offertoire ; parfois, on arrive presque à la communion pour repartir aussitôt ! Le Christ donne tout ! Et nous, que lui donnons-nous ? Un culte taré ? Des miettes ? De notre journée ? Disons plutôt de notre semaine ! Après la vision de l’immense échelle dressée entre terre et ciel sur laquelle les anges montaient et descendaient, Jacob s’était exclamé : « Vraiment le Seigneur est en ce lieu, et moi je ne le savais pas ». Et saisi d’effroi « Qu’il est terrible, dit-il, ce lieu-ci ! Ce n’est autre chose que la maison de Dieu et la porte du Ciel » (Gn 28, 16-17). Essayons, nous aussi, de voir au-delà des apparences : à travers l’Eucharistie, que nous recevons souvent avec tant de nonchalance, nous apercevrons le Ciel ! Alors les murs ne sembleront plus exister, nous verrons au delà des vitraux une autre lumière, et nous pourrons accéder aux réalités célestes. « Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu » (Ap. 21,3). Alors nous serons vraiment en communion avec le Christ et formerons dès ici-bas, tous ensemble, la Cité Sainte, la Jérusalem céleste.

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 9 Novembre