Sep 272013
 

Ce pauvre a un nom … choisi avec humour : Lazare veut dire « c’est Dieu qui m’aide ». Mais Jésus n’a pas voulu donner de nom au riche. Puisque sa seule occupation est de faire la fête, on aurait pu l’appeler « Mr Banquet » ou « Mr Dollar ». Lazare vit devant notre porte. Ce n’est pas un de ces pauvres qui vivent dans un pays lointain. Il est là, à quelques mètres et le riche ne le voit même pas. Et puis le jour vient du jugement de Dieu.

L’enterrement du riche a du être un événement splendide : fleurs, sermon émouvant, condoléances. A croire que certains n’ont vécu que pour un bel enterrement… quand Lazare meurt il y a seulement les anges pour la cérémonie. Et voilà maintenant un bien curieux dialogue entre le riche et Abraham. Le riche découvre qu’il a toujours été seul devant son assiette, la gastronomie et les bons vins. Il découvre qu’il y avait aussi ses frères et des pauvres sur le trottoir.

Il appelle Abraham au secours. Il demande à revenir en arrière. Mais le fossé est infranchissable. Et comme c’est toute de même un brave homme, il pense à ses frères restés sur terre en train de banqueter. C’est peut être la première fois qu’il s’inquiète d’eux. Il voudrait les prévenir. Ou plus exactement que Lazare fasse la commission. Il a toujours besoin d’un domestique pour faire les choses difficiles à sa place. Il est vraiment indécrottable.

Croit-il vraiment qu’il pourra obtenir qu’un mort revienne sur terre pour dire aux égoïstes « attention ! » ? « La Parole de Dieu suffit » dit Abraham. Mais cela ne nous éclaire pas sur la mort et l’au delà. En fait Jésus se contente de raconter à sa manière un conte égyptien bien connu. Et il en tire un commentaire sur l’abyme qui sépare les très riches et les très pauvres dans notre monde aujourd’hui comme autrefois.

Aucun de ces deux hommes le riche et le pauvre n’était vraiment libre de cette liberté que Dieu souhaite pour nous : le riche est esclave de son plaisir, Lazare attend passivement qu’on lui jette des restes. Jésus constate cette situation. Il faudra attendre la mort de Jésus, sa Résurrection et la Pentecôte, pour trouver une véritable réponse. Mais nous pouvons comprendre déjà que la mort ne nous fige pas dans une immobilité éternelle. Un dialogue nouveau commence et une nouvelle lumière sur Dieu et sur les autres.

Pourquoi Lazare ne peut-t ‘il pas aider un peu ce riche ? Mais les paraboles ne peuvent pas parler de tout à la fois. Celle ci ne parle pas de jugement dernier mais de la vie que nous vivons ici bas. Ce qui doit être respectable ce n’est pas la richesse mais la dignité de tout homme. C’est le riche qui avait cessé d’être humain. Et Lazare dans sa misère était image de Jésus abandonné sur la croix.

Est-ce que Dieu tolère ce fossé infranchissable entre la misère des pauvres et l’indifférence des riches ? Dieu va-t-il corriger par une Providence bienveillante cette pesanteur de la création et de la société ? Et quelle est notre responsabilité ? Voilà les questions que nous nous posons depuis toujours. Mais Abraham, le porte-parole de Dieu continue d’appeler le riche « mon enfant ». Rien ne peut nous séparer de la miséricorde de Dieu.

Abbé Georges Périé

Lectures dominicales du 29 septembre