Fév 252011
 

Rm 6, 3-9 ; Ps 33 ; Jn 12, 24-28

Frères et sœurs,

Claude Rechain a été serviteur et disciple de Jésus pendant toute sa vie de baptisé et en particulier durant les trente sept années où il a exercé le ministère sacerdotal, dans lequel il avait été consacré à l’appel de Dieu.

Serviteur et disciple du Christ, il a donné sa vie à travers de nombreuses activités que nous avons évoquées tout à l’heure, dans de grandes réalisations et de vastes projets. Mais comment ne pas reconnaître qu’il a donné sa vie d’une manière toute particulière au cours de cette dernière année, durant laquelle il a porté avec confiance et espérance la souffrance que provoquait sa maladie, les inconvénients bien connus des traitements qu’il devait subir, et l’incertitude sur son avenir.

Par son ministère sacerdotal, il a été à de nombreuses reprises dans la situation (où je me trouve aujourd’hui) d’annoncer la foi en la résurrection à des familles, des amis ou des paroissiens endeuillés par le départ d’un proche. Nous le faisons toujours avec beaucoup de gravité, de sincérité et d’espérance. Mais nous savons que l’authenticité de notre parole, si elle n’est pas mise en doute, n’en est pas moins mise à l’épreuve quand la réalité rejoint la prédication. Vient une heure où il ne s’agit plus seulement d’annoncer la résurrection aux autres pour les autres, mais d’y croire totalement pour soi-même. Vient le moment où il ne s’agit plus seulement d’accompagner la mort de quelqu’un, mais de prendre conscience peu à peu de sa propre mort, au moins comme une éventualité prochaine.

Ces quelques mois au cours desquels cette éventualité s’est progressivement précisée dans la vie de Claude Rechain, ont été le temps où le grain de blé tombé en terre est conduit à porter la plénitude de son fruit. Les paroissiens qui l’ont entouré avec tant d’amitié et de fidélité, ont pu prendre conscience qu’à travers l’amenuisement progressif de ses capacités d’action, une fécondité nouvelle était en train de germer, dont nous recevrons les fruits de toutes sortes de manière, qu’il ne nous appartient pas de connaître.

Prêtre du Christ, Claude Rechain l’a été dans toutes les formes du ministère sacerdotal. Animateur de groupes de jeunes, éducateur de la foi, prédicateur de l’Evangile, il a exercé la fonction de l’enseignement, que le Concile assigne à ceux qui exercent le ministère. Il a assumé la fonction de sanctification en célébrant avec soin, mais surtout avec conviction et implication personnelle, la liturgie de l’Église, en apportant son talent et son savoir-faire à la qualité et à la beauté de ces célébrations. Envoyé pour gouverner le peuple de Dieu, il a été un pasteur de l’unité et a permis que se poursuive dans cette paroisse, non seulement la coexistence des deux formes liturgiques du rite latin, mais surtout le développement des relations humaines et chrétiennes dans l’unité entre les assemblées, selon la mission qui lui avait été confiée par son archevêque. Il ne s’agissait pas pour lui de faire des démonstrations de qualité liturgique comparée, mais de construire une communauté paroissiale unique dans laquelle deux formes du rite latin étaient célébrées. Cette mission confiée par le cardinal Lustiger à la paroisse Sainte-Odile, je l’ai maintenue et je la maintiens en espérant que l’exemple que nous a donné Mgr Rechain fera progresser dans le cœur de tous, la prise de conscience que l’eucharistie célébrée, quelque soit la forme du rite, est d’abord une source de charité pour construire l’Église et pour servir le monde.

Nous devons rendre grâce à Dieu pour ce long ministère d’éducateur, de prêtre, de leader – car il était aussi un leader actif et déterminé. Nous rendons grâce à Dieu pour ce témoignage qu’il a rendu parmi nous. Il nous a montré en acte comment la Résurrection du Christ inaugure pour nous une vie nouvelle qui ne finit pas. Le chemin par lequel Claude Rechain a progressivement approché de la fin de sa vie terrestre fut pour tous un chemin catéchétique. Par la manière dont il a vécu ces derniers mois, il nous invitait, avec la discrétion et la modestie qui était l’une de ses marques particulières, à reconnaître le chemin que le Christ trace à travers nos existences. « Le grain de blé qui tombe en terre et qui meurt porte beaucoup de fruit, s’aimer soi-même c’est se perdre, se détacher de soi-même c’est se garder pour la vie éternelle » (Jn 12, 24-25 ».

Frères et sœurs, demandons au Seigneur que le témoignage de la vie et la mort de Claude Rechain nous aide à grandir dans cette conviction que notre véritable vie, c’est le Christ, que notre avenir est dans le Christ, que notre présent est dans la communion du Christ, et que notre participation à la vie de l’Église est fondée sur l’amour et le service de nos frères. Amen.