Nov 112017
 

Dans notre société postmoderne, la mort est un sujet tabou. Cependant, la piété envers les défunts est encore un peu ancrée chez les français, qui se manifeste le plus souvent à fleurir les tombes ; mais, pense-t-on encore aux dernières vérités de notre Foi: la mort, le jugement (particulier et universel), le purgatoire, le paradis et l’enfer ? Les prédicateurs n’en parlent presque plus et tout le monde essaye de les ignorer.

La mort ? On n’y pense pas, trop triste !
Le jugement ? Mais, Jésus a dit n’être pas venu dans le monde pour le juger, mais pour le sauver. Certes, Jésus n’a pas été juge durant sa vie ici-bas, mais il le sera après notre mort, et à la fin du monde ; il l’a dit plusieurs fois et cela se trouve dans le Credo !
Le purgatoire ? Ce n’est pas dans la Bible, donc…Hélas, nous considérons de plus en plus la « sola scriptura », comme les Protestants, pourtant, même dans l’Ancien Testament, nous voyons Judas Maccabée envoyer dix mille drachmes d’argent à Jérusalem, afin d’offrir un sacrifice pour les péchés de ceux qui étaient morts (2M 12, 43-46). Il y a aussi toute la tradition de l’Église depuis les premiers siècles. Si on a toujours prié pour les défunts, c’est pour une raison bien précise. Il est vrai que le paradis et l’enfer sont des vérités définies, tandis que le purgatoire est « proxima fidei », comme disent les théologiens, proche de la foi, et donc il faut y croire.
Et l’enfer ? Plus personne n’y croit, il ne peut pas exister, ce serait contre la miséricorde de Dieu, comme si Dieu était plus miséricordieux aujourd’hui qu’autrefois. Regardez les conséquences d’un seul péché, celui des origines. C’est plutôt notre perception du péché qui a changé. Pourtant Jésus en parle maintes fois, plus que du paradis, et il en donne des descriptions assez détaillées, par miséricorde sans doute, pour nous mettre en garde. Le feu ? Ce n’est rien en comparaison de la perte de Dieu qui est atroce, et ici-bas nous ne pourrons jamais imaginer l’état d’une âme séparée de Dieu. Si nous souffrons déjà par l’absence d’une personne aimée, qu’en sera-t-il pour la perte du Bien infini ? Jésus aurait-il alors plaisanté comme si c’était un épouvantail ? Nous ne savons pas qui s’y trouve, si ce n’est, avec certitude, les anges déchus.
Il reste le paradis où, croit-on à tort, tout le monde ira ; un lieu assez ennuyeux, pensent certains…en sommes-nous sûrs ? Saint Paul lui s’enthousiasme : « Ce sont des choses que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont pas montées au cœur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment. » (2Co 2,9). Il avait vu ce paradis, puisqu’il dit avoir été ravi au IIIème ciel, et là avoir entendu des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à un homme de révéler (2Co 12,2-4). Jésus n’avait pas besoin de nous décrire le paradis, il suffisait de le voir et de l’écouter : « Or, la vie éternelle, c’est qu’ils vous connaissent, vous, le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ. » (Jn 17,3).

Aujourd’hui, le peuple chrétien a-t-il encore le « sensus fidei », le sens de la Foi ? De moins en moins, je le crains. Alors, pourquoi la Sainte Vierge à Fatima aurait montré la terrible vision de l’enfer à de jeunes enfants ? Et pourquoi a-t-elle demandé de prier pour les pauvres pécheurs qui se perdent, et que Dieu aime et voudrait tous sauver ? Mais, comme dit Saint Augustin : « Le Dieu qui t’as crée sans toi, ne peut pas te sauver sans toi ». Voulons-nous jouer à nous faire peur ? À Rome, tout à côté du Château-Saint-Ange, se trouve une église néogothique, ce qui est déjà « alarmant », pour cette ville où le baroque triomphe. A la fin du XIXème siècle, le P. Victor Jouët, marseillais, fait construire cette église du Sacré-Cœur du Suffrage, où il recueille des preuves d’apparitions des âmes du purgatoire en voyageant à travers l’Europe. Dans la sacristie il y a donc ce « Musée des Âmes du Purgatoire », que je ne veux pas vous décrire là. Allez plutôt sur internet, si vous êtes curieux, cela vaut la peine. Certes, on n’est pas obligé d’y croire, mais lorsque je l’ai visité, cela m’a fait réfléchir. L’âme, pour être admise à contempler Dieu, doit d’abord se purifier des scories des péchés déjà pardonnés – car nous ne les regrettons pas assez – des péchés véniels, des imperfections. Le purgatoire est un lieu de grande espérance, de désir ardent, mais de souffrance et de tristesse, car les âmes se sentent sauvés et aimés de Dieu, mais sont tristes de son absence. Elles sont séparées de lui pour un temps plus ou moins long, sans doute analogue à celui d’ici bas, mais on est en dehors du temps. Sainte Catherine de Gênes a écrit un beau traité sur le purgatoire. Nous pouvons aider les âmes du purgatoire surtout par la sainte messe, nos communions, nos chapelets, les prières, les aumônes, les bonnes œuvres, les sacrifices et les indulgences. Ces dernières, sont le trésor des mérites infinis de Jésus, ceux aussi de la sainte Vierge, des Saints et des membres de l’Église, grâce à la Communion de saints, pour en faire profiter les âmes qui souffrent d’être séparés de Dieu.

Personnellement, à chaque messe je prie pour les pécheurs, pour qu’ils soient touchés par la Grâce, et aussi pour les âmes du purgatoire, surtout celles qui sont délaissées. En priant pour elles, nous nous ferons des amis au ciel qui, à leur tour, prieront pour nous. Le mois de novembre est surtout le mois de notre foi en la vie éternelle. Si vous ne croyez pas en ces réalités, c’est votre responsabilité ! Le Pape François a dit que notre salut est quelque chose de très sérieux. Ne l’oublions jamais !

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 12 novembre