Déc 302017
 

Que le Dieu ineffable se révèle dans une histoire ; que cette histoire soit d’abord une
histoire vécue dans le temps avant que d’être une histoire racontée dans un récit ; que le
premier mot de l’Ancien Testament soit justement une référence temporelle avant même d’être
une référence divine, indique, si besoin était, l’importance que la Révélation donne à l’histoire.
Ceci permet alors de reprendre à frais nouveaux le rapport entre cette Seigneurie divine qui se
déploie dans l’éternité et son intrusion dans le temps provoquant la perplexité des hommes. Car
ceci ne va pas de soi.
Ce rapport est de même nature que celui entre le créé et l’incréé, entre l’union de la
nature divine et de la nature humaine, entre la nature et la grâce, entre la foi et la raison. Tous
ces problèmes théologiques et philosophiques naissent en fait de la rencontre entre Dieu et
l’homme et obligent à ne pas les penser en problèmes dialectiques, c’est à dire en opposant l’un
à l’autre, mais organique, c’est à dire en articulant l’un par rapport à l’autre. Et puisque Dieu en
se faisant homme vient révéler à la fois qui Il est et qui est l’homme, c’est en partant de cette
union hypostatique dans l’Incarnation où se joue par excellence la relation humano-divine que
l’on peut saisir la relation éternité /temps de manière juste et donc le rapport entre l’histoire et
la théologie. Ceci nous fait découvrir que les hérésies concernant l’incarnation se trouvent être
de la même nature que celles concernant l’histoire. S’il convient de distinguer histoire humaine
en tant qu’actions de l’homme et histoire sainte en tant qu’actions de Dieu saisies par la
théologie, cela doit se faire sans séparation ni confusion.
L’enjeu du rapport entre théologie et histoire n’est rien de moins que de donner toute
sa valeur et sa consistance à l’histoire en mettant Dieu en son centre. Pleinement humaine, en
tant qu’elle est le moyen pour chacun d’entre nous de nous épanouir et de participer à
l’édification d’un monde, elle est comme le note le théologien Hans Urs von Balthasar, « le
véhicule que Dieu a choisi pour déployer sa grâce afin que ce monde fait pour l’homme soit
aussi le monde où l’homme se trouve en Lui ».
Mais que vaut pour l’athée cette histoire où Dieu n’est pas rendu présent ? En sens
inverse, que vaut pour le croyant cette histoire où l’homme est déjà dans l’eschatologie ? On
pourrait répondre à la seconde question que la perspective eschatologique perpétuellement imminente est ce qui communique une intensité incomparable à chaque instant de la vie,
puisque le croyant doit toujours le vivre comme si non seulement il était l’ultime mais aussi le
plus déterminant. Quant à l’athée, cette histoire peut-elle lui être comprise vraiment sans la
Bonne Nouvelle qui l’accompagne ?
Bonne et Sainte Nouvelle année du Seigneur 2018.

Abbé Alexis de Monts

Lectures dominicales du 31 décembre