Jan 082011
 

Les Fêtes de Noël sont à peine passées et par le Baptême du Christ nous plongeons déjà  dans le mystère trinitaire et dans celui de notre Rédemption. Cette fête est très ancienne (IIIème) est appelée Théophanie par la tradition byzantine, car « Dieu apparaît » pleinement dans son mystère trinitaire et dans le Christ, le Fils de Dieu fait chair pour le salut de tous les hommes. Pour l’Orient, l’Epiphanie est «  la fête des lumières où Notre Seigneur a été baptisé », selon le titre d’un admirable sermon de Saint Grégoire de Nysse. D’ailleurs le jour de l’Epiphanie la liturgie latine célèbre en même temps le Baptême du Christ et le miracle des Noces de Cana (voir l’antienne du Magnificat aux Vêpres).

Le Baptême de Jean Baptiste était un geste qui reconnaissait la condition de pécheur et la volonté de conversion. Choses qui ne peuvent pas être appliquées au Christ, et alors nous comprenons bien la répugnance de Jean : Jésus de Nazareth est l’innocence même, il n’a pas besoin d’être purifié et Jean veut donc l’en  empêcher. Pourtant le Baptême du Christ est l’accomplissement de toute justice. Ici, justice signifie le dessein de Dieu qui doit se passer dans l’humilité et la miséricorde et qui paraîtront sur la Croix. Jean est invité par Jésus à accueillir et à comprendre cette communion de Jésus avec les pécheurs, qui se poursuivra durant toute sa vie publique, et jusque sur la Croix, puisque Jésus a été mis au rang des pécheurs. Jésus n’était-il pas venu pour chercher celui qui était perdu ? – publicains et pécheresses – suscitant le scandale et l’opposition de tous ceux qui imaginaient un Messie différent.

D’ores et déjà, dans le Jourdain, Jésus se charge de tous nos péchés et étrangement c’est dans cet état qu’il est nommé Fils bien aimé par Dieu son Père. Cette identité profonde de Jésus est révélée justement à ce moment : au dessus de Lui s’ouvrent les cieux, le mystère divin se révèle et désormais commence cette absolue et inséparable communion entre Dieu et les hommes, le lien de la présence et de l’amour du Père. Le châtiment de la Genèse, qui avait éloigné l’homme du Paradis, est levé, Jésus est l’échelle rêvée par Jacob. Sur lui descend l’Esprit-Saint « comme une colombe », peut-être pour annoncer le ministère de mansuétude et de paix, rappel de ce même Esprit qui planait sur les eaux primitives pour les rendre fécondes de vie. Cette Vie  désormais sera puisée au Christ, source de l’Esprit qui l’a consacré et comblé de ses dons. Pour Saint Augustin, les eaux baptismales évoquent les fleuves qui arrosaient le Paradis. Le baptême de Jésus, comme celui du chrétien, rouvrent les portes du Ciel. La définition de Jésus-Christ, uni dans la communauté de tous les hommes, vient en revanche de la voix du Père : « mon Fils bien-aimé », terme de la complaisance divine. Nous trouvons ces mêmes mots dans la Ière lecture de ce dimanche tirée d’Isaïe : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui j’ai mis toute ma joie ; j’ai fait reposer sur lui mon esprit ». Il aura une mission de piété et de justice, d’alliance et de renouvellement, de lumière et de délivrance. Saint Jean Chrysostome donne une explication étonnante : « De même que Jésus-Christ célébra d’abord l’ancienne Pâque, avant de l’abolir et d’établir la nouvelle, de même ici, ce n’est qu’après avoir reçu le baptême judaïque qu’il le fait cesser et qu’il commence d’ouvrir le mystère du baptême et de la grâce de son Eglise. Ce qu’il fera plus tard sur la même table, il le fait maintenant dans le même fleuve : il retrace l’ombre, puis immédiatement après il offre la vérité. Car la grâce du Saint-Esprit ne se trouve que dans le baptême de Jésus-Christ, et elle n’était point dans celui de Jean ».

Mais, laissant de côté les explications savantes et si élevées des Pères de l’Eglise, une autre me vient à l’esprit : Jésus est descendu dans les eaux du Jourdain couvert de nos abjections, nous étions tous avec Lui et en Lui, et ce n’est pas une métaphore. C’est ainsi que nous sommes reconnus semblables à Lui par le Père; Mais, en sortant régénérés du bain du baptême,  avec Lui et en Lui, nous revêtons le Christ : nous recevons l’esprit d’adoption, devenant fils de Dieu et cohéritiers du Christ. Par là même nous sommes tous enfants bien-aimés de Dieu.

Don Carlo Cecchin

Lectures du dimanche 9 janvier 2011