Mar 012014
 

Comme si Jésus ne voulait pas regarder la dure réalité de la vie. Les oiseaux mènent une vie impitoyable contre la faim et les prédateurs. Les fleurs n’ont qu’un bref instant de beauté et aussitôt elles sont fanées. Ne sommes nous qu’une de ces espèces qui apparaissent un certain temps avec un peu de bonheur et de beauté et qui disparaissent beaucoup trop vite ? Faut-il fermer les yeux et vivre dans l’insouciance et l’imprévoyance ?

Jésus nous dit que tout cela le Père du ciel le sait et que nous valons mieux que les oiseaux et les fleurs. Mais en quoi ? Certains chrétiens cherchent gentiment à excuser Dieu en parlant des « voies secrètes de la Providence ». Dans le malheur cela ne nous console pas beaucoup. Dieu ne semble pas se préoccuper d’abord de nos conditions de vie et de santé.

L’Evangile nous dit que Dieu veut être avec nous et il est avec nous. Mais pas en écartant toutes les difficultés que nous rencontrons. Le mot « Providence » définit l’action de Dieu. Il veut dire « voir en avant… voir plus loin… voir au-delà ou même voir pour autre chose » ? Mais dans la vie quotidienne il faut faire nous mêmes très attention et utiliser notre bon sens et notre expérience. Et Dieu ne semble pas nous aider beaucoup.

Pourquoi Dieu n’intervient il pas tout de suite pour nous ôter tous les soucis et l’inquiétude ? S’il est le créateur n’est il pas à l’origine de tout ce qu’arrive sur terre ? Il ne peut pas nous dire en même temps « Je vous envoie des épreuves et des malheurs » et « Ne vous faites pas de soucis, ce n’est pas si important ».

Nous touchons là au mystère de la Présence de Dieu avec nous et dans notre vie. D’abord il y a les lois rigides, implacables de la nature. Dieu les a voulues. Il y a des catastrophes qui tuent. Les sociétés humaines aussi ont leurs maladies, leurs crises politiques ou économiques qu’elles ne savent pas gérer. Est-ce que cet environnement est un ennemi qu’il faut oublier ? Cette nature est plutôt un milieu dont nous sommes inséparables.

Quelqu’un demandait « Est-ce que tous les évènements qui nous arrivent sont comme une stratégie de Dieu pour nous conduire à un salut, à une libération ? On pourrait lui répondre : Oui. Dieu se sert des réalités terrestres qui nous donnent du souci et de la souffrance comme le potier répare ou recommence le vase qu’il ne trouve pas encore assez beau.

L’autre réponse serait plutôt de dire que Dieu n’est pas la cause directe et préméditée de ces évènements mais qu’il est présent avec nous et comme nous dans ces évènements. Qu’il les partage et les vit avec nous en Jésus notre frère. Dieu n’est pas un simple explication de ce qui existe dans le monde en bien et en mal.

Le mystère de Dieu va bien au-delà de la création. Dieu est bien au- delà de ce que nous essayons de dire. La manière dont il nous aime peut nous sembler incompréhensible. Il nous aime sans faire les choses à notre place. Il nous appelle à nous prendre en charge et en même temps il prend en charge lui même ce qu’il y a de plus intime dans notre vie. On ne peut pas dire « il y a moi et à côté, trop loin il y a Dieu », « notre vie » n’a de sens que parce qu’elle a un sens pour Dieu à cause de Jésus. Et c’est peut être là le commencement de notre résurrection avec Jésus.

Abbé Georges Périé

Lectures dominicales du 2 mars