Juin 092012
 

« Je vois à la fin, de mes yeux, que la suprême possession est possible !

Possible non seulement à notre âme mais à notre corps !

Possible à l’homme tout entier dès cette vie, qui sait qu’il est plus puissant que la mort !

Le voile des choses, pour moi, sur un point est devenu transparent,

J’étreins la Substance enfin au travers de l’accident. »

 

Paul Claudel « La messe là-bas »

 

Lorsque nous parlons du très Saint Sacrement, de Celui dont nous vivons, dont nous nous nourrissons et que nous adorons, les mots que nous employons pour décrire ce mystère de la foi sembleront toujours insuffisants. C’est alors que le poète se fait théologien à l’imitation de Claudel et que le théologien se fait poète à l’exemple de saint Thomas d’Aquin dans l’ « Adoro te devote latens Deitas ». Au delà des mots, puisqu’il est clair que tous ne sont pas poètes ou théologiens, il existe quelque chose que nous avons en commun avec eux, la foi. La foi qui nous permet de contempler Dieu présent dans le saint sacrifice de la messe en nous tenant avec saint Jean et la Sainte Vierge au pied de la Croix du Sauveur. La foi qui nous rend contemporains des apôtres à la Sainte Cène, écoutant et recevant le Seigneur comme nourriture de notre âme. La foi enfin qui nous fait dire avec les disciples sur l’Horeb contemplant la transfiguration du Sauveur dans la nuée, « Bon Maître il est bon d’être ici avec Vous ».

Ainsi, parce que la foi est présente, chacun peut entrer dans cette Eglise et rencontrer personnellement, silencieusement, intimement le Jésus de l’Evangile, que cela soit à la messe, dans la prière devant le tabernacle ou dans l’adoration du Saint Sacrement. Chacun, quelles que soient ses ignorances, les fautes dont le souvenir peut l’accabler, ses secrètes détresses intérieures, chacun peut oser l’approcher comme jadis la pécheresse dans la maison de Simon le pharisien, comme saint Pierre après le discours sur le pain de Vie qui déclarait : « A qui irions nous, Seigneur tu as les paroles de la vie éternelle » ; chacun peut venir à lui et crier comme l’aveugle de Jéricho : « Seigneur que je voie ! »

 Abbé Alexis de Monts

 Lectures dominicales du 10 juin